Je rêvais les étoiles.

Lampadaire saisi en pleine créativité. Ville de Muret (31) Mars 2019

Murmures de voix et claquements de volets. La ville s’éveillait sur un des derniers matins d’hiver.

J’avais veillé toute la nuit. Durant la soirée j’avais été le pilier incontournable de l’indigent et tenu la chandelle ‒ malgré moi ‒ pendant des heures à un couple qui avait hésité à poursuivre les prémices de leur idylle. J’avais assisté ‒ de loin, mais j’avais la vue perçante ‒ à un règlement de compte sur la place du marché et à plusieurs deals entre revendeurs de drogues et toxicos. Les nuits étaient souvent plus fracassantes que les jours. La population sensiblement différente. Derrières les volets clos, s’animaient d’autres existences. On en parlait parfois entre nous. On avait vu défiler nombre d’habitants aux espoirs mal définis et aux rêves inaccessibles. D’autres qui jouaient la carte du raisonnable et de l’ennui et d’autres encore, celle du tragique. Si beaucoup s’en fichait, nous étions quelques-uns à penser que les générations à venir allaient avoir du boulot pour travailler l’espoir. J’y réfléchissais souvent pendant les heures creuses. Et tout particulièrement ce matin, alors que le soleil tentait de réchauffer la ville. Je songeais à ces utopies qui jouent de chimères. A la résonance d’idées folles. Nous étions nombreux à rêver. Mais les rêves des autres étaient à hauteur de leur suspension. Illuminer une rue, un pont, et pour les plus ambitieux, un quartier tout entier.

Moi, je rêvais plus haut. Je rêvais les étoiles. Celles qui inspirent et respirent les nuits fragiles peuplées d’infortunes, les heures prospères habitées des plaisirs de chair, et tous les instants assombris qui jouent de lumières. Je rêvais. Poète illusionné, enchaîné à la matière et pourtant libre. Je rêvais d’embraser les jours, éclairer les âmes plutôt que les nuits.

C’est ainsi que l’idée m’a traversé l’ampoule sans crier gare. Je me suis dit qu’à défaut de pouvoir changer le monde je pouvais l’embellir. Le célébrer avec des mots, des rimes et des histoires. C’est que voyez-vous, je crois que de l’inanimé nait aussi l’animé. On pouvait voir grand. Ou petit. Peu importe, tant que des fragments d’espoir s’affichaient manuscrits sur l’une de mes faces, et sur celles de mes compères et réverbéraient l’obscurité.

Quatre mots se sont alors imposés : Chesterfiel, Émétique, Atlantique, Évocateur. Ne me demandez pas pourquoi, ça s’explique pas ces choses-là. J’ignorais ce que j’allais bien pouvoir en faire. Mais nul doute j’avais matière à écrire. Et après, ma foi, après.

Espérer illuminer.

L’agenda ironique de mars, chez Max-Louis avec pour thème : Le lampadaire comme il nous plait de le voir et quatre mots à placer, Chesterfiel Émétique Atlantique Évocateur.


On aurait dit une grande fenêtre ouverte qui se haussait au-dessus du sol

C’était un matin du mois de février, ça s’est passé si vite que j’ai eu du mal à réaliser la singularité des choses avant le soir. La journée était belle. Gelées matinales très vite balayées par un soleil hivernal généreux. Les mimosas croulaient sous les fleurs et parfumaient le petit vent. Au bout de la rue il y avait cette trouée, on aurait dit une grande fenêtre ouverte qui se haussait au-dessus du sol. Un petit nuage flottait à l’intérieur, celui de Magritte ai-je pensé avant de voir Alice courir après le lapin blanc. Quoiqu’à la réflexion c’était le lapin qui courait après Alice, et Lewis Caroll, suivait, s’arrachant les cheveux et maugréant contre la jeunesse qui n’en faisait qu’à sa tête. Moi, serviable, j’ai demandé en enjambant la fenêtre oh, Lewis, t’as besoin d’aide ? mais le bougre était déjà sorti du cadre. Enfin c’est ce que j’ai cru, mais en y regardant de plus près j’ai vu au bout de la rue, cette trouée. On aurait dit une grande fenêtre ouverte qui se haussait au-dessus du sol. Un petit nuage flottait à l’intérieur, celui de Magritte ai-je pensé avant de voir Alice courir après le lapin blanc. Quoiqu’à la réflexion c’était le lapin qui courait après Alice, et Lewis Caroll, suivait, s’arrachant les cheveux et maugréant contre la jeunesse qui n’en faisait qu’à sa tête. Moi, serviable, j’ai demandé en enjambant la fenêtre oh, Lewis, t’as besoin d’aide ? mais le bougre était déjà sorti du cadre. Enfin, c’est ce que j’ai cru mais en y regardant de plus près j’ai aperçu Lewis en pêcheur de nuage lever haut sa canne vers le ciel pour tenter d’attraper le nuage de Magritte. Alice était si loin qu’elle ressemblait à un point bondissant vers l’horizon. Le lapin, les oreilles tombantes, ahanait, couché aux pieds de Lewis. Boum, boum, boum ! boum, boum, boum ! faisait son petit cœur affolé. Sa montre avait l’air tout aussi essoufflé, ai-je constaté en voyant les heures tourner trop vite. A présent c’est moi qui m’affolais de la course à venir. Allais-je arriver à temps ? 22h 22 c’était beaucoup trop tôt pour trouver une idée. Et puis j’ai levé les yeux et j’ai vu cette trouée, on aurait dit une grande fenêtre ouverte qui se haussait au-dessus du sol. Un petit nuage flottait à l’intérieur, celui de Magritte ai-je pensé avant de voir Alice courir après le lapin blanc. Quoiqu’à la réflexion c’était le lapin qui courait après Alice. Lewis Caroll, lui, avait lâché l’affaire. Il voulait remonter le temps, trouver comment l’absurde pouvait se doter d’imagination en si peu de temps. Moi, pendant ce temps, je me suis hissée sur le bord de la fenêtre. Je crois que j’aurais pu me laisser aller à suivre les courants ascendants, fragile, fragile dans l’espace-temps. J’aurais pu, mais Lewis a stoppé mon élan, il m’a dit, attends, attends je crois que je me souviens, il a dit, c’est tout simple, j’aurais dû y penser avant même de commencer à écrire Les Aventures d’Alice. Alors piquée de curiosité j’ai demandé, Quoi ? C’est quoi ? Et lui, de me répondre, tout sourire : « Le meilleur moyen d’éviter la chute des cheveux, c’est de faire un pas de côté. »

Agenda ironique, agenda onirique et rêve absolu nous propose Martine avec seule contrainte la phrase de Groucho Marx à placer à la fin du texte.

Avis aux lecteurs : texte écrit à l’arrache et sans filet ! 🙂

Magnifique monde et La Victoire : René Magritte. (1898-1967)

Plongée de mini dialogues divers mêlés de divers mots-valises

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1 – Abomifreux 

— Abomifreux ! Abomifreux ! Est-ce que j’ai une tête d’abomifreux ?

2 – Balument

Entre le balu et le ment mon cœur balance. Oui, c’est un doux balument.

3 – Jumeleine

— Bon ne le prends pas mal, hein ? C’est un compliment… enfin presque. Bref, entre nous je peux bien te le dire, ton rire me rappelle celui de la jumeleine

4 – Polimalie

— Fais gaffe ! Faudrait pas tomber sur les flics.

— T’inquiète ! Je suis maître es polimalie.

5 – Fatalimace

— La situation est grave ! Que dis-je ? Elle est fatalimace !

—  Faut pas dramatiser non plus. On va la retrouver ta coquille.

6 – Eléphantastique

— Non mais regarde-moi ça. Tu n’as pas l’impression qu’elle en fait trop ? Et tout le monde de s’extasier, de dire combien elle est éléphantastique ! Et puis quoi encore ?

— Tu as raison. La trompe ne fait pas le moine. En attendant mets-toi à l’élastique.

7 – Mergnifique

— Incroyable ! Sens-tu l’air chargé d’iode, le goût du sel qui pénètre la peau ? Regarde ! La mer s’approche, c’est marée haute. Regarde, l’étendue mergnifique.

8 – Enchanquise

— Non, merci pas de dessert.

— T’es sûr ? Pour ton retour du grand nord je t’ai préparé un spécial enchanquise.

— Si tu me prends par les sentiments…

9 – Amupliqué

— Ah, quel casse-tête ce problème de math ! Y a que les profs pour penser que c’est amupliqué !

10 – Charonne

— T’as fait quoi ce week-end ?

— J’ai remonté le fleuve Charonne en canoé.

11 – Insolitude

— Tu étudies quoi en ce moment ?

— La science de l’insolitude. Tu n’imagines même pas le nombre de gens qui en sont atteints !

12 – Artificelle

— Oh regarde la belle ficelle bleue ! Et waouh ! La rouge. Et la verte. Et…

— Oui je vois. Je vois aussi bien que toi. Beau spectacle d’artificelle. Pas la peine de le hurler.

13 – Brumageux

— Eh bien qu’est ce qui t’arrive ?

— C’est l’automne. J’ai le moral en berne, le spleen brumageux.

14 – Agengouin
15 – Délicaristique

— Tu me montres les dessins de ton agengouin ?

— Alors qu’est-ce que tu en penses ?

— Joli coup de crayon délicaristique.

16 – Mirififique

Ô miroir, miroir. Dis-moi, suis-je le plus mirififique de tous les miroirs ?

 17 – Délibule

— A part tourner en rond dans ton bocal, qu’est-ce que tu fais de tes journées ? Bon sang mais qui m’a fichu un délibule pareil !

18 – Créaginaire

— Dis-moi, t’en es où de l’écriture de ton roman ? ça avance ?

— M’en parle pas ! Depuis des jours ma créaginaire a fichu le camp.

19 – Existancié
20 – Tartuffolique

— Dans la pièce que nous étudions, qui peut me donner la signification de la réplique suivante : « Loin de l’existancié, le tartuffolique ne voit que le bout de son escarcelle » ?

21 – Gymnasticot

— Ah, quelle performance ! Regarde comme elle évolue sur scène.

— Il est vrai que c’est beau. Tout est dans le geste, le mouvement subtil de la gymnasticot. Quelle grâce !

22 – Couettivité

— Demain la saison de la couettivité débute ! ça te dit d’y participer ?

— Et comment ! J’attends ça depuis des mois. J’amène mon oreiller. Tu me fais une place sous ta couette ?

23 – Ecriames
24 – Pinguouination

— Tu as terminé ta thèse sur les écriames ?

— Pas encore. La pinguouination est assez complexe, il va me falloir plus de temps.

25 – Chocile

— Tu prendrais la robe rouge ou la noire ?

— Les deux . Comme ça pas de Chocile !

26 – Drolatour

— Maman, tu connais la dernière de carambar ?

— Encore une histoire qui se veut drolatour ? Oui ! Je crois bien que j’en ai fait le tour plus d’une fois.

Petits bouts de dialogues divers et divers mots-valises pour l’agenda ironique d’octobre proposé par Jobougon et hébergé par Différence propre et singularité

 

 

 

 

 

 

Promenade sous terre puis retour à Deauville.

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À la recherche de mon moi idéal, je suis descendue sous terre.  L’air était dense, la terre meuble et humide. J’ai suivi les lumières suspendues, qui dans la nuit, ressemblaient à des salsifis sauvages. J’ai parcouru de long en large l’esplanade, mais j’ai eu beau me chercher je ne me suis pas trouvée. J’y ai pourtant croisé mon égo en conversation avec Jacques Lacan. Fallait le voir (mon égo pas Jacques) refléter dans son miroir toute la splendeur de son narcissisme assumé. Bernique ! Y a des jours où je me demande franchement quel JE, je suis ! Bref, j’ai poursuivi mon chemin et mes recherches. Mais attirée par les voix et la musique qui se jouait non loin de là, je me suis arrêtée à la brasserie “La Rotonde”.

Le lieu était bondé de monde, un ballet-théâtre y donnait une représentation. Un verre de pinot à un main, je me suis perdue loin de moi me réjouissant d’assister au spectacle donné.  Des métropolitains en tenue de pingouins y dansaient, jouaient et déclamaient haut et fort leurs répliques. Un dernier verre et puis j’ai quitté tout ce petit monde. L’heure tournait, (ma tête aussi) et j’étais toujours à la recherche de moi-même. Les heures de la nuit s’allongeaient jusqu’à devenir trop familières. J’ai dû courir pour ne pas rater le ballon-taxi. En un bond je suis montée dedans et nous nous sommes envolés pour le jour suivant. C’est en arrivant sur la plage de Deauville que je me suis vue, en tenue de bain, les pieds dans l’eau, la main en visière le regard scrutant le littoral. Pendant un temps infinitésimal je me suis demandé si je ne rêvais pas. J’étais là avec mes gambettes à l’air, à me narguer sans pudeur. Quelle chipie me suis-je dit, elle ou bien moi-même, (à vrai dire je n’étais plus sûre de rien) m’avait chipée mon maillot !

Finalement à bien me regarder, idéal ou pas, l’émoi que je ressentais à être face à moi m’a rappelé que, qui que nous soyons, nul besoin de courir loin pour se trouver. On peut apprendre à bien vivre avec soi, sans idéal, peut-être même est-ce l’idée qu’il faut s’en faire. S’habituer à soi tout doucement, apprendre à s’aimer, un peu, puis beaucoup sans pour autant égaler l’égo non plus. – Celui-là, il n’en manque pas une pour s’immiscer dans le texte.

Le jour se levait. J’entendais déjà le Jaquemart sonner six heures et le coq chanter à tue-tête « ici l’Aube ! ici l’Aube !» J’ai pensé qu’il était trop tard pour aller compter les moutons dans le près d’à côté, alors à défaut je suis passée voir les brebis, qui elles, n’hésitaient pas à faire des salto à tout heure. Je me suis allongée dans l’herbe. Ça sentait déjà la chaleur et les blés coupés. Les coquelicots se balançaient dans le vent. J’ai respiré profondément. L’air du temps sommeillait à l’abri des indiscrets. Je me suis endormie tout contre moi. J’étais bien. Tout simplement bien.

Ce mois-ci l’agenda ironique est double. Donc doublement difficile de jouer mais le plaisir n’en reste pas moins grand ! 🙂 Avec un sujet d’Andréa et un de Dominique : S’inspirer d’une photo et du thème « Promenade sous terre » et y insérer une foison de mots. J’ai fait l’impasse pour trois d’entre eux. Pour les détails c’est par ici.

 

Crédit : Photographie de presse, Agence Rol, 1923
gallica.bnf.fr

Vacances à la campagne

 

 

En villégiature dans la campagne anglaise, Holmes, assis dans un fauteuil Voltaire, le nez collé à la fenêtre regardait le rideau de pluie infini tomber du ciel gris.

Plusieurs points étaient à observer pour faire état de ses lamentables vacances.

Le premier, l’ennui. Indiscutable. Interminable. Les vacances de ce mois de juillet n’en finissaient pas. Watson, s’y plaisait, – il s’était pris de passion pour l’étude de la phrénologie et y consacrait la plus grande partie de ses journées – et pendant ce temps Holmes buvait son désœuvrement avec du thé arrosé de brandy.

Le deuxième point, le mauvais temps. Indiscutable. Interminable. Depuis des jours il pleuvait des cordes, ou des chats et des chiens, c’est selon de quel côté de la Manche on se situe. Toujours est-il que l’on frôlait l’inondation.

Le troisième, l’ennui encore et toujours. Le quatrième et le cinquième point : idem.

Parce que, autant vous mettre dans la confidence, Holmes était en manque.  Un manque grandissant qui mettait ses nerfs à vif. Il était pris de tremblements qu’il cachait à Watson en tournant en rond à en user le tapis du salon. Oui en manque. Manque d’énigme à résoudre, de mystère à découvrir, il frisait le spleen de la campagne.

Il fallait que cela cesse.

Comme pour conjurer cette énième mauvaise journée, Holmes vit tout à coup derrière le rideau de pluie une chose des plus étranges, comme un appel à ce qu’il sorte du cottage malgré le temps épouvantable. Ce qu’il fit, sans plus attendre. Il tenait enfin une chute digne à ce récit monotone.

Crouich, crouich chantaient les pas bottés du détective. Il avançait dans la gadoue, la tête baissée, faisant fi des rafales de vent qui annonçaient la tempête, pressé d’arriver sur les lieux parce qu’il en était sûr, oui, sans l’ombre d’un doute, aussi certain qu’une preuve dans la visée d’un microscope, il avait vu, comme je vous vois, à l’autre bout de la propriété, un pangolin se balancer sur la branche du vieux chêne. En s’approchant de plus près, il considéra l’animal. De part et d’autre la surprise s’affichait sur les visages. Voilà une affaire des plus étranges, estima Holmes. Il devait faire preuve de souplesse, ne pas laisser voir son étonnement, après tout il avait vu et assisté à bien d’autres troublantes affaires. Celle-ci n’en était qu’une de plus. Il prit le temps de bien observer le pangolin. Il avait un teint de porcelaine et portait une robe blanche ornée de minuscules fleurs brodées. Son sourire était doux, un rien moqueur. Son attention ne faiblissait pas. Il salua le détective mais ce fut la voix insistante de Watson qui perça de son timbre insistant, l’état de sa stupéfaction

– Holmes ! Holmes ! Vous m’entendez ?

– Bien sûr que je vous entends, grogna-t-il dans un sursaut. Inutile de crier.

– Eh bien mon ami, vous voilà de méchante humeur, s’exclama Watson. Décidément, faire un somme en milieu d’après-midi ne vous convient pas. Venez donc saluer Miss Pangolin qui nous fait l’honneur de sa visite.

Holmes se redressa avant de se lever de son fauteuil. La mine chiffonnée, le moral en berne, il toisa Watson avec contrariété. Point de pangolin, point d’aventure, point de mystère à résoudre. Juste un brin de somnolence et une miss assez jolie pour faire fondre le cœur de Watson et parfaire son propre ennui. Quelle ironie ! And last, but not least¹, pensa-t-il, en saluant Miss Pangolin. On ne m’y prendra plus, ça non. Terminé, finito ! Ras la casquette ! Ne plus quitter Londres, ne plus suivre Watson, encore moins l’écouter me vanter les mérites de vacances à la campagne.  I’m coming back home² !

En juillet l’agenda ironique prend ses quartiers chez Palimpzeste. Où il est question de faire revivre Sherlock Holmes le temps d’une histoire avec des mots à lâcher de-ci, de-là : phrénologie / porcelaine / chute / microscope / inondation / corde/  and last, but not least/pangolin.


¹ « dernier point mais non le moindre »

² « Je rentre chez moi »

Tout, Rien et le pingouin

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Tout n’avait rien et, à l’opposé, Rien avait tout. Ils vivaient chacun sur leur parallèle, une ligne droite jusqu’à l’horizon. Dans ce pays-là on ne faisait pas dans la demi-mesure. Comme celui d’un fleuve intarissable pour l’un et aride pour l’autre, ils suivaient leur cours.

Dès le printemps Rien se mettait au vert, tandis que Tout trimait sous le soleil. Et à l’automne Rien récoltait l’abondance et Tout crevait de faim. La fable est hélas, classique. Ainsi passaient, dans la plus totale indifférence du monde,  les jours et les nuits. Sans doute en aurait-il été de même jusqu’à la fin de cette histoire si un matin de juin, n’avait surgi sur la ligne parallèle de Tout, un pingouin endimanché d’arc-en-ciel.

— Hello, mon bon, dit le pingouin. Je suis à la recherche de ma chaussure, ne l’aurais-tu point aperçu  ?

— Non, ici il n’y a jamais rien.

— Vraiment ? Alors que fais-tu donc sur cette parallèle alors ?

— J’habite ici.

— Hum, dit le pingouin d’un ton réfléchi. Si tu y habites, tu es bien conscient qu’il ne peut n’y avoir rien.

— Ben c’est pourtant le cas.

— Je vois, dis le pingouin qui ne voyait rien du tout. Et comment t’appelles-tu l’ami ?

— Tout

— Eh bien voilà un nom qui sonne clair comme l’eau de roche.

— Ah, vous croyez ? demanda Tout, dubitatif

— Oui, ça sonne comme une évidence ! renchérit le pingouin arc-en-ciel. Alors dis-moi, Tout, selon toi où puis-je chercher ma chaussure volage, si ce n’est chez toi ?

— Je crois que vous devriez aller voir Rien. Lui a tout.

— Ah ! Ah ! s’esclaffa le pingouin, hilare. C’est une blague ?

—Bien sûr que non. Je ne plaisante jamais.

— Eh bien c’est malheureux, grommela l’oiseau. Mon dieu, mais quel monde absurde. Je débarque de l’arctique à la recherche de ma chaussure nomade, et j’atterris devant deux parallèles plus divergents que jamais. Bon sang de bon soir, sous quelle plume de quel écrivaillon suis-je tombé aujourd’hui ?

—Hé, ho, le volatile ! Tu te crois plus malin que les autres à chercher une chaussure unique ? se fâcha Tout.

— Mais mon bon, nous sommes tous unique. Toi, moi, ma chaussure, ton voisin, là en face. Faudrait peut-être tenter un petit mélange des genres pour unifier tout ça.

— Unifier quoi ?

— Vos parallèles à ton copain et à toi.

— Ce n’est pas mon copain. Je t’ai dit que je n’avais rien.

— Oui, justement.

— Quoi ?

— Non, mais franchement qui m’a pondu un empoté pareil ! Eh bien tu as Rien et tu ne le sais même pas.

— Je n’ai pas Rien, je n’ai rien, la nuance est pourtant claire.

— Ça mon coco, ça reste à voir

— Je te l’ai dit, y a rien à voir de ce côté-ci

— Je vois bien un couillon, moi.

— Ah ? Où ça ?

— Devant moi, bêta !

— Bon ça suffit, t’as rien à faire ici. Va donc chercher ta chaussure chez Rien. Lui a tout.

— J’y vais, j’y vais de ce pas. Et toi, tu m’accompagnes.

Et notre pingouin d’attraper fermement le bras de Tout qui, malgré ses protestations, se retrouva en un rien de temps, sur l’autre parallèle, face à Rien qui n’en croyait pas ses yeux. Tout qui n’avait rien (enfin si, le pingouin était toujours accroché à son bras mais il tentait de l’ignorer) fit donc face à Rien qui avait tout (mais on ne voyait rien qui l’attestait non plus). Autant vous dire que le face à face fut accueilli par un silence des plus éloquents.

Le parallèle de Rien était d’une tristesse à faire peur. Quoi qu’en dise son voisin, ça vibrait d’un tout à la limite du contraire. Leur différence était pourtant flagrante. La seule chose qui semblait les rapprocher était la couleur grise des pavés qui couvrait le sol de chez l’un et de chez l’autre. Le pingouin qui aimait se mêler de choses qui ne le regardait pas, dévisagea les deux voisins avec l’idée bien précise de bousculer les codes de ce monde (et plus sûrement d’en finir avec cette histoire). Faudrait creuser un peu pour voir où tout ça nous mène se dit-il alors.

— Dites les gars, y a quoi sous les pavés ? demanda alors notre oiseau coloré.

— Ben, la plage répondirent-il d’une seule voix.

— La plage ? Voyez-vous ça ! dit-il en dégageant un premier pavé.

Sous le regard médusé de Tout et Rien, un deuxième, puis un troisième suivit. Et ainsi de suite, les pavés quittèrent leur place, perdirent leur consistance, se mêlèrent au sable qui peu à peu prenait de l’importance, et donnait aux deux parallèles l’allure d’un grand littoral où les vagues battaient le sable. D’une main énergique, notre pingouin poussa Tout et Rien sur les lieux.

— Allez, les gars, à vous de jouer maintenant. Construisez des châteaux, créez votre nouveau monde. Petits veinards c’est le solstice de l’été aujourd’hui. Vous avez plus de temps qu’il n’en faut pour réussir.

—Tu ne restes pas ? s’affola Tout

— Ne t’inquiète pas. Tu es Tout et son contraire se tient jusqu’à côté de toi. Crois-moi, il n’en faut pas plus pour créer une histoire. Moi, j’ai une chaussure qui m’attend quelque part. Et comme je te l’ai dit, tout ce qui est unique est précieux, l’ami. Tâchez de ne pas l’oublier.

 

En juin l’agenda ironique prend ses quartiers chez Carnets paresseux avec Tout et son contraire saupoudré de quelques mots à placer ici et là. J’en ai retenu quatre : pingouin, vert, soleil, chaussure.

 

 

Elle lisait nue

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Elle lisait nue. Allongée sur le lit, alanguie, voire un peu endormie, ou assise dans le large fauteuil, le livre dans ses mains, comme en suspension devant ses yeux. De temps à autre elle se levait, le livre toujours en mains et marchait. La démarche naturelle, sans éprouver la moindre gêne des contours impudiques de son corps, sans même l’idée de se montrer ainsi vulnérable, elle lisait. Et, au rythme des pages tournées, quelquefois, s’arrêtait au détour d’un mot, d’une phrase.

A la posture du corps je devinais les tensions que créait sa lecture, elle disait, écoute, en levant son index comme pour retenir mon attention, se plantait devant moi, attendrissante, vierge de textiles, la peau laiteuse constellée de taches de rousseur. Ses cheveux détachés frôlaient ses seins. Je regardais les aréoles brunes, le ventre rond, son nombril creux, les hanches pleines, la toison sombre, les cuisses fermes. Quelquefois mon regard descendait le long des jambes jusqu’aux pieds. Et, quand elle reprenait sa balade, les orteils vernis jetaient comme des taches de couleurs sur le plancher. Tu m’écoutes ? insistait-elle et je hochais la tête avant de fermer les yeux. Je restais silencieux, attentif à la moindre nuance de sa voix. Selon l’intensité de sa lecture, elle modulait sa perception et sa tonalité résonnait dans chaque fibre de mon corps. Je me sentais alors dépouillé de toutes mes années d’errance, de mes propres déambulations oisives. J’étais plus nu habillé qu’elle dénudée. Elle me débarrassait de toutes les couches sordides, le passé pesant se drapait de pudeur, s’esquivait, s’éloignait, comme un souffle léger.

Elle lisait, à nouveau silencieuse, douée de clarté, s’asseyait, jambes croisées, libertine, ainsi vêtue de sa nudité et, dans la désinvolture sensuelle de son corps libre, naissait ma propre renaissance.

En mai, pour l’agenda ironique,on se met tous à « nu, nue, nus, nues » comme il nous plait, et c’est chez Valentyne que ça se passe

Sous le chapiteau du monde bleu, je nage.

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Sous le chapiteau du monde bleu, je nage. Je nage dans un bercement infini. Le courant m’entraîne dans un flot ininterrompu et, sous mes écailles d’argent, mon cœur cascade le rythme du temps. J’effleure le murmure de l’onde, frôle le mouvement intemporel.Je glisse dans l’universel et l’immense. Un récital sans retenu, ni censure.  De ci, de là, des bulles éclatent dans des rires et l’eau varie bleue. Des touches de camaïeux expressifs réinventent les histoires.

Je sinue entre les danseuses et tour à tour des flaques de lumières serpentent dans lesquelles la Lune se reflète. Je peux alors entendre celle-ci jouer du violon. Des notes s’élèvent comme au commencement du monde, ça éclabousse le cœur et l’âme, ça bouscule soudain l’ordre des choses. Il nous faut attendre quelques accords avant que l’Oiseau ne se joigne à elle. Jaillit alors le son du tambour, les tempos s’enchaînent, fluctuent au gré de l’eau, j’entraîne les autres dans la danse, on virevolte et voltige, on joue d’équilibre avec funambules et trapézistes. On oscille dans le vent du large, dans les nuances céruléennes, les bleus se créent, s’animent, et se fondent.  Comme une pause, un soupir ou un silence, j’écoute alors le mouvement du temps, l’écho du présent, l’importance des choses et des êtres.

Je suis tout à la fois, eau, air, feu et terre, le souffle audacieux du monde.

En avril l’agenda ironique s’invite chez Estelle de L’atelier sous les feuilles. Il fallait se mettre dans la peau d’un poisson et laisser place à l’imaginaire en s’appuyant sur l’univers de Marc Chagall et plus particulièrement le tableau ci-dessus, Le cirque bleu.

On est toujours vivants !

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On a tiré au sort et c’est tombé sur moi. Alors je vous raconte. Pour le jour où on partira. Vous notez tout ? Vous ne censurez rien, j’ai votre parole, hein ?

Alors, voilà, on vit tous dans la maison de La dernière demeure, (plus mortel comme nom, tu meurs avant même d’y entrer.) La première fois, ça m’a bien fait marrer, après beaucoup moins, forcément. Ils ont beau jouer sur la décoration — reproduction de tableaux célèbres, murs blancs, moquette dans les couloirs —, ça n’en est pas moins lugubre. J’hésite à considérer le lieu comme l’antichambre du mouroir et le couloir de la mort. Les deux, mon capitaine, les deux, m’a dit Roger, avec un rire grinçant à réveiller les morts. C’est qu’on flirte avec la mort, nous les vieux, on la provoque, on l’apprivoise, c’est selon. On en rit souvent. On peut se le permettre. Donc, que je vous dise comment ça se passe un peu par ici.

La journée on a tous l’air de fantômes en sursis, des hommes et des femmes arrivés au bout de leur vie, (ça reste à prouver, tout de même), parqués ensemble comme du bétail prêt à aller à l’abattoir. On ne nous laisse plus décider de rien, ça hurle dans les tympans, ça nous parle comme si nous n’étions plus aptes à comprendre. Quel ramassis de conneries ! Moi, je vais vous dire, un jour la révolte va avoir lieu, on va ruer dans les brancards et les fauteuils roulants, prendre la poudre d’escampette avant de crever pour de bon. Et puis quoi, crever, on va y passer, alors qu’on nous laisse choisir comment. Jean, il dit qu’il prépare la grande évasion, il en parle comme d’une conspiration et comme garantie il veut prendre la directrice en otage. Les femmes ne sont pas d’accord. Elles misent sur le sous-directeur. (Plus sexy, qu’elles disent)

En attendant, c’est la nuit, quand tout dort (les fauteuils, les tables, les chaises, les couloirs, le personnel) qu’on vit vraiment. Bon on a dû forcer un peu la dose pour le personnel, faudrait pas qu’il se réveille trop tôt mais on a de quoi avec tous les médocs qu’on nous refile, alors on ne craint rien. Ah, ça, la nuit il s’en passe des trucs. Parce que franchement qui dort encore la nuit à nos âges ? C’est dingue que personne ne se soit pas rendu compte que nous jonglons avec le temps, (qu’est-ce qu’on a à perdre, hein ? ), on l’accommode à notre idée, quelques brins de folie pour l’user à notre guise. On n’a pas besoin de musique, la musique on l’a dans nos têtes, elles en sont remplies, de celles d’avant, celles qui nous faisaient vibrer à vingt ans dans les bals communaux. Non pas qu’on n’écoute pas celles des jeunes d’aujourd’hui, mais bon ça nous parle pas pareil. Forcément.

Jacques, c’est le roi de la débrouille. il a réussi à récupérer une caisse de champagne dans la remise (pour la venue du préfet) et chipé la marijuana de la directrice (sa réserve personnelle).  On danse. On danse, on titube un peu, (beaucoup pour certains), on se tient dans les bras, on s’enlace, on rit comme des gamins. L’alcool monte à la tête, on se partage les joints, les bonbons que nous ont refilé les mômes. (C’est plus facile de commercer avec eux, ils ne nous jugent jamais). On s’embrasse, on rit encore, on caresse le visage de l’autre, les mains et parfois oui, parfois, les corps aussi, on veut voir l’amour dans les yeux, les gestes tendres, les sourires et les rires, on veut voir l’amour qu’on ne voit plus ailleurs. On a tellement rêvé d’un autre monde… qu’on en rêve encore.

Bon, les lendemains sont souvent ardus, on se traîne, on n’est pas loin de ressembler aux légumes que s’obstine à nous faire bouffer le cuistot de la cantine. On demande à ce que les volets ne soient pas trop ouverts, on veut pas parler, pas manger, on veut juste qu’on nous foute la paix et récupérer pour la prochaine nuit. Parce qu’il y a qu’à ce moment-là, qu’on se sent encore vivant. Et ça ma p’tite dame, pas question d’y renoncer. Ça n’a pas de prix.

En mars, Jo et l’agenda ironique nous embarque en maison de retraire, où il se passe des trucs surréalistes et décalé, voire étranges.  Pour les détails c’est par ici

Dessin tiré de l’excellente BD Les vieux fourneaux de Paul Cauuet et Wilfrid Lupano

 

 

 

 

La poule et l’œuf

poule

Il était une fois une petite poule qui habitait à côté d’un mur. Elle était apparue un jour de grand beau temps, comme ça, dans un grand « pop » magique et se trouvait être la première poule du monde. Chaque jour, comme un miracle renouvelé  le même rituel se répétait : toujours au même endroit, du pain apparaissait et la poule grimpait sur le muret afin de picorer son dû. Un matin de grand ciel bleu, sans que rien ne laissât présager de changements — ni vent, ni tempête, ni balayette —, point de pain sur le mur. Celui-ci était net, dépourvu de la moindre petite miette si bien qu’elle s’en trouva tout à coup fort désappointée.  Elle imaginait déjà à quoi ressemblerait sa vie future : une longue et rude quadragésime. L’idée même lui fut insupportable. Qu’à cela ne tienne, se dit-elle, je vais de ce pas suivre le chemin du muret et peut-être trouverais-je plus loin mon pain quotidien. Ainsi, tout en jouant d’équilibre, la petite poule trottina le long du muret. C’était un long muret, d’où on ne voyait ni le commencement, ni la fin, et au début cela effraya un peu la petite poule, puis elle s’enhardit, se trouva même aventureuse à partir ainsi vers l’infini. Je suis partout chez moi se dit-elle, ragaillardie à l’idée d‘être la première poule du monde. Quel choc fut alors de voir débouler devant elle un œuf à la pâle couleur, encore jamais rencontré. Ils se regardaient l’une, avec méfiance, l’autre avec un sourire conquérant. Attention, pensa la poule, l’énergumène est peut-être mon voleur de pain.

— Holà poulette, ôte-toi de mon chemin, dit l’œuf. J’ai encore une longue route à faire.

— Toi, ôte-toi de MON mur. Tu n’as pas ta place ici.

— Crois-tu ? J’étais là avant toi. Si tu veux passer, envoie la monnaie d’abord. Une tringueld fera l’affaire

— Que ? Quoi ? s’égosilla la poule. Avant moi ? Tu délires. Je suis la première.

— Ah ! Ah ! Quelle bêtise. Tout le monde sait que moi, l’œuf, vient avant toi, rigola-t-il

— C’est la chose la plus stupide que j’ai jamais entendu, répondit la poule

— C’est ça, c’est ça, dit l’œuf en tournant sur lui-même. Non mais franchement regarde-moi ! Ne vois-tu pas ma perfection dans les courbes et lignes de mon corps. C’est la maturité, ça ma belle, des années, que dis-je des siècles, d’expérience et une bonne dose de truculence qui font toute la différence.

Et l’œuf, fier comme un coq, roulait des mécaniques devant la poule obligée de reculer. Un vrai spectacle à lui tout seul. C’est un cauchemar, je vais me réveiller, marmonna la petite poule. Non seulement il contestait son origine première mais en plus elle perdait du temps et sa patience. Un long chemin lui restait encore à parcourir avant de comprendre le mystère du pain perdu et qui plus est, elle avait faim. Elle foudroya l’œuf d’un regard glaçant. Était-ce lui son voleur de pain ? Songeait-il  à s’en faire des mouillettes ? Fallait-il livrer combat et désigner un gagnant ? Comment le monde qui tournait rond jusqu’à présent était-il soudain devenu… ovale ? Manquerait plus qu’il faille conclure une morale à cette histoire, ça serait le clou du spectacle, pensa-t-elle dépitée.

L’œuf se pavanait, bombait du torse, disait :

— Allez poulette, fais pas la tête. Faut te faire une raison. Sur cette terre, sur ce muret et partout dans le monde j’ai posé le pied le premier. Mais je veux bien t’accorder le deuxième.

— Premier, deuxième, deuxième, premier. Je t’en foutrai de la sélection, moi. Et mon pain perdu, cria-t-elle soudain, il devient quoi dans cette histoire ?

— Hou là, faut pas le prendre comme ça, on peut s’entendre tu sais.

— Ah oui ? Et comment ? On fait une rotation ?

— Mais oui, la poule ! On peut, si tu veux. Moi d’abord, toi ensuite, dit-il goguenard.

Et il cligna de l’œil, la mine ravie. Pendant un instant la poule demeura coite, puis pour la première fois de sa vie, se fendit d’un sourire.

— Allez petite, viens, on s’en fout qui de toi ou de moi vient avant, dit l’œuf. Y a que les imbéciles pour ne pas voir que l’importance est ailleurs. On va chercher ton pain, sur le muret et ailleurs s’il le faut. On est deux maintenant. Pour continuer c’est mieux, non ?

 

En février l’agenda ironique se pose chez Le dessous des mots avec pour consigne : un conte, quatre mots, une morale… Moi et les contes ça fait deux,  mais pour le plaisir de jouer, eh bien… j’ai joué. 🙂

crédit photo : inconnu

 

Comme des poussières qui nourrissent l’âme

L'Etoile

 

Si j’étais toi, toi qui ne dure qu’une inspiration

Un souffle d’air et de musique

Toi où coulent les flots

Tu me dirais d’embraser le vent de l’instant éphémère

Et la caresse de ta main saisirait la mienne

Comme des poussières qui nourrissent l’âme

Ça donnerait aux toiles le temps de virer étoiles

Et le murmure dans la chaleur des corps des instants charnels

Seraient semblables aux constellations qui apprivoisent les rêves

La tête dans les étoiles, les pieds sur Terre

Dans la sève des arbres et le bleu de l’horizon

On irait tout près, même si c’est encore loin

On prendrait le temps de regarder grandir les enfants

Sans se retourner

Sans aucuns regrets

Si j’étais toi

Si je suis toi

Toi en moi

Toi et moi

Le Si n’existe pas.

En janvier l’agenda ironique est chez VictorHugotte  où « sous une pluie d’étoiles et de conseils », on s’inspire de l’arcane XVII pour écrire un poème de forme fixe ou non qui doit commencer par « Si j’étais toi… » Pour les bonnes résolutions, on repassera 🙂

 

N’oublie pas le croco, les serpents, les pieds de porc et les poussins

 

agenda-ironique-nov-2017

Hello,

Je n’ai pas pour habitude d’écrire depuis le ciel — il peut encore attendre celui-là —, mais les circonstances d’aujourd’hui me poussent à le faire avant le 18  de ce mois parce qu’après comme tu le sais, les Granny Smith partent en vacances par le dernier charter. Je fais court mais je tiens tout de même à te rappeler pourquoi tu dois aller nourrir le croco et les serpents. La dernière fois j’ai eu tout le syndicat de l’immeuble devant ma porte. Bon d’accord je n’aurais sans doute pas dû les autoriser à finir la bouteille de gin — quoique le croco s’est endormi assez vite après avoir versé ses larmes — et ce soir là il est vrai qu’il y avait aussi Julien avec sa manie de changer de tête comme de chemise. Franchement, il fallait suivre ses revirements et ses transformations. Autant te dire qu’il manque toutefois de pratique parce qu’il a conservé celle du zèbre pendant cinq jours. J’ai fini par comprendre que le sourire équin qu’il affichait, babines retroussées, dentition proéminente, perturbait les voisins. Je te rappelle aussi que dépoussiérer les pieds de cochon sur la cheminée est une tache délicate. Attention  à ne pas laisser la fenêtre ouverte ! Tu as peut-être oublié qu’ils s’étaient fait la malle et avaient manifesté contre l’excès de poussière toute la journée dans le quartier, mais pas moi. J’ai passé un temps fou à rassurer le voisinage qui tout à coup me voyait comme un bon à rien, incapable de tenir une maison. Autant te dire que j’ai été vexé par leur jugement hâtif. Il y a aussi les poussins dans la chambre, ceux qui se nichent au plafond dans les moulures qu’il faudra nourrir. Les autres — sur l’étagère et le mur — sont empaillés, je te le rappelle. N’essaie pas de les gaver de graines, ils jeûnent depuis des lustres. En parlant de lustre, celui du salon manque de tomber sur la sirène. Si tu pouvais la déplacer pour éviter qu’elle ne se blesse et par la même occasion qu’elle ne broie du noir pendant mon absence, ça serait sympa. Je sais, je t’en demande beaucoup, d’autant que si je me souviens bien la dernière fois que tu es venu vous vous êtes disputé tous les deux à cause des parapluies. — Encore et toujours à cause des parapluies ! — Il faudrait peut-être arriver à faire table rase du passé, tu ne crois pas ? Je t’entends encore hurler comme un dingue devant elle, — allongée sur le sofa, ses petits seins nus en tressautaient de peur — « Nom d’une pipe en boite, il ne faut plus prendre les parapluies pour des sirènes ! » Il m’a fallu des jours pour qu’elle cesse de pleurer devant ce qu’elle juge cruel de ta part. Franchement, si ça la rend heureuse, qu’est-ce que ça peut te faire qu’elle croie dur comme fer que ces parapluies sont ses filles avant d’être les tiennes ?

Bon, je te laisse les clés comme convenu dans le pot de fleur. J’ai rempoté le désordre de la dernière soirée, n’oublie surtout pas de nourrir le serpent deux fois par jour.

A bientôt, l’ami !

Un texte burlesque, sans queue ni tête mais qui a du sens pour qui le crée, écrit pour le dernier mois de l’agenda ironique de l’année proposée conjointement par les miss Anne et Clémentine Il fallait s’inspirer du collage d’Anne pour écrire une lettre parsemée de quelques mots complètement inventés, de déclinaisons alambiquées ou de situations invraisemblables et insérer la phrase (en italique) dans le texte. J’ai choisi l’invraisemblable… Merci à vous deux pour le grand n’importe quoi de ce mois !  🙂

Je tiens à préciser qu’aucun animal cité n’a été maltraité tout au long de ce texte, que les poussins, le serpent, la tête de zèbre et les pieds de cochon existent bel et bien dans un appartement parisien visité… avec beaucoup d’autres animaux tous plus ou moins vivants.

Grain de café

caféverlaine

L’air sentait l’humidité, les feuilles mouillées, la terre en repos. L’aube d’un matin d’octobre pointait à peine son nez, l’horizon nimbé de lumière pâle, les arbres floutés dans un halo de brume. Le café, l’unique café du village, m’accueillait généralement à chacun de mes retours. Dès que j’ouvrais la porte, le tintement de la cloche tintinnabulait joyeusement comme en réponse à mon bonjour lancé à la cantonade, même si, à cette heure-ci, personne n’était encore accoudé au comptoir. Sur les murs, de hautes étagères supportaient une impressionnante collection de moulins à café ancien. Lors de mes voyages je tentais de dénicher la perle rare, mais pour Marie chaque moulin avait son attrait. Peu importait les tailles, les formes, les couleurs, elle était séduite par chaque histoire qui émanait de l’objet en question. Près du radiateur, le chat lové dans le fauteuil au cuir usé, — fauteuil que je lui disputais régulièrement —, levait un œil endormi vers moi mais ne manifestait guère encore de vivacité. Les arômes des cafés flottaient dans la pièce aux poutres noircis par le temps. Autour des tables, les chaises étaient encore sur les tables, dans l’attente. C’était une heure suspendue au temps. De celles qui demeurent secrètes. Marie le voulait ainsi et je m’accommodais de son caprice. Marie qui appréciait plonger ses doigts dans les grains de café, en prendre une poignée qu’elle amenait tout près de son nez et aimait respirer l’effluve odorant en fermant ses yeux avec une impudeur ensorcelante. Je la contemplais, attiré dans ce rituel matinal qui nous réunissait souvent. Elle était derrière son comptoir à disposer les premiers croissants dans une panière d’osier, nos deux tasses déjà remplies d’un café du Costa Rica corsé que je lui avais offert au retour d’un précédent périple. Elle savait toujours quand je revenais, même lorsque moi-même l’ignorais encore. Marie et le café c’était une histoire d’amour de toujours. Elle était née dans l’arrière boutique de son père torréfacteur et les odeurs s’étaient liées à elle à défaut d’avoir la peau couleur café comme elle l’aurait souhaitée. La sienne était d’albâtre, satinée, son corps rond et ferme, au charme exquis. J’étais celui qui s’aventurait dans ses courbes, le seul à connaître son secret. Dans le village on disait que Marie aimait les rimes et les poètes, on racontait qu’elle appréciait particulièrement Verlaine. Elle les laissait dire avec un sourire mutin affiché sur ses lèvres et moi je n’allais sûrement pas les démentir. J’étais le seul à être dans la confidence, le seul à savoir que lorsque je remontais ma main le long de sa cuisse, puis, vers l’aine de Marie, se cachait là, un grain de beauté singulier, à la forme légèrement circulaire, ovale comme un grain de café et le seul à être autoriser à y poser mes lèvres.

Ce mois-ci l’agenda ironique c’est chez Carnets paresseux Une image… et puis vogue la galère (oui un peu quand même, parce que j’avais beau regarder la photo ça ne m’inspirait pas trop) et puis, et puis… voilà où mène l’ironie après avoir relu le nom de l’enseigne du café 🙂

Le goût de son souffle

Dans la maison, l’air exhale une légère senteur acidulée, une odeur de bergamote et de citron vert. Julien hume le parfum qui imprègne le lieu et ferme ses yeux. Il se souvient des soirées à l’abri des ombres, du feu dans le poêle à bois, de la chaleur qui caressait les corps, le sien et surtout celui de Maud, tendre et animé d’une fièvre palpable qui faisait battre son cœur plus fort et plus vite, de ces instants où il épousait sa chair comme un endroit empli d’exaltation, un lieu où les hésitations se teintaient de possibles.

Maud parfumait l’existence de touches perceptibles. La cannelle odorante dans la pâte des sablés qu’elle préparait se mêlait à la puissante odeur du thé à la menthe. Très souvent de la cuisine les effluves d’ail et de basilic, de curcuma et de coriandre titillaient les papilles de Julien, l’invitaient à venir la regarder œuvrer des plats aux saveurs subtiles ou franches. Étonne-moi disait-il, subjuguée par l’aisance remarquable  qu’elle affichait chez lui, comme si elle y vivait depuis longtemps. Il se souvient du balancement de ses hanches, de ses seins qui ressemblaient à deux îlots gonflés de générosité qu’il aimait garder dans ses mains. Elle paraissait toujours un peu ailleurs et pourtant infiniment présente. Il la voyait semblable à la musique des sens et des émotions. Ceux qui s’impriment tout autant dans l’atmosphère et au creux de la mémoire.

Les souvenirs s’égrènent ainsi dans l’air des arômes qu’évoque Julien. Dans la chambre il flotte encore le parfum de la pomme d’ambre* qu’elle avait posée sur la commode dans une coupelle en verre. Ici sa présence est presque palpable. Aussi, comme un dessinateur sûr de son geste, dans l’abstraction qui matérialise l’imaginaire, il dessine Maud. Le visage ovale et la longue chevelure, les courbes du corps, l’arrondi du ventre, les cuisses et les fesses pleines. Et puis ses bras qui le retenaient, dans lesquels il s’abandonnait sans réfléchir. Il se souvient de la légèreté de son être qui s’enracinait près d’elle.

Julien a gardé une photo, un portrait de Maud où, quand il l’observe avec attention, il se surprend à entendre  son rire et le son de sa voix. Il n’a connu d’elle qu’un hiver et un long printemps et pourtant sa présence marque son existence encore aujourd’hui. Lorsqu’elle est partie les cigales chantaient déjà dans la chaleur montante des prémices de l’été et il ignorait comment la retenir, se demande encore s’il aurait dû. Sans doute que oui, pense-t-il parce qu’il demeure sur sa langue le lien singulier d’une intimité troublante. Un goût d’épice, une saveur qui perdure, un truc unique qui le captive toujours en dépit du temps qui passe.

Comme un murmure, avec lenteur, en bordure de mémoire, il savoure encore le goût de son souffle.

 

Texte écrit pour l’agenda ironique de septembre sur le thème des épices cuisiné avec goût ce mois-ci par Frog.

*Pomme d’ambre : orange piquée de girofle

 

 

Le résultat des votes (agenda ironique d’août)

Août s’achève, la moisson des miracles a été belle, 14 textes plus 2 hors délai pour ce mois estival !

En tête des votes pour héberger l’agenda ironique de septembre, j’ai le plaisir de nommer Valentyne. La rentrée c’est pour toi Val ! 🙂

Alors vote ou pas vote, on est bien d’accord, l’essentiel n’est pas là. Mais tout de même, mon texte La saveur d’une terre, a eu votre préférence ce mois-ci et ce n’est pas rien non plus, d’autant que je tangue un peu dans une période d’incertitude concernant mes écrits. Donc merci pour le cadeau, je le reçois comme tel et je ne boude pas le plaisir qu’il me procure.

Se suivent ex æquo le texte de Frog  Raconte et celui de Carnets paresseux Ainsi je l’ai vu, ainsi je le raconte

Bravo à vous deux et merci à toutes et tous pour vos participations !

Puisque Valentyne ne peut accueillir l’agenda, est-ce que Frog, tu serais d’accord pour assurer le mois de septembre étant donné que tu es en deuxième position dans le choix des votes ?

Frog nous concocte donc pour septembre un thème épicé, à lire ici : Pass the flavour !

Agenda ironique. Les textes, les votes

L’agenda ironique du mois d’août s’achève, c’est le temps de lire et d’apprécier les participations des uns et des autres. Merci à vous tous qui avaient sués (ou pas) sur le thème des miracles. Je rappelle que vous avez jusqu’au 30 Août pour lire, voter et désigner celui ou celle qui hébergera l’agenda pour le mois de septembre.

Bonne lecture !

Par ordre d’apparition (mais dans le désordre c’est bien aussi) vous pouvez lire Les nouvelles de La licorne ici : https://filigrane1234.blogspot.fr/2017/08/les-nouvelles.html ; La saveur d’une terre par Laurence, myself : https://palettedexpressions.wordpress.com/2017/08/09/la-saveur-dune-terre/ ; La magie d’août ironique chez Différence propre : https://differencepropre.wordpress.com/2017/08/11/magie-daout-ironique/ et Cacoinfre chez Chachashire https://chchshr.wordpress.com/2017/08/21/cacoinfre-dictionnaire-des-orpherimes/ ; Dans le vent, à lire et à regarder cette fois-ci sur mon autre blog https://couleursouslatitudes.wordpress.com/2017/08/21/dans-le-vent/ ; Valentyne et Les miracles se ramassent-ils à la pelle ? https://lajumentverte.wordpress.com/2017/08/21/les-miracles-se-ramassent-ils-a-la-pelle/ ; Ainsi je l’ai vu, ainsi je le raconte chez Carnets paresseux  https://carnetsparesseux.wordpress.com/2017/08/22/ainsi-jai-vu-ainsi-je-le-raconte/ ; L‘ange égaré chez Émilie http://lespetitscahiersdemilie.com/2017/08/22/lange-egare/ ; Miracle chez Joséphine : https://josephinelanesem.com/2017/08/22/miracle/ et Jacou  et son agenda ironique d’août, c’est par ici : http://jacou33.wordpress.com/201/08/22/agenda-ironique-daout-2017/   Raconte nous conte Frog https://frogsblog7.wordpress.com/2017/08/22/raconte/ Conteurtre chez Anne, https://annedenisdelln.wordpress.com/2017/08/23/conteurtre-in-dictionnaire-des-orpherimes/ Arrivée en Utopie chez Glomérule, https://prose-pipe-et-poesie.blog/2017/08/23/arrivee-en-utopie/ et Du réconfort des mots chez Max-Louis  https://ledessousdesmots.wordpress.com/2017/08/23/du-reconfort-des-mots/ qui clôt in extremis le tour des participations.

Et hors délai  Les narines des crayons nous fait le plaisir de sa participation avec Raconte, raconte ! à lire ici https://lesnarinesdescrayons.wordpress.com/2017/08/24/raconte-raconte/comment-page-1/#comment-905

Suivi de Chachashire avec Spoursenve (sans miracle, quoique…) 🙂 https://chchshr.wordpress.com/2017/08/26/spoursenve-dictionnaire-des-orpherimes/#comment-72

 

 

Désigner le/la petit(e) chanceux(se) du mois de septembre

 

 

Agenda ironique, ou l’ironie d’un mois d’août aux jours si calmes

Le long week-end du quinze août est passé, les embouteillages aussi. A mi parcours l’agenda du mois d’août demeure pour sa part très, très calme. 🙂

Pour ceux qui seraient tentés d’apporter leur grain de sel, il reste une semaine pour s’inspirer du thème du mois sur une citation de Henri-Pierre Roché « Raconte, raconte tous les miracles qu’il y a eu ici aussi » et pour déposer leur participation dont les formalités se trouvent ici.

La saveur d’une terre

Ici la cime des arbres n’atteint plus le ciel, le désert a brûlé jusqu’aux racines si profondément que l’on ne peut qu’imaginer comment c’était avant. Sous terre je n’entends plus que rarement pulser la vie, alors dessus, il ne faut pas trop y compter non plus. Bien sûr ça me fiche le marasme l’idée même de devoir quitter ma terre, j’ai vécu et bâti mon existence en ces lieux. C’est une terre aride et sauvage et peu de gens saisissent la saveur qu’elle dégage. Le langage des ocres et des bruns, sa texture particulière entre mes doigts, sa richesse infime, presque timide, qu’il faut sans cesse apprivoiser dans l’intimité de l’aube. La sonorité du vent qui file entre les roches et génère des harmonies asses spéciales, comme ces instruments de musique dont on n’a pas l’habitude d’entendre les sons, une dissonance un peu dérangeante que l’on se surprend à écouter encore, puis à apprécier.

Toi qui viens d’ailleurs, tu dis tout le temps que c’est étrange et beau en dedans, alors ça finira bien par revenir aussi en dehors. Tu danses dans le vent, tes pieds nus martèlent le sol comme l’impulsion première donne à naître la plus petite particule vivante et dans un sourire tu dis, raconte, raconte tous les miracles qu’il y a eu ici aussi, et dans ton sourire j’entends battre ma terre, je vois tout ce que j’ai construit, tout ce qui m’a enrichi en dedans et bien sûr tu y es aussi alors je me dis que peut-être, oui peut-être rien n’est définitif, sans doute faut-il voir là où je n’ai pas encore regardé, ni écouté. Ailleurs on le sait bien ce n’est pas réellement mieux, c’est parfois pire. Je t’entends rire, tu approuves, tu confirmes que les miracles il n’y a que nous qui les portons, pas besoin de les attendre. De toute façon ils ne viendront pas à toi, faut pas croire, non faut pas croire. Il n’y a que toi pour les faire vivre sur cette terre qui t’a choisi et sur laquelle tu as décidé de vivre.

Texte écrit pour l’agenda ironique du mois d’août sur le thème très libre de « raconte, raconte tous les miracles qu’il y a eu aussi, ici ». Les précisions sont à lire ici.

 

 

« Raconte, raconte tous les miracles qu’il y a eu ici aussi » (agenda ironique)

De retour sur les réseaux sociaux après un temps de vacances à respirer les senteurs d’iode, de résine et d’immortelles, je vous propose pour l’agenda ironique que j’accueille avec plaisir en d’août  : « Raconte, raconte tous les miracles qu’il y a eu ici aussi ».

Voilà une citation tirée du roman Jules et Jim de Henri-Pierre Roché lue sur le blog Du Jaune sur les Cils  qui m’a paru ouverte à une multitude d’interprétations.

De cette phrase le sens restera libre, large comme les océans, et pourra être décliné comme bon vous semble, en prose, poésie, haïku, tangua, ou pourquoi pas photos, collages, dessin… La création n’a pas de limites et sa richesse inépuisable 🙂

Seule contrainte la phrase citée devra apparaître dans votre texte ou toute autre création choisie.

Puisque mon absence a retardé un peu l’agenda de ce mois estival, vous avez jusqu’au mercredi 23 Août pour laisser en commentaire le lien de votre participation. Et du 24 au 30 pour lire ou relire et voter.

Bonne inspiration !

Ce qui compte, là maintenant

Jean effleure avec un respect teinté de délicatesse le meuble de bois à la patine lustrée par les gestes quotidiens et les années qui passent, il considère ses mains usées et il songe avec un sourire désabusé que la vie est une drôle de garce à jouer ainsi avec l’usure du corps, il regarde donc ses mains aux trop nombreuses tâches brunes et aux veines saillantes, des mains aujourd’hui hésitantes et, qui autrefois, façonnaient le bois à l’aide de gouges et ciseaux, des ciselures où s’entrelaçaient branches fleuries et oiseaux déployés, aux détails stupéfiants, et Jean s’étonne encore parfois de la vivacité qui émerge des gravures, comme si un autre que lui-même avait creusé la matière et effectué les dessins, — parce que tout de même c’est bigrement bien réalisé —, il caresse d’un geste large le bois aux ornements sculptés, et malgré sa vue déclinante, il devine les détails au contact de la matière, il se souvient des mouvements amples ou précis, des anfractuosités jusqu’aux arrondis minutieux qu’il repère sous ses doigts affaiblis, il respire l’âme du bois ouvragé, et tant pis si la perte de sa dextérité le laisse démuni, c’est dans l’ordre des choses, il se console avec la pensée que l’existence, si elle ne l’a pas épargné avec son cortège de départs, de déchirures, de peines et d’oublis, l’a également nourri de création et ce qui compte, là maintenant, c’est qu’il lui reste encore un peu de temps pour s’en souvenir.

La perte en une phrase, un thème dont je ne me lasse pas de revisiter grâce à Joséphine qui en juillet accueille l’agenda ironique sur son blog.