Rouge

Je balaie la colère
Et toutes peurs 
C'est la vie
La vie qui s'enfuit
Et celle qui nait au sorti du ventre de nos mères
Et si la porte mène au sang de nos pères
Transfuse du passé au présent
De la peine à la douleur
Je vais grandir de l’intérieur
Faire face
Et ne pas oublier que les jours qui passent
Est sang d'équilibre et de silences paisibles
Quand celui de tes lèvres
Trouble le rouge des miennes

Une photo, quelques mots Bric à book 360

Photo : ©Steven Roe

Lorsqu’un tableau s’en va

Acrylique, peinture relief

Format 80 x 80

Le tableau ci-dessus était en passe de devenir un autre. J’avais l’intention de recouvrir la toile et de retravailler autre chose. Et puis, la semaine dernière un ami de mon fils aîné est passé nous voir. Il habite depuis deux ans en région parisienne. Boulot oblige. Éloigné de sa famille et des amis . Alors il m’a dit, j’aimerai acheter un de tes tableaux pour l’accrocher chez moi et c’est celui-ci que je veux.

C’est un jeune homme qui, depuis l’enfance, m’a vue m’approprier l’espace à vivre de ma maison pendant des heures et ensuite voir le lieu retrouver son origine première. En grandissant, il s’est parfois étonner de me trouver à peindre à des heures très tardives. Il a vu mes toiles un peu partout s’amonceler aux cours des années. A travers ce tableau choisi et l’émotion ressentie à l’idée qu’il veuille l’acquérir, j’ai pensé qu’il y avait, outre le plaisir de s’acheter une toile, tous les souvenirs qui englobaient les années vécues et tout ce qu’elles représentent pour lui.

J’ai songé qu’à partir de maintenant, ce tableau va vivre ailleurs et que d’autres souvenirs vont se construire autour de lui… Puissent-ils être encore de beaux partages.

A l’infinité

Peinture acrylique, collage papiers, peinture relief, feutres

Format 50 x 70

J’ai été fouiller parmi mes vieilles toiles pour en trouver une sur laquelle peindre et si ma mémoire ne me fait pas défaut, celle-ci a une quinzaine d’années. Je venais de prendre la décision d’arrêter les portraits ethniques aux crayons de couleur que je travaillais depuis plus de dix ans et je voulais (re)tenter le travail sur toile. J’ai longtemps tourné autour de cette toile sans savoir quoi en faire. Toute cette surface blanche et pas la moindre idée en tête. Alors je l’ai cloisonnée en plusieurs parties pour travailler des petites surfaces. J’ai très vite abandonné l’idée (et cette toile). Je voulais le geste ample. Libre.

En retravaillant dessus le mois dernier, je me suis souvenue de qui j’étais à ce moment-là, de ce vers quoi je souhaitais aller. Je me suis alors demandée combien de fois encore, j’allais revenir y déposer des petits bouts de moi, combien de fois cette toile allait vivre de transformations.

Si elle ne part pas vivre ailleurs ce sera sans doute à l’infinité.

Le rouge de ses bottes de pluie.

Amandine avait été élevée par sa grand-tante Emma, une vieille à l’allure fantasque dont on se méfiait dans le village depuis qu’elle avait enterré son trente-sixième mari. Plus les années passaient plus on trouvait douteux son goût pour les pierres tombales qui remplissaient le cimetière du village. La grand-tante gagnait sa vie en tirant les cartes – les arcanes du tarot n’avaient aucun secret pour elle ‒ et avait tenté d’initier Amandine. En vain. Celle-ci avait choisi une voie différente quoiqu’assez proche de celle de sa tante. Comme elle, elle connaissait fort bien les tréfonds de l’âme humaine. On pouvait parler de sixième sens, ou peut-être bien de tradition familiale déviante.

La vie d’Amandine était à l’image d’une pièce de théâtre et, ses journées, une scène sur laquelle elle transformait le monde. Saltimbanque, elle jonglait entre tragédie et comédie, savait d’un coup d’œil jauger ceux qui s’adressaient à elle. Elle avait le don pour deviner l’envers du décor chez ceux qui vivaient d’apparence et de malveillance cachée. Son crédo : arnaquer tous ceux qui usaient de leur pouvoir ou de leur aisance à écraser les plus démunis et les éconduits. La jeune femme avait à cœur de leur redonner l’assurance de l’avenir. Une sorte de robin des bois des temps modernes, disait sa grand-tante, avec fierté.

La matinée était bien avancée. Amandine se levait. La mine encore ensommeillée, les yeux vagues, elle offrait un portrait saisissant de candeur. La lumière de fin d’été éclairait l’intérieur de la maison. La décoration y était vieillotte, de style rococo. Le mobilier façonné de moulures et tarabiscots à foison qu’affectionnait Emma. Par la fenêtre ouverte de la cuisine filtrait le parfum de lavande fanée mêlée à celui des roses. Vincent se tenait devant, le regard porté vers le jardin. Comme une invitation à s’asseoir, du pain et du beurre frais, deux bols, une caféière de café étaient disposés sur la table de la cuisine, ainsi qu’un panier empli de fèves à écosser fraichement cueillies. Vincent avait roulé toute la nuit, s’était assoupi à l’aube dans sa voiture avant de reprendre la route. Le village où résidait Amandine lui semblait toujours être au bout du monde et c’était en quelque sorte le cas. Un petit bout de terre qui s’étendait vers la mer tel un bras plus large que long où les goélands et les mouettes se disputaient le ciel. Ici l’existence prenait des couleurs d’été en permanence. Surtout sous la pluie. L’hiver passé, un soir de pluie et d’odeur de feu de bois, Vincent y était venu pour enquêter discrètement sur la demoiselle. On chuchotait tout bas tant de rumeurs sur elle que sa curiosité de journaliste avait voulu percer le secret qui l’entourait. La première rencontre s’était tenue sous la pluie. Il se souvenait d’elle sous son parapluie. Le rouge de ses bottes de pluie. La lumière de son sourire.

Au bruit de pas, Vincent se retourna et fit face à Amandine. Il nota les pieds nus sur le carrelage, la transparence de la nuisette qui laissait deviner les courbes du corps. Ses cheveux noirs, détachés, quelques peu emmêlés. Une des bretelles du déshabillé tombait sur l’arrondi de l’épaule. Il avait déjà une foule de souvenirs d’elle, beaucoup d’autres à parfaire le futur et, depuis la rencontre sous la pluie, avait pris un abonnement à vie dans l’existence d’Amandine. Il laissa musarder ses yeux sur l’ensemble de l’apparition, puis la dévisagea. Sur les lèvres d’Amandine flottait un sourire heureux. Le cœur de Vincent s’affola.

Sous la houlette d’EMILIE, Les plumes d’Asphodèle reviennent. Quatorze mots à placer dans le texte : NUISETTE TRADITION TRENTE-SIXIÈME FÈVE NOIR TRÉFONDS ENVERS TARABISCOT BRETELLE MUSARDER ABONNEMENT ARCANE AFFOLER ARNAQUER

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Crédit photo : Pinterest

A la rencontre de rouges-fillettes suivi de donne ta langue au chat (agenda ironique)

Pour septembre l’agenda ironique est double. Deux thèmes concoctés par Carnets et l’ Écrevisse L’un qui nous entraîne dans une forêt, la nuit à la rencontre de rouge-fillettes et de loup déguisé,  l’autre, qui donne sa longue au chat.

La nuit n’aurait pas pu être plus sombre. Même les étoiles avaient déserté les lieux. Une de ces nuits sans lune au ciel lourd chargé de nuages noirs. Bref, une nuit de rentrée scolaire qui plombait un peu l’ambiance festive alors qu’il était question d’intégration. Cela n’avait pas détourné pour autant la majorité des étudiants de venir faire un tour dans la forêt, lieu de la soirée. Les paquets de chips aux saveurs multiples remplissaient les ventres et les boissons au goût prohibé coulaient à flots. On avait fait appel à Lou, un type à l’allure nocturne qui se fondait dans le décor avec une rare élégance. Il aimait se mêler incognito à ces fêtes étudiantes, il connaissait l’art de la dissimulation. Il était en charge de s’occuper de la musique et avait un réel talent pour cela. Des rythmes mélodieux alternaient avec des airs déchaînés au grand plaisir des filles présentes. La plupart étaient vêtues de noir et se déhanchaient à la lueur blafarde des lampes-tempête. Leur ombre s’invitait entre les arbres, créant au gré de leurs mouvements des volutes sinueuses, attirant les jeunes mâles en quête de sensations troublantes. Parmi elles se mêlaient quelques rouges-fillettes, des filles toutes de rouge vêtues jusqu’à leur capuchon pointu. On disait d’elles qu’elles entretenaient le mystère et beaucoup rêvaient de leur ôter leur chaperon afin d’apercevoir qui se cachaient dessous. Lou espérait bien être le premier à soulever le tissu écarlate, le premier à saisir sa chance d’entrevoir la frimousse d’une des rouges-fillettes. Parfois lorsqu’elles dansaient, elles laissaient entrevoir le bord des lèvres vermeil, un nez fin, un menton volontaire, la blancheur d’une joue, un cou gracile. Enfin, l’imaginait-il.

Il avait beaucoup d’imagination Trop, disait-on dans sa famille. Il avait pourtant été élevé comme ses frères, avec un enseignement clair et direct, sans fioriture. L’important était d’aller à l’essentiel. On croque et on discute après. Lou avait cependant un fâcheux penchant à inverser la tendance. Il appréciait prendre son temps, une dégustation lente, où les mots font miroiter de beaux voyages. Généralement les filles ne résistaient pas à la tentation d’une virée dans les bois. Elles aimaient son timbre grave, ses manières raffinées. Il s’appliquait à ne jamais paraître féroce, il se prétendait un tendre. Seul son sourire, légèrement carnassier laissait supposer un  intérêt certain pour la chair fraîche. Mais il était loin d’être le seul à priser cela, constata-t-il en considérant les jeunes gens qui s’attiraient comme des aimants. Son attention se tourna vers une rouge-fillette qui venait vers lui. La démarche volontaire, un brin arrogante, il devinait plus qu’il ne voyait le sourire étirer ses lèvres. Son parfum avait l’odeur des fruits défendus, un effluve sacrément tenace qui faisait battre son cœur trop fort. Surpris il recula. L’assurance qu’elle dégageait lui faisait même un peu peur et lorsqu’elle l’attira à elle, il se demanda si le monde soudain ne tournait pas à l’envers.

 

Donne ta langue au chat

17h30.  Dans la foule des lycéens, Elle retrouve Lui, après la sortie des cours à attendre le bus. Lui pense que c’est une fille intimidante, un peu agaçante, très attirante. Elle est curieuse, impatiente. Elle pense que Lui est un garçon distant, silencieux aux yeux pleins de mystère. Ça lui plait même si elle ne se l’avoue pas.

  • Allez, dis-moi ! Rien qu’à moi, dis-moi ce que tu éludes depuis tout à l’heure ! dit-Elle, suppliante.
  • Je ne suis pas certain que ça soit le moment.
  • Ah bon ? Il faut un moment pour ça ? Quel moment ? Quand ?
  • J’en sais rien… Tu me mets la pression avec tes questions ! s’exaspère-t-il
  • Eh bien dis-moi, comme ça plus de pression !
  • Ah ! Ah ! Bien essayé !
  • Ah, tu m’énerves. J’ai l’impression d’être face à un gardien des secrets !
  • Et toi serais-tu chasseresse, à traquer les mots silencieux ? demande-t-il le ton taquin.
  • Encore faudrait-il que je les entende !
  • Ben, tu pourrais… Oui, tu pourrais, si tu le voulais réellement, réplique-t-il en la considérant attentivement.
  • Ça c’est pas sympa. Comment veux-tu que je sache ce que tu as dans ta caboche ! Tu crois que tu peux savoir ce qu’il y a dans la mienne ?
  • Hum… voyons… fait-il mine de réfléchir.
  • Je t’interdis de prétendre qu’il n’y a rien dans la mienne, s’affole-t-elle.

Il éclate d’un rire, il a envie de l’enlacer, se retient de la toucher.

  • Oh et puis j’en ai marre ! Ça me fatigue ! Je renonce ! Je donne ma langue au chat ! s’exclame-t-elle, soudain lasse du jeu.
  • Vraiment ? dit-il et s’approchant. Vraiment ? répète-t-il tout près d’elle maintenant. Dans ce cas, je veux bien te la prendre !