Jour bleu

Après l’aube, le silence entre dans le jour. Les heures paressent encore, à l’abri des noctambules endormis. Le vent vibre dans les cimes des pins maritimes, le jour s’aventure, vagabond ; bleu comme l’été, animé de lumière et de feu.

On pourrait croire le monde à la lisière de deux mondes et, le ciel à notre portée, dans cet équilibre parfait qui chemine entre les racines. J’entends courir la promesse des fleuves à travers la terre et tous les chemins secrets épousant le paysage.

Eté

Peuplé du murmure du monde

dans l’intervalle à l’amplitude vaste

le vent chante la terre

Ecoute

la rivière sourdre avec assurance

le sentier palpiter au rythme des arbres

écorces en dentelles

herbes folles

racines séculaires

rhizomes

limon

toute fusion ensemencée de la genèse au dénouement

dans la lumière étirée de fin d’après-midi

nos pas dansent la marche des nuages

et la tête levée vers le ciel clairsemé de fragrance d’été

on avance

tranquilles

un goût d’enfance sauvage sur les lèvres.

l’invitation

Crédit photo Pinterest

De l’affleurement à la densité de l’immense

jusqu’au cellules de l’infiniment petit

nous avons trouvé un sens à notre destinée

regardant l’eau de terre brasser l’eau de mer

comme le lien possible à toute évidence

Dans les vagues reliant les reliefs des sommets

on a pénétré l’intérieur des racines puis longé les tiges aériennes

on devinait le murmure du monde dans chaque bruissement

C’était à peine un vœu

davantage une certitude

On entendait au loin l’âme des arbres en devenir

les torrents d’écume et les collines endormies

et à l’heure des frôlements de la connaissance

une invitation à vivre

Avant le premier vol



Avant le premier vol
je mesure la distance complice à l’assurance de ta patience
et apprivoise le goût simple de l’instant
cette connivence qui étourdit le jour
et nourrit l’entente de la nuit.

Jeu 65 chez La Licorne. S’inspirer de la photo et jouer avec les mots du titre du livre « Vol de nuit » d’Antoine de Saint-Exupéry 

A l’heure des torrents d’écume

Photo Lucile Duneau-Délis

Quand au soir le soleil incendie le feuillage et la lande paisible

et tous les murmures feutrés du jour qui disparait

j’entends à l’heure des frôlements

et des torrents d’écume

le passage du vent qui chante l’ivresse de la mer

la terre en poursuite d’aventures sauvages

le bonheur ample du silence des hommes

Traquer l’oubli

Photo : @ Ivan Tsaregorodtsev

Fouillant l’oubli des années

L’oubli des souvenirs

L’oubli de ma peine

Et celui de mon sourire

Respirant l’éveil de la résistance

Et l’agitation du précaire

Je traque ma mémoire

A l’art de vieillir se dispute le tragique de la défaillance

Je compulse le présent

Et poursuis le désir de vivre

Le désir d’être

Le désir

Le

L’

L’oubli

Une photo, quelques mots : Bric à book n°401

Le chant de la Terre

les paumes ouvertes tournées vers le ciel

la pluie rigole entre les lignes de nos mains

sillonnent les fleuves jusqu’à la mer

et sous le ciel ourlé de lumière

je puise dans les plis du temps

la musique des arbres

le vent sur le sable

toute l’âme du monde

écoute

le matin vibre sous l’aube frêle de tous les silences

Photo @Ishtar

On a traversé l’hiver

A l’amplitude des champs

où volent les corbeaux

dans l’herbe froide et la terre molle

animés de souffrance de silences

et des blessures de l’usure

au milieu des sillons parcourus de détresse

on a traversé l’hiver

Enlacés dans les replis du temps

j’entends la musique du bois qui craque

le feu qui nous réchauffe encore

jusqu’à renouveler le présent déraisonnable

la folie des sans âge

les nouvelles pousses du printemps

Invités sur la Terre

Photo : Lucile Duneau-Délis

Cherchant au creux du monde la raison de l’invitation

Nos pensées portées par l’envolée des rêves

Nous avons rejeté tous fardeaux toutes peines

Et puisé loin le désir de renaître du feu

Le sang traversé de l’onde des fleuves sans fin

nous avons cueilli la dynamique folle des tourbillons d’enthousiasme

cet élan vibrant de persévérance résolue

cette constance dans l’âme du monde

à réinventer le jour.

Equilibre eurythmique

Mains mains qui créent des jardins des jardins de couleurs couleurs à la naissance du son son harmonique jusqu’à la résonnance du corps corps à l’élan stable dans le mouvement du pinceau pinceau au tracé déraisonné de la courbe courbe animée d’infini infini liée à la pulsation de l’oscillation oscillation des nuances au cœur de la peinture peinture mouvante sur la toile toile aux alliances de teintes teintes où soufflent l’impulsion impulsion de la circulation des lignes lignes embellies de la tonalité tonalité des mots mots animés de l’équilibre eurythmique

Hiver

Eblouie par l’éclat paisible du soleil d’hiver je repousse toutes les inquiétudes et grave des paysages traversés de fissures et de failles. J’écoute les roulements répétés du tonnerre, le début de quelque chose, le pardon des hommes, ta voix de silence, le vent secouer les arbres avec ardeur.

Il y a les nuages gonflés de pluie, les mimosas en fleur, le fleuve en crue. Nos têtes levées vers le ciel. Habités de cette certitude que seul suffit aujourd’hui.

Insomnie

Entre deux pauses endormies

j’entre en terrain vague

La nuit s’étire d’heures infinies

dans lesquelles je pourrais écrire mille histoires

m’étourdir du son des couleurs et de la matière des mots

m’affranchir de la pesanteur et de toute peur

Mais dans l’obscurité les ombres dansent

les noctambules et autres oiseaux nocturnes se sont tus

même le vent incite au silence

Voyage XIX

Dernier né de la série Voyage, « Voyage XIX », illustré par la poésie de Barbara Auzou.

Merci Barbara. Infiniment.

Peinture acrylique, encres couleur, marqueurs acrylique, pastels à l’huile

Format 50 x 70

Je me hâte et me reforme

les pieds sur une fosse marine

au sortir d’une nuit incertaine

j’effleure une échine 

pour que les bras et la mer se comprennent

j’invente des refuges

j’invente des détours

je me hasarde vers une étendue d’eau à ma mesure

la vie s’enroule douce et dure

maison cellulaire dont je caresse les lézardes et les commotions

dans l’affolante et tendre sororité des sphères

la rougeur reposée s’endort bientôt dans sa laine

vois-tu il y a toujours des strates orange d’arrière-soleils

dans ce qui émeut la pierre au plus profond

De ta présence

Engranger le beau

nourrir la constance

et se dire tous les silences à s’aimer

J’entends dans le jardin un merle siffler

le vent sur la colline souffler l’autan

et ta voix sourire

comme au premier matin

Cueillir le jour

Dis-moi le refuge de ceux qui réparent l’âme du monde
et tous ces petits pas 
faits et à parfaire 
qui modèlent les heures du matin
 
dis-moi l’amour 
et la caresse de décembre
dans l'assurance des pierres levées  

alors que la saison s’installe
que le fleuve se gorge de pluie
je frôle les strates des sentiments
et comme à l’aube première cueille le jour 
 
j’entends la terre sensible
goûter le silence des arbres 


Tableau à quatre mains : Fran et Laurence Délis

Je puiserai loin

Et pourtant toute la pesanteur charrie même les plus endurcis

et du point limite s’étendent les maux et l’indécis

Je lève la tête vers le ciel et mes yeux vers les visages croisés

cherche le bleu lumière et les rires oubliés   

L’année se prolonge en heures sombres et longues

Alors je puise loin dans la terre l’envie de vivre

la plus petite flamme à saisir

Et de nos racines profondes pétrirai l’avenir.

L’horizon des évènements

En bordure d’univers dans le temps et l’espace dilatés
on gagnera le pourtour de l’horizon à la limite infranchissable 
Et le temps ralentira la courbe des secondes
jusqu’à devenir éternité

Cliquez sur les photos pour mieux voir les détails

Peinture acrylique sur toile, collage papier, collage végétaux (2017)

Format 100 x 100 cm

Quand un tableau m’inspire des mots. Ici, le titre a fortement influencé l’écriture. La génèse du tableau à voir ICI

A distance

Toutes ces heures immobiles

sans se serrer dans les bras

et toutes les fois où ta main ne se pose plus sur ma joue

je rêve du geste prenant le pas sur le verbe

la chaleur de ton regard ne suffit pas

je crève de tous les manques

je meurs de t’aimer à distance .

Crédit photo : source inconnue