Aujourd’hui j’ai croisé un homme dans la rue.

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Aujourd’hui j’ai croisé un homme dans la rue. Il m’a regardé et a dit dans un grand sourire, vous êtes très jolie. J’ai souri à mon tour. J’ai dit, c’est gentil. Merci.

J’ai alors pensé à toutes ces femmes qui chaque jour dans la ville baissent la tête et celles qui la lèvent bien haut.  Qui sont dénigrées, jugées, que l’on siffle et apostrophe sans arrêt, qui d’un regard appuyé se sentent agressées.

J’ai pensé aux hommes. Tous ceux dont le regard pèse lourd, ceux aux paroles vulgaires et aux gestes obscènes. Ceux qui usent de bassesse, de supériorité intolérable.

Comme tous les jours je traverse le monde et je constate qu’il est fou. Fou d’indifférence, de violence et de solitude. Dangereux. En souffrance constante.

Aujourd’hui j’ai croisé un homme dans la rue. Il m’a regardé et a dit dans un grand sourire, vous êtes très jolie. J’ai souri, j’ai dit c’est gentil. Merci.

J’ai pensé que parfois le cœur exprime simplement une belle émotion et que l’on peut l’accepter tel quel. Des mots qui disent la spontanéité d’un instant, sur lequel il n’est pas nécessaire de trop s’en faire.

J’ai pensé que peut-être un jour nous n’aurions plus peur.

Crédit photo : Moey Hoque/Pinterest

Marie endormie

Il est tôt, une ébauche du jour, la lumière ne pénètre pas encore la chambre quand Thomas ouvre les yeux sur Marie qui dort sur le dos à côté de lui, un bras replié au dessus de sa tête, l’autre le long de son flanc, et contemple Marie endormie, Marie au souffle paisible, et comme tous les matins, la main de Thomas vient reposer sur le sein gauche de Marie, il englobe la chair tendre et arrondie et écoute la pulsation du cœur dans sa paume, celui-ci bat doucement, avec une certaine mesure, de celle qu’il connait presque par cœur à présent, oui, une mesure qu’il connait bien, depuis ce jour où elle a levé les yeux sur lui et Thomas, intimidé, n’avait franchement pas l’habitude qu’on le regarde ainsi, surtout que Marie, en comparaison, avec ses yeux clairs, ses taches de rousseur sur le nez et sur ses pommettes semblait si sûre d’elle qu’il n’avait pas trop su comment réagir face à elle, toutefois, sous le charme de son sourire il se souvient d’avoir effleurer ses doigts de la pulpe des siens, comme une invite à faire un bout de chemin ensemble, un chemin qui, en définitive, perdure depuis des années, si bien que de temps à autre il pense — sans réellement grande consistance, mais il y pense tout de même —, à la perte de toutes les femmes, celles qu’il n’a pas eu parce que Marie, il faut bien le dire, capte son attention encore aujourd’hui, aussi en a-t-il oublié les autres femmes, les grandes, les charnues, les minces, les petites, les brunes, châtaines ou blondes, celles qui sourient avec les dents et celles qui pleurent souvent, comme si l’importance était ailleurs et effectivement elle l’est, pense Thomas tandis que le ciel s’éclaircit, prend ses aises et éclaire le visage de Marie.

La perte en une phrase, thème du mois de l’agenda ironique, qui en juillet, prend ses quartiers chez Joséphine.