Petite pause estivale

Comme une respiration, l’eau vague l’air du temps.

Petite pause estivale. En attendant de vous retrouver, je vous souhaite un bel été.

Photo : La Confluence Garonne-Ariège.

Été

La finalisation du tableau Été aura monopolisé pas mal d’heures. A chaque fois que l’on me demande combien de temps me prend la réalisation d’un tableau, je ne sais pas quoi répondre. J’ai beau essayé y rester attentive, passées les premières minutes, le temps perd sa signification. La peinture ne s’estime pas en heures peintes mais bien en émotions qu’elle suscite. L’observation intuitive, la saveur des couleurs, la précision du geste, l’ampleur du mouvement et tous ces instants d’intensité troublante où je sais que je suis là où je dois être.

Acrylique sur toile, collage papier, feutres

70 x 90 (vendu)

Avec des détails sur lesquels s’attarder. Il suffit de cliquer dessus

Vois à quoi tiennent nos racines

Vois à quoi tiennent nos racines. Dès que nous apercevons les forêts de pins, – encore loin, trop loin – la fébrilité est palpable, l’impatience quasi insupportable de ne pas être déjà le nez levé vers le haut de la dune à gravir. Si le ciel est gris, on imagine, à l’ouest, la trouée bleue, là où le vent repousse les nuages au loin. La première ascension est toujours rude, on perd vite l’endurance à délaisser l’endroit pendant des mois. Et pourtant les montées suivantes pulsent les douces heures à venir. Celles où nous croisons tous ceux qui quittent le lieu en fin de journée. L’été, c’est affolant de monde. Une foule compacte, bruyante, odorante. A contrecourant, on descend vers la mer tandis que les gens montent vers la ville. Sous les pieds nus le sable est gorgé de chaleur. Et, du haut des dunes, le vent pousse vers nous les parfums des caquilliers, euphorbes, chardons bleus et celui plus persistant des immortelles.

On pourrait alors se croire seuls et imaginer le lieu désert. Le regard porte loin et à chacun d’eux nait le même émerveillement. Le contraste saisissant des couleurs franches entre le doré du sable, le bleu du ciel et de l’eau, le blanc de l’écume. L’horizon infini, l’océan démesuré. Tout est grand, vaste, d’allure sauvage. Jusqu’au grondement sourd et perpétuel qui envahit l’espace et le temps ; jusqu’au bercement des origines.

Tous ces hivers où les instants sont plus timides et moins fréquents. On y respire différemment, les pieds chaussés, le corps couvert. Les nuances peintes de reflets gris entre l’eau et le ciel, la lumière pâle du jour sous le soleil frileux. Le sable alors vierge d’empreintes, exceptées celles des gouttes de pluie. Pluie froide, irritante, bruyante. Pluie qui martèle le sol, nous prend par surprise, avec bourrasques et infiltrations sous les vêtements. Saoulés par le vent et les embruns, nous apprivoisons la saison à coup de petites touches intrépides. Il fait bon rentrer près du feu.

J’ai en mémoire la formidable odeur de l’iode, ce parfum qui incite à respirer à plein poumons tout l’air du monde. C’est dire, même si je demeure ailleurs, sa présence reste forte.

Surgit alors l’intime pensée d’être enfin arrivés chez nous.

#Quand l’écriture s’invite chez moi. Un petit défi d’été proposé par La Plume. Les modalités à lire ICI

Détails d’Été

Avec les vacances scolaires qui débutent pour le plus jeune de mes enfants, le va et vient des aînés qui apprécient ô combien le retour au foyer, j’alterne entre travail sur le fond et détails. Tout doucement.

Pour mieux apprécier les détails vous pouvez cliquer sur les photos.

Acrylique sur toile, feutres, stylo, collage papier.

Né pour courir

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Eté 2118. Nous vivons sous terre, dans des espaces semblables à des villages. On y trouve des parvis, des maisons, des boutiques, des restaurants, des rues où circulent piétons et cyclistes. Des hommes, des femmes, des enfants y construisent notre présent depuis trois générations.  C’est un jour de l’été et dans le silence d’avant le départ, je respire encore l’air du dedans. Sur l’esplanade, la foule afflue et chaque année le nombre de personnes croît. Dans cinquante et une secondes le compte à rebours sera lancé. Je vérifie mes capteurs. Un signe du maître de la tour me confirme qu’ils fonctionnent. Je ferme les yeux et pendant un instant, l’ambiance est au recueillement. Le regard de la foule est braqué sur moi. Les pulsations de mon cœur tambourinent comme un avant-goût de ce que je vais réaliser aujourd’hui. Je ne dois pas rater le départ.

Le mouvement qui suit celui-ci est semblable à une vague qui déferle en gage de soutien. Les mains frappent les tambours, la foule en liesse ne forme plus qu’un avec moi. Je suis né pour courir. Alors je m’élance. Des foulées qui martèlent le sol et projette du sable et des cailloux autour de moi. Je puise dans mes muscles la propulsion qui m’entraîne loin, au-delà des entrailles de la terre. C’est un jour sans nuage. Le soleil éclaire le ciel de Tolosa. À l’horizon, les Pyrénées s’imposent. Leur présence et la beauté qui émanent d’elles me coupe un instant le souffle.  La nature a repris ses droits. Luxuriance et  profusion s’affichent partout, même si, de-ci, delà quelques bâtisses persistent. Sur les écrans de télétransmission la population suit l’évolution de ma course. Je connais le sentiment qui les anime. Ce désir d’être mes yeux dans le monde d’aujourd’hui. Mon regard capte ce qui m’entoure, détaille les arbres, les collines, l’éclat des boutons d’or dans les prairies, les fleurs des pissenlits dans le vent, le bruissement des cours d’eau.  La lumière qui joue entre les branches des arbres, l’ombre des peupliers. Le vol des oiseaux dans le ciel. Toute quintessence.

Mon souffle est à la mesure de ma mission. Je cours et, une à une, mes foulées s’imprègnent de l’atmosphère. Je suis né pour courir. Loin et vite.  Là, où personne ne va plus. Je cours pour raconter les couleurs. Le monde extérieur. J’emmène mon peuple en voyage. Dans la vibration de mes pas sur la terre, dans l’air qu’aspirent mes poumons, dans mes mains qui cueille un fruit,  sur mes lèvres qui le goûte, dans mes yeux qui parcourent les ondulations du monde. Je suis comme un artiste-peintre dont l’œuvre  réconcilie la terre et les hommes et peu importe si les radiations brûlent aussi mes cellules, si mon existence est à l’image d’un éphémère. Je suis né pour vivre le monde.

Un texte en réponse à deux ateliers d’écriture distincts. Chez Estelle, A vos claviers#4 : écrire un texte fictif et jouer la carte de quelques données réelles éparpillées dans l’histoire. Donc les curieux  auront le loisir de connaître mon âge, la ville proche où j’habite, mon métier. Chez La licorne, le défi consiste à écrire un texte en imaginant que nous sommes en 2118 sans y placer un seul adjectif qualificatif.

Photo : Dev Dodia sur Unsplash

Son cœur s’étreint d’hiver

Ce matin, sa main a rencontré le vide. Un désert glacé l’a enlacé et retenu sur les draps froids.
Feutré, insidieux, il sature le silence. Un silence ouaté, où seul l’air d’été émet des pulsations lourdes. La pesanteur le retient, le confine à l’intérieur du vide. Un néant qui absorbe chaque note, chaque mélodie, chaque litanie. La fugue s’est envolée. Le désarroi s’installe.

Comme une multitude de battements, un tempo qui se joue de lui, il court.
Il court dans la fraîcheur du matin clair. Son cœur bat au rythme imposé de ses foulées.

La cité s’éveille. Déjà la chaleur mêlée aux effluves de la ville traverse le bitume. L’air aspire l’été. Le soleil écrase la terre.
Dans l’ombre du monde, il suffoque.

Le refrain des couplets s’est joué de lui et le chant entonne un cri que lui seul entend, là, dans l’oscillation de l’insupportable. Des sonorités dissonantes qui heurtent l’espace.

Il court. Chaque avancée percute l’évidence du vide, il retient l’air. Juste un instant. Un court moment.

Comme un balancement, un mouvement qui s’accorde à la mélancolie des sons il effleure l’espoir imaginaire de sa voix, du frémissement de sa peau, du goût de son souffle.

Mais seul le vide l’emplit.

L’unique musique qu’il entend désormais est celle de son cœur qui bat.Seul. Seul. Seul.

Ce matin au petit jour, la musique s’est tue.

L’air aspire l’été. Son cœur s’étreint d’hiver. Le murmure du temps frémit.
Elle est partie.