l’endormie

Visuel : Danae – G.Klimt

tandis que la nuit se meurt au pays du jour
couchée à l’ombre des rêves
le sommeil t’éveille
d’un effleurement de songe
et au détour d’une pensée
dans le bercement de la danse des anges
la terre s’anime
flot de rousseur et de chair ronde

De saison

Au silence froissé des premiers chants
dans le frémissement des branches
s’entend la pluie le vent
le souffle endormi des volcans

D’un ensemble choral qui dès l’aube vibre
la terre entre les racines
chante l’air gorgé du parfum des figues
et des noix sauvages

Les couleurs jaillissent par vague
Houle de rouge et de brun
onde d’ocre et de jaune

alors que le temps s’ourle de présent
la lumière pâle s’habille de brume
et l’horizon ample élargie les terres
dans ta main qui enrobe la mienne
 

L’éveil

Photo : Lucile Duneau-Délis

J’ai longtemps dormi en bordure d’horizon
dans ce sommeil modelé de terre et d’eau
où comme au premier matin
l’air anime l’aube baigné de lumière

Et puis mon âme a chaviré dans l’éveil
toi, déjà debout
perdu face à l‘ampleur du vide qui ricoche
courbé par la gravité du monde sous le joug

J’ai caressé ta peau à la recherche d’une reconnaissance
d’une identité loin de toute errance
Et dans la trajectoire éclairée de traversée
mes gestes ont fait corps avec le possible
d’éloigner les maîtres et leur servitude
le possible du courage

Demeurer libres

qu’on m’y sache et m’y prenne
en versées de lumière
m’y jette en mère mer
pour y prolonger l’âme

d’y rêver une histoire
d’où nous savoir toujours
faits d’une rivière claire
et d’un même rocher

un premier matin loin
irrigué par nos mains

et toucher
sauvages et familiers
l’autre encore
et soi

Caroline Dufour

Guerrière

J’ai caressé la lumière dans l’écoute silencieuse de ton âme

et dans la tourmente,

même les traversées nous rassemblent

Armée de ton amour je demeure guerrière

pour affronter tous vents contraires

Je tiens tes incertitudes dans ma paume

et dépose les miennes dans la tienne

et s’il me faut combattre la vanité des foules

j’ai en moi ces heures perceptibles

où nourrir l’équilibre s’arme de constance.

A l’étendue de l’horizon

alors que la terre tremble de notre manque de sagesse
je regarde l’océan brasser le désordre des hommes
les vagues charrier les souillures de notre décadence
et dans l’égoïsme des cœurs endormis
l’absence de toute logique à vivre

combien de siècles faudra-t-il encore pour apprendre à se tenir debout
jusqu’où ira-t-on dans l’ivresse éphémère des marchands de l’inutile
insister l’idée du monde heureux pendant que pleurent les arbres et les peuples oubliés
à l’étendue de l’horizon
ne lâche pas ma main,
je repousserai toute peine pour puiser de chaque vibration franche
le désir et l’espérance des jours paisibles

Jour bleu

Après l’aube, le silence entre dans le jour. Les heures paressent encore, à l’abri des noctambules endormis. Le vent vibre dans les cimes des pins maritimes, le jour s’aventure, vagabond ; bleu comme l’été, animé de lumière et de feu.

On pourrait croire le monde à la lisière de deux mondes et, le ciel à notre portée, dans cet équilibre parfait qui chemine entre les racines. J’entends courir la promesse des fleuves à travers la terre et tous les chemins secrets épousant le paysage.

Eté

Peuplé du murmure du monde

dans l’intervalle à l’amplitude vaste

le vent chante la terre

Ecoute

la rivière sourdre avec assurance

le sentier palpiter au rythme des arbres

écorces en dentelles

herbes folles

racines séculaires

rhizomes

limon

toute fusion ensemencée de la genèse au dénouement

dans la lumière étirée de fin d’après-midi

nos pas dansent la marche des nuages

et la tête levée vers le ciel clairsemé de fragrance d’été

on avance

tranquilles

un goût d’enfance sauvage sur les lèvres.

l’invitation

Crédit photo Pinterest

De l’affleurement à la densité de l’immense

jusqu’au cellules de l’infiniment petit

nous avons trouvé un sens à notre destinée

regardant l’eau de terre brasser l’eau de mer

comme le lien possible à toute évidence

Dans les vagues reliant les reliefs des sommets

on a pénétré l’intérieur des racines puis longé les tiges aériennes

on devinait le murmure du monde dans chaque bruissement

C’était à peine un vœu

davantage une certitude

On entendait au loin l’âme des arbres en devenir

les torrents d’écume et les collines endormies

et à l’heure des frôlements de la connaissance

une invitation à vivre

Avant le premier vol



Avant le premier vol
je mesure la distance complice à l’assurance de ta patience
et apprivoise le goût simple de l’instant
cette connivence qui étourdit le jour
et nourrit l’entente de la nuit.

Jeu 65 chez La Licorne. S’inspirer de la photo et jouer avec les mots du titre du livre « Vol de nuit » d’Antoine de Saint-Exupéry 

A l’heure des torrents d’écume

Photo Lucile Duneau-Délis

Quand au soir le soleil incendie le feuillage et la lande paisible

et tous les murmures feutrés du jour qui disparait

j’entends à l’heure des frôlements

et des torrents d’écume

le passage du vent qui chante l’ivresse de la mer

la terre en poursuite d’aventures sauvages

le bonheur ample du silence des hommes

Traquer l’oubli

Photo : @ Ivan Tsaregorodtsev

Fouillant l’oubli des années

L’oubli des souvenirs

L’oubli de ma peine

Et celui de mon sourire

Respirant l’éveil de la résistance

Et l’agitation du précaire

Je traque ma mémoire

A l’art de vieillir se dispute le tragique de la défaillance

Je compulse le présent

Et poursuis le désir de vivre

Le désir d’être

Le désir

Le

L’

L’oubli

Une photo, quelques mots : Bric à book n°401

Le chant de la Terre

les paumes ouvertes tournées vers le ciel

la pluie rigole entre les lignes de nos mains

sillonnent les fleuves jusqu’à la mer

et sous le ciel ourlé de lumière

je puise dans les plis du temps

la musique des arbres

le vent sur le sable

toute l’âme du monde

écoute

le matin vibre sous l’aube frêle de tous les silences

Photo @Ishtar

On a traversé l’hiver

A l’amplitude des champs

où volent les corbeaux

dans l’herbe froide et la terre molle

animés de souffrance de silences

et des blessures de l’usure

au milieu des sillons parcourus de détresse

on a traversé l’hiver

Enlacés dans les replis du temps

j’entends la musique du bois qui craque

le feu qui nous réchauffe encore

jusqu’à renouveler le présent déraisonnable

la folie des sans âge

les nouvelles pousses du printemps

Invités sur la Terre

Photo : Lucile Duneau-Délis

Cherchant au creux du monde la raison de l’invitation

Nos pensées portées par l’envolée des rêves

Nous avons rejeté tous fardeaux toutes peines

Et puisé loin le désir de renaître du feu

Le sang traversé de l’onde des fleuves sans fin

nous avons cueilli la dynamique folle des tourbillons d’enthousiasme

cet élan vibrant de persévérance résolue

cette constance dans l’âme du monde

à réinventer le jour.

Equilibre eurythmique

Mains mains qui créent des jardins des jardins de couleurs couleurs à la naissance du son son harmonique jusqu’à la résonnance du corps corps à l’élan stable dans le mouvement du pinceau pinceau au tracé déraisonné de la courbe courbe animée d’infini infini liée à la pulsation de l’oscillation oscillation des nuances au cœur de la peinture peinture mouvante sur la toile toile aux alliances de teintes teintes où soufflent l’impulsion impulsion de la circulation des lignes lignes embellies de la tonalité tonalité des mots mots animés de l’équilibre eurythmique

Hiver

Eblouie par l’éclat paisible du soleil d’hiver je repousse toutes les inquiétudes et grave des paysages traversés de fissures et de failles. J’écoute les roulements répétés du tonnerre, le début de quelque chose, le pardon des hommes, ta voix de silence, le vent secouer les arbres avec ardeur.

Il y a les nuages gonflés de pluie, les mimosas en fleur, le fleuve en crue. Nos têtes levées vers le ciel. Habités de cette certitude que seul suffit aujourd’hui.

Insomnie

Entre deux pauses endormies

j’entre en terrain vague

La nuit s’étire d’heures infinies

dans lesquelles je pourrais écrire mille histoires

m’étourdir du son des couleurs et de la matière des mots

m’affranchir de la pesanteur et de toute peur

Mais dans l’obscurité les ombres dansent

les noctambules et autres oiseaux nocturnes se sont tus

même le vent incite au silence

Voyage XIX

Dernier né de la série Voyage, « Voyage XIX », illustré par la poésie de Barbara Auzou.

Merci Barbara. Infiniment.

Peinture acrylique, encres couleur, marqueurs acrylique, pastels à l’huile

Format 50 x 70

Je me hâte et me reforme

les pieds sur une fosse marine

au sortir d’une nuit incertaine

j’effleure une échine 

pour que les bras et la mer se comprennent

j’invente des refuges

j’invente des détours

je me hasarde vers une étendue d’eau à ma mesure

la vie s’enroule douce et dure

maison cellulaire dont je caresse les lézardes et les commotions

dans l’affolante et tendre sororité des sphères

la rougeur reposée s’endort bientôt dans sa laine

vois-tu il y a toujours des strates orange d’arrière-soleils

dans ce qui émeut la pierre au plus profond