Jeanne ou la géographie réinventée

Ma place préférée c’est celle à côté de Jeanne. Jeanne est assise près des mappemondes et des cartes de géographie affichées sur le mur. Je peux rester longtemps à la regarder, c’est un de mes moments préférés et quand elle me dit d’arrêter de la regarder, j’oriente mon regard sur les détails des cartes. La surface de la Terre. Les courbes des fleuves, les déserts et les océans, les montagnes et les forêts. Jeanne chuchote, me fiche un coup de coude discret, me dit arrête de rêver, Rémi. Fais comme moi, dit-elle encore et pendant un court instant je fais ce qu’elle dit. Jeanne s’applique, elle colorie les lignes d’eau en bleu, les déserts en jaune. Et puis comme une invite à ce que je la regarde à nouveau, la lumière du matin vient caresser son visage, révèle ses taches de rousseur, son teint nacré, ses lèvres rouges. La courbe de ses cils, la ligne de ses yeux en amande. Son visage est un paysage, un voyage aux géographies extraordinaires. Il est alors facile de réinventer la Terre, d’imaginer de nouveaux pays, des contrées qui lui ressemblent. J’use de couleurs que personne n’ose utiliser. Les mers se parent d’or et d’argent, les terres de camaïeux bleus, les reliefs de nuances d’orange et les fleuves serpentent le monde tantôt en jaune, tantôt en vert. Jeanne me dit, tu es encore en train de rêver, alors je lui tends ma feuille, je lui dis, c’est parce que je te regarde et son visage s’émerveille des couleurs de la Terre que je lui offre.

Bric à book 357 Une photo, quelques mots et un thème imposé : la géographie

23 réflexions sur “Jeanne ou la géographie réinventée

  1. Un texte teinté de poésie et de tendresse tout au long de ces lignes. Quant à Jeanne, on comprend sa réaction finale : elle a eu droit à une fort belle déclaration d’amour originale.
    Si j’avais eu l’occasion de suivre mes cours de géographie à côté d’une élève, moi qui adorais cette matière, je reste convaincu que je serais devenu encore meilleur en géographie avec quelques petites erreurs par ci par là bien sûr.
    De plus, comme et élève j’avais un côté poète et rêveur mais, heureusement, comme j’aimais l’école il était rare de me voir rêver durant un cours.

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  2. De la douceur un lundi matin, tout ce dont j’avais besoin.
    Merci Laurence !!!!
    Tu m’as transporté, j’étais assis derrière mon pupitre, à batailler avec le stylo encre pour qu’il en mette davantage sur la page que sur mes doigts, et j’étais Rémi, enfin intéressé par la géographie, rêveur conquis, caressant des yeux cette voisine, espérant que jamais la sonnerie de la récré ne viendrait interrompre ce doux moment…

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  3. Le texte me plait bien sûr, comment ne pas aimer cette petite Jeanne… mais j’aime aussi beaucoup cette école à l’ancienne, le genre de classe où j’ai fait mes premières années d’école… c’était il y a bien longtemps et en regardant ta photo je sens encore les parfums de cette classe, la cire sur le bois, le vieux tableau, les craies et toutes les cartes géographiques fixées sur les murs… nostalgie….

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    1. Merci Alma. Tu as raison pourtant j’ai trouvé que la photo manquait d’authenticité… sans doute à cause du poêle à charbon qui encrassait vite les murs et noircissait le plancher… Mais bon c’est un détail et ça n’enlève rien au charme désuet qu’évoque la photo 🙂

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