Cueillir le jour

Dis-moi le refuge de ceux qui réparent l’âme du monde
et tous ces petits pas 
faits et à parfaire 
qui modèlent les heures du matin
 
dis-moi l’amour 
et la caresse de décembre
dans l'assurance des pierres levées  

alors que la saison s’installe
que le fleuve se gorge de pluie
je frôle les strates des sentiments
et comme à l’aube première cueille le jour 
 
j’entends la terre sensible
goûter le silence des arbres 


Tableau à quatre mains : Fran et Laurence Délis

Terre infinie

je ne veux pas de maladie
sur la Terre infinie

ma fierté n'est pas refroidie
ni les esprits qui sans bruit
sèment les graines sous la pluie

j’entends la jeune mélodie
vivifier la terre ancienne du peuple maori
et réveiller les sourires assoupis
dans les arbres prospères et le vent épanoui

j’entends le bruit de l’eau qui court
le refrain des galets dans le chant du troubadour

j’entends gronder l’orage lourd
le son de la pluie dans l’éclat du jour
les enfants plonger dans les rivières alentour

l’art est long et le temps est court
pour peindre le monde au pourtour
les oiseaux du ciel et les grandes tours
toute trace d’hommes sur la ligne ample du jour

Jeu 61 chez Filigrane. Créer un poème sandwich à partir d’un extrait poétique de Charles Cros :

Je ne veux pas de maladie,
Ma fierté n’est pas refroidie,
J’entends la jeune mélodie.

J’entends le bruit de l’eau qui court,
J’entends gronder l’orage lourd,
L’art est long et le temps est court.

« Insoumission » – Charles Cros

Aux allures sauvages des éléments

Aux allures sauvages des éléments

Dans la fureur sombre

De tous ces pas difficiles à franchir

Et de ce qui divise

Je traverse les plaines et le vent

Et dans l’obscurité des cœurs éteints

Je cherche le langage interrompu

La couleur des ressemblances et celles des différences

Les nuances des richesses

Et dans l’oscillation du souffle fragile et de la lueur vacillante

Je nourris la perspective

De tout ce qui rassemble

Peinture : ©Philippe Cognée