Infinis fragiles

Faut-il atteindre l’indigo
Des jours de pluie
Et la lumière des nuits sans étoiles
Pour parler de mémoire
Ces infinis fragiles
Des hommes qui affrontent le noir
Et se retiennent de tomber
Là où la mer tresse les souvenirs
 
Comme on s’amarre malgré la rouille
Aux vagues bleues du souffle majeur
J’entends battre en nous
Le bruit sourd
Du manque et de la douleur

Jeu 53 chez La Licorne. Deux contraintes : quatre couleurs plus quatre mots tirés d’un poème d’Arthur Rimbaud : étoile, infini, mer, homme pour une poésie entre quatre et seize vers.

Aujourd’hui j’ai croisé un homme dans la rue.

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Aujourd’hui j’ai croisé un homme dans la rue. Il m’a regardé et a dit dans un grand sourire, vous êtes très jolie. J’ai souri à mon tour. J’ai dit, c’est gentil. Merci.

J’ai alors pensé à toutes ces femmes qui chaque jour dans la ville baissent la tête et celles qui la lèvent bien haut.  Qui sont dénigrées, jugées, que l’on siffle et apostrophe sans arrêt, qui d’un regard appuyé se sentent agressées.

J’ai pensé aux hommes. Tous ceux dont le regard pèse lourd, ceux aux paroles vulgaires et aux gestes obscènes. Ceux qui usent de bassesse, de supériorité intolérable.

Comme tous les jours je traverse le monde et je constate qu’il est fou. Fou d’indifférence, de violence et de solitude. Dangereux. En souffrance constante.

Aujourd’hui j’ai croisé un homme dans la rue. Il m’a regardé et a dit dans un grand sourire, vous êtes très jolie. J’ai souri, j’ai dit c’est gentil. Merci.

J’ai pensé que parfois le cœur exprime simplement une belle émotion et que l’on peut l’accepter tel quel. Des mots qui disent la spontanéité d’un instant, sur lequel il n’est pas nécessaire de trop s’en faire.

J’ai pensé que peut-être un jour nous n’aurions plus peur.

Crédit photo : Moey Hoque/Pinterest