Pierre, Tom et moi

« Pierre ; attends-moi, t’avais promis de m’attendre », braille Tom.
A chaque fois c’est la même chose, à chaque fois Pierre prouve qu’il court le plus vite, qu’il est le plus grand, que quoi que nous fassions il restera le premier. J’suis pas l’aîné pour rien, dit-il comme un rappel perpétuel. Y a un mélange de fierté et d’agacement dans ses mots. Faut dire que s’il est le premier, c’est parce que Tom et moi on est les suivants. Ceux qui lui ont pris l’attention de maman et même celle de papa. Pierre il aimerait les avoir pour lui tout seul. Il me l’a dit le jour où Tom est né. Il me l’a dit en me regardant avec cet air d’en vouloir à la terre entière et plus particulièrement à moi d’être venu bousculer son monde.

Pierre raconte que quand il sera plus grand, il sera magicien. Le plus grand magicien du monde et alors il nous fera disparaître comme ça, d’un claquement de doigt et en disant cela il claque ses doigts devant le visage de Tom qui sursaute puis se met à pleurnicher parce qu’il croit tout ce que dit Pierre.
Pierre il aime nous faire peur et nous répéter qu’on n’est rien que des minus. Avant ça m’agaçait vraiment et je finissais par le taper et plus il le disait, plus je frappais fort. Et après Papa me grondait et Pierre était content.

Et puis y a eu le jour où on a descendu la colline jusqu’à la rivière. Pierre nous devance. Pierre nous crie que nous ne pourrons pas le rattraper. Et c’est vrai qu’on ne peut pas. C’est vrai qu’il est le premier à plonger dans l’eau, le premier à nager loin, le premier à atteindre la petite île sur laquelle les branches basses des arbres font de supers cabanes et des cachettes fantastiques pour échapper aux monstres, aux pirates et même aux zombies. C’est le premier parce que Tom et moi on n’a pas le droit d’aller sur l’île sans papa ou maman. Même si l’île est tout près, à seulement deux rochers de la rive. Mais Tom veut y aller quand même. Tom qui sait à peine nager et moi qui ai la trouille. Maintenant je me fâche, je dis à Tom que c’est interdit parce que papa et maman ne sont pas là mais il n’écoute pas. Il veut faire comme dans le dessin animé où le héros saute de rocher en rocher pour attendre l’autre rive. Il veut surtout rejoindre Pierre et jouer à se cacher sous les branches des arbres. Je crie à Pierre de revenir mais il fait semblant de ne pas entendre. Il se détourne comme pour me dire débrouille-toi avec lui, c’est pas mon problème. Je regarde Tom qui réussit à grimper sur le premier rocher, se redresse, fier et se tourne vers moi avec un sourire qui lui mange le visage, puis je le vois perdre l’équilibre sur la roche glissante et tomber.
Il tombe vite et disparait tout aussi vite dans la rivière. Alors je l’appelle de toutes mes forces avant de m’avancer dans l’eau, je l’appelle encore en cherchant autour de moi mais je ne vois rien parce que je pleure.

« Pierre ; attends-moi, t’avais promis de m’attendre », braille Tom.
C’est toujours pareil. A chaque fois Pierre prouve qu’il court le plus vite, qu’il est le plus grand, que quoi que nous fassions il restera le premier. J’suis pas l’aîné pour rien, dit-il comme un rappel perpétuel. Aujourd’hui je le crois et je suis content qu’il le soit. Et tant pis s’il continue à ne pas nous attendre. Je sais qu’il reviendra au moindre danger. Même s’il s’en défend, il l’a déjà prouvé.

Une photo, quelques mots : Bric à book 363

Cet instant lisible

Aujourd’hui j’ai dix ans et ma mère est venue me chercher à la sortie de l’école. C’est une surprise. Je peux compter sur les doigts de mes mains le nombre de fois où elle a réussi cet exploit. Je la vois de l’autre côté de la rue ; elle ne se mêle pas aux parents qui attendent devant la grille, se tient en marge des bavardages. Si elle pouvait se fondre dans la pierre sur laquelle repose son dos, elle le ferait. Elle est comme une fleur qui n’éclot que par intermittence. Elle s’ouvre dans la discrétion et se referme au moindre choc. Ma mère est une femme à la force fragile et farouche qui aujourd’hui est parvenue à traverser le village pour venir jusqu’à moi.

On évite la grand-rue et la place du marché, privilégiant les ruelles désertes. Son pas est léger comme l’air et je m’applique à rester à sa hauteur. Ma main est dans la sienne. C’est la sensation la plus consolante que je connaisse. Dans l’ombre des pierres la chaleur est moins vive, presque bienveillante. Aussi, quand nous prenons le sentier qui longe la forêt, le contraste de la lumière et la touffeur de cette fin d’été est saisissant. Les senteurs boisées saturent les sens. Fougères s’épanouissant à l’ombre des pins, taches de bruyère tranchant sur le vert, mousses tendres, ronciers gorgés de mûres. « Que dirais-tu d’une tarte pour ce soir », dit ma mère et je me tourne vers elle, la mine gourmande anticipant le plaisir d’y goûter. Mais avant ça, son sourire nourrit le mien. Pendant de longues minutes silencieuses on ramasse les fruits noirs autant qu’on en mange. Nos bras sont striés de petites coupures ; nos doigts, nos lèvres, tachés de rouge.

C’est moi qui pousse le portillon de notre jardin. Ce dernier est à l’image de ma mère. Sauvage et fragile. Il y pousse des fleurs de carottes et des boutons d’or. Et si elle surprend mon père arracher la moindre herbe folle, elle s’allonge sur la terre, les bras croisés sur son buste, le regard buté jusqu’à ce qu’il abdique et la rejoigne dans un éclat de rire.

Je devance ma mère, me précipite vers mon père. Sa présence me rassure. C’est lui qui m’a appris à voir différemment, à profiter de toutes ces petites choses sur lesquelles on ne s’arrête presque jamais. On regarde avancer maman. Elle porte sa robe sur laquelle dansent de petites fleurs jaunes et dans la lumière déclinante du jour on a l’impression qu’elle est un bout du soleil. Tout à coup loin de nous mais empli de chaleur.

Aujourd’hui j’ai dix ans et déjà beaucoup de souvenirs que je dépose dans un cahier. C’est un cahier comme un livre en devenir. Il est épais et sans lignes, aux pages blanches que j’évite de corner. Quand mon père me l’a offert l’année précédente j’y dessinais des chevaliers aux armures étincelantes, des écuyers et des châteaux forts. A présent j’écris. J’écris au stylo noir des souvenirs en couleurs.

 Des souvenirs de toutes les fois où je lève la tête vers ma mère et où elle me sourit. De cet instant lisible où elle est réellement présente avec nous.

Les plumes d’Asphodèle chez Emilie. Cette semaine le mot PAGE nous a inspiré quatorze mots : CAHIER JARDIN ARRACHER BLANCHE SORTIE ECUYER TOURNER STYLO MARGE COUPURE CORNER CONTRAT LIGNE LEGER LISIBLE. Comme souvent, j’ai fait l’impasse sur l’un d’eux. Les autres textes sont à lire ICI

Métamorphose

C’est, je crois, au début de cette vie ‒ la tienne à l’intérieur de la mienne ‒, que je quitte à jamais cette enfance qui s’attarde encore parfois. Déjà, le chemin sillonné voile peu à peu le flou de l’insouciance. J’avance, mais un pas à la fois. C’est que l’acceptation du changement prend du temps. Il faudra bien ces mois de rondeur à venir et, en outre, la suite de tout un long parcours, pour me dire que c’est aussi cela grandir.

Une photo, quelques mots. Bric à book n°331. Les autres textes à lire ICI

Crédit photo : © Everton Vila

Avis de recherche

Il y en avait dans tout le quartier. Difficile de ne pas les voir, difficile d’y rester indifférent. Madame la directrice hésitait entre éclat de rire et exaspération. Elle entendait déjà Monsieur le maire lui reprocher de ne pas savoir tenir ses résidents. Il faut dire que Robert avait frappé fort. Il avait placardé des annonces partout. Sur le panneau d’affichage de l’école primaire, sur celui du collège et du lycée. Et ceux de la campagne électorale, recouvrant sans vergogne les visages des candidats. Il avait déposé des flyers chez les commerçants, avait osé en lâcher quelques-uns à l’accueil de la mairie. Ce n’était pas son premier forfait et ‒ espérait-elle, secrètement ‒ pas le dernier. Le bougre savait égayer les journées et tant pis s’il utilisait la photocopieuse et la rame de papier de son bureau comme étant les siens. Au début, Madame la directrice l’avait soupçonné d’avoir fait un double de clé mais non, Robert crochetait les serrures avec art et discrétion. Tout bien considéré elle ne voulait pas le voir s’arrêter. Le vieil homme était un peu pitre, provocant et pétri de tendresse, tout cela à la fois et depuis qu’il était venu vivre dans la résidence, l’ambiance avait considérablement changé. On y entendait des rires. Ça valait tous les désagréments qu’il provoquait par ailleurs.

Bien entendu à l’entrée de la résidence, le format de l’affiche était beaucoup plus imposant. Le vieil homme avait encore ses entrées auprès de certaines agences publicitaires et Madame la directrice reconnaissait qu’il avait l’œil pour saisir des instants particuliers. La photo était en noir et blanc et avait un grain qui invitait à la nostalgie. On y voyait un tricycle de gamin abandonné sur une portion de piste cyclable. Comme souvent le texte qui accompagnait le cliché était à double sens. Et sur le moment Madame la directrice ne sut trop comment interpréter celui-ci.

Robert y avait inscrit en lettres capitales, police Time New Roman : RECHERCHE ENFANCE DISPARUE


Une photo, quelques mots : Bric à book 324

Crédit photo : © Sabine Faulmeyer

Le drapeau de la victoire

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A perte de vue, le champ en friche du père Marcel. On se serait presque cru en plein désert. Mais il ne fallait pas se fier aux apparences. On savait que les autres nous observaient, les jumelles vissées devant les yeux, les plis du front accentués par la concentration. Il allait falloir ruser, déjouer leur vigilance. Je n’étais pas trop inquiet, non plus. La veille, on avait réussi le tour de force de leur chouraver leurs bécanes. Cinq vélos qu’on avait planqués dans la grange en ruine à la sortie du village. C’est moi qui avait eu l’idée. J’étais le plus âgé. J’avais onze ans depuis quatre mois et chaque jour, depuis septembre, tandis que les autres allaient encore à l’école communale, je prenais le bus pour me rendre au collège. Ça assoie l’autorité. Forcément. Les autres gamins me regardaient avec considération. Ça me plaisait bien. Je me sentais l’âme d’un chef, je décidais, j’ordonnais et le groupe acquiesçait, me suivait sans jamais remettre en cause mon pouvoir. La seule rébellion, c’était Nico —dix ans et demi — qui l’avait décidé tout seul, il en avait marre de mes idées à la con, il disait qu’on finirait par se faire prendre par le père Marcel ou par nos parents, qu’on risquait gros pour rien. Ça m’avait mis en colère. Je lui avais dit soit tu te calmes, soit tu rejoins le camp adverse. Évidemment il était resté. Ça rigolait beaucoup moins dans l’autre camp, ça cherchait la bagarre tout le temps, même entre eux.

Le brouillard se dissipait, l’aube se levait, grise et frisquette dans l’hiver finissant. On avait juste le temps d’agir avant que le père Marcel ne rapplique sur son vieux tracteur. On avait vérifié l’état de nos vélos, j’avais lancé le signal et on avait roulé comme des dingues dans le petit matin. On lançait nos cris de guerre, avec le sentiment d’être les plus intrépides, les plus malins aussi. Cette fois nous serions les premiers. Les autres n’auraient pas le temps de traverser le terrain qu’on aurait déjà planté le premier drapeau de la victoire.

Texte écrit pour l’atelier Bric à book. une photo, quelques mots

crédit photo : Vincent Hequet

 

Le monde est grand

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Enfoncé dans le large canapé, recroquevillé dans sa chaleur, dans son doux parfum des êtres aimés, je m’ennuie.

Il y a pourtant d’innombrables vies ici, qui s’agitent tout autour, virevoltent, parlent un langage souvent inconnu. De temps à autre l’une d’elle me fait face, m’interpelle, me sollicite.

Je m’éveille alors, le cœur battant, l’espoir sans cesse refoulé de les intéresser à mes jeux.

 

Parfois, je m’aventure dans le passage si sombre, peuplé d’ombres inquiétantes. Faisant fi du danger, soudain téméraire, fier et arrogant je cours, tremblant un peu, mais si peu, pour atteindre l’endroit où vivent les autres. J’ai appris à frapper aux portes démesurées, je me fais suppliant pour attirer l’attention. Je me faufile entre les jambes, sinuant tel le serpent que je suis, cherche les regards. Ma récolte est maigre, l’agacement, l’impatience, ont trop souvent force de loi.

Il y a aussi le grand escalier de bois, dont les marches craquent à chaque pas. Mes yeux scrutent la hauteur, le lieu défendu, si tentant pourtant. Un matin, si tôt que nul ne bouge encore, je m’y aventure. L’ascension est longue. Troublé par mes pas hésitants, je retarde l’instant. Les craquements du bois me parviennent si fort que je m’arrête. M’entendent-ils, là si haut, si loin de moi ? Un instant j’hésite. Peut-être est-il plus prudent de retourner dans le creux de mon lit ? Courageux, et si malheureux à ressentir la solitude, je m’arme de bravoure. Là haut, il fait chaud, il fait bon. Je le sais, je le sens.

Armé du courage des chevaliers audacieux, j’ouvre enfin la porte du lieu convoité. Sur la pointe des pieds, je m’avance un peu. Le lit est si grand, vaste champ moelleux où dorment encore les bras aimants.

C’est sans compter sur les bruits de mes pas sur le plancher qui les préviennent. D’une voix ensommeillée ils marmonnent des ordres que je ne veux pas entendre. Je me glisse entre les draps, cherche un creux entre eux que je ne trouve pas. Et là, malgré mes suppliques, les bras si grands, si forts demon père m’emportent, et de sa voix grave me répète que ma place n’est pas ici. Pourtant il y est lui. Tout le temps. Souvent je rêve de la lui prendre.

Je le sais, je le sens qu’il n’y a rien de plus heureux que d’être là si près de maman. Mais que puis-je contre le ton ferme et les yeux sévères ?

Un jour, j’affronterai à nouveau les marches, j’arriverai à repousser le grand corps.

Un jour, je serai grand moi aussi.

 

Le cliquetis des couverts sur les assiettes, les voix qui se bousculent et qui s’expriment, les rires que je ne comprends pas. C’est si long les repas les dimanches ! Je me tortille sur ma chaise, je me lève, bouge un peu. Je ne m’éloigne jamais cependant. Le canapé est mon domaine, j’y suis tel un chevalier dans son château. Le pourfendeur des monstres alignés. Mon père refuse de comprendre que les coussins sont des ennemis qu’il me faut détruire. Je déteste quand il me dit que j’ai une chambre pour ça. Les dangers sont trop nombreux pour l’atteindre, le couloir trop sombre. Ici, je suis grand, bien plus qu’eux tous réunis autour de la table. Ne voient-ils pas que je monte la garde, prêts à les défendre en cas d’attaque ? Quelquefois, ils me regardent tous, attendent de moi que je leur raconte aussi ce qui me passe par la tête. Je me sens alors timide devant eux, je ne sais plus les mots pour leur dire tout ce que je ferai moi quand je serai grand. Comme eux, je n’aurai plus besoin de tenir la main de maman, je sortirai plus loin que le jardin, je n’aurai plus peur de rien. 

 

Les dimanches, lorsqu’il ne pleut pas mes parents et moi allons dans la forêt aux arbres immenses, nous faisons la course sur le sentier et je gagne souvent. Ils se tiennent la main, sourient, se parlent doucement. Je marche devant eux, mon épée levée afin de les protéger. Parfois ils m’aident à chasser les bêtes féroces, même s’ils ne savent pas bien s’y prendre.

Rarement mes frères et sœurs suivent. Mais quand cela est, il y a pleins d’étincelles qui brillent dans le regard de maman.

Il y a celle qui part et revient sans cesse. Elle travaille parfois, elle étudie beaucoup. Lorsque elle arrive je me fais timide, je ne la reconnais pas de suite. Elle me prend dans ses bras et pendant un instant c’est presque comme ceux de maman. Très vite, cependant je me débats de son étreinte. Je suis grand maintenant.

Il y a celui qui n’est jamais content, qui ne veut jamais rien faire, qui claque la porte de sa chambre tout le temps. Mais lorsque il prend sa guitare et m’invite à l’écouter, le sourire lui vient. « Qu’en penses-tu ? » demande-t-il avant de me laisser toucher les cordes et je joue aussi.

Il y a celui qui ne quitte pas son écran. De temps à autre il m’autorise à venir près de lui, à partager ses jeux. Il dit que c’est notre secret, que si maman le découvre jamais plus elle ne voudra que je joue aussi. Pourtant je suis si bien quand nous sommes ensemble, même si je ne comprends rien à ce qu’il faut faire.

Il y a celle qui parle dans son téléphone, si souvent que papa s’en agace. Elle me parle de secrets aussi. Un garçon qu’elle aime et qui ne l’aime pas. « Moi, je t’aime » je lui dis et ses lèvres effleurent ma joue et ses longs cheveux s’invitent aussi sur mon visage et cela me chatouille.

Il y a celle qui lit tout le temps des livres sans images. Qui voyage avec les mots, ne voit pas, n’entend pas mes cris, mes sauts terribles sur le canapé. Assise tout près pourtant, rien ne la perturbe, elle est là, et ailleurs aussi. Puis tout à coup, elle semble s’éveiller. « Ecoutez », dit-elle à ceux qui sont présents. Et sa belle voix s’envole, s’anime, se passionne. Moi-même je me fais silencieux. Le moment est doux. 

Lorsque maman n’est pas là c’est elle qui lit l’histoire du soir. J’aime bien quand elle prend la voix du loup. J’ai un peu peur, et puis je ris ensuite avec elle.

Moi aussi, un jour j’apprivoiserai les mots.

Je m’impatiente. C’est si long pour devenir grand !

Il y a papa qui part le matin avant que je ne me lève. Qui rentre souvent quand je dors. Qui est là même quand il n’est pas là, parce qu’il sait tout sur les bêtises, la désobéissance, les chagrins.

Il y a maman, qui court tout le temps, qui disparaît sous les montagnes de linge, sous les épluchures des légumes. Maman qui me demande de l’aide pour faire la pâte des crêpes. Je m’applique à verser le lait sous son regard attentif. Je voudrais que dure encore l’instant. Mais déjà la revoilà partie à écouter l’une, à conseiller ou à aider un autre.

Parfois elle arrête tout. Me prend dans ses bras. Je respire sa douceur, sa chaleur contre laquelle elle me berce. « Mon tout petit, ma belle surprise » dit-elle en riant, et elle danse, légère, aérienne, moi tout contre elle.

J’ai quatre ans. Le monde est grand.

Je veux bien rester encore petit quand elle vient ainsi, je veux bien attendre un peu pour grandir.