La valise

Mon boulot c’est de m’assurer que les vieux vont bien. Des vieux il y a beaucoup. Et si la plupart se débrouillent sans nous autres, il y a les très vieux (trop nombreux) dont il faut s’occuper. (Pendant longtemps ceux-là ont joué à être jeunes, ça a fini par leur péter à la tronche) Ils sont moches. Méchants. Imbus d’eux-mêmes, égoïstes. Individualistes. Ils n’ont toujours pas compris que le monde d’hier n’existe plus. Ils disent qu’ils regrettent. Et quand ils disent ça, je ne sais pas trop s’ils pleurent le monde d’avant ou celui d’aujourd’hui. Tout ce que je sais c’est que les regrets ça n’avance à rien (même si, oui, ils sont responsables du déclin de cette société). Aujourd’hui c’est le chaos partout ; c’est sûr, ça va nous prendre des années avant de changer la donne. Faut dire que nous sommes bien moins nombreux que les vieux. Autant vous dire que dans les années 2025, il n’y avait pas beaucoup de gens qui voulaient faire des mômes. Avec l’avenir incertain, la planète au bord de l’asphyxie, ça ne donnait pas envie de futur. Alors forcément, les jeunes, aujourd’hui, ça ne court pas les rues. Moi, j’ai de la chance, j’ai une copine. Elle s’appelle Nymphéa, comme ces fleurs qui poussaient autrefois dans les bassins d’eau. C’est un joli nom pour une jolie fille. Elle bosse dans les jardins à essayer de cultiver de quoi se nourrir.

Ce soir, je suis rentré avec une valise. C’est le vieux couple de la tour 4, appartement 6 qui me l’a donné. Ces deux-là, ils sont sympas. Un peu déconnectés avec notre réalité, mais sympas. Lorsque je leur ai dit que Nymphéa était enceinte ils avaient l’air très contents. Ils ont insisté « C’est pour vous deux et le bébé. » et ont ajouté qu’à leur âge ils se contentaient de peu. En même temps je ne vois pas bien comment se satisfaire de plus, vu qu’il n’y a plus rien. Enfin, bref, je n’ai pas osé refuser. J’ai ramené la valise chez nous et j’ai attendu le retour de Nymphéa pour l’ouvrir.

Quand elle a passé la porte de chez nous, son panier était empli de noix. Elle m’a dit que le noyer était beau et prometteur et c’est une très bonne nouvelle. Alors je lui ai dit, « moi aussi j’ai quelque chose. » On était tout excité à l’idée d’ouvrir la valise mais on a attendu un peu. On a extrapolé sur son contenu comme si notre avenir était dedans. Nymphéa espérait des vêtements pour le bébé parce que c’est difficile de trouver de bonnes étoffes de nos jours, moi j’ai dit, des livres, même si c’était complètement nul comme idée parce que la valise n’était pas lourde et que de toute façon les livres sont encore plus rares que le tissu.

Bref, j’ai fini par l’ouvrir et on est resté tous les deux abasourdis un bon moment devant son contenu. Faut dire que des billets de banque ça fait longtemps qu’on n’en avait pas vu. Et la valise en était pleine. Il y en avait avec de beaux dessins de monuments et d’autres avec des d’oiseaux ou d’autres animaux disparus. Je me suis senti comme un con. Je n’osais rien dire, rien faire et encore moins regarder Nymphéa. Mais je l’ai quand même vue hausser les épaules et rire doucement. Et puis elle a dit, « on pourra toujours les coller sur le mur de la chambre du bébé, ça mettra un peu de couleurs ».

Une photo, quelques mots. Bric à book n°330. Les autres textes à lire ICI

Comme en suspension, ta main retient le temps

Après l‘orage, nous descendons le fleuve. L’air porte l’odeur des pluies d’été et cette petite note discrète iodée qui vient de l’océan. C’est toi qui mènes notre avancée rythmée par le mouvement de nos bras en concordance : plongée de la pagaie dans l’eau, synchronisation, propulsion du canoë. Nous ne parlons pas. Toi concentrée sur l’effort suivant, moi parce que je ne sais quoi te dire. C’est dingue de ne pas arriver à exprimer tout ce qui me traverse quand je suis avec toi. Ces mots que je murmure en moi. Tous ces instants passés qui forment ce nous, suspendus à mon silence.

Lorsque tu décides une pause, la lumière a l’éclat des heures à venir. Des heures mobiles à la quiétude du moment ; on dérive à peine. Ton bras se tend hors de l’embarcation, et comme en suspension ta main retient le temps. Paresseusement deux de tes doigts glissent sur l’eau. Et l’amplitude est si belle à les regarder tracer le monde.

Alors à défaut de savoir te le dire, je peux tenter le raconter autrement. Voilà ; d’un seul cliché je saisis l’instant.

« Je t’entends », dis-tu, à ce moment-là, un sourire dans la voix.

Une photo, quelques mots. Bric à book n°329. Les autres textes à lire ICI

Un paradoxe difficile à atteindre

Pierre regarde Noémie endormie. Noémie au tempérament lunatique, à l’intelligence vive, au rire grave. Noémie et tous les silences qu’elle ne livre pas. Un paradoxe à elle seule, parfois difficile à atteindre.

Pierre va à la fenêtre. Pendant un long moment il fixe son reflet et les arbres ; la rue déserte, mal éclairée. Par intermittence, l’obscurité s’illumine pour mieux retourner à la nébulosité. Les éclairs zèbrent un ciel empli de confusion. Au delà de la rue, Pierre devine l’océan déchaîné. Le vent souffle fort, la grêle qui tombe est assourdissante. La météo avait annoncé des orages, et depuis plusieurs heures maintenant, la tempête fait rage.

Pierre pense au hasard de la rencontre et à l’occasion extravagante qui l’a poussé à parler à Noémie quelques mois plus tôt. Il s’était arrêté à la terrasse d’une brasserie et avait commandé un café. Il avait regardé et écouté les vagues lécher le sable jusqu’au moment où la voix de Noémie avait attiré son attention. Il se souvient de la quantité de boules de glace qu’elle avait commandé ‒ autant que les couleurs de l’arc-en-ciel, avait-elle demandé au serveur ‒ Il se souvient de la question qu’il n’avait pas pu retenir de poser. Et de la réponse espiègle, de Noémie. Deux petites phrases anodines à l’effet colossal.

Pierre entend Noémie se lever. Il ne bouge pas. Pas encore. Il a parfois du mal à se situer dans son histoire avec elle. La fragilité de Noémie et, tout autant sa force, lui donnent le vertige. Son inconstance déstabilise sa propre constance. Un paradoxe de plus.

Le jour se lève et révèle les dommages de la nuit d’orages. La rue, envahie de débris de toutes sortes, détritus, branches cassées, jusqu’au sable venu de la plage, a des allures de fin du monde.  

Pierre voit la silhouette de Noémie se dessiner et s’approcher de lui. Il devine son sourire. Et Noémie, aussi aérienne qu’un papillon, lui souffle un bon jour en disant « On va voir la mer ? » Il la regarde enfin, si différente des filles qu’il a fréquenté auparavant. Il la regarde et son tourment s’apaise. Peut-être est-elle difficile à atteindre mais pas inaccessible, se dit-il.

Nul ne sait ce que l’avenir nous destine et cette pensée galvanise Pierre. D’un mouvement désinvolte, il saisit la main de Noémie, l’entraîne dehors et se met à courir dans la rue encore déserte.

Et le rire soudain qui l’accompagne suffit à sa raison.

Les plumes d’Asphodèle chez Emilie. Avec le thème Imprévisible, Quatorze mots à placer : Hasard Lunatique Intelligence Météo Confusion Soudain Papillon Effet Extravagant Zut Boule Destiner Dommage Désinvolte. (Une fois encore je n’ai pas réussi à caser l’un d’entre eux).

Les autres textes à lire ICI

Visuel peinture : M.C Escher

Quelques précisions sur mon roman Nathanaël

Suite à une réflexion judicieuse émise en commentaire sur mon article précédent, je tiens à préciser que si Nathanaël peut être considéré comme une continuité de mon premier roman Lila, l’un et l’autre peuvent se lire indépendamment et sans ordre établi.

L’absence de sa mère, décédée à sa naissance, a créé un manque compréhensible dans la vie de Nathanaël et généré des rapports difficiles entre son père, sa sœur et lui. Une famille bancale dans laquelle il a du mal à trouver sa place. Passionné de musique, pianiste et compositeur en devenir, il puise une sorte d’apaisement dans l’amitié complice qui le lie à sa cousine Alice depuis l’enfance. L’apprentissage de la complexité des sentiments et l’inexplicable difficulté de grandir avec la sensation de vide qui l’accompagne entraînent cependant Nathanaël à fuir l’existence plutôt qu’à la vivre. Au fil des années et des rencontres, à travers la perception particulière qu’il entretient avec le bassin d’Arcachon, terre maternelle qu’il découvre l’été de ses dix-neuf ans, le jeune homme bâtit sa propre histoire. Une histoire où les personnes se heurtent, se découvrent, se dévoilent et s’aiment avec fragilité et résistance.

Si la curiosité vous y pousse : vous pouvez le commander chez votre libraire, et/ou l’acheter sur tous les sites de vente de librairie du web ou sur le site de l’éditeur : ICI

Ci-dessous un extrait du roman

Depuis mon arrivée, je respirais différemment. Ici, tout me parlait. Les senteurs maritimes, puissantes, le bruit perpétuel de l’océan, la couleur dorée du sable fin. L’attraction était forte, influente, et peu m’importait si je faisais un amalgame entre cette terre et ma mère. Je me fichais de savoir si cela révélait le manque terrible de son absence, je ne cherchais pas à y mettre des mots, ni des explications. J’étais un nouveau-né face aux perceptions que je découvrais. Je voulais apprendre à grandir dans ses bras maternels. Je lui adressais des mots silencieux. Des mots qui lui parlaient du chagrin de n’avoir jamais entendu sa voix ni son rire, celui de n’avoir jamais pu me blottir dans ses bras. Ma peur de vivre venait-elle de si loin ? Et celle d’affronter ce monde qui me bousculait sans que je trouve où m’amarrer ? Je tangue, maman, je tangue jusqu’au moment où je tombe. Me relever me demande un effort si grand. Je tremble. Me raccrocher aux branches est douloureux. Je tremble, encore. J’ai dans la tête un chaos permanent. Et sans la musique, je n’aurais pas envie de poursuivre ma route, mais ça, tu vois personne ne le sait, elle éloigne le vide un moment, même si la colère vient en supplément quand je perds pied. Je suis sans repère. Papa et Louise ne remplissent pas le manque que je ressens, au contraire, ils le renforcent, je ne sais pas comment c’est possible mais c’est là, tout le temps. Je suis venu, maman, je suis là.

Dans ces moments-là, quelle que soit l’heure je filais à l’océan. Je gonflais mes poumons de l’air de la mer. Je plongeais à l’intérieur de la vague, me laissais porter jusqu’à la crête et dans un crawl puissant, revenais vers le littoral, poussé par l’élan de l’onde. Me pardonnes-tu d’être vivant, lui disais-je, bercé dans le creux de l’oscillation. La nuit, je me contentais de rester sur le sable, je m’isolais des groupes de jeunes qui s’installaient autour d’un feu, ça sentait la saucisse grillée, la bière, la clope et le joint. Dans l’obscurité, l’océan m’impressionnait. Les sons et les odeurs explosaient dans la démesure. Je gardais les bras contre mon corps, j’étais comme un môme, effrayé, vaincu et conquis, tout cela à la fois.

Nathanaël (Parution de mon second roman)

Ce roman aura connu deux versions, une dizaine de relectures, plusieurs refontes, des retards de parution, des soucis d’impression et pour ma part beaucoup d’insomnies. Il a fallu s’armer de patience, chercher des raisons de continuer d’y croire. Je me suis rarement sentie aussi seule à faire face à l’incompréhension, à me demander si tout mon travail avait une raison d’être. Je me suis souvent demander si l’attente valait le coup. Certains m’ont dit de tirer un trait sur ce roman, de laisser tomber la maison d’édition.

Oui, mais. Mais derrière ce livre, il y a aussi des personnes qui ont cru en moi, qui ont accueilli cette histoire avec intérêt, qui connaissent mon écriture, ma façon (exigeante) de travailler. Pour un auteur, c’est sans doute une des étapes les plus importantes : la reconnaissance de son travail.

Alors j’ai patienté. Encore et encore.

Et puis voilà. La concrétisation de trois années de travail, d’inspiration, de frénésie, d’enthousiasme et de doute auront eu, en définitive, une raison d’être.

Sortie prévue vendredi 21 décembre 2018, aux éditions Ipagination.

Extrait II de mon roman « Lila »

Exaspéré par la situation qui m’échappe complètement, j’explose littéralement. J’envoie valser les quelques revues qui jonchent la table, ainsi que mon téléphone que je viens de poser. J’en ai ma claque. Vraiment. Je reprends mon téléphone pour t’appeler mais c’est sur ta messagerie que je tombe :
— Lila, décroche ! Il faut qu’on se parle ! Je viens de lire ton mail et je ne comprends pas. Lila ? Décroche, bon sang !
Je suis fou de rage contre ton silence. J’ai bien saisi qu’il se passait quelque chose d’important. Mais quoi, bon sang ? J’essaie de joindre Étienne. Sans résultats.
J’arpente mon appartement de long en large. C’est bien trop petit pour l’angoisse qui me tient. Dehors, je m’éloigne du centre-ville pour rejoindre un sentier que je connais bien. L’air printanier embaume les jardins que je longe. Dans le crépuscule qui s’annonce les odeurs sont partout. Malgré la pénombre qui s’installe, j’arpente le chemin, puis au détour de la piste, je me retrouve face aux montagnes. Il me vient alors une bouffée de bonheur à les voir se dresser à l’horizon et tout autant une grande tristesse à ne pas savoir faire avec toi. Je laisse la nuit s’étendre. Je n’ai aucune hâte à l’idée de retourner dans mon appartement, de faire face à tous ces silences qui nous minent et nous isolent l’un de l’autre. T’aimer Lila est un combat. Je ne comprends pas pourquoi il est si difficile pour nous deux d’avancer, mais je sais où je veux être, à présent.

Lila

à commander chez votre libraire préféré ou sur le site de l’éditeur http://www.ipaginastore.com/fr/accueil/79-lila-version-papier-9782367910451.html

284 pages ; 20,4 x 13,4 cm ; broché

ISBN 978-2-36791-045-1

EAN 9782367910451

Extrait I de mon roman « Lila »

J’en ai marre de tourner en rond dans mon appartement, dans l’attente d’un signe de toi. Ton silence m’exaspère et m’inquiète tout autant. Malgré l’heure tardive, je passe chez Romain. Je veux l’entendre me parler de toi. Je veux qu’il me dise pourquoi tu ne me réponds pas. Son accueil est loin d’être aimable, mais je me fiche bien d’interrompre ses ébats amoureux.
— T’es chiant Gabriel de débarquer comme ça sans prévenir ! râle-t-il.
Clara a un joli sourire, une voix feutrée, apaisante. Tu serais surpris de voir combien ton cousin y est réceptif. C’est fou comme l’amour nous change. Lui qui prônait une vie de célibataire, semble conquis par cette jeune personne à la discrétion attentive. Elle me propose un café avant de s’éclipser dans la chambre.
— Dis-donc, elle s’installe chez toi ? je demande, réellement surpris.
— Bien sûr que non, réplique-t-il, le nez dans sa propre tasse.
— En tous cas l’appart n’a jamais été aussi bien rangé, j’affirme en laissant mes yeux faire le tour de la pièce.
— Je suppose que tu n’es pas venu pour me parler de mon appart, souffle-t-il excédé.
— C’est à propos de Lila. Je lui ai écrit et elle ne répond pas…
— Lila ? Elle est au fond de son lit avec une forte grippe. Je doute qu’elle soit en état de te répondre.
— Merde ! J’aime pas quand elle est malade. Elle ne se soigne jamais comme il faut.
— Étienne passe la voir chaque jour.
— Étienne ?
— Un ami toubib.
— Un ami ?
Le ton de ma voix n’est pas aussi indifférent que je l’aurais voulu et le regard méfiant que me lance Romain m’évoque ces vigiles, butés et agressifs. C’est assez désagréable d’y faire face.
— Écoute Gabriel, ton histoire avec Lila ça a toujours été compliqué. Qu’est-ce que tu veux ? Lui laisser espérer n’importe quoi et puis repartir crapahuter dans les montages à l’autre bout du monde juste après ? Franchement je n’ai pas du tout envie que tu tentes quoi que ce soit avec elle si tu n’es pas sûr de toi. Parce que ce n’est pas toi qui as dû la soutenir pendant ces dernières années. Elle a assez morflé comme ça !
— Mais c’est elle qui est partie !
— On se demande bien pourquoi ! rage-t-il en se levant. T’es peut-être mon meilleur ami mais je ne cautionne pas toutes tes conneries ! Et tu sais ce qu’elle représente pour moi. C’est plus qu’une cousine lambda, c’est comme ma sœur. Alors réfléchis bien à ce que tu comptes faire avant de foutre le bordel dans sa vie !
— Je veux juste reprendre contact avec elle.

Lila

A commander chez le libraire de votre choix

ou sur : http://www.ipaginastore.com/fr/accueil/79-lila-version-papier-9782367910451.html

284 pages ; 20,4 x 13,4 cm ; broché

ISBN 978-2-36791-045-1

EAN 9782367910451

Parution de mon roman Lila

C’est une histoire de couple, de désir, d’entêtement, de liberté, d’amour bien entendu, parce que les sentiments sont au cœur de mes écrits et ce livre en traduit une ribambelle !

Le résumé de la quatrième de couverture pour un petit aperçu :

Malgré l’amour qu’il éprouve pour Lila, Gabriel a bien du mal à envisager une vie à deux. Il se veut sans attache et libre de toute entrave mais voilà, Lila est là et toute la passion qu’il ressent pour elle bouleverse la vie qu’il s’est choisie.

Une histoire d’accords et de désaccords, « un je t’aime, moi non plus » qui dérange, tourmente et entraîne Gabriel et Lila sur des chemins d’incertitude et d’amour passionnel.

Lila

Si la curiosité vous y pousse :

à commander chez votre libraire, ou sur tous les sites de vente de librairie du web

284 pages ; 20,4 x 13,4 cm ; broché

ISBN 978-2-36791-045-1

EAN 9782367910451

ou en vente ici  : http://www.ipaginastore.com/fr/accueil/79-lila-version-papier-9782367910451.html en version papier

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