Respire

Respire.
C’est ce que tu m’as dit avant de partir et je me suis longtemps demandé ce que tu entendais par là. Pendant des années on a absorbé et rejeté l’air avec l’indifférence écrasante des comploteurs, à peine conscients d’être à bout de souffle – laisse-moi cinq minutes, j’étouffe, me disais-tu - avant que l’on reparte si vite que l’on tanguait ivres, dans la foule hâtive, saoulés par le vacarme de la ville, les cris.
Respire.
On se pressait de vivre tout en maintenant le cap, plongés dans le flux ininterrompu du sérieux de nos performances. Nous étions malléables, tournés vers les plaisirs factices, le besoin de réussite, usant de faveurs plutôt que de douceur. A dominer de notre importance les auditoires, à croire à une élévation quand il était question de soumission.
Respire.
Je me suis répété tes mots, ta voix en moi vibrant encore de cette fébrilité teintée de tranquillité qui me donnait le drôle de sentiment de m’être éloigné de moi-même pendant que toi, toi, tu stoppais net notre course.

J’ai reçu une photo de toi. Toi assise au bout du monde, entourée de fleurs sauvages. Le paysage respire et je devine que toi aussi. Au-delà de la terre, la mer, vaste étendue bleue aux îles floutées délie les nœuds de toute forme d’asphyxie.

Bric à book – Une photo, quelques mots n°396

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