On a traversé l’hiver

A l’amplitude des champs

où volent les corbeaux

dans l’herbe froide et la terre molle

animés de souffrance de silences

et des blessures de l’usure

au milieu des sillons parcourus de détresse

on a traversé l’hiver

Enlacés dans les replis du temps

j’entends la musique du bois qui craque

le feu qui nous réchauffe encore

jusqu’à renouveler le présent déraisonnable

la folie des sans âge

les nouvelles pousses du printemps

Voyage XXI

Voyage XXI, illustré par la poésie de Barbara Auzou

Merci Barbara

Acrylique sur papier, encres de couleur

Format 30 x 40 cm

passé le verre à l’intérieur du coeur

la tectonique des âmes qui lèvent leur vertige 

toutes blessées d’une fenêtre inquiète

passée la mémoire éparse avec tous ses oiseaux

on devine les mers aux gestes vagues

qui nous laissent le pli des pierres de bonne volonté

les parfums acidulés de l’enfance 

s’enroulant autour de leur première intimité

et tant de poignées de perles perdues au creux de nos cycles

des couleurs les silos toujours nous devancent

quand bien-même notre aisance

à grimper sur nos joies clandestines

Barbara Auzou

Jardiner le printemps à venir

Il est dix-huit heures. Le crépuscule noie sa solitude au milieu des derniers passants.  On s’est donné rendez-vous rue Ménager. On a escaladé le muret, puis la grille fermée du parc. Il y a comme une urgence à vivre qui dépasse la peur. Ce n’est ni de l’inconscience ni de l’obstination à contourner les lois. Je crois que c’est juste vivre. Un désir d’espérance au creux de la désespérance.

On a enlevé nos masques. Je me suis couché de tout mon long sur l’herbe humide. Tu t’es déchaussée. Tes pieds nus dansent sur la mousse. J’inspire fort le parfum de la pluie tombée un peu plus tôt. Les arbres aux branches lourdes de bourgeons prêts à éclore bougent dans le vent. Me revient en tête Renouveau le poème de Mallarmé. Dans le ciel, les nuages voilent les premières étoiles, mais la lune ronde est pleine et laisse entrevoir ses rayons. Je pourrais presque m’imaginer jardiner le printemps à venir. Au loin, on entend les voitures, un avion. Ce n’est pas le silence que l’on a pu connaître l’an passé, ce n’est pas la même anxiété qui nous tient. C’est de l’ordre de la détresse et ça nous ronge sans bruit ni heurt.

Hier, un étudiant du campus a sauté du pont et s’est noyé dans le fleuve. Tu m’as rejoint dans ma chambre. Allongée contre moi, dans mon lit étroit tu as pleuré une partie de la nuit.

Demain, c’est samedi. On ira faire la queue à la banque alimentaire. Si le soleil persiste, on traversera la ville avant de rentrer bosser nos prochains partiels. Tu mettras ton chapeau et je prendrais ta main.

Ce n’est pas grand-chose mais les graines que j’ai plantées dans le pot de confiture ont germé. On est là, penchés tous les deux devant ces quelques brins tendres, la mine réjouie. Tu m’as regardé de tes grands yeux vert émeraude puis, avec lenteur, tu as effleuré mon sourire d’un baiser.

Les Plumes chez Emilie. Du thème vert 15 mots à placer : tendre, jardiner, émeraude, rayon, arbre, renouveau, espérance, graine, peur, chapeau, danser, soleil, mousse, ménager, mine

Crédit photo Pinterest

Invités sur la Terre

Photo : Lucile Duneau-Délis

Cherchant au creux du monde la raison de l’invitation

Nos pensées portées par l’envolée des rêves

Nous avons rejeté tous fardeaux toutes peines

Et puisé loin le désir de renaître du feu

Le sang traversé de l’onde des fleuves sans fin

nous avons cueilli la dynamique folle des tourbillons d’enthousiasme

cet élan vibrant de persévérance résolue

cette constance dans l’âme du monde

à réinventer le jour.

Respire

Respire.
C’est ce que tu m’as dit avant de partir et je me suis longtemps demandé ce que tu entendais par là. Pendant des années on a absorbé et rejeté l’air avec l’indifférence écrasante des comploteurs, à peine conscients d’être à bout de souffle – laisse-moi cinq minutes, j’étouffe, me disais-tu - avant que l’on reparte si vite que l’on tanguait ivres, dans la foule hâtive, saoulés par le vacarme de la ville, les cris.
Respire.
On se pressait de vivre tout en maintenant le cap, plongés dans le flux ininterrompu du sérieux de nos performances. Nous étions malléables, tournés vers les plaisirs factices, le besoin de réussite, usant de faveurs plutôt que de douceur. A dominer de notre importance les auditoires, à croire à une élévation quand il était question de soumission.
Respire.
Je me suis répété tes mots, ta voix en moi vibrant encore de cette fébrilité teintée de tranquillité qui me donnait le drôle de sentiment de m’être éloigné de moi-même pendant que toi, toi, tu stoppais net notre course.

J’ai reçu une photo de toi. Toi assise au bout du monde, entourée de fleurs sauvages. Le paysage respire et je devine que toi aussi. Au-delà de la terre, la mer, vaste étendue bleue aux îles floutées délie les nœuds de toute forme d’asphyxie.

Bric à book – Une photo, quelques mots n°396

Equilibre eurythmique

Mains mains qui créent des jardins des jardins de couleurs couleurs à la naissance du son son harmonique jusqu’à la résonnance du corps corps à l’élan stable dans le mouvement du pinceau pinceau au tracé déraisonné de la courbe courbe animée d’infini infini liée à la pulsation de l’oscillation oscillation des nuances au cœur de la peinture peinture mouvante sur la toile toile aux alliances de teintes teintes où soufflent l’impulsion impulsion de la circulation des lignes lignes embellies de la tonalité tonalité des mots mots animés de l’équilibre eurythmique

Petites graines de bonheur – 3

Ce n’est pas parce que je n’en parle pas que les petites graines de bonheur ne sont pas semées un peu partout au gré de mes balades. Au fil des semaines, en forêt ou sur les bords de Garonne ou de l’Ariège, les graines continuent à se mêler à la nature. Des quelques retours que j’en ai eu, les personnes qui en trouvent une apprécient le geste. Par ailleurs, j’ai envie d’étendre ce projet à d’autres régions. Ne manque plus qu’à solliciter mes enfants 🙂

Le murmure du monde

Têtes de femmes douces comme une écume
L’eau les traverse comme les cailloux trop clairs
Il faut si peu de leur ombre pour couvrir la terre
Et pourtant tous leurs silences

Barbara Auzou

***

D’y sentir l’âme comme l’oiseau
et le temps qui défile –
de rubans en rivières
coulent de tendres émois.

Caroline Dufour

Acrylique sur papier, marqueurs

Format 50 x 65 cm

Hiver

Eblouie par l’éclat paisible du soleil d’hiver je repousse toutes les inquiétudes et grave des paysages traversés de fissures et de failles. J’écoute les roulements répétés du tonnerre, le début de quelque chose, le pardon des hommes, ta voix de silence, le vent secouer les arbres avec ardeur.

Il y a les nuages gonflés de pluie, les mimosas en fleur, le fleuve en crue. Nos têtes levées vers le ciel. Habités de cette seule certitude que seul suffit aujourd’hui.

L’existence de l’art

J’avais espéré débuter 2021 par une exposition où le public serait présent. – se motiver, se projeter vers l’avenir, toutes ces belles idées que l’on tente de mettre en pratique pour tenir. Sélectionnée en catégorie peinture avec onze autres artistes peintres pour Artempo 2021, à Cugnaux en Haute Garonne, le salon des arts plastiques prévu en janvier pour une ouverture au public s’est finalement tenu en virtuel. Cela m’a tant déçue que je n’en ai pas vraiment parlé autour de moi.

Je veux bien réinventée l’art, chercher de nouvelles façons de l’offrir aux autres et c’est, il me semble, ce que je fais aussi à travers ce blog. Toutefois cela ne suffit pas. L’art sous toutes ses formes prend aussi corps à travers le regard du public et rien ne remplace le plaisir de visu.

Outre la lassitude, je ressens une profonde tristesse face à la situation qui stagne, voire qui empire pour la majorité des artistes. A force de ne pas exercer on s’affaiblit et c’est toute la société que l’on fragilise. Jusqu’où faudra-t-il aller dans l’inexistence pour comprendre ?

Tout artiste se meurt de ne pouvoir exercer et montrer ce pour quoi ils vivent et vibrent.

Voyage XX

Quand Voyage XX s’anime de la poésie de Barbara Auzou.

Merci Barbara. Infiniment.

Peinture acrylique, encres couleur, marqueurs acrylique

format 40 x 50 cm

nous marchons de visions en visions

dans la mer inentamable dont nous partageons

les voeux profonds les gestes autonomes

les bras d’ailes et de moulins et tout nous ramène

à l’infrangible unité de la vague

à la plaie fièvreuse et tendre nous en habitons

le centre les portes et les fenêtres la pliure du coeur

avec son sel les paupières où l’on danse

nous tendons en robes de ciel en mousses de lilas

nos mains douces vers un échange très simple

 insulaire

quelque part entre la fugue et le silence

Barbara Auzou.

Sept février

J’ai pensé doublement à toi aujourd’hui. J’ai essayé de compter les années passées sans toi et puis le décompte m’a paru si peu en adéquation avec ton absence que j’ai laissé tomber le calcul.

A la radio, Sydney Bechet jouait « Petite fleur ». J’ai tourné sur moi-même et ai esquissé quelques pas de danse.

J’ai saisi la musique comme le témoignage de ta présence.

Etre vivant

Un jour au bord du jour, un jour un peu flou et un peu fou, j’ai rêvé d’être vivant. Etre l’élève qui se révèle, s’arme du courage des braves et ose l’annulation des jours tristes et autres figures de carême.

Alors j’ai regardé de face le monde vorace, la réalité masquée à grand renfort d’images factices. Les villes bouffies d’arrogance, les forêts qui brûlent et les cultures en souffrance. L’homme perdu, la femme accablée d’inquiétude, l’enfant disparu. La peine et la lassitude courbant les corps et les cœurs négligés.

J’ai rêvé d’être vivant pour chasser chaque impossibilité, donner du goût à l’avenir. Et enfin t’accueillir

On prendra les chars à voile pour retrouver la mer. La mer. Et sous l’élan du vent, le regard confiant, nos empreintes auront la couleur du temps.

Les plumes chez Emilie. Du thème Carnaval 14 mots à placer : annulation, élève, masquer, monde, brûler, beignet, femme, accueillir, fou, oser, carême, char, couleur, culture. j’ai fait l’impasse sur beignet.