L’attente

Comme prévu le lieu était désert et silencieux. Le brouillard descendait, j’avais froid ; il faisait froid. On m’avait dit, « 22 heures 22, ne sois pas en retard, on ne t’attendra pas. » Alors pour être sûre d’être à l’heure, j’étais arrivée en avance. Et je ne pouvais m’empêcher de penser que j’aurais peut-être dû ne pas venir. C’est ce que je me répétais toutes les trente secondes. A la trente et unième, je quittais l’abribus et je marchais le long du large trottoir, puis je m’arrêtais et regardais en direction de la route. Je revenais ensuite sur mes pas. Le tout me prenait moins d’une minute. J’avais alors un instant d’hésitation, ce laps de temps d’incertitude où les questions fusaient. Allaient-ils venir ? Pouvais-je leur faire confiance ? Devais-je rebrousser chemin ? Repartir d’où je venais ? Retourner vers ce quoi je fuyais ? Continuer à avoir peur ?

Ce n’était pas seulement des questions, c’était ma vie que je soupesais dans l’attente et plus les minutes passaient plus elle pesait lourd, chargée de stigmates invisibles que j’avais longtemps jugé insignifiants. Mais aucune cicatrice n’est innocente quand l’oppression régit le monde.

22h21 Sous l’abribus, je me suis levée du banc sur lequel je m’étais assise. Les lampadaires diffusaient une lumière blafarde. A peine voyait-on le bout de la rue. J’ai marché le long du trottoir et j’ai regardé en direction de la route. L’épaisseur du silence enveloppait jusqu’à mon envie de liberté. Ne pas céder à l’angoisse. Rester confiante.

Plus que trente secondes.

Vingt-neuf

Vingt-huit…

Une photo, quelques mots. Atelier Bric à book 332. Les autres textes à lire ICI

12 réflexions sur “L’attente

    1. On peut imaginer beaucoup à partir d’un cliché et celui-ci en particulier.
      J’aime bien parfois laisser le lecteur imaginer à son tour sa propre histoire dans mon histoire. Cette photo, s’y prête bien, je trouve.
      Merci beaucoup de tes retours, Frédéric, ils me font toujours très plaisir.

      Aimé par 1 personne

    1. Cécile, ta réflexion ne manque pas de pertinence. C’est vrai qu’elle est seule et que la photo renvoie aussi à cette solitude. Néanmoins, dans sa décision de partir, elle doit apprendre aussi à compter sur les autres, ne serait-ce que pour le temps de fuir 🙂
      Belle journée à toi aussi.

      Aimé par 2 personnes

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