Hiver

Eblouie par l’éclat paisible du soleil d’hiver je repousse toutes les inquiétudes et grave des paysages traversés de fissures et de failles. J’écoute les roulements répétés du tonnerre, le début de quelque chose, le pardon des hommes, ta voix de silence, le vent secouer les arbres avec ardeur.

Il y a les nuages gonflés de pluie, les mimosas en fleur, le fleuve en crue. Nos têtes levées vers le ciel. Habités de cette certitude que seul suffit aujourd’hui.

Hiver

chaque arbre a un esprit
aussi vaste que la forêt
chaque arbre nous rend
à nos plus profondes racines
là où tout est lié
dans le corps de la terre
dans la danse des atomes

Francine Hamelin

Peinture acrylique, collage papier, feutre posca, encres

Format 60 x 80 cm

Texte tiré de « Parler avec les arbres » de Francine Hamelin du blog L’envers des jours . Merci infiniment Francine.

Hiver (travail en cours)

Hiver ou la dernière saison que j’aborde dans cette série des saisons est un peu à l’image de ces mois hivernaux. La nature en sommeil prend son temps, tout comme moi pour finaliser ce tableau. J’ai regardé la lumière, les couleurs qui tantôt palissent et tantôt réhaussent le jour. C’est une saison aux contrastes surprenants dans lesquels je lis une infinité de mondes à l’intérieur du monde. Une saison, ici, à la beauté discrète mais je l’imagine sans limites. Nul doute qu’elle va m’inspirer d’autres toiles.

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Et les saisons passent

Tu m’as maintes fois parlé des couleurs du Maroc.Tu m’as raconté que du haut de toits de Fès, les bains de teinture dans les cuves aux parois de céramique sont comparables à ces palettes de peinture pour enfant. Tu m’as décrit les fortes odeurs des peaux tannées, le soleil qui frappe tout aussi fort les corps des artisans dans les cuves. J’ai entendu ton admiration pour le labeur de ces hommes. Pour tous les textiles, qui, entre leurs mains, se teintent d’ocres et de rouges.

Tu m’as raconté les pigments à base de coquelicot, de safran, et surtout d’indigo. De toutes les couleurs, le bleu t’attire, t’inspire, métamorphose les tableaux que tu peins. L’indigo, c’est toute la retenue et l’explosion dans une même couleur ; la variation de ton inspiration. Tu me dis que tu n’en feras jamais le tour.

Ici, aussi c’est l’hiver, l’as-tu oublié ? La neige est tombée pendant des jours. Tout est blanc à présent, sans aspérité. Les nuances laiteuses sont imperceptibles à l’œil du profane mais souviens-toi, on les devinait partout autour de nous dans l’ombre ou dans la lumière. Sur nos peaux, entre les veines. En réponse à nos caresses on explorait nos propres couleurs. Dis-moi, en a-t-on fini le tour ?

Une photo quelques mots : bric à book 343. L’atelier s’enrichit d’une thématique à suivre. Cette semaine, outre la photo, il fallait parler d’HIVER

© Photo by Alex Azabache

Vois à quoi tiennent nos racines

Vois à quoi tiennent nos racines. Dès que nous apercevons les forêts de pins, – encore loin, trop loin – la fébrilité est palpable, l’impatience quasi insupportable de ne pas être déjà le nez levé vers le haut de la dune à gravir. Si le ciel est gris, on imagine, à l’ouest, la trouée bleue, là où le vent repousse les nuages au loin. La première ascension est toujours rude, on perd vite l’endurance à délaisser l’endroit pendant des mois. Et pourtant les montées suivantes pulsent les douces heures à venir. Celles où nous croisons tous ceux qui quittent le lieu en fin de journée. L’été, c’est affolant de monde. Une foule compacte, bruyante, odorante. A contrecourant, on descend vers la mer tandis que les gens montent vers la ville. Sous les pieds nus le sable est gorgé de chaleur. Et, du haut des dunes, le vent pousse vers nous les parfums des caquilliers, euphorbes, chardons bleus et celui plus persistant des immortelles.

On pourrait alors se croire seuls et imaginer le lieu désert. Le regard porte loin et à chacun d’eux nait le même émerveillement. Le contraste saisissant des couleurs franches entre le doré du sable, le bleu du ciel et de l’eau, le blanc de l’écume. L’horizon infini, l’océan démesuré. Tout est grand, vaste, d’allure sauvage. Jusqu’au grondement sourd et perpétuel qui envahit l’espace et le temps ; jusqu’au bercement des origines.

Tous ces hivers où les instants sont plus timides et moins fréquents. On y respire différemment, les pieds chaussés, le corps couvert. Les nuances peintes de reflets gris entre l’eau et le ciel, la lumière pâle du jour sous le soleil frileux. Le sable alors vierge d’empreintes, exceptées celles des gouttes de pluie. Pluie froide, irritante, bruyante. Pluie qui martèle le sol, nous prend par surprise, avec bourrasques et infiltrations sous les vêtements. Saoulés par le vent et les embruns, nous apprivoisons la saison à coup de petites touches intrépides. Il fait bon rentrer près du feu.

J’ai en mémoire la formidable odeur de l’iode, ce parfum qui incite à respirer à plein poumons tout l’air du monde. C’est dire, même si je demeure ailleurs, sa présence reste forte.

Surgit alors l’intime pensée d’être enfin arrivés chez nous.

#Quand l’écriture s’invite chez moi. Un petit défi d’été proposé par La Plume. Les modalités à lire ICI

Hiver

Je suis les courbes de toutes les audaces

Et ton corps sous mes mains s’anime.

Dans le silence chuchotent les soupirs

La chaleur des matins, l’aube de ton sourire.

Amples.

Au dehors, confuse, la brume voile les arbres, feutre toutes sonorités.

L’hiver est là.

Photo : Jon Wisniewski