C’est bien ainsi que va la vie

Je n’ai pas oublié la musique des nuits sans lune
où la caresse de la houle épouse la pluie
où chantent les notes du ressac
en réponse à la voix des autres 

alors que les années passent et que s’apaisent les jours 
il demeure les blessures entre les vides
ces disparus liés aux fragments d’existence
ces absences sans nom qui errent  
ombres sourdes tracées au cordeau
des âmes aux contours éloignés  

comme les lignes palpitantes de ma main
j’irai dessiner sur le sable le vivant 
simples empreintes fugaces 
que les vagues effacent sans oubli
c’est bien ainsi que va la vie

Piquenique d’agenda ironique

En juin, l’agenda ironique est hébergé chez Le retour de Flying Bum où il fait bon piqueniquer sous le soleil de l’été. Un peu corsé le piquenique cela dit, et c’est tout le plaisir des mots imposés : flavescent, amphigourique, sycophante et nidoreux à semer tout au long de ce déjeuner sur l’herbe et pourquoi pas y ajouter aussi un régionalisme ou deux. Piquenique assuré jusqu’au 24 juin, ensuite viendront les votes.

Toutes précisions sur cet agenda et toutes participations sont à déposer chez Luc, ICI

Crédit photo: Le retour de Flying Bum

L’Arbre XIX

Acrylique, encres couleur sur papier

Format 50 x 70 cm

Des strates serties de terre
nos âmes en appui d’arbres
s’accordent au trajet des racines 
s’enlacent comme on engendre le monde
et frappées d’eurythmie
d’ardeur et de persévérance
de sève et de sang
s’abandonnent à la lumière 

L’homme et la mer

Alors que tu longes la mer comme on rêve l’apaisement ; en bordure de dunes, les oyats, les chardons, les liserons tanguent sous la brise et annoncent les premiers signes de l’apesanteur. L’intranquillité devient sans horizon, loin de toute flottaison. Tu t’enracines dans le sable au milieu des coquillages et le balancement lent des vagues murmure ce parfum piquant et iodé du sable humide. C’est une musique. Celle qui se lit sans bruit et berce le temps du littoral. Une mélodie. Peut-être naissante ou saisie sur le vif du vent levant. Une bouffée d’enfance qui surgit et que tu laisses partir. Tu ne retiens rien. Seul ton cœur qui bat lent et tranquille.

L’arbre de Cyann

acrylique, encres couleur, crayons couleur sur papier

30 x 30 cm

Pour Cyann, ma petite-fille née prématurément le 18 mai dernier. Lorsque j’ai commencé à peindre ce tableau j’ignorais qu’il s’agissait d’une fille et ne savais pas encore son prénom. Pourtant il m’a paru évident que le bleu dominerait le fond du tableau. De la mer vers le ciel, l’arbre ancré sur notre Terre pour accueillir ce petit bout de 1,215 kg au prénom évocateur.

Elise

En cours d’anglais, tu t’es assise à côté de moi. Parce que tu as tourné ton stylo-plume entre tes doigts, mon regard s’est attardé sur tes mains. Des mains de musicienne ai-je dit et tu as haussé un sourcil, surprise. Je t’imagine jouer du piano, mais non, tu as opté pour le violon dis-tu dans un murmure. Tu es studieuse. Souvent silencieuse. Parce que tu n’appartiens à aucun groupe, tu es souvent l’objet de médisances. Ta différence fait peur. Creuse un peu plus ta solitude. Tout te semble faussé, d’un avis douteux. De ta présence incertaine, tu intimides. Tu glisses ton mal-être dans la mesure et la retenue et parfois tu vires à l’arrogance. Tu n’aimes pas qu’on te regarde. Sous le jugement des autres tu vacilles, tu te replies comme on se flétrit. Tu te caches derrière un voile d’indifférence qui révèle ta vulnérabilité. Tu as le regard grave de ceux qui taillent les silences et les âmes en quête de paix. Tu glisses dans une existence éthérée, sans trame comme si toutes blessures pouvaient rester de l’autre côté du miroir. Tu te dérobes à toi-même, tu aimerais que l’on t’oublie. Pourtant je te vois. Je te vois comme jamais. Et si le souffle des voix en toi te défient d’y lire notre histoire, j’avance un pas après l’autre vers toi, Elise.

Petites graines de bonheur – 8

Une fois n’est pas coutume, suite à une petite escapade en région PACA, j’ai pu déposer deux petites graines, l’une à Avignon, en montant au Jardin des Doms, l’autre à Roussillon sur le sentier des ocres. Une échappée belle qui malgré le temps compté, valait bien de prendre le temps de peindre ces deux galets pour poursuivre cette aventure.

Mathilde

Photo Jacqueline Roberts

Eclairé par le soleil d’une fin d’après-midi de mai le salon vibre de lumière. Il y flotte un parfum douçâtre de roses fanées. Dans l’appartement que nous habitons — quatrième étage sans ascenseur —, le bureau se trouve proche de la fenêtre qui donne sur le jardin public. J’y fais mes devoirs depuis mes premières années scolaires car j’aime laisser mon regard se perdre vers les grands arbres et les taches de couleur qu’offrent les fleurs des massifs. Dans les grandes allées, la course-poursuite des touts petits enfants sont comme des ombres mouvantes. Sur le bureau se trouve une photo encadrée sur laquelle je tiens contre moi un ballon trop grand et toi qui me tiens dans tes bras. Ce jour-là, outre le cadre photo, il y a une feuille posée bien en évidence. Une feuille blanche sur laquelle tu as écrit trois phrases à l’intention de maman. Anna, je pars. Je te quitte. Je repasserai chercher mes affaires.

Trois lignes d’une écriture ferme et sèche qui prennent une large place sur le format A4. Je peine à croire que tu aies oublié que je fais mes devoirs sur ce bureau. J’y goûte aussi, même si maman et toi l’avez interdit. Mais vous n’êtes pas là lorsque je reviens de l’école et je prends soin de bien enlever les miettes que les BN à la fraise ne manquent pas de tomber sur le bois sombre. De toute façon depuis ce jour, ça n’a plus la même importance. Je continus à faire mes devoirs sur le bureau et à y goûter et maman pleure dans sa chambre.

Trois phrases c’est peu et pourtant celles-ci ont façonné le devenir de mon existence. Elles m’ont accompagné tant de fois. Elles ont tourné en vrac dans ma tête. Dans un sens puis dans un autre, peu importe au fond laquelle prend le pas sur les autres, elles me défient d’y trouver autre chose que ce qu’elles signifient.

J’ai grandi papa. Le bureau n’a pas changé de place. La photo a été enlevée par maman. Je l’ai rangée dans le livre sur les dauphins que tu m’avais offert pour mes sept ans et que je n’ai plus ouvert après ça.

Parce que tu n’es jamais revenu ni n’as plus donné de nouvelles, j’ai longtemps cherché à comprendre ton abandon. Je me suis construite autour de ton silence et de ton absence. Autour de ces trois phrases où visiblement je n’avais aucune place.

J’ai grandi papa. Prisonnière du doute, je subsiste au milieu des autres comme on tombe dans l’oubli. Je suis un grain de sable, perdue dans le flot du courant.

Le chant de la Terre IX

Acrylique, encres couleur sur toile

80 x 80 cm

Il y a longtemps que je n’avais pas travaillé un si grand format et le fait de peindre à plat et non sur chevalet m’a demandé un recul que je n’avais pas anticipé. Aussi, le temps consacré à cette toile a été long. J’ai pensé à la façon dont je conçois l’écriture. Ce premier jet de mots lâchés sur l’ordinateur (rarement sur le papier) sur lequel je passe ensuite de longs moments pour donner forme au texte. Chercher un mot, une phrase, le sens le plus juste à ce que je souhaite exprimer. Je traverse la même fragilité avec certains de mes tableaux, les mêmes hésitations face au choix d’une couleur, d’une forme. La mouvance d’une oeuvre est à l’image de l’existence, elle fluctue selon les états dans lesquels on se trouve. Aussi, quand bien même je ne doute plus de ma légitimité à créer, il persiste un moment de flottement avant d’oser dévoiler le travail sur lequel j’ai passé tant d’heures. Et puis ensuite tout cela n’a plus d’importance. Le tableau existe. Il est ce qu’il est. Et ce qu’il est, est bien.

Galerie peinture Le chant de la Terre à voir ICI

Le cœur du monde

A fleur de terre
j’entends battre le cœur du monde
au rythme des stigmates et des blessures
et mes doigts sous la terre enrobent l’alluvion et l’argile
jusqu’à saisir la vibration des arcs de pluie sous le soleil d’avril
le roulement des pierres dans les rivières
la caresse des arbres
le chant du vent dans le jour qui s’éloigne

et nos mains en quête de nuances
se veulent consolantes

dans ce monde frileux négligeant la vie
dis-moi la bienveillance des uns envers les autres
le murmure des voix qui aiment
et leur silence paisible
dis-moi les fous d’équilibres et les heureux 
et la course du rire des enfants ricochés sur les murs de la nuit
dis-moi le cœur du monde qui aime