C’est bien ainsi que va la vie

Je n’ai pas oublié la musique des nuits sans lune
où la caresse de la houle épouse la pluie
où chantent les notes du ressac
en réponse à la voix des autres 

alors que les années passent et que s’apaisent les jours 
il demeure les blessures entre les vides
ces disparus liés aux fragments d’existence
ces absences sans nom qui errent  
ombres sourdes tracées au cordeau
des âmes aux contours éloignés  

comme les lignes palpitantes de ma main
j’irai dessiner sur le sable le vivant 
simples empreintes fugaces 
que les vagues effacent sans oubli
c’est bien ainsi que va la vie

L’homme et la mer

Alors que tu longes la mer comme on rêve l’apaisement ; en bordure de dunes, les oyats, les chardons, les liserons tanguent sous la brise et annoncent les premiers signes de l’apesanteur. L’intranquillité devient sans horizon, loin de toute flottaison. Tu t’enracines dans le sable au milieu des coquillages et le balancement lent des vagues murmure ce parfum piquant et iodé du sable humide. C’est une musique. Celle qui se lit sans bruit et berce le temps du littoral. Une mélodie. Peut-être naissante ou saisie sur le vif du vent levant. Une bouffée d’enfance qui surgit et que tu laisses partir. Tu ne retiens rien. Seul ton cœur qui bat lent et tranquille.

Le cœur du monde

A fleur de terre
j’entends battre le cœur du monde
au rythme des stigmates et des blessures
et mes doigts sous la terre enrobent l’alluvion et l’argile
jusqu’à saisir la vibration des arcs de pluie sous le soleil d’avril
le roulement des pierres dans les rivières
la caresse des arbres
le chant du vent dans le jour qui s’éloigne

et nos mains en quête de nuances
se veulent consolantes

dans ce monde frileux négligeant la vie
dis-moi la bienveillance des uns envers les autres
le murmure des voix qui aiment
et leur silence paisible
dis-moi les fous d’équilibres et les heureux 
et la course du rire des enfants ricochés sur les murs de la nuit
dis-moi le cœur du monde qui aime

En passant les rivières

En passant les rivières
nos âmes traversées d’inquiétude en quête de racines
se sont repliées dans le secret de la terre 
fêlures fragiles s’armant de patience et de permanence
de branches d’orage
en rameaux d’étendues 
modelant l’eau le feu
l’air et la terre
nous irons dans le battement sourd du monde
écouter les galets rouler vers la mer
apprivoiser l’univers
et ce qui nous sépare comme autant ce qui nous lie


De l’élan d’aimer

Sous la confusion de la déraison
et l’évident mirage des illusions retenues
il y aura toute la fougue de l’ordinaire
dans l’histoire qui nous lie
je saurai prendre toute la mesure du souffle 
qui par vague
défie les fissures et autres craquelures
les obstacles du voyage
pour étendre l’envol de la source
vers le fleuve qui danse
et bercer nos cellules 
de l’élan d’aimer

Dans le silence froissé de l’aube

les nuits ont encore un parfum d’hiver
caresses de fraîcheur et de figues sèches
 
à travers la course du fleuve et les montagnes blanches
du sillage de brume aux notes piquantes  
le silence froissé de l’aube
penche vers la mer 
la mer

comme la forme de l’eau épouse la terre
et sillonne les traverses du temps
se nourrir du chant de l’eau
comme on s’apaise face à la mer


A l’heure fauve

A l’heure fauve

Où s’affranchissent les turbulences

et s’étendent les branches en tissage séculaire

on rêve

on rêve de mousse et de sève

on rêve simples mortels

à l’orée de l’éternité

à hauteur de ciel

à hauteur de terre

tandis que s’éveillent les éphémères

et le chant discret de ceux qui veillent

Encres couleur, acrylique, pastel à l’huile sur papier

Format 30x40cm

Regarde-moi d’où tu es

Regarde-moi d’où tu es, j’écoute le vent des souvenirs comme une musique lointaine, à peine murmurée à la surface liquide.  J’efface la peine à coup de turbulence et d’ardeur. C’est dire que ne pas s’attarder est gage d’avancée car je perds le fil du temps jusqu’à oublier les traces qui me hantent. Regarde-moi d’où tu es, je creuse encore le sable avec mes mains d’enfant pour voir la mer s’étendre à l’horizon. Et si les promesses de demain ne seront jamais figées sur des photos, je te parle. Je te parle sans réserve, tu sais. Il est plus facile de dire l’absence dans le silence qui suit les grands départs, c’est un dialogue complice qui ne mesure pas le temps. Regarde-moi d’où tu es, je traverse l’écume comme le lit des rivières me berce. Les jours passent dissemblables et ma voix en dedans n’a de cesse de te dire les sourires esquissés ; la lumière qui se lève sans toi. Regarde-moi d’où tu es, le littoral se pare toujours d’ocres et de bleus sous les embruns du jour.

Jeu 72 « L’écume des jours » S’inspirer du titre du roman et de la photo.

Traces

A la dérive du monde, dans le flot ininterrompu des voix acerbes et des jugements hâtifs, dans le vacarme qui assombrit les heures, où se bouscule la violence et l’intolérance, on ira vers ceux qui s’éloignent. Et de la route empruntée, on y mêlera l’air et l’eau, le feu et la terre pour créer la nôtre. Sans hâte, dans ce temps particulier de l’attente, on fera halte à la lisière des heures audacieuses pour écouter le chant de la pluie et la danse des branches qui tendent vers la lumière. J’y entends déjà la musique du silence, celle qui apaise et réconcilie, s’arme de patience et d’essentiel. Et dans le travail latent de ce qui s’élabore à l’orée des rêves, d’un pas facile, on tracera le sillage de nos racines à venir. J’oserai alors. J’oserai pousser les portes closes qui se dresseront encore. Il n’y a rien que nous ne pouvons atteindre.

Le coeur des arbres

Parce que sous la surface le monde palpite en formation de ténacité

On ira écouter la mer à travers le chant des rivières

Et courir dans les plis du vent comme au premier jour

Et dans le battement sourd de la sève et de l’écorce palpitante

Alors que s’endort la terre en murmures d’hiver

La main en pause comme une caresse dans l’estime et l’attention

On étreindra le cœur des arbres

Et dans l’intervalle le chant des étendues sauvages

Ouvrira nos vastes résistances

A l’élan de toutes nos différences

Comme on s’abandonne

Quand le brouillard se lève au-dessus du fleuve et grossit les voiles du ciel 
le jardin en pause dans l’automne qui s’éloigne
on cultive la permanence comme toute correspondance
et je goûte ta voix et le silence qui suit
et te regarde comme je me vois


aux signes tangibles des plis du corps
on apprivoise nos peaux nouvelles
on se surprend jeunes éternels puis séculaires
sans vouloir que le temps ralentisse
non
il s’accorde comme on s’abandonne
nos âmes en accord
vibrent d’y voir le sens de tous les jours à venir

Métempsychose

Si par-delà les arbres tu m’entends dans la sagesse de ceux qui sont partis

je trace comme on trace sa vie à l’écoute de tous les vents

et dans l’élan j’entends le mouvement de l’eau frémir sous la terre

j’entends la respiration de nos cellules vibrer comme s’envole la voix circulaire et puissante du chant des anciens.

Je me reconnais alors dans le vaste monde

en racine indissociable de la terre molle et de la mer

et l’accomplissement de toute vie est un recommencement.

Après l’exode des arbres

Après l’exode des arbres

mon cœur s’est arrêté de battre

mon souffle affaibli

comme rompu et battu d’un manque

une lente agonie de carences impossibles à taire

puis en un sursaut d’existence capitale

j’ai repris le cours de de ma route

jusqu’à renaître en essences

loin des paysages urbains

les cimes tournées vers le ciel

et les racines en mouvement de lien sauvage

ouvrant le voyage en lames vagabondes

 et réveillant la sève

pour y cultiver la patience de la terre

et bâtir l’essentiel

à la continuité de nos origines

On se reconnaîtra


aux mots interrompus des écrivains de demain

on vivra les saisons sans altération

et à l’ombre des arbres

tous les instants relèveront d’attention

Eloignés de la complexité de la raison

de toutes ces heures brisées par la morsure des jugements

et les querelles sans fin des dominants voraces

on se reconnaîtra dans l’amour simple

de ceux qui aiment cette vie sans heurt

où le temps ne s’érode pas de vains désirs de grandeur

cette lumière secrète de nos infinies heureuses

Sur une idée de La Licorne du blog FILIGRANE s’inspirer d’une image et d’un titre de roman imposés. Les modalités à lire ICI

l’endormie

Visuel : Danae – G.Klimt

tandis que la nuit se meurt au pays du jour
couchée à l’ombre des rêves
le sommeil t’éveille
d’un effleurement de songe
et au détour d’une pensée
dans le bercement de la danse des anges
la terre s’anime
flot de rousseur et de chair ronde

De saison

Au silence froissé des premiers chants
dans le frémissement des branches
s’entend la pluie le vent
le souffle endormi des volcans

D’un ensemble choral qui dès l’aube vibre
la terre entre les racines
chante l’air gorgé du parfum des figues
et des noix sauvages

Les couleurs jaillissent par vague
Houle de rouge et de brun
onde d’ocre et de jaune

alors que le temps s’ourle de présent
la lumière pâle s’habille de brume
et l’horizon ample élargie les terres
dans ta main qui enrobe la mienne