Derrière l’objectif

A gauche de l’objectif, se trouvent Irène et Marie et à droite Anne et Geneviève. Mes frangines. A la naissance d’Irène, si toute la famille espérait un garçon, moi j’ai été contente de savoir que j’allais avoir une sœur avec qui jouer. C’était un bébé calme qui souriait tout le temps et il était aisé de s’en occuper. J’aimais particulièrement les moments où je me retrouvais seule avez elle pendant qu’Anne et Geneviève étaient à l’école. Mais ça n’a pas duré longtemps parce que Marie a pointé son nez dix mois plus tard.  

Je n’ai pas réalisé de suite combien la fratrie allait être chamboulée avec sa venue. Ça s’est fait sans heurt, comme une évidence où chacune de mes sœurs a trouvé sa place. L’entente des aînées, la connivence des benjamines. Ça faisait rire mon père et si ma mère s’en abstenait, je voyais sa moue attendrie et sa fierté d’avoir des filles si complices. Moi, j’étais entre deux. Trop jeune pour mes sœurs aînées qui n’avaient guère envie de partager leurs jeux de « grandes » mais finalement pas si jeune que ça puisqu’il m’incombait de surveiller les benjamines afin de soulager maman qui peinait à recouvrer sa santé après sa dernière grossesse. J’étais spectatrice plus qu’actrice de cette fratrie, cherchant le fragile équilibre dans l’alignement de deux duos.

Il m’aura fallu des années pour arriver à saisir cet équilibre ; des années d’instabilité avant de comprendre où me situer. Mais le jour où j’ai réalisé l’évidence de ma place, tout m’a paru plus grand, ouvert à une multitude de projets à venir. J’en ai même fait ma profession. Depuis des années maintenant je fige le temps et les gens. Mes photos font même le tour du monde.

Pourtant à chaque été qui me ramène quelques jours près de mes sœurs, je sais que derrière mon objectif elles restent mon sujet préféré à immortaliser.

Une photo, quelques mots. Bric à book 349

22 réflexions sur “Derrière l’objectif

    1. Cette histoire peut l’être, après tout, elle a pris forme et existe à présent.
      Je suis curieuse de savoir où se situe le lien avec « Immobile », si lien existe et je ne doute pas qu’il existe, il n’en reste pas moins involontaire.
      Merci GL, j’ai particulièrement apprécié vos retours d’aujourd’hui.

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  1. Aînée d’une fratrie de quatre filles, ton texte me parle. Je n’ai pas eu à chercher ma place, elle était évidente, mais ça n’a pas été le cas de mes benjamines pour qui ça aura été très compliqué et parfois source de rivalité. Je suis étonnée que ce soit une fiction, tant ton texte sonne vrai. Bises Tourangelles pour te souhaiter une bonne soirée !

    Aimé par 1 personne

  2. Bien vu, il n’est pas évident de trouver sa place au sein d’un groupe soudé ou entre les duos de ton histoire. Elle aurait pu être celle qui, se contentant d’observer de l’extérieur, ne vit pas, mais elle a su choisir la plus belle des voies: devenir artiste. Beau texte très vrai.

    Aimé par 2 personnes

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