Vois à quoi tiennent nos racines

Vois à quoi tiennent nos racines. Dès que nous apercevons les forêts de pins, – encore loin, trop loin – la fébrilité est palpable, l’impatience quasi insupportable de ne pas être déjà le nez levé vers le haut de la dune à gravir. Si le ciel est gris, on imagine, à l’ouest, la trouée bleue, là où le vent repousse les nuages au loin. La première ascension est toujours rude, on perd vite l’endurance à délaisser l’endroit pendant des mois. Et pourtant les montées suivantes pulsent les douces heures à venir. Celles où nous croisons tous ceux qui quittent le lieu en fin de journée. L’été, c’est affolant de monde. Une foule compacte, bruyante, odorante. A contrecourant, on descend vers la mer tandis que les gens montent vers la ville. Sous les pieds nus le sable est gorgé de chaleur. Et, du haut des dunes, le vent pousse vers nous les parfums des caquilliers, euphorbes, chardons bleus et celui plus persistant des immortelles.

On pourrait alors se croire seuls et imaginer le lieu désert. Le regard porte loin et à chacun d’eux nait le même émerveillement. Le contraste saisissant des couleurs franches entre le doré du sable, le bleu du ciel et de l’eau, le blanc de l’écume. L’horizon infini, l’océan démesuré. Tout est grand, vaste, d’allure sauvage. Jusqu’au grondement sourd et perpétuel qui envahit l’espace et le temps ; jusqu’au bercement des origines.

Tous ces hivers où les instants sont plus timides et moins fréquents. On y respire différemment, les pieds chaussés, le corps couvert. Les nuances peintes de reflets gris entre l’eau et le ciel, la lumière pâle du jour sous le soleil frileux. Le sable alors vierge d’empreintes, exceptées celles des gouttes de pluie. Pluie froide, irritante, bruyante. Pluie qui martèle le sol, nous prend par surprise, avec bourrasques et infiltrations sous les vêtements. Saoulés par le vent et les embruns, nous apprivoisons la saison à coup de petites touches intrépides. Il fait bon rentrer près du feu.

J’ai en mémoire la formidable odeur de l’iode, ce parfum qui incite à respirer à plein poumons tout l’air du monde. C’est dire, même si je demeure ailleurs, sa présence reste forte.

Surgit alors l’intime pensée d’être enfin arrivés chez nous.

#Quand l’écriture s’invite chez moi. Un petit défi d’été proposé par La Plume. Les modalités à lire ICI

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12 réflexions sur “Vois à quoi tiennent nos racines

  1. Bonsoir.
    Vous ne me connaissez pas mais grâce à notre amie commune « La Plume », j’ai pu découvrir votre texte par le biais de son dernier article…
    Et là, je viens tout juste de terminer de le lire…
    Aimant l’océan, je dois bien avouer que celui-ci m’a vraiment emportée tant c’était agréablement bien écrit. J’ai voyagé avec vous alors merci beaucoup pour cet instant…
    J’aime beaucoup votre style d’écriture…
    Je vous souhaite une bonne soirée. Cécile.

    Aimé par 1 personne

  2. Merci beaucoup pour ta participation !
    C’est un très joli texte agrémenté de douces photos. C’est amusant de découvrir sa région à travers les yeux d’une autre personne.
    Merci encore pour ton implication. Ce fut un plaisir de lire ton texte.
    Belle fin d’après-midi.

    Aimé par 2 personnes

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