Infinis fragiles

Faut-il atteindre l’indigo
Des jours de pluie
Et la lumière des nuits sans étoiles
Pour parler de mémoire
Ces infinis fragiles
Des hommes qui affrontent le noir
Et se retiennent de tomber
Là où la mer tresse les souvenirs
 
Comme on s’amarrer malgré la rouille
Aux vagues bleues du souffle majeur
J’entends battre en nous
Le bruit sourd
Du manque et de la douleur

Jeu 53 chez La Licorne. Deux contraintes : quatre couleurs plus quatre mots tirés d’un poème d’Arthur Rimbaud : étoile, infini, mer, homme pour une poésie entre quatre et seize vers.

Immobile

A la verticale du temps

j’ai cessé de courir

et sous l’impulsion de l’inspiration

j’ai respiré la terre mouillée

les feuilles mortes sous mes pieds et la pluie en haut des cimes

J’avance immobile

C’est je crois

dans le mouvement lent de l’équilibre

Que s’affermit l’invisible

Et rend tangible

L’éveil de nos sens

Photo : Détail de « Automne » (tableau en cours de réalisation)

Avant de dormir

Credit photo Pinterest

Traversée d’un élan sourd

Les yeux portés sur la langue de mer sauvage

Goûtant des lèvres le vent et l’iode

J’étreins tout ce que la terre porte d’essences

Et tes bras autour de moi

Rivent le temps

A l’étendue sensible de nos sens

Octobre

Crédit photo Pinterest

J’ai planté mes pieds dans le sol pour arrêter la course des ans

Et ta main,

ta main si ample a enrobé la courbe du temps

Jusqu’à ton souffle sur ma peau à la couleur pâle d’octobre.

Dans le silence de la terre le lent ballet des oies sauvages élargit le ciel

Et l’on sommeille tous deux

Eternels

Aux allures sauvages des éléments

Aux allures sauvages des éléments

Dans la fureur sombre

De tous ces pas difficiles à franchir

Et de ce qui divise

Je traverse les plaines et le vent

Et dans l’obscurité des cœurs éteints

Je cherche le langage interrompu

La couleur des ressemblances et celles des différences

Les nuances des richesses

Et dans l’oscillation du souffle fragile et de la lueur vacillante

Je nourris la perspective

De tout ce qui rassemble

Peinture : ©Philippe Cognée

Traces

Et le sable se ride

Des traces de toi

Dense de la pesanteur de l’eau

La chaleur de ta peau

N’a jamais craint ni la pluie

Ni les larmes

J’ai le goût de toi

Dans chaque grain

Que je foule

Quand la Lune trouble la Terre

Quand la Lune trouble la Terre,

Les marées s’étirent

Jusqu’à l’horizon

Où la lumière

Cillent les flots d’argent

On est alors au début du monde,

En bordure de jour et de la nuit,

Là où sans bruit, sans heurt

Une petite perle d’éternité

Glisse sur le temps

C’est avant l’obscurité, quand en retour la Terre chuchote :

« De deux choses lune, l’autre c’est le soleil ».

Et tout l’univers d’approuver bien sûr

Et les hommes – microscopiques ‒, un jour peut-être, la conscience éveillée,

Cesseront enfin de se mirer dans les simulacres

Pour apprécier le manifeste renouvelé.

En juillet l’agenda ironique prend ses quartiers chez Louise Mathurinades et coquecigrues. On y parle de la lune comme on veut avec pour seule contrainte d’insérer une expression française comportant le mot lune. J’ai un peu biaisé avec l’expression française pour une citation de Jacques Prévert piochée dans « Le paysage changeur » Paroles (1946)

Les autres textes lunaires à découvrir ICI

Crédit photo : Pinterest

On navigue à vue de rêves

Allongés nus sur un lit d’herbe folles, au milieu des maringouins assoiffés

Le soleil joue d’ombre et de lumière

Sur nos corps impatients.

La tête en friche

Eloignés des normes et des habitudes de ce monde

On navigue à vue de rêves

L’un énergumène

L’autre schizophrène.

On danse l’air de l’autre

Comme nos sourires en vie de nos corps.

Chairs aimées

Assoiffées de baisers

Et de tendresse éternelle

Nos étreintes au goût de folie belle.

On navigue à vue de rêves

Encore.

L’un énergumène

L’autre schizophrène.

Quant à la nuit, peaux rassasiées, âmes nourries, panses comblées de fruits de lambrusque

Le sommeil nous gagne.

Bon

Jour

Dans

Tes

Bras.

Pour l’agenda ironique, le mois de mai chez La plume fragile. Quatre mots
énergumène, schizophrène, maringouin, lambrusque, un zeste de folie amoureuse, un soupçon de poésie.

Peinture : Gustav Klimt.

Au regard de nos manques

Du haut des ponts suspendus

On voit les hommes bouleverser le monde.

Alors on bascule.

La tête à l’envers, on s’imagine frôler l’herbe, fouler le sol, plonger dans la glaise.

Être sève dans la chair ou fourmis tambocha à la recherche des trésors de la terre.

Aussi fragiles et forts que le peuplier dans le vent.

On peut plier sans céder.

 Chuter et se relever.

Être de terre et d’éther, d’or des blés et d’azur du ciel.

Parfum de pluie, bruit de feuilles dans les branches, mouvance dans les épis de pereskia.

Au cœur des corps, la constance des architectes frappe les océans du monde.

Effleure l’horizon des événements,

Chuchote l’avenir.

Au regard de nos manques

Ne pas oublier d’y rester attentifs.

Pour l’agenda ironique d’avril hébergé par Anna Coquelicot de Bizarreries & Co . Cherchez, imaginez, inventez, détournez à partir des épis de pereskia et des fourmis tambocha.

épis de pereskia et fourmis tambocha, nés sous la plume et l’imaginaire d’Aimé Césaire dans le poème Insolite bâtisseurs

Crédit photo Pinterest

Une petite plume mêlée à ta chevelure.

Au corps à corps de nos corps, tu peuples chaque manque

Et l’hiver se fait moins froid. 

Écoute,

Au son des cordes du oud

La nuit s’ensoleille et les murs lézardés s’éclairent.

Entends nos cœurs battre fou,

Exquis de l’ivresse première et de la caresse originelle

On tend vers l’élasticité charnelle.

Immortels.

Vois,

La danse qui chante et frémit au creux de nos désirs

Musique de nos souffles imprégnés de nos corps libérés

Chavirent nos sens.

Comme la lecture de ton corps est belle,

Belle de l’avenir à lire, 

Belle des livres à venir dans la malle aux livres.

Au corps à corps de nos corps, tu peuples chaque manque

Et l’hiver est moins froid. 

Et là, au crépuscule venu,

Apaisé,

Te regarde, endormie.

Une petite plume mêlée dans ta chevelure.

Sous la houlette d’EMILIE, Les plumes d’Asphodèle reviennent. Quatorze mots à placer : LEZARDER DUR LIVRE S’IMPREGNER CORPS ELASTICITE ENSOLEILLE APAISER PLUME MANQUE MOINS MALLE GUITARE BILBOQUET.

Les autres textes à découvrir ICI

Hiver

Je suis les courbes de toutes les audaces

Et ton corps sous mes mains s’anime.

Dans le silence chuchotent les soupirs

La chaleur des matins, l’aube de ton sourire.

Amples.

Au dehors, confuse, la brume voile les arbres, feutre toutes sonorités.

L’hiver est là.

Photo : Jon Wisniewski

Donner vie

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C’était hier où peut-être déjà demain. Je ne me souviens plus vraiment. Le temps a cessé sa course à ce moment-là. Instant suspendu. Suspendu dans la mobilité de nos corps.

À l’orée des arbres, tu caresses l’air et saisis l’hésitation de mon existence. Je chancèle dans le chant des feuilles qui s’agitent. Je suis petit, homme à peine né, pétri de doutes. Je traîne mes années d’errance comme un poids trop lourd.  Me vois-tu devenir père ?

Grondent les volcans. Tremble la terre.

Il est temps d’ouvrir les yeux, de justifier le futur. Tu es le vent et je suis la matière. Matière à la densité écrasante. Et pourtant nul passé ne m’habite quand je te regarde. Je fais fi de toutes mes difficultés à avancer sur la route empruntée.

J’effleure de la pulpe de mes doigts les tiges qui dessinent ton bras. Entre ombre et lumière, tu m’accueilles dans le souffle de nos émotions. Ta peau respire la menthe poivrée, les subtils parfums boisés de la forêt. Ton corps, l’assurance de nos devenirs.

Femme arbre à l’écoute de ma sève, ma semence à l’intérieur de toi forge déjà l’avenir.

Une photo, quelques mots. Atelier Bric à Book 315

Photo : © Tyler Dozier

La ligne de tes courbes

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La ligne de tes courbes fait de mon coeur
Un monde qui gonfle au vent de ta douceur,
Auréole de mon univers, de la trace d’un langage sûr,
Et dans la métamorphose du jour vécu,
C’est aussi le futur de ce que j’ai vu.

Feuilles frémissantes, bordées de rosée,
Roseau, immortelle et chardon parfumés,
Ailes déployées au plus haut de ta lumière,
Bateaux ivres, époux de la mer,
Chasseurs de brume, d’aurore et de sourires en couleurs,

Parfums des naufrages étoilés aux lumières d’aurores
Qui naviguent au cœur de tous les astres,
Comme l’heure s’avance en toute innocence
Le centre de ton corps se déploie aux horizons si purs
Et réinvente les silences heureux de tous nos regards.

Sur une idée de La Licorne du blog Filigrane. Écrire un « poème sandwich » à partir du poème de Paul Eluard  La courbe de tes yeux en gardant uniquement le premier et dernier mot de chaque vers.

Crédit photo : ©Billy Kid

A l’origine

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Bercé par le silence ouaté, l’eau épouse ma mère.

Ventre tendu de vie, dans lequel flotte mon corps en suspens

je m’éveille à l’écho de l’onde,

j’écoute le rythme cadencé de mes sens

bascule dans l’équilibre liquide, plonge dans l’origine du monde.

Ma mémoire à l’écoute des premiers vivants

j’entends s’enraciner les arbres, le vent pousser les vagues et

la rime s’agrandir du temps ininterrompu.

 

Une photo, quelques mots. Atelier Bric à book 312

Photo : © Timo Wagner

Sous le chapiteau du monde bleu, je nage.

le cirque bleu

Sous le chapiteau du monde bleu, je nage. Je nage dans un bercement infini. Le courant m’entraîne dans un flot ininterrompu et, sous mes écailles d’argent, mon cœur cascade le rythme du temps. J’effleure le murmure de l’onde, frôle le mouvement intemporel.Je glisse dans l’universel et l’immense. Un récital sans retenu, ni censure.  De ci, de là, des bulles éclatent dans des rires et l’eau varie bleue. Des touches de camaïeux expressifs réinventent les histoires.

Je sinue entre les danseuses et tour à tour des flaques de lumières serpentent dans lesquelles la Lune se reflète. Je peux alors entendre celle-ci jouer du violon. Des notes s’élèvent comme au commencement du monde, ça éclabousse le cœur et l’âme, ça bouscule soudain l’ordre des choses. Il nous faut attendre quelques accords avant que l’Oiseau ne se joigne à elle. Jaillit alors le son du tambour, les tempos s’enchaînent, fluctuent au gré de l’eau, j’entraîne les autres dans la danse, on virevolte et voltige, on joue d’équilibre avec funambules et trapézistes. On oscille dans le vent du large, dans les nuances céruléennes, les bleus se créent, s’animent, et se fondent.  Comme une pause, un soupir ou un silence, j’écoute alors le mouvement du temps, l’écho du présent, l’importance des choses et des êtres.

Je suis tout à la fois, eau, air, feu et terre, le souffle audacieux du monde.

En avril l’agenda ironique s’invite chez Estelle de L’atelier sous les feuilles. Il fallait se mettre dans la peau d’un poisson et laisser place à l’imaginaire en s’appuyant sur l’univers de Marc Chagall et plus particulièrement le tableau ci-dessus, Le cirque bleu.