Plongée de mini dialogues divers mêlés de divers mots-valises

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1 – Abomifreux 

— Abomifreux ! Abomifreux ! Est-ce que j’ai une tête d’abomifreux ?

2 – Balument

Entre le balu et le ment mon cœur balance. Oui, c’est un doux balument.

3 – Jumeleine

— Bon ne le prends pas mal, hein ? C’est un compliment… enfin presque. Bref, entre nous je peux bien te le dire, ton rire me rappelle celui de la jumeleine

4 – Polimalie

— Fais gaffe ! Faudrait pas tomber sur les flics.

— T’inquiète ! Je suis maître es polimalie.

5 – Fatalimace

— La situation est grave ! Que dis-je ? Elle est fatalimace !

—  Faut pas dramatiser non plus. On va la retrouver ta coquille.

6 – Eléphantastique

— Non mais regarde-moi ça. Tu n’as pas l’impression qu’elle en fait trop ? Et tout le monde de s’extasier, de dire combien elle est éléphantastique ! Et puis quoi encore ?

— Tu as raison. La trompe ne fait pas le moine. En attendant mets-toi à l’élastique.

7 – Mergnifique

— Incroyable ! Sens-tu l’air chargé d’iode, le goût du sel qui pénètre la peau ? Regarde ! La mer s’approche, c’est marée haute. Regarde, l’étendue mergnifique.

8 – Enchanquise

— Non, merci pas de dessert.

— T’es sûr ? Pour ton retour du grand nord je t’ai préparé un spécial enchanquise.

— Si tu me prends par les sentiments…

9 – Amupliqué

— Ah, quel casse-tête ce problème de math ! Y a que les profs pour penser que c’est amupliqué !

10 – Charonne

— T’as fait quoi ce week-end ?

— J’ai remonté le fleuve Charonne en canoé.

11 – Insolitude

— Tu étudies quoi en ce moment ?

— La science de l’insolitude. Tu n’imagines même pas le nombre de gens qui en sont atteints !

12 – Artificelle

— Oh regarde la belle ficelle bleue ! Et waouh ! La rouge. Et la verte. Et…

— Oui je vois. Je vois aussi bien que toi. Beau spectacle d’artificelle. Pas la peine de le hurler.

13 – Brumageux

— Eh bien qu’est ce qui t’arrive ?

— C’est l’automne. J’ai le moral en berne, le spleen brumageux.

14 – Agengouin
15 – Délicaristique

— Tu me montres les dessins de ton agengouin ?

— Alors qu’est-ce que tu en penses ?

— Joli coup de crayon délicaristique.

16 – Mirififique

Ô miroir, miroir. Dis-moi, suis-je le plus mirififique de tous les miroirs ?

 17 – Délibule

— A part tourner en rond dans ton bocal, qu’est-ce que tu fais de tes journées ? Bon sang mais qui m’a fichu un délibule pareil !

18 – Créaginaire

— Dis-moi, t’en es où de l’écriture de ton roman ? ça avance ?

— M’en parle pas ! Depuis des jours ma créaginaire a fichu le camp.

19 – Existancié
20 – Tartuffolique

— Dans la pièce que nous étudions, qui peut me donner la signification de la réplique suivante : « Loin de l’existancié, le tartuffolique ne voit que le bout de son escarcelle » ?

21 – Gymnasticot

— Ah, quelle performance ! Regarde comme elle évolue sur scène.

— Il est vrai que c’est beau. Tout est dans le geste, le mouvement subtil de la gymnasticot. Quelle grâce !

22 – Couettivité

— Demain la saison de la couettivité débute ! ça te dit d’y participer ?

— Et comment ! J’attends ça depuis des mois. J’amène mon oreiller. Tu me fais une place sous ta couette ?

23 – Ecriames
24 – Pinguouination

— Tu as terminé ta thèse sur les écriames ?

— Pas encore. La pinguouination est assez complexe, il va me falloir plus de temps.

25 – Chocile

— Tu prendrais la robe rouge ou la noire ?

— Les deux . Comme ça pas de Chocile !

26 – Drolatour

— Maman, tu connais la dernière de carambar ?

— Encore une histoire qui se veut drolatour ? Oui ! Je crois bien que j’en ai fait le tour plus d’une fois.

Petits bouts de dialogues divers et divers mots-valises pour l’agenda ironique d’octobre proposé par Jobougon et hébergé par Différence propre et singularité

 

 

 

 

 

 

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Promenade sous terre puis retour à Deauville.

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À la recherche de mon moi idéal, je suis descendue sous terre.  L’air était dense, la terre meuble et humide. J’ai suivi les lumières suspendues, qui dans la nuit, ressemblaient à des salsifis sauvages. J’ai parcouru de long en large l’esplanade, mais j’ai eu beau me chercher je ne me suis pas trouvée. J’y ai pourtant croisé mon égo en conversation avec Jacques Lacan. Fallait le voir (mon égo pas Jacques) refléter dans son miroir toute la splendeur de son narcissisme assumé. Bernique ! Y a des jours où je me demande franchement quel JE, je suis ! Bref, j’ai poursuivi mon chemin et mes recherches. Mais attirée par les voix et la musique qui se jouait non loin de là, je me suis arrêtée à la brasserie “La Rotonde”.

Le lieu était bondé de monde, un ballet-théâtre y donnait une représentation. Un verre de pinot à un main, je me suis perdue loin de moi me réjouissant d’assister au spectacle donné.  Des métropolitains en tenue de pingouins y dansaient, jouaient et déclamaient haut et fort leurs répliques. Un dernier verre et puis j’ai quitté tout ce petit monde. L’heure tournait, (ma tête aussi) et j’étais toujours à la recherche de moi-même. Les heures de la nuit s’allongeaient jusqu’à devenir trop familières. J’ai dû courir pour ne pas rater le ballon-taxi. En un bond je suis montée dedans et nous nous sommes envolés pour le jour suivant. C’est en arrivant sur la plage de Deauville que je me suis vue, en tenue de bain, les pieds dans l’eau, la main en visière le regard scrutant le littoral. Pendant un temps infinitésimal je me suis demandé si je ne rêvais pas. J’étais là avec mes gambettes à l’air, à me narguer sans pudeur. Quelle chipie me suis-je dit, elle ou bien moi-même, (à vrai dire je n’étais plus sûre de rien) m’avait chipée mon maillot !

Finalement à bien me regarder, idéal ou pas, l’émoi que je ressentais à être face à moi m’a rappelé que, qui que nous soyons, nul besoin de courir loin pour se trouver. On peut apprendre à bien vivre avec soi, sans idéal, peut-être même est-ce l’idée qu’il faut s’en faire. S’habituer à soi tout doucement, apprendre à s’aimer, un peu, puis beaucoup sans pour autant égaler l’égo non plus. – Celui-là, il n’en manque pas une pour s’immiscer dans le texte.

Le jour se levait. J’entendais déjà le Jaquemart sonner six heures et le coq chanter à tue-tête « ici l’Aube ! ici l’Aube !» J’ai pensé qu’il était trop tard pour aller compter les moutons dans le près d’à côté, alors à défaut je suis passée voir les brebis, qui elles, n’hésitaient pas à faire des salto à tout heure. Je me suis allongée dans l’herbe. Ça sentait déjà la chaleur et les blés coupés. Les coquelicots se balançaient dans le vent. J’ai respiré profondément. L’air du temps sommeillait à l’abri des indiscrets. Je me suis endormie tout contre moi. J’étais bien. Tout simplement bien.

Ce mois-ci l’agenda ironique est double. Donc doublement difficile de jouer mais le plaisir n’en reste pas moins grand ! 🙂 Avec un sujet d’Andréa et un de Dominique : S’inspirer d’une photo et du thème « Promenade sous terre » et y insérer une foison de mots. J’ai fait l’impasse pour trois d’entre eux. Pour les détails c’est par ici.

 

Crédit : Photographie de presse, Agence Rol, 1923
gallica.bnf.fr

Vacances à la campagne

 

 

En villégiature dans la campagne anglaise, Holmes, assis dans un fauteuil Voltaire, le nez collé à la fenêtre regardait le rideau de pluie infini tomber du ciel gris.

Plusieurs points étaient à observer pour faire état de ses lamentables vacances.

Le premier, l’ennui. Indiscutable. Interminable. Les vacances de ce mois de juillet n’en finissaient pas. Watson, s’y plaisait, – il s’était pris de passion pour l’étude de la phrénologie et y consacrait la plus grande partie de ses journées – et pendant ce temps Holmes buvait son désœuvrement avec du thé arrosé de brandy.

Le deuxième point, le mauvais temps. Indiscutable. Interminable. Depuis des jours il pleuvait des cordes, ou des chats et des chiens, c’est selon de quel côté de la Manche on se situe. Toujours est-il que l’on frôlait l’inondation.

Le troisième, l’ennui encore et toujours. Le quatrième et le cinquième point : idem.

Parce que, autant vous mettre dans la confidence, Holmes était en manque.  Un manque grandissant qui mettait ses nerfs à vif. Il était pris de tremblements qu’il cachait à Watson en tournant en rond à en user le tapis du salon. Oui en manque. Manque d’énigme à résoudre, de mystère à découvrir, il frisait le spleen de la campagne.

Il fallait que cela cesse.

Comme pour conjurer cette énième mauvaise journée, Holmes vit tout à coup derrière le rideau de pluie une chose des plus étranges, comme un appel à ce qu’il sorte du cottage malgré le temps épouvantable. Ce qu’il fit, sans plus attendre. Il tenait enfin une chute digne à ce récit monotone.

Crouich, crouich chantaient les pas bottés du détective. Il avançait dans la gadoue, la tête baissée, faisant fi des rafales de vent qui annonçaient la tempête, pressé d’arriver sur les lieux parce qu’il en était sûr, oui, sans l’ombre d’un doute, aussi certain qu’une preuve dans la visée d’un microscope, il avait vu, comme je vous vois, à l’autre bout de la propriété, un pangolin se balancer sur la branche du vieux chêne. En s’approchant de plus près, il considéra l’animal. De part et d’autre la surprise s’affichait sur les visages. Voilà une affaire des plus étranges, estima Holmes. Il devait faire preuve de souplesse, ne pas laisser voir son étonnement, après tout il avait vu et assisté à bien d’autres troublantes affaires. Celle-ci n’en était qu’une de plus. Il prit le temps de bien observer le pangolin. Il avait un teint de porcelaine et portait une robe blanche ornée de minuscules fleurs brodées. Son sourire était doux, un rien moqueur. Son attention ne faiblissait pas. Il salua le détective mais ce fut la voix insistante de Watson qui perça de son timbre insistant, l’état de sa stupéfaction

– Holmes ! Holmes ! Vous m’entendez ?

– Bien sûr que je vous entends, grogna-t-il dans un sursaut. Inutile de crier.

– Eh bien mon ami, vous voilà de méchante humeur, s’exclama Watson. Décidément, faire un somme en milieu d’après-midi ne vous convient pas. Venez donc saluer Miss Pangolin qui nous fait l’honneur de sa visite.

Holmes se redressa avant de se lever de son fauteuil. La mine chiffonnée, le moral en berne, il toisa Watson avec contrariété. Point de pangolin, point d’aventure, point de mystère à résoudre. Juste un brin de somnolence et une miss assez jolie pour faire fondre le cœur de Watson et parfaire son propre ennui. Quelle ironie ! And last, but not least¹, pensa-t-il, en saluant Miss Pangolin. On ne m’y prendra plus, ça non. Terminé, finito ! Ras la casquette ! Ne plus quitter Londres, ne plus suivre Watson, encore moins l’écouter me vanter les mérites de vacances à la campagne.  I’m coming back home² !

En juillet l’agenda ironique prend ses quartiers chez Palimpzeste. Où il est question de faire revivre Sherlock Holmes le temps d’une histoire avec des mots à lâcher de-ci, de-là : phrénologie / porcelaine / chute / microscope / inondation / corde/  and last, but not least/pangolin.


¹ « dernier point mais non le moindre »

² « Je rentre chez moi »