La saveur d’une terre

Ici la cime des arbres n’atteint plus le ciel, le désert a brûlé jusqu’aux racines si profondément que l’on ne peut qu’imaginer comment c’était avant. Sous terre je n’entends plus que rarement pulser la vie, alors dessus, il ne faut pas trop y compter non plus. Bien sûr ça me fiche le marasme l’idée même de devoir quitter ma terre, j’ai vécu et bâti mon existence en ces lieux. C’est une terre aride et sauvage et peu de gens saisissent la saveur qu’elle dégage. Le langage des ocres et des bruns, sa texture particulière entre mes doigts, sa richesse infime, presque timide, qu’il faut sans cesse apprivoiser dans l’intimité de l’aube. La sonorité du vent qui file entre les roches et génère des harmonies asses spéciales, comme ces instruments de musique dont on n’a pas l’habitude d’entendre les sons, une dissonance un peu dérangeante que l’on se surprend à écouter encore, puis à apprécier.

Toi qui viens d’ailleurs, tu dis tout le temps que c’est étrange et beau en dedans, alors ça finira bien par revenir aussi en dehors. Tu danses dans le vent, tes pieds nus martèlent le sol comme l’impulsion première donne à naître la plus petite particule vivante et dans un sourire tu dis, raconte, raconte tous les miracles qu’il y a eu ici aussi, et dans ton sourire j’entends battre ma terre, je vois tout ce que j’ai construit, tout ce qui m’a enrichi en dedans et bien sûr tu y es aussi alors je me dis que peut-être, oui peut-être rien n’est définitif, sans doute faut-il voir là où je n’ai pas encore regardé, ni écouté. Ailleurs on le sait bien ce n’est pas réellement mieux, c’est parfois pire. Je t’entends rire, tu approuves, tu confirmes que les miracles il n’y a que nous qui les portons, pas besoin de les attendre. De toute façon ils ne viendront pas à toi, faut pas croire, non faut pas croire. Il n’y a que toi pour les faire vivre sur cette terre qui t’a choisi et sur laquelle tu as décidé de vivre.

Texte écrit pour l’agenda ironique du mois d’août sur le thème très libre de « raconte, raconte tous les miracles qu’il y a eu aussi, ici ». Les précisions sont à lire ici.

 

 

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6 réflexions sur “La saveur d’une terre

  1. Bon jour,
    En fait d’ironie dans ce texte, c’est la première phrase : « Ici la cime des arbres n’atteint plus le ciel, le désert a brûlé jusqu’aux racines … ». 🙂
    Je retiens cette phrase superbe :  » tu confirmes que les miracles il n’y a que nous qui les portons, pas besoin de les attendre.  » Tout est là et « Rien ne sert de courir, il faut partir à point » pour nous les créer, faut-il croire en nous. 🙂
    Beau texte.
    Max-Louis

    Aimé par 1 personne

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