Eté

Peuplé du murmure du monde

dans l’intervalle à l’amplitude vaste

le vent chante la terre

Ecoute

la rivière sourdre avec assurance

le sentier palpiter au rythme des arbres

écorces en dentelles

herbes folles

racines séculaires

rhizomes

limon

toute fusion ensemencée de la genèse au dénouement

dans la lumière étirée de fin d’après-midi

nos pas dansent la marche des nuages

et la tête levée vers le ciel clairsemé de fragrance d’été

on avance

tranquilles

un goût d’enfance sauvage sur les lèvres.

Travail en cours (détails)

En ce moment le quotidien est dense aussi ai-je un peu moins de temps à consacrer à la peinture. Pourtant lorsque je peins le peu est grand. D’une amplitude qui me nourrit durablement. Je mesure ma chance à chaque trait déposé sur la toile. J’oublie le métier précaire, les ventes quasi inexistantes, le pourquoi, le comment, toutes ces remises en question qui me bousculent régulièrement. Le monde de l’art est inconstant et fragile mais tant que l’art dans le monde ne cesse d’être, de transmettre, d’émouvoir il demeure invulnérable.

Pour mieux visualiser les détails cliquer dessus

Le tableau sur lequel je travaille est une ancienne toile où la peinture en relief et les collages de papier sont importants. Chaque nouveau trait que je trace est dévié à un moment ou l’autre par les formes déjà existantes. Néanmoins, je persiste à ne pas en tenir compte afin de mettre en évidence l’inspiration du moment. Il n’en demeure pas moins que l’ancien tableau enrichie le nouveau. A suivre…

Voyage XXVI

Voyage XXVI accompagné du regard poétique de Barbara Auzou.

Merci Barbara. Infiniment.

Acrylique sur papier, encres couleur

Format 30 x 40 cm

quand l’aube secoue ses poches

nos corps se hâtent doucement

et dans une maladresse ancienne

pour retrouver ce qui nous fut très proche

et bat encore au poignet

était-ce le bord d’une île 

où s’allumait une lampe idéale?

était-ce la traîne recluse de vieux astres?

d’eaux en eaux on lance nos mains d’écluses

on travaille à nos crochets d’écumes

on oublie le vase la vasque et la carapace

renversée sur son ombre

qui doutait d’un possible filon d’or

l’émail en fusion sur la gorge des vents

on revient ausculter longtemps

les secrets de la terre et ceux de l’âge

le bleu tendre d’une plainte lointaine

s’étire au large de l’enfant sentimentale

venue le ciel sur le dos donner

son âme à la mer

Barbara Auzou.

Samedi, nuit d’été

Samedi, nuit d’été.

Je t’écris à l’heure où l’horizon s’enflamme de couleurs tropicales. Ici, après un long hiver sec, le thermomètre affiche des records de canicule. Le vent du sud souffle depuis plusieurs jours. Le sol pleureur effleure sans cesse la surface flétrie du lac pendant que les branches du chêne dansent un ballet farouche. Je me rappelle ces après-midis d’été où tu dessinais sur ton carnet, assis sur le ponton, les pieds dans l’eau. Chaque détail esquissé révélait le plaisir de saisir la lumière sur l’eau, l’ombre des roseaux, le vol d’un oiseau. Je te voyais depuis la fenêtre de l’atelier, concentré sur ton travail, et je restais immobile jusqu’à ce que tu tournes la tête vers moi. Je devinais ton sourire dans ce geste silencieux que tu m’adressais. Je n’avais pas besoin de plus que ce signe pour me remettre à peindre jusqu’à la tombée du jour. Il accompagne encore ma main sur la toile aujourd’hui comme le prolongement de ce que nous sommes l’un pour l’autre.

Je suis passé voir ton père. Il râle contre toi qui as décidé de faire ce voyage, contre moi qui t’ai laissé partir. Il a moyennement apprécié la carte postale que tu lui as envoyé avec la citation de Lamartine « la vie est un mystère et non un délire ». La fraîcheur de son accueil a cependant été de courte durée lorsque j’ai éventé notre petit secret. Mon ventre s’arrondît et comme en réponse à la vie qui pousse en moi, je peins des toiles immenses animées de passion et de couleurs vives.

Les cigales se sont tues. Le chant des grenouilles envoute la nuit et le lac. Je vais dans le mouvement lent de ceux qui aiment, respirer le parfum sauvage de la sève et je t’attends sans impatience. Tu le sais bien, nos âmes ont dans le regard le reflet de nos étendues vastes.  

Les plumes chez Emilie. Du thème Fièvre, treize mots à placer : regard, délire passion, danser, samedi, nuit, thermomètre, tousser, ombre, fraîcheur, envouter, enflammer, éventer

l’invitation

Crédit photo Pinterest

De l’affleurement à la densité de l’immense

jusqu’au cellules de l’infiniment petit

nous avons trouvé un sens à notre destinée

regardant l’eau de terre brasser l’eau de mer

comme le lien possible à toute évidence

Dans les vagues reliant les reliefs des sommets

on a pénétré l’intérieur des racines puis longé les tiges aériennes

on devinait le murmure du monde dans chaque bruissement

C’était à peine un vœu

davantage une certitude

On entendait au loin l’âme des arbres en devenir

les torrents d’écume et les collines endormies

et à l’heure des frôlements de la connaissance

une invitation à vivre

Avant le premier vol



Avant le premier vol
je mesure la distance complice à l’assurance de ta patience
et apprivoise le goût simple de l’instant
cette connivence qui étourdit le jour
et nourrit l’entente de la nuit.

Jeu 65 chez La Licorne. S’inspirer de la photo et jouer avec les mots du titre du livre « Vol de nuit » d’Antoine de Saint-Exupéry 

Un bruit étrange et beau -Les résultats

L’agenda ironique de mai, c’est terminé ! Long mois fructueux, truffé de textes riches et variés. Une nouvelle fois, un grand merci pour toutes vos participations et pour le plaisir que j’ai eu à vous lire sur ce thème.

Vos 3 textes préférés ce mois-ci sont Le poulpe et la fermière de Carnets paresseux, le texte de Lyssamara et Léon n’est pas ici de Le retour du Flying Bum. Bravo à vous trois !

Quant à l’hébergeur de l’agenda pour le mois de juin, ce n’est pas un mais deux hébergeurs que vous avez choisi : Solène et Max-Louis, ex aequo

A très bientôt chez eux, s’ils sont d’accord pour un duo !

L’aimée

Photo : Pinterest

Après l’amour, dans l’indolence du sommeil qui t’habite, l’univers se redessine. Lorsque je te regarde, j’ai la certitude que tout est à sa place ici-bas. J’entends la musique de ton souffle, la respiration lente et veloutée de l’apaisement. La nuit se fait jour dans le regard que je porte sur toi. Un regard de l’ordre de l’universel, c’est ainsi que je t’aime. Mes doigts effleurent ton corps et t’arrachent un frisson, ta peau blanc crème couverte de chair de poule m’émeut. Il demeure dans ce geste, ce désir renouvelé de tous les possibles, la latitude des différences qui rassemblent. C’est une sorte de combat que l’on mène sans heurts. On passe outre l’intolérance et la violence d’un rejet encore fortement présent. Et lorsque je m’endors à mon tour, ma main — peau noire posée sur ton sein clair — retient la couleur du réconfort.

Au matin, devant la fenêtre ouverte tu inspires l’air iodé. Des perles de rosée nuancent le pré d’à côté où paissent des brebis et leurs petits. À l’horizon, la marée basse offre aux baïnes le reflet du ciel. On marche jusqu’à la plage. D’instinct, nos mains se cherchent, se touchent, s’enlacent, se fondent dans le même élan. Comme on incorpore généreusement les sentiments, on harmonise l’intimité, révèle la raison d’une union heureuse et colorée. Nous flânons tout en ramassant quelques berlingots de mer. Le vent marin se mêle à tes cheveux dorés comme le miel. Je croque ton sourire et le parfum du chocolat sur tes lèvres.

Les Plumes chez Emilie. Sur le thème LAIT, 13 mots à placer : miel, perle, brebis, crème, sein, velouté, traire, chocolat, poule, berlingot, intolérance, incorporer, instinct. J’ai laissé de côté, traire.

Agenda ironique – Les textes de mai – Les votes

Jolie récolte de textes en tout genre pour ce mois de mai prolifique ! Merci à tous pour vos participations enthousiastes et la diversité avec laquelle vous avez abordé ce thème. Me suis régalée à vous lire 🙂

Place maintenant aux lectures et votes pour vos textes préférés (jusqu’à 3) et pour désigner l’hébergeur de l’agenda de juin. Pour ça, vous avez jusqu’au lundi 31 mai. Bonne lecture !

Une danse pour l’éternité chez Ecrits de femme

Agenda ironique de mai chez Le petit journal/Gérard Leplessis

Un des plus beaux matins du monde chez Solène

Onésime et le cyclo-pousse chez Gibulène

7 questions chez Adrienne

Léon n’est pas ici chez Le retour du Flying Bum

Le poulpe et la fermière chez Carnets Paresseux

Concert chez André/Cemondeblog

Polyphème (et Ulysse) chez Tout l’opéra

Agenda ironique chez Duff John

Les oiseaux de paradis chez Alan mabden

Fernande chez Grain de sable

L’Odyssée d’Eliott chez Filigrane/La licorne

Etretat au romantisme calcaire les pieds dans l’eau chez Iotop/Max-Louis

Iron age chez chchshr

Dans la fourmilière chez Carnets paresseux

Un bruit ébrange et teau chez Des arts et des mots

Ce silence chez Palette d’expressions

Etrange et beau chez Poésie de nature

Un bruit étrange et beau chez Les mots, la vie

Le texte de Lyssamara à lire dans les commentaires ICI

Taraudé chez Emmanuel Glais

Ce silence

 Crédits : A-Digit – Getty

Écoute, si tu veux m’aider va me chercher un tasseau de bois, dit mon père. Tu te souviens où ils sont entreposés ?

J’ai hoché la tête et redescendu prudemment le ponton glissant. Il a plu un peu plus tôt. De la pluie toute fine, à peine visible que j’ai goutée avec ma langue, comme pour avaler le temps maussade et cette douleur ample qui ne me quitte pas depuis des semaines.

Tout est gris depuis mon arrivée ici. Le ciel, la mer, les rochers. Mon cœur. 

Je regarde ce père que j’apprends à connaître. Aujourd’hui, il répare le garde-corps du ponton. Il n’est pas bavard. Ça ne me gêne pas, moi je ne parle plus depuis que maman est partie. Au début, j’ai eu peur qu’il m’oblige à lui dire les choses. Mais non. Il a dit avec un sourire timide, un sourire qui s’excusait presque, qu’il faut du temps pour s’apprivoiser. C’est vrai, j’ai pensé. Si je ne le connais pas, lui non plus ne me connaît pas.

Le vent rugit sous les tuiles. Les vagues claquent contre les rochers. De la fenêtre du salon, j’observe le vieux poirier se tordre sous les bourrasques. C’est comme une danse sauvage, une danse des éléments parce qu’il pleut si fort que je ne perçois plus grand-chose au-dehors, hormis le bruit. Sacrée tempête, hein ? dit mon père, accroupi devant la cheminée. Il remue les braises, ajoute une bûche dans l’âtre. Le bois craque sous la chaleur. Ici, sur l’île, les sons les plus anodins se déploient davantage qu’en ville. La pluie, le vent, les cris d’oiseaux, le ressac. Et puis les bruits de marteau et de scie également parce que mon père répare tout un tas de choses pour les habitants. Des bateaux, des portes des maisons et des meubles cassés. Il a un cahier où il dessine des plans et des croquis détaillés. Il m’a acheté le même que le sien. Pour dessiner si tu en as envie, m’a-t-il expliqué. Mais dans le mien, j’écris plutôt des mots. Tous ces bruits que je reçois comme des histoires qui ne demandent qu’à naître.

Dans le jardin, à côté de la cabane à outils se trouve un vieux cyclo-pousse. Si vieux qu’il ne roule plus depuis longtemps. Je suis monté dedans, ça grince de partout et la sonnette ne tinte plus. Quand mon père m’a vu, il m’a hissé sur la selle et même si je n’atteins pas les pédales j’ai fait semblant de pédaler. Tu as raison, a-t-il dit, il est temps que je le retape et tu vas m’aider. Une fois qu’il sera fonctionnel, on fera le tour de l’île tous les deux.

On a travaillé dessus tout l’hiver. Mon père a pris son temps. Rien ne presse, disait-il quand il me voyait impatient. Il faudra attendre les beaux jours pour partir.

Alors j’écoutais les bruits qui nous entouraient et qui au fil des jours devenaient familiers. Le vent, la pluie, les cris des cormorans. Et puis tous ceux que j’entendais quand on réparait le cyclo-pousse. C’étaient des bruits de ferraille que l’on redresse, de pneus à changer, de chaine à retendre. Tous ces sons se mêlaient à notre labeur et nous rassemblaient. Je ne parlais toujours pas et papa ne me le reprochait pas.

Il y avait ce silence entre nous. Un silence bordé de complicité, comme un bruit étrange et beau que je ne savais décrire. Peut-être, me fallait-il simplement le vivre.

Pour l’agenda ironique de mai, sans ironie mais ça ce n’est pas nouveau chez moi 🙂

Voyage XXV

Voyage XXV accompagné du regard et de la poésie de Barbara Auzou. Merci infiniment Barbara.

Peinture acrylique, encres couleur sur papier

Format 34.5 x 50 cm

par le trou central des légendes

dans le non-lieu des heures

quand les choses s’émeuvent 

toutes seules et tremblent

sur leur lisière d’or chaud

on regarde monter l’eau tendre

dans le gros oeuvre des vagues

les îles accroupies sur leur miel

roux qu’elles protègent de leur mieux

contre le noyau dur de la lumière

et l’aléa des deltas

une onde bleue de sel

entre lassitude et fulgurance

bientôt viendra caresser l’éternelle

coupole de l’azur

et les pudeurs d’abîme et d’imprudence

qui nous irriguent

Barbara Auzou.

Agenda ironique – 7 jours pour écrire

Avant les votes de la semaine prochaine, il reste 7 jours pour écrire sur le thème du mois de mai : Un bruit étrange et beau ou lire ou relire les textes que ce bruit vous a déjà inspiré.

D’autre part, si certains d’entre vous ne souhaitent pas héberger l’agenda en juin, faites m’en part avant le 28, s’il vous plait. J’en tiendrai compte lors du récapitulatif.

Une danse pour l’éternité chez Ecrits de femme

Agenda ironique de mai chez Le petit journal/Gérard Leplessis

Un des plus beaux matins du monde chez Solène

Onésime et le cyclo-pousse chez Gibulène

7 questions chez Adrienne

Léon n’est pas ici chez Le retour du Flying Bum

Le poulpe et la fermière chez Carnets Paresseux

Concert chez André/Cemondeblog

Polyphème (et Ulysse) chez Tout l’opéra

Agenda ironique chez Duff John

Les oiseaux de paradis chez Alan mabden

Fernande chez Grain de sable

L’Odyssée d’Eliott chez Filigrane/La licorne

Etretat au romantisme calcaire les pieds dans l’eau chez Iotop/Max-Louis

Iron age chez chchshr

Dans la fourmilière chez Carnets paresseux