Nuance

 

De la fenêtre je distingue le paysage éthéré, les arbres aux branches lourdes qui fléchissent sous le poids de la neige. L’aube est proche. Paysage endormi, la saison feutrée peine à vivre. Tout est silence. Je me sers un café, allume une cigarette. La fumée crée un voile passager devant moi, une sorte d’aura aérienne périssable. À l’horizon, les collines à la blancheur éphémère offrent une perspective émouvante à mon regard. D’un doigt, je trace dans l’espace les arrondis des tertres, ces monticules enneigés et je pense à toi. À tes lignes courbes où se nichent des creux, à ce monde vivant que tu m’offres lorsque tu es près de moi. Ta peau si pâle sur le drap, la douceur de tes bras et celle de ton ventre.
Le contraste est saisissant lorsque je promène ma main sur les sinuosités laiteuses, j’y vois la lumière et l’ivoire, le doré de tes longs cheveux aux reflets de nacre sous le soleil d’été.

Lorsque tu es venue me saluer, j’ai cru à une erreur. Ton sourire éclairait le jour, un peu comme le soleil en hiver. Lumineux. J’ai été fasciné. Tu dégageais une aura de certitudes quand je me perdais dans l’incertitude.
J’ai longtemps vécu de clichés, de parades, de démesures autant pour m’intégrer que pour me démarquer. Les brimades et les coups —discrets les coups, de ceux qui marquent durablement— les insultes à en avoir la nausée. J’en ai tellement bouffé que je croyais mon rempart inébranlable.

Je ne cherche plus à comprendre pourquoi tu es venue me parler, pourquoi tu tentais de vaincre l’isolement dans lequel il est plus facile d’exister. Je t’ai demandée si tu n’étais pas un peu ivre pour t’afficher ainsi avec moi et ton éclat de rire m’a surpris. Un peu incongru. On ne rit pas aisément devant moi. Mais tu t’en fichais. Sous l’apparence de fragilité que tu affiches tu es incroyablement forte. Et moi si faible. Je me souviens avoir pris peur que l’on nous surprenne ensemble. J’ai eu peur que les mots blessants ne t’atteignent, que les meurtrissures ne t’éloignent. Tu as pris ma main et tu m’as dit qu’à deux nous pouvions tout, qu’aimer n’avait pas de limites, que seuls les cœurs arides en érigent. À tort et à travers. De plus en plus souvent et à tout vent mais que l’on est plus fort qu’eux. « Tu es réellement ivre » ai-je affirmé en souriant.

Très souvent encore je m’efface devant la hâte que mettent certains à juger les apparences. Le monde est obscur et la couleur de ma peau n’en est que le pâle reflet.
J’ai appris à me taire et à taire la colère qui parfois vibre encore en moi. De toi, toutefois, nait l’espérance.
J’ai longtemps craint le regard des autres, les questions et les jugements hâtifs, un peu moins aujourd’hui, et davantage demain.
De la différence de nos nuances demeure notre assurance.

Laurence Délis©

 

 

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