Terre d’eau

Peinture acrylique, collage papier, feutres sur carton toilé

Format 38 x 55

Chaque détail à voir de plus prés en cliquant dessus

Deuxième tableau d’inspiration océanique. J’ai travaillé le fond, la couleur et les premiers traits pendant mes vacances sans chercher à y mettre un sens. Comme souvent j’ai laissé le mouvement faire le tableau. De retour chez moi j’ai poursuivi le travail et il m’a semblé évident que l’impact de l’océan restait très présent. J’y ai vu des fonds marins, ou tout du moins l’idée que je m’en fait. Mais une fois encore l’interprétation peut être multiple. A chacun de découvrir la sienne.

Oscillation

Dans le mouvement du vent, de l’eau ; inspiration de l’océan.

Acrylique, feutres sur carton toilé (vendu)

Format 38 x 55

Un ami à qui j’avais envoyé une photo du travail en cours de ce tableau, a imaginé cette création dessinée sur le sable. Si l’idée m’a séduite, le manque de moyens et de temps, et sans doute aussi, la crainte de ne pas pouvoir aller jusqu’au bout de cette réalisation que je vois très grande – un land art dans toute sa dimension d’espace – a freiné mon envie de tenter l’expérience. Il y a ainsi des oeuvres qui n’iront pas au delà de l’expression première. Pourtant, tant que ce tableau existe, il suggère une infinité d’attente, de nuances, de spontanéité dans l’expression. Des fragments d’art à l’intérieur de l’art qui racontent d’autres histoires, et nourrit tout autant celui qui regarde que celui qui crée. C’est à mon sens, l’essentiel.

A la recherche (des mots perdus)

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L’infidèle, la traîtresse. Toujours volage, aussi peu fiable que le souffle du vent. C’était ainsi depuis des jours. Un soubresaut d’espoir qui finissait par se déliter dans l’encre asséchée de son stylo. Refermant d’un geste agacé le cahier posé sur le bureau, David se leva, franchit en toute hâte le seuil de chez lui, fuyant le lieu comme la peste. Il erra à travers les rues se soûlant du bruit environnant, des rares voitures, du brouhaha de voix des passants, des cris d’enfants dans la cour d’une école maternelle, se grisant des odeurs de l’air chargée de pluie et du sourire de la boulangère, anticipant le plaisir de mordre dans la part de tarte aux mirabelles qu’il acheta pour son déjeuner. Tout était bon pour oublier l’absence d’inspiration.

Il fit un détour par le cimetière. Aussi étrange que cela paraisse, l’endroit absorbait fréquemment son humeur maussade. Dans le silence recueilli, il s’autorisait à réinventer le passé. Ses yeux parcouraient les noms gravés sur les stèles. Ici une jeune fille, la mine pensive, allongée sur une balancelle, là, une riche famille en vacances à la campagne, le père debout devant la propriété, les pouces crochetés à ses bretelles, la posture droite et fière, la mère assise sur une chaise, habillée de sa robe en dentelle, son plus jeune fils installé sur ses genoux, ses autres enfants placés autour d’elle. David imaginait ainsi des scènes couleur sépia qui parfois se teintaient de touches d’aquarelles. Et, les bons jours, oui, les bons jours, les scènes renaissaient sous sa plume.

David soupira, peu convaincu, ce jour-là, de l’utilité de sa balade. Il faisait face à un vide abyssal des plus sombres. La créativité l’avait déserté, la page blanche s’affichait de plus en plus souvent, de plus en plus longtemps. Le néant n’était pas loin de l’absorber tout entier. Il frissonna d’inquiétude à cette idée, l’angoisse vrillée au corps, si bien qu’il ne prêtât pas de suite attention à la ribambelle de mots qui s’invitaient dans sa tête sans y avoir été conviés. Devait-il les retenir, y chercher un sens ? Tout allait si vite, les mots voyageaient loin de lui, déjà hors de portée. Il en restait cependant quelques-uns qui s’accrochaient à la passerelle de phrases à venir. Dans le flot, il distinguait certaines voyelles s’entremêler aux consonnes et des idées lui venaient, des pensées absurdes et tout autant extraordinaires, ça enclenchait des bouts d’histoires insolites, loin de celles qu’il avait l’habitude de fréquenter. Il entrevoyait aussi des personnages qui s’entêtaient à vouloir exister, comme s’ils voulaient à tout prix demeurer éternels. Pour autant, rien de bon n’en émergeait. D’un mouvement de la tête et sans trop de peine, David chassa le débit superficiel. Reprit le chemin de sa maison et, comme une compagne, les bruits de la rue et les effluves l’accompagnaient encore.

Au bout d’un moment il prit conscience de quelques mots qui s’ancraient fermement dans sa mémoire. Comme une ritournelle à l’ampleur nouvelle, elle perdurait depuis son passage à la boulangerie, si bien que sur le retour, David décida de s’y arrêter de nouveau. Lorsqu’il entra dans la boutique, l’attention en éveil, il parcourut l’ensemble du lieu, puis son regard s’immobilisa sur la femme derrière son comptoir. Elle avait les rondeurs et le teint d’un pain au miel et un sourire à éclairer les jours pluvieux. Un furtif instant David ferma les yeux et la présence de la jolie boulangère lui parut soudain plus réelle. Il flottait dans la boutique un parfum de cannelle, un parfum chargé d’épices et d’aventure. Il n’eut alors plus le moindre doute, plus le moindre conflit. Terminés les mots, les phrases et les personnages volages. Ici, dans les senteurs parfumées d’un commerce gourmand débutait sa nouvelle histoire.

Sur une idée de Mind the Gap : Les plumes d’Asphodèle : le retour !

Vous pouvez lire les textes des autres participants en suivant ce lien

Je remercie ma fille Lucile pour le temps consacré à la recherche de la photo et du titre de cette histoire.

Crédit photo : Pinterest

 

Complice d’histoires

Lorsque ton choix s’est porté sur moi, que tu m’as pris dans ta main, soupesé, manié avec fermeté et non moins une certaine douceur j’ai su que ma vie prenait enfin son envol. Habillé tout de noir la sobriété et la ligne de ma physionomie t’a de suite séduite. Chez toi j’ai été surpris du nombre de mes semblables posés ça et là, innombrables choses immobiles, oubliées peut-être ? J’ai compris combien tu espérais de moi, ça m’a fichu un peu la trouille. Allais-je être à la hauteur de tes ambitions ?

Comme mes condisciples tu as tendance à me poser n’importe où et ensuite à pester de ne pas me retrouver illico presto. Franchement si tu ne semais pas le désordre partout tu ne passerais pas un temps fou à me chercher. Lorsque tu te saisis de moi avec une certaine frénésie, véloce dans l’inspiration soudaine, je sais que les heures suivantes vont être particulièrement vivantes. Tes doigts s’accrochent avec force et autorité sur ma sombre ligne droite, tu te redresses, je remarque ta fébrilité, ton empressement dans chaque geste qui te lie à moi. Tu es souvent impétueux, passionné, sans doute trop orgueilleux. Je devine tes pensées dans les pleins et les déliés aux arrondis approximatifs que tu couches sur ton bloc de papier. Ton exubérance n’est plus à prouver. Quelquefois tu débordes dans la marge, ripes, ratures, corriges les mots que tu déposes sur la blancheur des pages. Et puis soudain tu stoppes tout, mordilles mon capuchon dans l’attente de l’inspiration, me pivotes entre tes doigts, temporises le temps par de légères percussions renouvelées. J’oscille un peu, étourdi un moment avant que tu ne retrouves le souffle créateur des mots déposés. Il est facile d’imaginer combien tu te laisses emporter par l’idée de tenir l’histoire qui marquera la prochaine décennie et pourquoi pas le prochain siècle, tant qu’à faire, ne soyons pas pingre. Tu passes de l’enthousiasme au doute avec la même ampleur. Et si l’imagination te fait défaut tu me rejettes avec éclats, tu m’accuses de tous les maux, de ton manque  d’éloquence, des redondances intempestives, de la lourdeur des phrases. La liste est longue.  Autant le dire : il faut garder le moral pour deux.

Ainsi s’écoulent les sombres clartés des jours et la satisfaction de te voir parfois confiant m’entraîne vers des pensées un peu folles, je songe à ces virtuoses qui éblouissent les foules, aux histoires dont on se souviendra longtemps, qui marque le temps et la mémoire. Je songe, moi aussi, à la gloire à venir.

En juin pour l’agenda ironique nous sommes chez Les narines de crayons  avec objets objectifs, un thème qui raconte beaucoup. 🙂

Pour les détails des consignes (pas franchement respectées pour ma part) c’est par ici