J’avance autre part

Schizophrène surfant sur l’abstraction, jouant de silences, je marche à contre-courant.

Loin.

Loin

du monde extérieur.

Oiseau des airs imaginaires, j’absorbe les pensées discordantes aussi vite que les maringouins avides de peaux palpitantes. Dans l’infini imprécis je réinvente les danses des mots exaltés, les cris muets au plus haut des toits de toi.

Il se peut alors que dans la muraille de ta normalité rassurante, ton refus de m’entendre me blesse. J’ai l’air d’un énergumène. D’un étrange étranger sans passé.

Ni suite. Ni portée.

Pourtant j’avance. J’avance autre part. Imprécis et lucide. Et J’attends. J’attends que l’on se rejoigne quelque part.

Sais-tu que dans la forêt, les lambrusques croulent déjà sous les fruits ? J’en cueille un et le croque. Jus acidulé de mai tout au fond de ma gorge. Là maintenant, ma main en saisit un autre. Tiens, prends. Celui-ci est pour toi.

Ne t’approche pas trop. Ne me touche pas. Mais ne t’éloigne pas.

S’il te plait. Laisse-moi être moi. Au nom de la folie, le droit d’être fou.

Pour l’agenda ironique de mai, chez La plume fragile. Quatre mots
énergumène, schizophrène, maringouin, lambrusque. Je me suis éloignée du thème et de la poésie de printemps… mais comme ce texte trottait dans ma tête depuis un moment, je le livre tel quel.

Crédit photo : Trustinelements via Pinterest

On navigue à vue de rêves

Allongés nus sur un lit d’herbe folles, au milieu des maringouins assoiffés

Le soleil joue d’ombre et de lumière

Sur nos corps impatients.

La tête en friche

Eloignés des normes et des habitudes de ce monde

On navigue à vue de rêves

L’un énergumène

L’autre schizophrène.

On danse l’air de l’autre

Comme nos sourires en vie de nos corps.

Chairs aimées

Assoiffées de baisers

Et de tendresse éternelle

Nos étreintes au goût de folie belle.

On navigue à vue de rêves

Encore.

L’un énergumène

L’autre schizophrène.

Quant à la nuit, peaux rassasiées, âmes nourries, panses comblées de fruits de lambrusque

Le sommeil nous gagne.

Bon

Jour

Dans

Tes

Bras.

Pour l’agenda ironique, le mois de mai chez La plume fragile. Quatre mots
énergumène, schizophrène, maringouin, lambrusque, un zeste de folie amoureuse, un soupçon de poésie.

Peinture : Gustav Klimt.

J’ai croisé Anaïs chez le Chapelier

J’ai croisé Anaïs chez le Chapelier. Elle y buvait le thé. Anaïs aime le thé et croquer des petits-beurre. Oui je sais ça vous rappelle une autre histoire. C’est sans doute dû au Chapelier ou au thé, mais il ne faut pas se fier aux apparences. Ici comme ailleurs on sert le thé à l’heure et on regarde passer les grille-pains avec nostalgie. C’est que nous sommes au mois de mars, la migration vient de débuter, la saison change. Ça n’a rien d’extraordinaire bien entendu et là n’est pas mon propos, non. Le souci c’est que depuis quelques jours les petits-beurre ne se laissent plus croquer par les coins. On m’a assuré que je me faisais des idées mais je le vois bien, moi à la façon dont ils se défilent. Ils deviennent farouches. Et si les petits-beurre n’assurent plus leur fonction, où va–t-on ? Je guette le moment où le monde deviendra fou, ce n’est pas loin de nous mais personne n’y fait grand cas, comme un fait inéluctable ou plus probablement parce que tout le monde s’en fout.  Regarder son nombril occupe assez les heures du jour et de la nuit, on ne va pas commencer à faire attention à ce qui se passe autour de soi, hein ?

Et le ciel ? Oui, le ciel. Vous l’avez regardé dernièrement ?  Vous n’avez pas remarqué un truc étrange quand tout à coup les étoiles s’ordonnent en rang dans le ciel. Croyez-moi ça surprend la première fois et je ne vous raconte pas le temps que ça prend pour remettre l’univers en place. C’est de loin le bazar le plus indescriptible que je n’ai jamais vu. Un vrai casse-tête ! Alors un jour j’en ai eu ma claque. J’ai pris la porte, je l’ai balancé au loin et tant pis si je ne sais pas où elle a atterri, moi je suis parti. En quête de je ne savais pas trop quoi, j’ai pris mon envol pour le fol âge. Il me fallait bien ça pour espérer retrouver un peu d’optimisme. Bien sûr ça m’a demandé du temps. Bien sûr j’ai assez bourlingué pour écrire ensuite des histoires, bien sûr j’ai compris que la folie comme beaucoup d’autres choses, elle s’apprivoise, voire s’adapte à nos différences, mais il y avait toujours une quête vers quelque chose qui me turlupinait. Ça me rendait fou de ne pas savoir où chercher, alors j’ai fini par rentrer par le premier bateau-mouche qui passait. Je me suis dit, où que j’aille c’est pareil, comme une attente qui ne prendra jamais fin, ça finit par me désespérer.

J’ai croisé Anaïs chez le Chapelier. On aurait pu croire qu’elle n’avait pas bougé depuis la dernière fois. Elle avait toujours son joli visage rond comme un soleil et ses cheveux blonds si lumineux  mais je voyais bien le témoignage du temps qui avait laissé sa trace au coin de ses yeux. Et puis elle m’a souri. Ça m’a fichu un drôle de coup au coeur. Un truc auquel je ne m’attendais pas. Un truc qui me disait que finalement courir loin c’était bien beau mais pas très malin.

On peut être fou. On l’est tous un peu avec nos démesures mais fou de l’autre c’est rare. Fallait bien les étoiles et le ciel à l’envers, et les coins des petits-beurre et tout ce temps loin d’elle pour enfin le réaliser et tout le reste de l’éternité pour en profiter.

En mars, l’agenda ironique est sous le signe de la folie et c’est Monesille qui mène la danse des fous en tous genres. 🙂

Les précisions du thème sont ici.