A l’origine

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Bercé par le silence ouaté, l’eau épouse ma mère.

Ventre tendu de vie, dans lequel flotte mon corps en suspens

je m’éveille à l’écho de l’onde,

j’écoute le rythme cadencé de mes sens

bascule dans l’équilibre liquide, plonge dans l’origine du monde.

Ma mémoire à l’écoute des premiers vivants

j’entends s’enraciner les arbres, le vent pousser les vagues et

la rime s’agrandir du temps ininterrompu.

 

Une photo, quelques mots. Atelier Bric à book 312

Photo : © Timo Wagner

Viens, on va se consoler dans le silence et les arbres à venir

Aux frontières de la mémoire j’ai délaissé les pensées assassines, abandonné la pesanteur du passé et tu m’as regardée me revêtir du temps qui reste, tu as dit dans un rire léger, mais tes yeux restaient graves, tu as dit, viens, on va se consoler dans le silence et les arbres à venir, peu importe ce que ça nous coûte, si ça semble difficile au début, seul c’est possible, et nous, nous sommes deux, c’est deux fois plus, alors viens, on va aussi se dépouiller des fragments d’oubli, écouter battre le cœur de l’autre et s’égarer dans l’espace de nos métamorphoses, et surtout, surtout, caresser la perte de tous les instants complexes, ceux qui érodent et creusent les sillons de nos chairs et nous privent de bienveillance, enfin, tu sais de quoi je parle, viens, as-tu ajouté en saisissant ma main, allons bâtir le présent.

En juillet l’agenda ironique se pose chez Joséphine qui nous propose un sujet oh combien ouvert à la variation  inépuisable : La perte en une phrase. Tout reste à dire. 🙂

Oublier les arbres

 

Sous la terre je crois que ça vibre encore. Parfois. Comme des soubresauts indélébiles, des brins d’existence que l’on ne peut oublier.

Dans la mémoire collective je devine des battements. Un souffle, une tendance à l’entêtement. J’entends un sourire et plus loin, si loin dans le creux du monde, un rire. On aimerait s’en approcher, se laisser prendre au jeu. Se grandir jusqu’à modeler les sens et je pense à ses corps d’autrefois qui s’apaisaient dans les enlacements. On oscille dans l’absence, on titube dans le néant. Combler les vides, s’user les mains à maintenir loin l’érosion du monde. On persiste à trouver un sens à tout cela.

Oublier les arbres. Oublier les océans.

Nous existons dans un ailleurs distinct. Si éloigné que l’on ne peut même plus l’imaginer, encore moins le dessiner.

Quelquefois l’un de nous lève les yeux, espère une trouée dans l’uniformité du ciel. Quelquefois on entend le balancement des branches dans le vent, le souffle de quelque chose qui chante. Une pulsation. On pourrait croire le monde désemplit, dépouiller de toute vie et c’est vrai aussi.

Oublier les terres fertiles. Oublier les arbres.

L’écoute reste difficile. À chaque pas nous ne sommes pas certains d’entendre le suivant. Mais on avance. On poursuit l’existence. Sous le gris du ciel et sur celui de la terre. Dans l’absence du monde.

Loin, au-delà de la souffrance, au delà de la peine et de la désolation on devine le murmure de demain. C’est infime et infiniment présent.

Écoute, dis-je en posant ma main sur ton ventre arrondi.