Aux allures sauvages des éléments

Aux allures sauvages des éléments

Dans la fureur sombre

De tous ces pas difficiles à franchir

Et de ce qui divise

Je traverse les plaines et le vent

Et dans l’obscurité des cœurs éteints

Je cherche le langage interrompu

La couleur des ressemblances et celles des différences

Les nuances des richesses

Et dans l’oscillation du souffle fragile et de la lueur vacillante

Je nourris la perspective

De tout ce qui rassemble

Peinture : ©Philippe Cognée

Au regard de nos manques

Du haut des ponts suspendus

On voit les hommes bouleverser le monde.

Alors on bascule.

La tête à l’envers, on s’imagine frôler l’herbe, fouler le sol, plonger dans la glaise.

Être sève dans la chair ou fourmis tambocha à la recherche des trésors de la terre.

Aussi fragiles et forts que le peuplier dans le vent.

On peut plier sans céder.

 Chuter et se relever.

Être de terre et d’éther, d’or des blés et d’azur du ciel.

Parfum de pluie, bruit de feuilles dans les branches, mouvance dans les épis de pereskia.

Au cœur des corps, la constance des architectes frappe les océans du monde.

Effleure l’horizon des événements,

Chuchote l’avenir.

Au regard de nos manques

Ne pas oublier d’y rester attentifs.

Pour l’agenda ironique d’avril hébergé par Anna Coquelicot de Bizarreries & Co . Cherchez, imaginez, inventez, détournez à partir des épis de pereskia et des fourmis tambocha.

épis de pereskia et fourmis tambocha, nés sous la plume et l’imaginaire d’Aimé Césaire dans le poème Insolite bâtisseurs

Crédit photo Pinterest

Et demain

Ce matin tu t’es levé, le cœur bousculé par la réalité du futur présent. Pétri de colère, d’incompréhension et d’inquiétude. Tes illusions envolées à la lisière de tes dix, seize ou vingt ans.

La Terre au bord de la rupture. Ce n’est pas le titre d’un conte, ni un film à gros budget avec sensations fortes à grand renforts de trucages. Tu ne sais si l’histoire finira bien. C’est ta réalité. Et celle de ceux qui naissent aujourd’hui. Et toi qui décides d’avancer. Avancer pour renverser l’inertie des plus grands de ce monde, débattre de l’urgence d’agir. Et tu te moques des mégères qui jugent que ta démarche égale l’utopie. T’en as marre des égoïstes. Des individualistes harassés par le poids de l’indifférence. Des arrogants et des matérialistes. Et de tous ceux qui n’envisagent pas changer le cours des choses, encore moins s’engager à corriger leurs erreurs.

Petits êtres imbus d’eux-mêmes.

Toi, tu veux croire à des lendemains meilleurs. Lever les yeux vers le ciel et ne pas le voir gris quand il devrait être bleu. Tu souhaites des lendemains où la terre sera fertile, sans culture intensive, où consommer ne rimera pas avec excès.

Tu ignores où tout cela te mènera. Mais ça ne t’empêche pas d’avancer. Au contraire. Tu puises ta force dans ta détermination et la coalition, le mariage improbable du pragmatisme et de l’espérance. Tu veux pouvoir célébrer l’avenir, les pieds ancrés dans le sol, le regard porté vers les cimes des arbres et le haut des montagnes. Regarder les fleurs s’épanouir, les jonquilles et les soucis fleurir et orner de jaune vif les jardins. Tu refuses la censure des gouvernements sur l’état de la fragilité de la planète et la politique de l’autruche qu’ils appliquent. L’insupportable silence de ceux qui précipitent l’avenir vers la désolation. Alors tu marches. Et élèves ta voix. Avec des milliers d’autres.

Éveiller les consciences. Une promesse d’avenir qui côtoie le merveilleux. L’espoir des générations à venir.

Les Plumes d’Asphodèle et quinze mots à placer : MERVEILLEUX CONSOMMER MARIAGE SOUCI FLEUR MEGERE FRATRIE UTOPIE HARASSE HISTOIRE FERTILE ILLUSION CELEBRER CONTE CENSURE.

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crédit photo : pinterest

Comme un brin d’avenir à saisir

nuit

La nuit s’est étendue sur toute la ville, j’ai attendu de voir les premières étoiles, mais c’est difficile avec l’éclairage nocturne. Sans le voir réellement, j’imagine le ciel. Je crois que c’est ça qui m’a le plus dérouté la première fois que je suis venu ici. L’absence de la nuit. Après, bien sûr, on s’habitue. On s’habitue aux lumières à outrance, au bruit incessant, aux odeurs permanentes de poubelle mêlées à celles de la graisse chauffée des snack-bars en tout genre. On s’habitue à mourir à petit feu, une vie qui ne nous parle pas. Je n’arrive pas à trouver le sommeil. Trop nerveux, trop anxieux. Autant sortir un moment.

Je dévale sans bruit les trois étages et, dans l’impulsion et la rapidité de mes pas, j’ai l’idée qu’il me faudrait à peine un peu plus d’élan pour m’envoler quelques instants. A l’entrée de l’immeuble je dis bonsoir au vieux couple du second. Ce couple, c’est le rayon de soleil de l’immeuble. Tous les lundi soir ils vont au cinéma, toujours la dernière séance, toujours main dans la main comme des amants.

Dans la rue, les prostitués sont déjà à marteler le trottoir. Ça caille ce soir, l’hiver va être froid cette année. Dans l’attente d’un client, ils me saluent d’un sourire ou d’un geste de la main. Ça fait sept ans que je les croise, sept ans que la nuit les avale sans compassion. Et puis entre les poubelles ou contre les larges portes cochères, les SDF, de plus en plus nombreux, de plus en plus jeunes qui manquent d’énergie et crèvent par manque de soins. Moi, je m’en tire pas trop mal. Après mon master, j’ai décroché un job à temps plein chez Mac Do. J’y travaillais déjà à mi-temps pendant les études, alors bien sûr j’espérais mieux après, mais bon faut pas rêver, du boulot y’ en pas des masses, non plus… Alors c’est sûr, avec le salaire y a pas de quoi s’acheter un cachemire, mais ça paye le loyer de ma chambre de bonne et j’ai pu économiser un peu. Mon sac à dos est prêt. Demain. C’est demain que je pars. Je me le répète à chaque fois que je flanche. Quoi qu’on en dise, partir n’est jamais facile.

C’est moi que je quitte. Une partie de moi que je laisse dans cette chambre, un corps sans âme, sans destin.

Y a peut-être pas d’avenir au village d’où je viens, tout le monde le dit, tout le monde pense que c’est folie d’y retourner. Ici pourtant l’avenir sent la mort à chaque coin de rue, et la nuit c’est pire que le jour. Moi, j’ai envie de lever les yeux vers le ciel, de voir les nuages jouer avec la lune, envie d’entendre le chuchotement de l’eau qui descend du torrent, envie d’écouter chanter le vent dans les arbres. Envie d’y lire encore que la nuit est belle et ouvrir les yeux au jour naissant comme un brin d’avenir à saisir.

Dix mots pour le défi du mois chez Estelle dans A vos claviers#6

Crédit photo DAVID Eric