1989

Le jour s’est figé un matin.
Depuis, l’épaisseur sans lumière est telle que la nuit paraît presque plus claire. Nul éclairage dans les appartements ni dans les rues.
Du haut du toit-terrasse, c’est à peine si l’on devine les silhouettes dans le mouvement dense de ceux qui fuient. Une marée affolée qui ne cesse de courir pour échapper à l’obscurité. L’opacité tend pourtant ses bras au-delà des mers.

Nous voici sur une terre sombre ; hommes fragiles en quête de racines oubliées.
Parfois, il nous arrive encore d’imaginer le soleil. C’est alors qu’on lève la tête et dans un sursaut de mémoire, on se souvient.
Année 1989. Et ce premier jour où nous avons récolté ce que nous avons semé.

Ne lâche pas ma main. Je veux croire en nous. Nous comblerons l’abîme qui s’ouvre devant nous, et de nos forteresses désertées, nous rebâtirons l’avenir.

Une photo, quelques mots. Bric à book 379