Peindre le vent

Acrylique sur papier, feutres aquarelle, feutres Posca

Format 30 x 50

Peinture inspirée d’après un texte : Peindre le vent

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Quadrilatères sur fond noir

Fallait-il y trouver un sens ? se demandait Charlie, figé devant l’espèce de sculpture moderne qui prenait un espace dingue dans la salle. Anna lui avait dit, Je te rejoins au musée, comme si c’était un lieu qu’il fréquentait habituellement alors qu’il n’y mettait jamais les pieds. Il éprouvait une sorte d’inimité pour ces lieux de culture qui tendait vers l’intellectualisation systématique. Il n’y comprenait rien, et les rares fois où il avait été forcé de s’y rendre il s’y était profondément ennuyé. Anna, au contraire ne manquait aucune exposition, fascinée par l’inventivité et l’à-propos dont faisaient preuve les artistes pour s’exprimer. Le problème venait peut-être de là, se disait Charlie. Son incapacité à exprimer ce qu’il aimait ou pas. Il pouvait dire qu’il aimait le chocolat et détestait le chou. Qu’il préférait marcher plutôt que conduire. Ça c’était dans ses cordes. Mais pour le reste c’était difficile et Anna le lui reprochait de plus en plus souvent.

La sculpture ‒ mais pouvait-on parler de sculpture ? ‒ était plongée dans l’obscurité et dominait l’espace. Elle représentait un carré central au liseré lumineux autour duquel des quadrilatères s’entrecroisaient. Les lignes croisées, sorte de carrefours inhérents qui cassaient la rigidité de l’œuvre, ‒ ou la renforçait, Charlie n’arrivait pas à se décider ‒ partaient loin, et si Charlie ne détournait pas la tête il pouvait imaginer qu’elles étaient infinies. C’était peut-être bien ce qui le perturbait le plus. Cette idée d’infinitude le prenait au dépourvu. Il préférait nettement se concentrer sur le carré central qui attirait à la fois l’ombre et la lumière, et qui, lui, n’évoquait rien d’autre qu’un carré. Charlie resta ainsi quelques longues minutes à regarder le centre de la sculpture, se demandant combien de temps encore il allait patienter avant de quitter la salle. Il pouvait tout aussi bien attendre Anna devant le musée et lui dire, Viens, allons faire un tour au parc. Allons nous allonger sur l’herbe, allons voir les arbres et les enfants qui courent autour des gens qui flânent. Mais Anna n’aimait pas les parcs.

Charlie retint un soupir. « Quadrilatères sur fond noir ». Tu parles d’un titre à la con, se dit-il au moment où Anna se matérialisait à côté de lui. T’en penses quoi ? lui demanda-t-elle avec fébrilité. Et avant même qu’elle ne se lance dans un postulat qui ne souffrait aucune comparaison, il répondit : rien.

Une photo, quelques mots : Bric à book n°323

Crédit photo : Steven Ramon