A l’heure fauve

A l’heure fauve

Où s’affranchissent les turbulences

et s’étendent les branches en tissage séculaire

on rêve

on rêve de mousse et de sève

on rêve simples mortels

à l’orée de l’éternité

à hauteur de ciel

à hauteur de terre

tandis que s’éveillent les éphémères

et le chant discret de ceux qui veillent

Encres couleur, acrylique, pastel à l’huile sur papier

Format 30x40cm

Regarde-moi d’où tu es

Regarde-moi d’où tu es, j’écoute le vent des souvenirs comme une musique lointaine, à peine murmurée à la surface liquide.  J’efface la peine à coup de turbulence et d’ardeur. C’est dire que ne pas s’attarder est gage d’avancée car je perds le fil du temps jusqu’à oublier les traces qui me hantent. Regarde-moi d’où tu es, je creuse encore le sable avec mes mains d’enfant pour voir la mer s’étendre à l’horizon. Et si les promesses de demain ne seront jamais figées sur des photos, je te parle. Je te parle sans réserve, tu sais. Il est plus facile de dire l’absence dans le silence qui suit les grands départs, c’est un dialogue complice qui ne mesure pas le temps. Regarde-moi d’où tu es, je traverse l’écume comme le lit des rivières me berce. Les jours passent dissemblables et ma voix en dedans n’a de cesse de te dire les sourires esquissés ; la lumière qui se lève sans toi. Regarde-moi d’où tu es, le littoral se pare toujours d’ocres et de bleus sous les embruns du jour.

Jeu 72 « L’écume des jours » S’inspirer du titre du roman et de la photo.

Traces

A la dérive du monde, dans le flot ininterrompu des voix acerbes et des jugements hâtifs, dans le vacarme qui assombrit les heures, où se bouscule la violence et l’intolérance, on ira vers ceux qui s’éloignent. Et de la route empruntée, on y mêlera l’air et l’eau, le feu et la terre pour créer la nôtre. Sans hâte, dans ce temps particulier de l’attente, on fera halte à la lisière des heures audacieuses pour écouter le chant de la pluie et la danse des branches qui tendent vers la lumière. J’y entends déjà la musique du silence, celle qui apaise et réconcilie, s’arme de patience et d’essentiel. Et dans le travail latent de ce qui s’élabore à l’orée des rêves, d’un pas facile, on tracera le sillage de nos racines à venir. J’oserai alors. J’oserai pousser les portes closes qui se dresseront encore. Il n’y a rien que nous ne pouvons atteindre.

Ma route

Je vais en bordure de Terre

caresser le regard d’eau

la beauté de ton âme

et dans l’étreinte de nos racines tendres qui tendent vers le monde

ma route a pour chemin

cette seconde où tout prend sens

ce temps qui se plie à l’écoute de l’instant

l’éternité me semble alors à portée de main

liée à l’audace et l’effervescence

de l’art qui m’anime comme je vis

comme je suis

Le coeur des arbres

Parce que sous la surface le monde palpite en formation de ténacité

On ira écouter la mer à travers le chant des rivières

Et courir dans les plis du vent comme au premier jour

Et dans le battement sourd de la sève et de l’écorce palpitante

Alors que s’endort la terre en murmures d’hiver

La main en pause comme une caresse dans l’estime et l’attention

On étreindra le cœur des arbres

Et dans l’intervalle le chant des étendues sauvages

Ouvrira nos vastes résistances

A l’élan de toutes nos différences

Comme on s’abandonne

Quand le brouillard se lève au-dessus du fleuve et grossit les voiles du ciel 
le jardin en pause dans l’automne qui s’éloigne
on cultive la permanence comme toute correspondance
et je goûte ta voix et le silence qui suit
et te regarde comme je me vois


aux signes tangibles des plis du corps
on apprivoise nos peaux nouvelles
on se surprend jeunes éternels puis séculaires
sans vouloir que le temps ralentisse
non
il s’accorde comme on s’abandonne
nos âmes en accord
vibrent d’y voir le sens de tous les jours à venir

Métempsychose

Si par-delà les arbres tu m’entends dans la sagesse de ceux qui sont partis

je trace comme on trace sa vie à l’écoute de tous les vents

et dans l’élan j’entends le mouvement de l’eau frémir sous la terre

j’entends la respiration de nos cellules vibrer comme s’envole la voix circulaire et puissante du chant des anciens.

Je me reconnais alors dans le vaste monde

en racine indissociable de la terre molle et de la mer

et l’accomplissement de toute vie est un recommencement.

Après l’exode des arbres

Après l’exode des arbres

mon cœur s’est arrêté de battre

mon souffle affaibli

comme rompu et battu d’un manque

une lente agonie de carences impossibles à taire

puis en un sursaut d’existence capitale

j’ai repris le cours de de ma route

jusqu’à renaître en essences

loin des paysages urbains

les cimes tournées vers le ciel

et les racines en mouvement de lien sauvage

ouvrant le voyage en lames vagabondes

 et réveillant la sève

pour y cultiver la patience de la terre

et bâtir l’essentiel

à la continuité de nos origines

On se reconnaîtra


aux mots interrompus des écrivains de demain

on vivra les saisons sans altération

et à l’ombre des arbres

tous les instants relèveront d’attention

Eloignés de la complexité de la raison

de toutes ces heures brisées par la morsure des jugements

et les querelles sans fin des dominants voraces

on se reconnaîtra dans l’amour simple

de ceux qui aiment cette vie sans heurt

où le temps ne s’érode pas de vains désirs de grandeur

cette lumière secrète de nos infinies heureuses

Sur une idée de La Licorne du blog FILIGRANE s’inspirer d’une image et d’un titre de roman imposés. Les modalités à lire ICI

l’endormie

Visuel : Danae – G.Klimt

tandis que la nuit se meurt au pays du jour
couchée à l’ombre des rêves
le sommeil t’éveille
d’un effleurement de songe
et au détour d’une pensée
dans le bercement de la danse des anges
la terre s’anime
flot de rousseur et de chair ronde

De saison

Au silence froissé des premiers chants
dans le frémissement des branches
s’entend la pluie le vent
le souffle endormi des volcans

D’un ensemble choral qui dès l’aube vibre
la terre entre les racines
chante l’air gorgé du parfum des figues
et des noix sauvages

Les couleurs jaillissent par vague
Houle de rouge et de brun
onde d’ocre et de jaune

alors que le temps s’ourle de présent
la lumière pâle s’habille de brume
et l’horizon ample élargie les terres
dans ta main qui enrobe la mienne
 

L’éveil

Photo : Lucile Duneau-Délis

J’ai longtemps dormi en bordure d’horizon
dans ce sommeil modelé de terre et d’eau
où comme au premier matin
l’air anime l’aube baigné de lumière

Et puis mon âme a chaviré dans l’éveil
toi, déjà debout
perdu face à l‘ampleur du vide qui ricoche
courbé par la gravité du monde sous le joug

J’ai caressé ta peau à la recherche d’une reconnaissance
d’une identité loin de toute errance
Et dans la trajectoire éclairée de traversée
mes gestes ont fait corps avec le possible
d’éloigner les maîtres et leur servitude
le possible du courage

Demeurer libres

qu’on m’y sache et m’y prenne
en versées de lumière
m’y jette en mère mer
pour y prolonger l’âme

d’y rêver une histoire
d’où nous savoir toujours
faits d’une rivière claire
et d’un même rocher

un premier matin loin
irrigué par nos mains

et toucher
sauvages et familiers
l’autre encore
et soi

Caroline Dufour

Guerrière

J’ai caressé la lumière dans l’écoute silencieuse de ton âme

et dans la tourmente,

même les traversées nous rassemblent

Armée de ton amour je demeure guerrière

pour affronter tous vents contraires

Je tiens tes incertitudes dans ma paume

et dépose les miennes dans la tienne

et s’il me faut combattre la vanité des foules

j’ai en moi ces heures perceptibles

où nourrir l’équilibre s’arme de constance.

A l’étendue de l’horizon

alors que la terre tremble de notre manque de sagesse
je regarde l’océan brasser le désordre des hommes
les vagues charrier les souillures de notre décadence
et dans l’égoïsme des cœurs endormis
l’absence de toute logique à vivre

combien de siècles faudra-t-il encore pour apprendre à se tenir debout
jusqu’où ira-t-on dans l’ivresse éphémère des marchands de l’inutile
insister l’idée du monde heureux pendant que pleurent les arbres et les peuples oubliés
à l’étendue de l’horizon
ne lâche pas ma main,
je repousserai toute peine pour puiser de chaque vibration franche
le désir et l’espérance des jours paisibles

Jour bleu

Après l’aube, le silence entre dans le jour. Les heures paressent encore, à l’abri des noctambules endormis. Le vent vibre dans les cimes des pins maritimes, le jour s’aventure, vagabond ; bleu comme l’été, animé de lumière et de feu.

On pourrait croire le monde à la lisière de deux mondes et, le ciel à notre portée, dans cet équilibre parfait qui chemine entre les racines. J’entends courir la promesse des fleuves à travers la terre et tous les chemins secrets épousant le paysage.

Eté

Peuplé du murmure du monde

dans l’intervalle à l’amplitude vaste

le vent chante la terre

Ecoute

la rivière sourdre avec assurance

le sentier palpiter au rythme des arbres

écorces en dentelles

herbes folles

racines séculaires

rhizomes

limon

toute fusion ensemencée de la genèse au dénouement

dans la lumière étirée de fin d’après-midi

nos pas dansent la marche des nuages

et la tête levée vers le ciel clairsemé de fragrance d’été

on avance

tranquilles

un goût d’enfance sauvage sur les lèvres.

Voyage XXVI

Voyage XXVI accompagné du regard poétique de Barbara Auzou.

Merci Barbara. Infiniment.

Laurence Délis – Peinture – Art contemporain

Acrylique sur papier, encres couleur

Format 30 x 40 cm

quand l’aube secoue ses poches

nos corps se hâtent doucement

et dans une maladresse ancienne

pour retrouver ce qui nous fut très proche

et bat encore au poignet

était-ce le bord d’une île 

où s’allumait une lampe idéale?

était-ce la traîne recluse de vieux astres?

d’eaux en eaux on lance nos mains d’écluses

on travaille à nos crochets d’écumes

on oublie le vase la vasque et la carapace

renversée sur son ombre

qui doutait d’un possible filon d’or

l’émail en fusion sur la gorge des vents

on revient ausculter longtemps

les secrets de la terre et ceux de l’âge

le bleu tendre d’une plainte lointaine

s’étire au large de l’enfant sentimentale

venue le ciel sur le dos donner

son âme à la mer

Barbara Auzou.

l’invitation

Crédit photo Pinterest

De l’affleurement à la densité de l’immense

jusqu’au cellules de l’infiniment petit

nous avons trouvé un sens à notre destinée

regardant l’eau de terre brasser l’eau de mer

comme le lien possible à toute évidence

Dans les vagues reliant les reliefs des sommets

on a pénétré l’intérieur des racines puis longé les tiges aériennes

on devinait le murmure du monde dans chaque bruissement

C’était à peine un vœu

davantage une certitude

On entendait au loin l’âme des arbres en devenir

les torrents d’écume et les collines endormies

et à l’heure des frôlements de la connaissance

une invitation à vivre

Avant le premier vol



Avant le premier vol
je mesure la distance complice à l’assurance de ta patience
et apprivoise le goût simple de l’instant
cette connivence qui étourdit le jour
et nourrit l’entente de la nuit.

Jeu 65 chez La Licorne. S’inspirer de la photo et jouer avec les mots du titre du livre « Vol de nuit » d’Antoine de Saint-Exupéry