Je m’évade

bricàbroc300

À l’étage la pièce est grande et malgré les rideaux largement écartés et la fenêtre ouverte, il y fait toujours sombre. Moins qu’ailleurs dans la maison cependant. Il y a des livres sur les murs, des bibliothèques qui s’imposent.

C’est l’été. La chaleur monte en ce début d’après-midi. Aucune brise ne vient rompre l’air lourd. C’est ici que le calme a le plus d’impact. Je n’entends plus les cris, ni les silences emplis de violences. Ici est un lieu à l’abri du monde et tout autant ouvert au monde. Je puise l’existence dans les histoires et les mots que j’absorbe. Je m’évade.

Je m’évade pour oublier l’indifférence de ma mère et l’outrance de mon père. Quelques fois j’oublie où je suis, j’endors ma mémoire de tous les maux vécus, de chaque nuit où son souffle et son poids pèsent sur moi, et d’autres fois, y a pas moyen, non rien à faire, les mots et les histoires des livres ne suffisent pas à oublier la douleur, la déchirure, le dégoût.

Je m’évade. Et je me fous de savoir si j’en ai le droit ou pas, je me fous de savoir si être attirer par le vide est justifié ou pas. J’aspire seulement au silence. Celui qui apaise et me garde de la peur. Par la fenêtre, je jette un coup d’œil vers le sol, si loin et si proche. Je me penche. Le vide m’attire. Il m’aspire pour l’éternité dans le chant incessant des cigales. Pendant une fraction de seconde, je me demande si celui-ci va s’éteindre au même rythme que moi, puis plus rien n’a d’importance. Je m’évade. Je m’évade vraiment.

Ce texte a été écrit en réponse à l’atelier d’écriture n°300 : une photo, quelques mots de Bric à book

25 réflexions sur “Je m’évade

  1. Un texte puissant par les mots justes et l’atmosphère lourde qui en émane. Les livres sont une merveilleuse évasion. Ils nous font oublier ce qui nous entoure et nous font entrer dans un autre univers : ton texte a aussi eu ce pouvoir.

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  2. « Je n’entends plus les cris, ni les silences emplis de violences » c’est à ce moment de la lecture que je me suis dis que quelque chose de douloureux se produisait. Cette pièce est pour lui un refuge, une échappatoire jolie annoncée et puis cet instant entre le rêve et la réalité, c’est une très belle lecture.

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  3. Bonjour Laurence.
    Un texte lourd, très très lourd par sa réalité percutante.
    « lourd » ici n’est pas négatif du tout, c’est plutôt un compliment car ton texte, par son poids, descend bien au fond de moi, là où normalement tout est trop léger pour y entrer.
    Merci pour ces mots. Belle journée à toi.
    Val

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  4. Les livres, la fenêtre ouverte sur l’été invitent à quelque délicieux moment de plénitude et pourtant dès les premières lignes on pressent l’ombre qui rôde, la lourdeur d’un drame.
    Ici même les livres ont perdu leur pouvoir…

    Aimé par 1 personne

    1. C’est cela oui, Almanito. L’apparente quiétude d’un lieu peut receler des drames. C’est malheureusement encore trop souvent le cas. La photo, au premier abord, évoque un moment paisible puis j’y ai vu (ou entendu) d’autres choses…

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