Agenda ironique – les textes et les votes de novembre

L’agenda ironique de novembre, c’est terminé ! Un grand merci à celles et ceux qui ont planché sur le thème de novembre et bienvenue aux nouveaux venus dans l’agenda qui se sont prêtés au jeu 🙂

Place aux lectures avec douze textes à lire ou relire aux votes. Un pour votre texte préféré et un autre pour qui hébergera l’agenda en décembre.

Novembre chez Jamadrou

Charles Trenet chez Patrick du blog Peinture chamanique

Joie chez Solène

Du médium à l’annulaire chez Duff John (si vous souhaitez laisser un commentaire à John, c’est possible sous le lien qu’il a laissé ICI

Joie en novembre… Noël en décembre chez Gibulène

Le texte de Lyssamara à lire ICI

Les fleurs s’évadent chez Max-Louis -Le dessous des mots

Novembre, la fée et le puits chez moi

Pluie en novembre, Noël en décembre chez Jean-Louis du blog tout l’opéra (ou presque)

Ylang Ylang est de retour chez Tiniak du blog polétiquement votre

L’agenda ironique de novembre chez Photonanie

Et puis un puits chez Carnets Paresseux

Vœu de silence chez Marie du blog Chroniques Atmosphériques

7 jours pour écrire ! (agenda ironique)

Sous la joie au-dessus des toits et le soleil dans les ruelles, il vous reste 7 jours (jusqu’au 25 novembre inclus) pour écrire sur le thème de Novembre, (avec un soupçon de joie, de soleil, d’ironie et tout ce que vous avez envie de dire sur ce mois qui mérite une place de choix dans le calendrier ! 🙂

Tous les détails du thème sont à lire ICI

A ce jour, l’agenda compte huit participants dont vous pouvez lire les textes : Novembre chez Jamadrou, Charles Trenet chez Patrick du blog peinture chamanique, Joie chez Solène, Agenda ironique chez Duff John, Joie en novembre… Noël en décembre chez Gibulène, le texte de Lyssamara à lire ICI, Les fleurs s’évadent chez Max-Louis, Novembre, la fée et le puits chez moi…

Au plaisir de vous lire

Novembre, la fée et le puits

Visuel ESAO via pinterest

« Y a de la joie par-dessus les toits et du soleil dans les ruelles et Novembre, ma petite Novembre te voilà nouvelle-née ! » chantait d’une voix égrillarde Marraine la fée. Penchée sur le berceau, la fée ajouta : « Il va te falloir un vœu pour honorer cela et il me revient de te le trouver. »

Tant bien que mal, la fée essaya de se concentrer mais elle avait l’esprit rêveur et la tête lourde après la nuit passée à faire la fête. La veille, elle se grisait à coup de beaujolais nouveau avec deux de ses amies, la fée d’Octobre et la fée de Décembre et la fêtarde avait quelque peu oublié que Novembre naissait ce jour. Qu’à cela ne tienne, sous le regard trouble d’une fée encore un peu pompette, Novembre semblait en pleine forme. Elle avait la peau fraîche, comme un printemps précoce, la voix modeste de l’automne sous la brume et le sourire discret de l’hiver à venir. L’esprit embrouillé par sa nuit arrosée, la marraine de Novembre se demandait toutefois s’il fallait associer cette Novembre au printemps de l’hémisphère sud ou à l’automne de l’hémisphère nord et toute cette réflexion accentuait son mal de crane. Elle n’avait qu’une hâte, partir se coucher. Et elle avait beau chercher, elle ne trouvait pas de vœu à accorder à Novembre qui ne soit déjà pris par les contes de fées. « Bon, rien ne sert de tourner en rond, viens donc avec moi ma petite, allons voir le Puits. Après tout, c’est lui qui accorde les vœux. Lui pourra mieux que moi, t’en trouver un qui sera à la hauteur de ton mois. » Et d’un coup de baguette, notre fée et Novembre se retrouvèrent sur la place du village où trônait le Puits.

– Ah, tiens donc, t’es déjà debout marraine la fée ? demanda le Puits d’une voix goguenarde. (La réputation de la fée n’était hélas plus à faire dans le cercle des contes et légendes, on connaissait son penchant pour la fête et la bouteille)

– Me suis pas encore couchée, marmonna la fée.

– Ça m’en a tout l’air ! ricana le Puits. Alors que veux-tu à cette heure matinale ?

– J’ai besoin de ton aide, le Puits. Il me faut un vœu pour la petite Novembre avant ce soir et je n’ai pas trop la tête à ça. Peux-tu m’aider ?

– ça ne m’étonne guère de toi ! Quand je pense que la fée d’Octobre a déjà réfléchi à son vœu depuis le printemps et la Fée de Décembre depuis l’été alors que le petit n’est pas encore né, c’est à se demander ce que tu fais de tes journées… Non ne me dis rien, j’ai bien assez d’imagination !

– Bon sang, elles ne m’ont rien dit les scélérates ! Leur vœu a-t-il été accepté ?

– On a dû les modérer un peu, tu les connais…

– Dis-moi, qu’ont-elles obtenu ?

– Eh bien Octobre s’est vu accordé le passage d’une heure pour se rapprocher du soleil, et si tu étais plus attentive tu le saurais, tandis que Décembre a été autorisé à jouer l’abondance factice pour égayer les jours les plus courts de l’année. Si tu veux mon avis…

 – Non, le Puits, j’ai besoin d’un vœu, pas de conseils s’impatienta la fée qui n’avait qu’une hâte, qu’il se taise. Son mal de crane empirait et même la petite Novembre semblait s’impatienter.

– Bon, bon voyons cette petite.

– Merci le Puits, je te revaudrai ça.

– Je n’ai pas encore décidé si je t’accorde quoi que ce soit. Approche la petite.

La fée avança Novembre jusqu’à la margelle de Puits qui observa l’enfant. Le reflet de Novembre diffusait tant de lumière qu’il fut un instant ébloui et surpris par tant d’éclat. Il entendit la pluie et les oiseaux chanter la terre, il vit les arbres aux branches nues se parer de douceur sous le parfum des marrons chauds et des pommes au four, les forêts de pinèdes jouer de couleurs sous la brume, la chaleur des premiers feux de cheminée dans le vent et Novembre danser dans le tourbillonnement des feuilles et sa danse était généreuse, empreinte d’abondance dans les jardins sauvages. Il vit de la joie par-dessus les toits et du soleil dans les ruelles et ça se déployait si loin qu’il était impossible de savoir en quelle saison on se trouvait.  

– On va devoir la jouer serrer, marmonna-t-il. Et considérant la fée il ajouta dans un soupir : « tu n’en loupes pas une, vraiment ! »

– Hé, je ne te permets pas, dit-elle vexée.

– Bon, je n’ai pas beaucoup de choix aussi vais-je accorder à cette petite un vœu très rare. Il faudra être attentif à elle pour voir tout ce qu’elle a à nous offrir. Il faudra voir au-delà du ciel gris et des premiers frimas, il faudra savoir écouter, sentir, percevoir tout ce qu’il y a de généreux en elle pour l’apprécier. Je ne peux pas faire mieux, on a atteint le quota pour l’année. Désolé.

– Ça ira, ça ira, dit la fée, soulagée. Merci le Puits.

– Oui, oui. Allez, va donc t’occuper de Novembre à présent. Cette petite a besoin d’attention. Et la prochaine fois, abstiens-toi de chanter !

Pour l’agenda ironique de novembre dont les consignes sont à lire ici . Pour rappel : vous avez jusqu’au 25 novembre pour écrire tout ce qui vous passe par la tête en novembre. Les votes suivront du 26 au 30 novembre.

Y a de la joie par-dessus les toits ! (agenda ironique)

Octobre s’en est allé et l’agenda ironique hébergé chez Carnets Paresseux s’en vient chez moi pour novembre. Novembre qui malheureusement à la réputation d’être un mois morose.

Aussi pour pour parer aux jours gris de novembre, novembre de brume et de mélancolie, je vous propose de débuter votre récit par une phrase empruntée à Charles Trenet « Y a de la joie […] par-dessus les toits […] du soleil dans les ruelles » à laquelle j’ajoute et novembre.

Ce qui donne la phrase suivante : « Y a de la joie par-dessus les toits, du soleil dans les ruelles et novembre… »  

A vous d’écrire une suite où il sera question de ce mois novembre. Que fait novembre ou que faire de novembre ou que faire en novembre, avec qui ou quoi… bref, c’est à vous de le dire, comme bon vous plaira avec un zeste d’ironie agenda oblige 😉

Il faudra ajouter trois mots à votre inspiration du mois  :

un puits – le passage – se taire

Comme de coutume, le lien de chaque texte est à déposer en commentaire ci-dessous et ce, jusqu’au 25 novembre.

Bonne inspiration à tous. 🙂

Le peintre, l’écrevisse et une histoire de premier jour

La victoire – René Magritte

Le jour dont je vous parle est né dans la lumière d’octobre à l’heure où l’aube se lève sur l’étale d’un littoral tranquille. Les vagues rondes s’épanouissaient sous le ciel moutonneux dévoilant un nuancier rosé. L’heure était solitaire, choisie en conséquence car je n’étais pas d’humeur à quelque rencontre. Cela faisait des années que l’inspiration m’avait déserté et j’errai à la croisée de chemins dans une confusion pétrie d’espoir de retrouver l’élan artistique qui manquait à mon existence. Je marchais donc, sans réellement regarder le sentier, l’allure de mon pas et mon regard influencés par l’angoisse et ce vide désespérant qui m’habillait comme une seconde peau. Ce fut sans doute pour cela que je ne vis pas la porte. Elle se fondait dans le paysage avec une grande aisance, comme un caméléon. Son aspect était pourtant ordinaire, en pin massif, patiné par le temps et les embruns et flanquée d’une poignée et d’un châssis de même teinte. Comme un appel à entrer, le seuil laissait filtrer un mince trait de lumière. La porte était lourde mais ma main sur la poignée ne manquait pas d’assurance et j’entrai comme l’on entre dans un lieu inconnu : avec une curiosité teintée de timidité. De l’autre côté, le paysage s’ouvrait sur les couleurs des matins à venir. Les nuages berçaient la mer, l’horizon éclairé d’éclats d’argent et l’océan bordait une frange de sable blond. Le rêve était-il réel ou la réalité soudaine était-elle un rêve ? J’étais en voyage sans même bouger, le corps parcouru de brise et de parfums maritimes. J’inspirai l’air iodé et la fraîcheur de l’aube, soudain animé d’une furieuse envie d’explorer les lieux, d’embraser le paysage et d’engranger le plus petit détail pour l’exploiter sur une toile. A présent, toute l’étendue du panorama me traversait avec une certaine familiarité, on aurait cru que ça faisait des heures que j’étais arrivé. Je sentais au bout de mes doigts, dans ma tête et la fébrilité de mes pensées l’inspiration revenir. J’avais envie d’embraser le monde, lui donner les couleurs de multiples créations. Un goût de liberté inattendu me galvanisait. J’avançai donc, fébrile, un premier pas déjà estampillé dans le sable lorsqu’on m’interpella. « Holà mon garçon où crois-tu donc pouvoir aller ainsi ? »

Je baissai mon regard vers la voix. Sur la terrasse d’une cabane, une écrevisse assise dans un rocking-chair me dévisageait avec méfiance. J’étais tout aussi méfiant — j’étais certain que l’écrevisse n’était pas là quelques minutes auparavant. Elle arborait un insigne de shérif à son poitrail et des bottes à éperons. Ne manquait que le chapeau pour parfaire l’image du cow-boy mais je m’abstins de toute remarque. Il est de notoriété publique que les écrevisses se vexent pour un rien.

– Bonjour, je ne fais que passer, lui assurai-je.

– Ah non, non. Impossible.

– Comment ça impossible ?

– Tu ne peux pas quitter un lieu pour aller dans un autre sans savoir où aller.

– Ah ça, pourquoi donc ?

– Parce que la loi.

– Encore un décret ? dis-je retenant un soupir.

– Eh oui. Dans un sens comme dans l’autre il est impossible de ne faire que passer. Ça va à l’encontre de toute cohérence. Il faut donner du sens à toute direction et à cette histoire de premier jour aussi, il va sans dire.

– Quelle ineptie ! Où dénicher la fantaisie si l’on donne du sens à tout ?

– Ecoute mon garçon je ne suis pas là pour philosopher, encore moins pour rêver. Alors décides-toi.

L’écrevisse se balançait nonchalamment dans son rocking-chair mais je n’étais pas dupe. Elle m’observait de ces petits yeux globuleux, ses pinces prêtent à dégainer si je ne donnais pas un sens à cette aventure. Je n’avais cependant pas envie de me plier à quelques règles et autres lois pesantes et bien-pensantes. On croulait déjà dessous à chaque heure de la journée et de la nuit. Je pris alors la seule décision qui me sembla crédible sur le moment. Je fis un pas sur le côté. Il y avait ce petit nuage qui flottait entre deux mondes. Il semblait m’attendre, peut-être me dire d’oser. Je plongeai à l’intérieur comme un désir de libération. Et tant pis si l’écrevisse pointait vers moi son ultimatum, j’entrevoyais déjà l’ouverture à de multiples possibles dans les mondes à venir. Je devinais ma délivrance dans ce premier jour, comme une renaissance, à l’image de mes prochains tableaux.

Je peindrai tous les univers et ils seront tels que je les vois, baignés d’imaginaire et peu importe le sens qu’on leur donnera, leur histoire sera source inépuisable de poésie et de rêve.

Pour l’agenda ironique d’octobre chez Carnets Paresseux, où il est question de premier jour, de deux vers empruntés à Norge et d’écrevisse.

Un bruit étrange et beau -Les résultats

L’agenda ironique de mai, c’est terminé ! Long mois fructueux, truffé de textes riches et variés. Une nouvelle fois, un grand merci pour toutes vos participations et pour le plaisir que j’ai eu à vous lire sur ce thème.

Vos 3 textes préférés ce mois-ci sont Le poulpe et la fermière de Carnets paresseux, le texte de Lyssamara et Léon n’est pas ici de Le retour du Flying Bum. Bravo à vous trois !

Quant à l’hébergeur de l’agenda pour le mois de juin, ce n’est pas un mais deux hébergeurs que vous avez choisi : Solène et Max-Louis, ex aequo

A très bientôt chez eux, s’ils sont d’accord pour un duo !

Ce silence

 Crédits : A-Digit – Getty

Écoute, si tu veux m’aider va me chercher un tasseau de bois, dit mon père. Tu te souviens où ils sont entreposés ?

J’ai hoché la tête et redescendu prudemment le ponton glissant. Il a plu un peu plus tôt. De la pluie toute fine, à peine visible que j’ai goutée avec ma langue, comme pour avaler le temps maussade et cette douleur ample qui ne me quitte pas depuis des semaines.

Tout est gris depuis mon arrivée ici. Le ciel, la mer, les rochers. Mon cœur. 

Je regarde ce père que j’apprends à connaître. Aujourd’hui, il répare le garde-corps du ponton. Il n’est pas bavard. Ça ne me gêne pas, moi je ne parle plus depuis que maman est partie. Au début, j’ai eu peur qu’il m’oblige à lui dire les choses. Mais non. Il a dit avec un sourire timide, un sourire qui s’excusait presque, qu’il faut du temps pour s’apprivoiser. C’est vrai, j’ai pensé. Si je ne le connais pas, lui non plus ne me connaît pas.

Le vent rugit sous les tuiles. Les vagues claquent contre les rochers. De la fenêtre du salon, j’observe le vieux poirier se tordre sous les bourrasques. C’est comme une danse sauvage, une danse des éléments parce qu’il pleut si fort que je ne perçois plus grand-chose au-dehors, hormis le bruit. Sacrée tempête, hein ? dit mon père, accroupi devant la cheminée. Il remue les braises, ajoute une bûche dans l’âtre. Le bois craque sous la chaleur. Ici, sur l’île, les sons les plus anodins se déploient davantage qu’en ville. La pluie, le vent, les cris d’oiseaux, le ressac. Et puis les bruits de marteau et de scie également parce que mon père répare tout un tas de choses pour les habitants. Des bateaux, des portes des maisons et des meubles cassés. Il a un cahier où il dessine des plans et des croquis détaillés. Il m’a acheté le même que le sien. Pour dessiner si tu en as envie, m’a-t-il expliqué. Mais dans le mien, j’écris plutôt des mots. Tous ces bruits que je reçois comme des histoires qui ne demandent qu’à naître.

Dans le jardin, à côté de la cabane à outils se trouve un vieux cyclo-pousse. Si vieux qu’il ne roule plus depuis longtemps. Je suis monté dedans, ça grince de partout et la sonnette ne tinte plus. Quand mon père m’a vu, il m’a hissé sur la selle et même si je n’atteins pas les pédales j’ai fait semblant de pédaler. Tu as raison, a-t-il dit, il est temps que je le retape et tu vas m’aider. Une fois qu’il sera fonctionnel, on fera le tour de l’île tous les deux.

On a travaillé dessus tout l’hiver. Mon père a pris son temps. Rien ne presse, disait-il quand il me voyait impatient. Il faudra attendre les beaux jours pour partir.

Alors j’écoutais les bruits qui nous entouraient et qui au fil des jours devenaient familiers. Le vent, la pluie, les cris des cormorans. Et puis tous ceux que j’entendais quand on réparait le cyclo-pousse. C’étaient des bruits de ferraille que l’on redresse, de pneus à changer, de chaine à retendre. Tous ces sons se mêlaient à notre labeur et nous rassemblaient. Je ne parlais toujours pas et papa ne me le reprochait pas.

Il y avait ce silence entre nous. Un silence bordé de complicité, comme un bruit étrange et beau que je ne savais décrire. Peut-être, me fallait-il simplement le vivre.

Pour l’agenda ironique de mai, sans ironie mais ça ce n’est pas nouveau chez moi 🙂

Agenda ironique – 7 jours pour écrire

Avant les votes de la semaine prochaine, il reste 7 jours pour écrire sur le thème du mois de mai : Un bruit étrange et beau ou lire ou relire les textes que ce bruit vous a déjà inspiré.

D’autre part, si certains d’entre vous ne souhaitent pas héberger l’agenda en juin, faites m’en part avant le 28, s’il vous plait. J’en tiendrai compte lors du récapitulatif.

Une danse pour l’éternité chez Ecrits de femme

Agenda ironique de mai chez Le petit journal/Gérard Leplessis

Un des plus beaux matins du monde chez Solène

Onésime et le cyclo-pousse chez Gibulène

7 questions chez Adrienne

Léon n’est pas ici chez Le retour du Flying Bum

Le poulpe et la fermière chez Carnets Paresseux

Concert chez André/Cemondeblog

Polyphème (et Ulysse) chez Tout l’opéra

Agenda ironique chez Duff John

Les oiseaux de paradis chez Alan mabden

Fernande chez Grain de sable

L’Odyssée d’Eliott chez Filigrane/La licorne

Etretat au romantisme calcaire les pieds dans l’eau chez Iotop/Max-Louis

Iron age chez chchshr

Dans la fourmilière chez Carnets paresseux

Un bruit étrange et beau (agenda ironique)

Photo Pinterest

Pour l’agenda ironique que j’accueille avec plaisir ce mois-ci, je vous propose « Un bruit étrange et beau »

De cette phrase tirée du titre du roman graphique de ZEP, vous avez toute latitude pour écrire ce qu’elle vous inspire, sous la forme qui vous convient : récit, poésie, article, dialogue, photo, collage, conte, légende, ou tout autre idée qui vous traverse. Deux contraintes seront cependant à intégrer :

« Un bruit étrange et beau »

ainsi trois mots : cyclo-pousse – île – poirier

Les liens de vos textes seront à déposer ci-dessous en commentaire jusqu’au 28 mai.

Bonne inspiration à tous !

La conversation

Cause toujours, tu m’intéresses, c’est ce que j’ai pensé du voisin qui me parlait de la pluie et du beau temps, alors que je lui répondais c’est vrai, le paysage est beau, les arbres et surtout les massifs d’eau fleuris qui donnent une petite note rafraichissante, d’autant qu’il fait si chaud, encore. Et ça m’a rappelé cet été caniculaire, tu t’en souviens ? Nous étions ivres de chaque minute passée ensemble. On goûtait le présent. Tu disais : Vivons ! Vivons sans jamais être rassasiés et tu ajoutais : « ce n’est pas l’homme qui arrête le temps, c’est le temps qui arrête l’homme » Cet été-là, on cherchait le bleu de la mer jusque sur les murs peints de la chambre et à l’ombre de nos corps, aussi.  Tiens, je portais du noir comme ce soir, un petit déshabillé de coton qui porte bien son nom parce que je ne l’ai pas gardé longtemps. Et toi, voyons voir, ha oui, tu ne portais rien, c’est dingue ça quand j’y pense, alors que depuis des années maintenant tu revêts ce style de pyjama rayé qui te sied, je ne dis pas le contraire mais bon, ça commence à manque d’originalité tout ça, non ? Dis, tu m’écoutes ?

Hum ? Oui, oui, bien sûr que je t’écoute. Bon il est tard, tu viens te coucher ?

Pour l’agenda ironique d’avril, hébergé ce mois-ci par Des arts et Des mots où il était question de « cause toujours, tu m’intéresses » de tableau, de conversation, de citation et autres jeux de mots et d’ironie bien sûr.

Métamorphose

Lundi est un jour ordinaire. La métropole s’endort dans le désordre multiple des grandes cités. Les sons feutrés épousent les murs de pierres rouges tandis que les lumières paraissent jusqu’à paresser sous le brouillard hivernal. Nos pas se perdent sur les trottoirs enneigés. On a beau courir comme des mômes à la poursuite de nos traces, la ville les absorbe, grouillante, affamée et exubérante, même dans le silence.

C’est mardi que nous commençons à discerner la différence. La cacophonie ambiante se révèle singulière. Au début, c’est à peine perceptible. Il y a bien dans l’air un goût d’inhabituel, un son étrange, des couleurs visibles qui détonnent sur les immeubles, pourtant tout semble encore confus. C’est à l’image de la Terre. Orange amère. Un lacis de fils difficile à défaire sur nos âmes usées..

Il faut attendre mercredi pour voir le bitume trembler sous nos pieds. On ose à peine se toucher de peur de chuter ensemble. On frôle la rupture entre les arrondissements. Des strates sillonnent les chemins que l’on franchit en trois enjambées. Dans les quartiers, les volets s’entrouvrent. Les rues enrobent la saison d’une rengaine inaccoutumée. À l’horizon l’ondulation des blés mûrs s’ourle de jaune

Dans le ciel urbain, le déséquilibre accentue l’incompréhensible. Fragiles, on tangue jusqu’au jeudi. On se prend à espérer le bleu au firmament, le bleu sur la mer. C’est aussi soudain que le désir, aussi appétissant que cueillir des abricots et croquer dedans. Loin des murailles les doutes s’effeuillent à l’infini….

Vendredi a l’apparence de dimension parallèle à chaque carrefour. Les courbes du temps se soûlent à coup d’aurores boréales ; nous perdons nos repères dans les nuances de verts. La cité s’anime de bruit et de vent sur les cinq continents. Puis, dans un murmure, tout s’immobilise. On se blottit dans les bras de la nuit…..

La musique de la pluie nous éveille samedi. La glaise et le terreau se gorgent d’eau et d’indigo. Le ciel vibre à nouveau au-dessus de la canopée. Onésime, les mains à plat sur le sol, écoute la terre. Simple en désir de langage, nous semons l’air libre de nos pensées abritées……

Dimanche, on entraîne avec nous un réverbère en manque de lumière. C’est à celui qui courra le plus vite, le plus longtemps avant que chacun d’entre nous ne s’étende, essoufflé, sur l’herbe piquetée de rosée. Nous regardons la ville s’épanouir au rythme de la danse des arbres. Le pinceau à la main, Onésime trace d’un arrondi violet la naissance de demain et des sept couleurs, le soleil et la pluie courbent l’arc en ciel…….

Pour l’agenda ironique de janvier hébergé ce mois-ci chez Carnets Paresseux. Où il fallait partir à la découverte d’une ville et puis y ajouter une semaine, un réverbère, Onésime et une liste en 7 points (……)

Le monde d’Alice

Sous ses longs cils graciles, l’air espiègle d’Alice illustrait fort bien les gravures du livre de conte. Lorsque nous étions enfants, nous parcourions à loisir les pages comme terrain de jeu. Je tendais la main et, comme une invite, il suffisait d’un frôlement pour qu’elle apparaisse devant moi. La première fois, son assurance m’avait à la fois subjugué et intimidé. Elle m’avait entraîné dans une course folle à la poursuite d’un concombre masqué. Rien d’étrange à cela me direz-vous, le masque a pris tant de valeur de nos jours qu’on oublie pourtant la rareté de la chose à ce moment-là. Le concombre donc, brandissait un étendard à l’effigie d’un bretzel géant. C’est à cette époque que j’ai réalisé la vacuité de notre réalité. Dans le monde d’Alice, peu importait le sens des choses, tout prenait sens quand chaque pas parcouru nous rapprochait. Bien qu’Alice prétendît le contraire, c’était un monde à l’envers du monde. Elle disait que prendre le temps avait la saveur de l’évasion lointaine et qu’à l’intérieur de celui-ci il y avait un temps pour chercher et un temps pour se perdre. Ça sonnait comme une idée philosophique sans en être une parce qu’effectivement on passait du temps à se chercher avant de se perdre dans la contemplation de l’autre. Comme une offrande, elle me livrait les secrets de son monde et sa voix rythmait les chapitres contés.

En grandissant, alors que la distance entre les pages se creusait peu à peu, Alice devint rebelle et sauvage. Elle m’attirait mais par petites touches espacées comme si le temps effaçait les plis de l’enfance au profit de l’adolescence. Il y avait tant à découvrir et à vivre de l’autre côté que faute d’existence, les pages jaunirent. Je lisais peu, tout occupé à des préoccupations sérieuses. Et la consistance d’Alice se perdit, les images en deuil. Je me perdis aussi pendant des années. Alice, remisée entre deux livres de ma bibliothèque s’était faite silencieuse et à l’image des roses du jardin qui restaient closes, les pages refusaient de s’ouvrir.

J’écrivais des nouvelles pour le journal local. De petites histoires ennuyeuses où il était question d’un temps pour jouer et d’un temps pour travailler. J’avais malgré moi d’autres histoires à l’influence occulte que je n’osais révéler. Des histoires qui prenaient racines dans des rêveries familières. Les vagues naissaient du ciel et le ciel de la mer. Le monde à l’envers avait le débit d’un slam poétique et les bretzels, le goût de concombre.

Lors de soirées arrosées, je m’entendais crier « bretzel liquide ! » comme pour asseoir une réalité qui n’en était pas une. J’usais de boissons pour oublier l’oubli. J’avais le vin triste et la nostalgie de toutes les occasions manquées. Celles des courses folles et de fous rires heureux. Ce fut d’ailleurs au cours d’une de ces soirées que je pris ma décision. Qu’avais-je à perdre que je n’avais déjà perdu ?

Je suis rentré chez moi. J’ai saisi le livre, l’ai serré à l’intérieur de mes bras et à la virgule près, j’ai fait un pas sur le côté. Tout le monde sait que le temps n’a pas de prises sur les rêves. Il se déplie même à l’infini jusqu’au pays où Alice m’attendait.

Pour l’agenda ironique de novembre chez tout l’opéra ou presque où il est question de temps, d’anapodoton et de bretzel liquide et pour les plumes d’Asphodèle chez Emilie dont le thème « Lecture » a été décliné en 13 mots. Bibliothèque, page, virgule, rose, conte, autodafé, évasion, use, lire, livrer, loisir occasion occuper, occulte. (j’ai fait l’impasse sur autodafé.)

Crédit photo Pinterest

« Un temps pour chaque chose »(Agenda ironique)

L’agenda ironique en co-animation ce mois-ci, prend ses quartiers chez Tout l’opéra (ou presque). Jean-Louis nous propose de s’inspirer du thème « Un temps pour chaque chose », comme il est dit dans l’Ecclésiaste III.

Quelques exemples, où vous pouvez piocher, en retirer, en rajouter (surtout).

« Un temps pour naître et un temps pour mourir. » « Un temps pour pleurer et un temps pour rire. »

Comme contrainte, il faudra faire un anapodoton (ou plusieurs), et employer l’expression « Bretzel liquide ! »

Le lien de votre texte pourra être déposé en commentaire chez Jean-Louis ou ci-dessous jusqu’au 26 novembre. Ensuite, lecture et votes jusqu’au 30 novembre.

Bonne inspiration à tous !

Comme une renaissance

Le patron m’avait dit, tu files à la plage, il s’y passe un truc bizarre. Fais vite, si on est les premiers sur place on aura l’exclusivité.

J’ai pris un taxi-parapluie pour m’y rendre. De nos jours il est le moyen le plus fiable de se déplacer. La ville était étonnamment silencieuse. La brise soufflait une odeur que je n’arrivais pas à identifier. Une odeur à la fois étrange et familière, qui prenait de l’ampleur au fil des kilomètres.

Je survolais les toits de tuiles ocre et rouges et effleurais les nuages d’une main distraite, si bien que sous la caresse, les cumulus s’étendaient dans le ciel jusqu’à se prendre pour des cirrus. On filait vite, prenant les courants de dérive pour mieux traverser les mouvements d’air et moins d’une heure plus tard le taxi-parapluie stoppait déjà au-dessus de la station des marées. Bien sûr, celle-ci n’en avait plus que le nom depuis longtemps. La majorité d’entre nous avions oublié comment se dessinait le rivage avant le grand changement.

Il y avait foule. Une multitude de pépins de toutes couleurs avec passagers plus ou moins impatients attendaient leur tour pour débarquer. La file était si longue qu’on se serait cru en pleine saison estivale. Pour sûr, nous étions nombreux, comme attirés par un parfum étrange sur lequel nous n’arrivions pas à mettre un nom. Sur l’esplanade des vents passagers, outre les gens, je devinais la silhouette d’el catrin qui se faufilait déjà vers la plage. Si je ne réagissais pas rapidement, j’allais me faire voler mon scoop par cet énergumène. Lui et moi avions quelques divergences de travail et de style depuis l’affaire de l’œuf et la poule. Si j’avais un moment, je vous raconterais cette histoire, mais là franchement le temps me manquait.

J’ai brandi ma carte de presse comme passe-droit et j’ai pris la première échelle qui se présentait pour descendre sur la terre ferme. Je tanguais un peu, ivre de vent et d’effluve odorant. Plus j’avançais plus l’odeur était palpable. Des souvenirs lointains revenaient avec fulgurance.

Le littoral s’étendait devant moi, immense langue de sable sauvage. Je humais l’air et le moindre courant me renvoyait une bouffée d’iode et de varech mêlés. C’était à la fois incongru et familier. Une résurgence à laquelle personne ne s’attendait et pourtant elle retrouvait sa place légitime. Au loin, on entendait la musique d’un orchestre et le son du tambour vibrait comme en écho avec celui qui venait de la plage. Les vagues. Les vagues léchaient à nouveau le sable.

Sous le choc, la foule se taisait. Il y eut alors comme un temps extensible, une infinité de temps étirable où chacun d’entre nous, le regard porté vers l’horizon contemplait abasourdi, la mer autrefois disparue. Elle s’étendait à perte de vue, aussi loin que la terre pouvait la porter.

On hésitait encore, entre rêve et réalité, respirant l’empreinte de toutes les senteurs maritimes. Dans le ciel, les oiseaux plongeaient dans la mer comme une renaissance acquise.

Pour l’agenda ironique d’octobre, hébergé ce mois-ci par Victor Hugotte. Il fallait raconter en huit différentes étapes une histoire où un personnage se dirige vers la source d’une forte odeur. Les détails sont à lire ICI

Avec un petit clin d’oeil à Carnets Paresseux qui au mois d’août avait fait disparaître la plage 🙂

L’envol

« J’ai entendu dire que quand on est perdu le mieux à faire c’est de rester où on est et d’attendre qu’on vienne vous chercher, mais personne ne pensera à venir me chercher ici. » C’est ce dont je me suis persuadée quand j’ai franchi la rivière. J’étais perdue depuis des années. Et je venais de me retrouver. Ça faisait deux jours et deux nuits que cachée dans un fourré, j’attendais d’avoir le courage de passer la rive. Comme un besoin de réconfort, j’y avais construit un semblant de nid fait de mousse et d’herbes fraîches. Avant cela, j’avais marché longtemps, déjouant les accès les plus fréquentés, évitant le déploiement de mes ailes pour qu’on ne me remarque pas. Il me fallait aller jusqu’au bout de mon désir de fuite, retrouver l’étincelle qui gisait au fond de moi. J’avais quitté la ferme du maître un soir d’orage. Le chemin à peine visible dans la nuit sans lune, je m’orientais à l’instinct. C’était un sentiment assez inédit, comme si je découvrais pour la première fois un état laissé à l’abandon depuis des lustres. Tous les sens en éveil, je saisissais chaque son avec une acuité nouvelle. Ma vue s’était élargie jusqu’à englober les terres au-delà de la rivière. Je respirais les senteurs boisées de la forêt, les bruyères, la menthe poivrée et les fougères. Je respirais comme je n’avais encore jamais respiré. J’avais levé la tête vers le ciel. Je percevais les courants ascendants dans l’air comme un appel.

Après l’euphorie, il y a eu la peur. La peur des représailles et celle de l’inconnu. Je quittais un lieu et une existence certes difficile, mais j’avais l’assurance que chaque jour serait de la même ampleur : le maître chafouin, les regards qui jugent, les bouches qui médisent, l’humiliation quotidienne et un semblant de toit où dormir.

Donc la peur. Tapie au fond de moi comme une pénitence, j’ai attendu les châtiments pour ma désertion. Tremblante de tous mes membres, affaiblie par des années de privation. La pluie de l’aube a été comme une délivrance. Lavée de toutes traces du passé, j’étais vivante, chaque cellule de mon corps me l’affirmait ; la faim aussi. J’ai étanché ma soif au bord de la rivière et aperçu mon reflet dans l’onde. Mes plumes ternes, mon visage émacié. Et ma résolution s’est affermie. J’avais fui pour retrouver ma liberté.

Sur la rive opposée, j’ai réveillé le passeur qui dormait derrière une haie de fusains, sa longue vue abandonnée sur le côté gauche de son grand corps. Sous ses vêtements, je devinais le bleu de ses écailles. Patient, il attendait ma venue depuis quarante-huit heures. Il m’attendait. J’ai baragouiné mes premiers mots, « Tout flivoreux vaguaient les borogoves » et ça m’a fait l’effet d’un cafouillage de sons bizarres, car je n’avais pas prononcé un mot depuis des jours. Le passeur a paru satisfait parce qu’il m’a répondu aussitôt : « Les verchons fourgus bourniflaient » puis il m’a adressé un sourire. « Bienvenue sur les terres libres, a-t-il dit ensuite. Bienvenue, femme-oiseau. »

Pour l’agenda ironique de septembre hébergé par Verojardine. Où il fallait raconter une histoire en se mettant dans la peau d’un animal de notre choix. Le texte devait contenir 4 mots : longue-vue, chafouin, gésir, chemin, et intégrer la citation de Lewis Caroll et deux strophes (mises entre guillemets) J’ai pris la liberté d’imaginer de nouvelles espèces 🙂

Photo : L’Envol – sculpture de Jean Marie Fondacaro 

Sur la route des vacances

Devant moi, il y a ce chien. Habituellement, je ne comprends pas le langage des canidés. Inoffensifs, agressifs, joueurs, ils me déstabilisent. Alors je les évite. Mais bon, il est là, aussi peu séduit que moi par lui, mais bien obligé de voisiner pour un temps. Nous nous faisons face et malgré la distance je distingue ses yeux ronds, son air absent et non moins ravi. C’est à se demander s’il n’a pas pris quelque substance illicite, tant son aspect traduit quelque attitude équivoque. Je dis ça parce que dans l’attente, j’ai décidé de me rouler un pétard. Un petit, pour patienter. J’essaie de m’extraire de son regard fixe. C’est plus difficile qu’il n’y parait. Mais je réussis à détourner mon attention pendant quelques minutes, m’accrochant comme un noyé à sa bouée, résistant à la tentation de tourner mes yeux vers lui. Sur ma droite, j’aperçois le littoral. Plage de sable, flots bleus, touristes alignés comme des sardines sur des draps de bain de toutes les couleurs. Je peux deviner les effluves de l’huile parfumée au monoï sur les corps luisants. Cela dit, la distraction ne dure pas. Je reprends rapidement mon observation première, captivé malgré moi. La tension monte, sans effort. Je me sens fébrile comme lorsque surgit l’inspiration, ce qui est assez troublant parce que depuis des mois je n’ai pas la moindre idée en tête. Aucune composition musicale ne m’habite. Je ne suis pas contre le silence, je reconnais que les pauses peuvent être salutaires, mais l’angoisse de la page blanche n’est plus à prouver. J’en ai fait mon crédo et ça me ronge de l’intérieur. Depuis des mois, je me trouve aussi fragile que l’argile, plus incertain que le hasard.

Le chien me regarde et je regarde le chien. Je guette le mouvement immuable que sa tête ne cesse de faire. C’est un duel silencieux, une concentration sans rupture sur la route embouteillée des vacances. Alors je saisis la perche qu’il m’offre spontanément. Mes doigts tapotent le volant de ma voiture. Des accords timides puis de plus en plus assurés résonnent dans la mienne et dans l’habitacle. Je tiens quelque chose. C’est là, à portée de notes, au rythme du balancement de la tête du chien posé sur la plage arrière de l’auto devant moi : le prochain tube de l’été.

Pour l’agenda ironique d’août hébergé ce mois-ci par Max-Louis. Où il est question de plage dans le sens large du terme avec quatre mots imposés : flot, argile, perche, monoï.

Photo : Pinterest

A supposer que

A supposer que l’on me demande ici de te raconter comment nous avons traversé les âges, je peux évoquer le moment où, derrière la dune, on a vu le soleil embraser l’horizon et, cet instant où, face au vent, on s’est saoulé de l’air avant de boire le souffle de l’autre puis, allongés sur le sable, il nous a traversé l’idée de se bercer d’étoiles et de caresser le possible comme se traverse la jeunesse, et se réinventer jusqu’à voir les fleuves se nourrir des rivières et entendre les montagnes témoigner de la constance, tandis qu’en apesanteur, nous apprenions à tisser les bords du monde sans faillir face à l’instabilité et puis te dire tout ce temps passé à étudier comment colmater le déséquilibre inhérent à l’équilibre, élargir l’anse de la baie avec l’amplitude du vécu et comme l’amour se réinvente au fil des sillons et des rides ; il se peut même qu’après, je projette, dès le retour de la marée, de t’inviter à dîner dans ce petit resto de bord de mer pour te dire tout ce que c’est de t’aimer aujourd’hui alors que la Terre chancelle du manque d’arbres ; j’imagine déjà te rejoindre, toi attablé avec un verre de vin, dans l’attente paisible de ceux qui savent, et entre tes mains, ce livre que tu aimes relire de temps à autre, Manon Lescaut ; alors qu’en sourdine se joue quelques airs de Bill Evans, toi, tu liras quelques lignes à voix haute, pour le plaisir, une phrase au hasard, diras-tu d’un air mutin, comme si nous jouions une partition pour le moins inconnue alors qu’elle relève davantage de la complicité ; tu m’écoutes, insisteras-tu, alors je fermerai les yeux et j’écouterai le son de ta voix et ce sera cela que je retiendrai bien plus que la phrase lue, je penserai même que dans l’idéal, elle s’accolera sans mal avec le reste de ce récit, et si rien n’est moins sûr, on fera comme ci car l’essentiel est qu’elle existe au moment où : « après  avoir soupé avec plus de satisfaction que je n’en avais jamais ressenti, je me retirai pour exécuter notre projet. » 

Pour l’agenda ironique de Juillet hébergé ce mois-ci par Emmanuel Glais. Il fallait choisir une contrainte à piocher du côté de l’Oulipo : À supposer… est un texte en prose composé d’une phrase unique très développée, initiée par la formule : « À supposer qu’on me demande ici de… » illustrer le récit avec une peinture de Zach Mendoza et y ajouter une contrainte supplémentaire, réécrire cette phrase de l’Abbé Prévost dans Manon Lescaut en début ou fin de récit.

Peinture « Bill Evans » par Zach Mendoza

Agenda ironique de juillet

Ce mois-ci l’agenda se trouve chez Emmanuel Glais. Il y est question de contrainte au choix à piocher ici Oulipo Contraintes et puis d’ajouter cette phrase de l’Abbé Prévost dans Manon Lescaut en début ou fin de dissertation :

« Après avoir soupé avec plus de satisfaction que je n’en avais jamais ressenti, je me retirai pour exécuter notre projet. »

Pour les détails, les dates de rendu des textes et autres précisions c’est à lire chez Emmanuel Glais

Agenda ironique. Les textes – Les votes

Voici venu le temps de lire ou relire les textes que cet agenda de juin vous a inspiré. Pour rappel, vous avez jusqu’au 30 juin pour lire, voter pour 3 de vos textes préférés et pour élire celui ou celle qui hébergera l’agenda ironique de juillet.

Merci pour vos récits, histoires et poésies qui ont nourri l’imaginaire de ce premier mois de l’été.

J’ai embrassé une nuit d’été et Le Choix chez La Licorne

Le germe du silence et Dans les pousses du silence chez Jobougon

Onésime et les bruits chez Gibulène

Le texte de By Marie à lire dans les commentaires Ici

Nettoyage chezVictorHugotte

Avant-gardiste chez Mébul

Les quatre saisons -L’été Chez toutloperaoupresque

L’été la nuit chez Emmanuel Glais

A l’impossible, nul n’était nu chez Des Arts et Des mots

Trésor du temps chez Vérojardine

Et le silence tourne en rond chez Le dessous des mots

De l’impossible possible ça c’est chez moi

Hors délai mais accepté avec plaisir : De l’impossible possible chez Pigraï’s Flair

De l’impossible possible

L’été, la nuit les bruits sont en fête. On en a un aperçu dès le coucher du soleil, lorsque l’indigo se fond dans le fleuve. La ville se teinte de nuances claires obscures et les bruits s’animent de tonalités nouvelles. Il n’est pas rare d’entendre le murmure du jour prendre son temps pour s’éclipser et c’est à cette heure qu’il appartient au conteur de narrer son histoire.

Le jour dont je vous parle, j’étais accoudé à mon balcon à écouter la saison sur tout ce qu’elle a à nous dire. Habituellement elle retentit jusque dans les rues, ricoche sur les murs des maisons et tinte au-dessus des champs. Les bruits engendrent les sons et les sons les bruits c’est bien connu. Ce jour-là, pourtant, le vent même s’était tu. La texture du monde avait pris un drôle d’aspect, les champs se drapaient de formes étranges et comme poussés par un souffle pourtant inexistant, les bateaux à voile voguaient sur le fleuve miroir. Quant aux oiseaux, ils voyageaient de métamorphoses en métamorphoses à contre-courant de leur vol habituel.

C’est, je crois, à ce moment-là que j’ai vu l’impossible poursuivre le possible. L’un tentait d’échapper à l’autre et cela ressemblait à une danse improbable et tout autant surprenante. J’ai interpellé mon voisin afin qu’il soit témoin de l’incontestable, mais trop occupé à presser des oranges bleues sur son cœur amoureux, c’est à peine s’il m’a regardé. J’ai alors pris la décision de suivre les deux opposés. Je voyais le possible redoubler d’ardeur pour fuir l’impossible mais celui-ci gardait le rythme et la distance s’amenuisait au fil de leur course. Leurs pas frappaient l’asphalte en cadence. Au tournant de la rue principale je suis tombé sur une manif d’objets hétéroclites qui revendiquaient leur indépendance. Aucun doute, ai-je pensé, l’impossible est au centre de tout cela. Malgré moi je me suis retrouvé emporté par le flot. J’ai cherché des yeux le possible, perdu dans la foule, affolé de frôler l’utopie et l’aberration. Son souffle battait le probable, s’accrochant au vraisemblable alors que le soleil se levait pour la deuxième fois de la journée. Pourtant, me disais-je, à les voir tous les deux il était évident que dans l’impossible vit aussi le possible, il allait bien falloir que ce dernier l’admette.

J’étais persuadé que pour ancrer cette histoire dans la réalité il fallait que je la raconte. Aussi lorsqu’une échelle et un arrosoir, bras dessus dessous sont passés devant moi j’ai cherché leur attention, levant la main en signe de bonjour, mais aucun n’a tourné le regard vers moi. A croire que j’étais devenu invisible. Dépité, j’ai rejoint le fleuve, observant le monde qui se gondolait au tempo des marées alors que le soleil n’en finissait pas d’éclairer les heures.

Je me suis assis sur le bord du quai, les pieds frôlant l’eau, dans l’espoir d’attirer les poissons pour leur narrer l’étrangeté de ce jour d’été. La lune s’est faite discrète comme la nuit. Peut-être fallait-il attendre que la réalité de la situation cesse pour mieux me faire entendre. J’ai frémi à l’idée qu’il me faille écrire noir sur blanc cette histoire. Qui viendrait lire les dires d’un conteur sans voix ? C’est un peu démoralisé par la situation que j’ai soudain vu l’impossible venir jusqu’à moi, me regarder avec un franc sourire et me dire de ne pas m’en faire. Sois patient, a-t-il dit, il faut du temps au monde pour accorder de l’importance à ce qui est. Alors j’ai patienté pendant que la nuit grignotait enfin le jour. C’est là, entre chien et loup, que j’ai vu l’impossible enlacer le possible et le geste avait cette certitude de l’irréalisable accessible. Au loin les bruits de la manif se délitait, les objets, dans un joyeux capharnaüm, rentraient chez eux. J’ai entendu un rire joyeux derrière moi. Un rire qui m’invitait à prolonger l’impossible possible. C’était bien la peine de m’en faire, me suis-je dit tout à coup rassuré, parce que tout conte fait l’impossible pour être conté et finalement, j’ai rencontré une brouette, et j’ai pensé qu’elle me prêterait une oreille attentive. 

Pour l’agenda ironique de juin où il était question (entre autre) de s’inspirer de la citation de Lewis Carroll « Il venait de se passer tant de choses bizarres, qu’elle en arrivait à penser que fort peu de choses étaient vraiment impossibles »