Comme en suspension, ta main retient le temps

Après l‘orage, nous descendons le fleuve. L’air porte l’odeur des pluies d’été et cette petite note discrète iodée qui vient de l’océan. C’est toi qui mènes notre avancée rythmée par le mouvement de nos bras en concordance : plongée de la pagaie dans l’eau, synchronisation, propulsion du canoë. Nous ne parlons pas. Toi concentrée sur l’effort suivant, moi parce que je ne sais quoi te dire. C’est dingue de ne pas arriver à exprimer tout ce qui me traverse quand je suis avec toi. Ces mots que je murmure en moi. Tous ces instants passés qui forment ce nous, suspendus à mon silence.

Lorsque tu décides une pause, la lumière a l’éclat des heures à venir. Des heures mobiles à la quiétude du moment ; on dérive à peine. Ton bras se tend hors de l’embarcation, et comme en suspension ta main retient le temps. Paresseusement deux de tes doigts glissent sur l’eau. Et l’amplitude est si belle à les regarder tracer le monde.

Alors à défaut de savoir te le dire, je peux tenter le raconter autrement. Voilà ; d’un seul cliché je saisis l’instant.

« Je t’entends », dis-tu, à ce moment-là, un sourire dans la voix.

Une photo, quelques mots. Bric à book n°329. Les autres textes à lire ICI

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12 réflexions sur “Comme en suspension, ta main retient le temps

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