Ta résistance

Ça fait des jours que tu marches seul. Il y a quelques temps ta femme t’accompagnait et puis elle aussi, a péri. Tu te demandes combien sont encore debout, il y a un bon moment que tu ne rencontres plus personne. Tu n’arrives pas à déterminer si c’est inquiétant. La dernière fois que tu as croisé quelqu’un, le soir tombait et c’est la lueur du feu qui t’a attiré. Tu es resté longtemps à observer les flammes et le type massif qui se dessinait à contrejour. Et dans ton hésitation à le rejoindre, le silence – entrecoupé du crépitement des rameaux qui brûlaient -, était ample. Il t’a invité à partager son repas. ‒ Des marrons cuits sous la cendre. Tu as songé que le corps s’adapte plutôt vite. Si tu ne crèves pas dans les jours qui suivent, tu te sens invulnérable, oui, la survivance devient étrangement rassurante.

Malgré la peur et la solitude écrasante, tu n’as pas voulu le suivre quand il t’a proposé de l’accompagner. Il voulait rejoindre ce lieu dont on entend parler de temps à autre. Soi-disant qu’il reste des vestiges d’une société, peut-être des membres de l’autorité passée. Mais tu ne l’as pas suivi. Ce monde-là c’est fini, tu as dit. Il a hoché la tête, il a dit, je comprends. Bien sûr qu’il comprend, bien sûr qu’il sait que ce qu’il recherche n’existe plus.

Toi, tu as décidé de poursuivre ta route. La terre est vaste, la désolation sans limite. Tu pourrais décider de t’arrêter, mais c’est plus fort que toi, tu avances. Avaler les kilomètres, c’est ta résistance, une idée que tu te fais de la vie qui continue malgré tout.

La dernière image que tu gardes du monde d’avant c’est cette lumière qui a éclairé la contrée. Les sons, l’air, le pays étaient comme nimbés d’un halo orange. Et puis tu te souviens du silence qui a suivi. C’était avant les explosions ou peut-être après tu ne te rappelles pas bien. Quelquefois tu perds la notion du temps, tu ne sais pas trop si c’est l’absence de repères qui t’induit en erreur ou si ce sont ces saloperies de particules radioactives qui ont commencé leur boulot.

Une photo, quelques mots bric à book 345. Avec deux thématiques interdites : la nature et le voyage.

14 réflexions sur “Ta résistance

    1. Merci pour ce retour, ça me fait plaisir.
      L’anticipation est un thème qui me parle beaucoup et depuis très longtemps. Alors un roman, ce n’est pas impossible Qui sait où me mènera mon imagination d’ici les prochains mois ! 🙂

      Oui, j’ai lu Malevil, quand j’étais ado et à l’époque il m’avait profondément marqué.

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  1. J’aime beaucoup ce texte. On peut le prendre comme une SF tout comme on peut penser à ceux qui n’ont d’autre choix que de se nourrir et de trouver un asile sûr pour dormir. Juste survivre en somme, réflexe instinctif, animal de l’homme depuis la nuit des temps…

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    1. J’ai écrit ce texte après une discussion avec mes enfants… le terrible héritage qu’on va leur laisser à cause de tous nos manquements, ça me travaille beaucoup… Et puis j’ai pensé qu’on vivait déjà sur une poudrière, qu’il fallait peu pour qu’un fou ou deux appuie sur un bouton et fasse tout péter…
      mais tu as raison, je n’avais pas vu le texte sous cet angle, effectivement il s’adapte très bien à nombre de situations…
      Merci Alma. 🙂

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  2. Un texte magnifique, aux mots bien choisis. La narration nous entraîne sur ces chemins de fin du monde. A la fois beau comme un embrasement majestueux et terrifiant, évidemment.
    J’adhère tout à fait à ce « continuer sa route coûte que coûte ». Tant qu’il y a de la vie…
    Merci Laurence ! Belle journée 🙂

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