l’endormie

Visuel : Danae – G.Klimt

tandis que la nuit se meurt au pays du jour
couchée à l’ombre des rêves
le sommeil t’éveille
d’un effleurement de songe
et au détour d’une pensée
dans le bercement de la danse des anges
la terre s’anime
flot de rousseur et de chair ronde

De saison

Au silence froissé des premiers chants
dans le frémissement des branches
s’entend la pluie le vent
le souffle endormi des volcans

D’un ensemble choral qui dès l’aube vibre
la terre entre les racines
chante l’air gorgé du parfum des figues
et des noix sauvages

Les couleurs jaillissent par vague
Houle de rouge et de brun
onde d’ocre et de jaune

alors que le temps s’ourle de présent
la lumière pâle s’habille de brume
et l’horizon ample élargie les terres
dans ta main qui enrobe la mienne
 

L’éveil

Photo : Lucile Duneau-Délis

J’ai longtemps dormi en bordure d’horizon
dans ce sommeil modelé de terre et d’eau
où comme au premier matin
l’air anime l’aube baigné de lumière

Et puis mon âme a chaviré dans l’éveil
toi, déjà debout
perdu face à l‘ampleur du vide qui ricoche
courbé par la gravité du monde sous le joug

J’ai caressé ta peau à la recherche d’une reconnaissance
d’une identité loin de toute errance
Et dans la trajectoire éclairée de traversée
mes gestes ont fait corps avec le possible
d’éloigner les maîtres et leur servitude
le possible du courage

Demeurer libres

qu’on m’y sache et m’y prenne
en versées de lumière
m’y jette en mère mer
pour y prolonger l’âme

d’y rêver une histoire
d’où nous savoir toujours
faits d’une rivière claire
et d’un même rocher

un premier matin loin
irrigué par nos mains

et toucher
sauvages et familiers
l’autre encore
et soi

Caroline Dufour

Voyage XXX

Encres couleur, acrylique sur papier

Format 30 x 40 cm

Parfois un tableau offre une lecture différente et tout autant intéressante selon le sens qu’on lui donne. Ils ouvrent des espaces et des paysages sur lesquels j’aime m’arrêter et si c’est le cas, je privilégie le choix en proposant un accrochage double sens. Il est rare que le spectateur ose se positionner pour un sens plutôt qu’un autre, comme s’il ne pouvait légitimiser son choix par rapport à celui de l’artiste. J’aime à penser pourtant que mes tableaux offrent cette liberté-là.

Laurence Délis – Peinture – Art contemporain

Gaïa

C’est alors qu’elle leva les yeux. Les poissons nageaient dans les herbes hautes et, à la source, le ciel transparaissait entre les frondaisons. Elle tendit la main, effleura l’eau du bout des doigts. Il pleuvait des nuages. L’orage vibrait et le son du tonnerre ricochait entre les pierres. Elle entendit rouler les promesses non tenues, les mots vains. Toutes plaies et brûlures. Et face à l’humanité en dérive, s’arma de patience. Je reviendrai, dit-elle. Je reviendrai à l’âge des murmures et des paroles sages. Le corps entremêlé aux alluvions, elle déposa dans l’argile la mémoire du monde et l’écoute des sens perdus puis sans heurt, sans bruit, entra dans le temps du rêve.

Guerrière

J’ai caressé la lumière dans l’écoute silencieuse de ton âme

et dans la tourmente,

même les traversées nous rassemblent

Armée de ton amour je demeure guerrière

pour affronter tous vents contraires

Je tiens tes incertitudes dans ma paume

et dépose les miennes dans la tienne

et s’il me faut combattre la vanité des foules

j’ai en moi ces heures perceptibles

où nourrir l’équilibre s’arme de constance.

Veille de rentrée

La liste tenait sur le recto d’une feuille de copie qui à force d’avoir été pliée et dépliée était marquée par le temps qui passe. Une fois étalée sur la table de la cuisine, Mia la lissait du plat de sa main. Mon écriture d’enfant, ronde et maladroite y apparaissait et en fin de page, celle de Mia, le jour où elle avait maîtrisé l’écriture et avait tenu à y laisser sa trace. Chaque année, c’était comme une découverte. On lisait la liste des choses à emporter comme si nous ne la connaissions pas par cœur et on l’ajustait selon nos besoins et envies du moment. Les seules affaires immuables restaient la tente et les duvets. On avait délaissé depuis longtemps les pliants qui nous encombraient plus qu’autre chose. La première année papa nous avait aidés, puis les suivantes, il n’avait fait que superviser. Au fil du temps, nous avions considérablement allégé le poids de nos sacs et l’été de mes onze ans, papa avait décidé qu’il n’interviendrait plus.

Nous partions après le déjeuner. Sur le seuil de la maison, maman nous faisait de grands signes d’au revoir auxquels nous répondions tant que nous pouvions la voir. Elle ne venait jamais avec nous et on avait bien dû s’y faire. Elle disait que c’était l’occasion de partir seuls avec papa mais ce dernier nous avait avoué qu’elle n’aimait pas camper. Sous le soleil de l’après-midi nous longions la route jusqu’au champ de tournesols avant de bifurquer sur le sentier qui menait à la clairière. De temps à autre, un chien errant nous accompagnait et pendant quelques kilomètres Mia, très à l’aise, jouait à lui lancer un bâton qu’il lui ramenait invariablement. Au bout d’un moment, papa lui disait de cesser, qu’il fallait avancer. Il est vrai que le temps nous était compté. Papa nous accordait une après-midi et une nuit, loin de l’inquiétude que Mia éprouvait avant chaque rentrée scolaire. C’était peu et beaucoup à la fois.

La clairière s’étendait jusqu’à la forêt de pinèdes. Dresser la tente, déballer l’essentiel de nos affaires prenait du temps mais c’était un temps qui faisait partie de ces heures particulières. Des heures où l’on considérait l’instant autrement. Une fois installés, papa ne nous obligeait à rien d’autre que profiter de la nature environnante. Grimper sur les branches basses du vieux pin parasol, chercher les pignons tombées au pied de l’arbre au milieu des aiguilles de pin, casser la coquille à l’aide du premier gros caillou déniché et grignoter notre récolte, allongés dans les herbes hautes. On s’inventait une vie de nomade à une dizaine de kilomètre de la maison et du village que nous habitions. Papa nous disait souvent que demain n’existait pas encore. Qu’il nous appartenait de le faire vivre en restant attentif au présent. Dans cette liberté accordée, Mia oubliait l’angoisse de la rentrée. Je photographiais son rire, ses pieds nus, sa course dans la prairie. Papa s’assurait que je n’utiliserais pas mon téléphone en le gardant avec lui. Comme tous les ados, j’avais du mal à m’en séparer et pour contenter mon désir de prendre des photos il m’avait offert au noël dernier, son vieil appareil photo argentique. Depuis, j’appréhendais une autre façon de voir le monde. L’éphémère – la vie – n’était plus à portée d’un clic et d’une retouche rapides. Il y avait une part de mystère dans toute prise. L’instant devenait essentiel.

Le soir, dans le froid qui montait nous faisions un feu près du torrent et à la seule lueur des flammes nous écoutions le ruissellement de l’eau entre les galets. Sous la tente, alors que Mia, s’endormait entre papa et moi, je gardais grands les yeux ouverts, attentif à la nuit. En réponse aux ululements d’un hibou, les grenouilles chantaient et lorsqu’elles se taisaient, j’entendais la musique des feuillages dans le vent. Et si la nuit amplifiait les sons, paradoxalement j’avais la sensation vive d’entrer dans le silence.

Au matin, les prémices de l’automne se devinait déjà dans la pâle lumière de l’aurore. Je prenais mes derniers clichés. L’horizon masqué de brume, les montagnes en filigrane, les arbres. Nous démontions la tente et rassemblions nos affaires. Lorsque Maman arrivait, on chargeait le tout dans la voiture. Nous ne parlions pas. Mia somnolait. J’aimais la photographier dans cet abandon un peu sauvage qui marquait la fin des vacances et ce jour de rentrée des classes. Nous évitions de repasser par la maison. Nos cartables nous attendaient dans l’habitacle, ainsi que des croissants chauds. Papa baissait sa vitre et le vent s’engouffrait, imprégné de l’odeur discrète des premières feuilles mortes. Il fermait les yeux, bercé par le roulement de la voiture et la conduite assurée de maman. Sa main venait se poser sur sa cuisse et je voyais leur sourire se répondre sans qu’ils se regardent. Des brins d’herbe s’accrochaient encore à nos cheveux, notre peau respirait le soleil, nos regards, le bonheur simple.

Les Plumes chez Emilie. Du thème CARAVANE quatorze mots à placer : chien, musique, pliant, découverte, camper, repasser, dormir, nature, soleil, nomade, liberté, feu, forain, froid

Origami surprise

Cet été, Aloïs, ma fille ainée nous a rejoint quelques jours dans Les Landes. Comme un appel à dessiner, il traînait sur la table une feuille de couleur unie dont elle se sert pour tester ses pliages d’origami. J’y ai griffonné quelques graphismes colorés avant qu’Aloïs ne donne vie à une grue de papier dont voici quelques étapes avant sa finalisation. Ce duo improvisé nous a donné envie de travailler sur de futurs projets communs.

A suivre, donc.

A l’étendue de l’horizon

alors que la terre tremble de notre manque de sagesse
je regarde l’océan brasser le désordre des hommes
les vagues charrier les souillures de notre décadence
et dans l’égoïsme des cœurs endormis
l’absence de toute logique à vivre

combien de siècles faudra-t-il encore pour apprendre à se tenir debout
jusqu’où ira-t-on dans l’ivresse éphémère des marchands de l’inutile
insister l’idée du monde heureux pendant que pleurent les arbres et les peuples oubliés
à l’étendue de l’horizon
ne lâche pas ma main,
je repousserai toute peine pour puiser de chaque vibration franche
le désir et l’espérance des jours paisibles

Petites graines de bonheur -5

Cet été, dans Les Landes, j’ai délaissé pour un temps les galets pour les coquillages ramassés sur la plage et les petites graines de bonheur se sont fait couleur locale. Ainsi lors de balades en forêt ou près des dunes, quelques-unes d’entre elles ont été semées… et rapidement trouvées 🙂

Photos : Amaël