Tant de temps à saisir.

L’horloge au tic tac silencieux ne s’impose pas dans ton existence et pourtant tu ne vois qu’elle, accrochée au mur blanc du salon. Tu la défies avec sa capacité à jouer le temps qui passe, mais ce pourrait être autant celui d’un sablier, dont chaque grain déclenche les jours et les nuits, les distord dans tous les sens, sans répit. Tu te demandes si tu ne devrais pas balancer cet objet redoutable dans le lave-linge pour l’essorer, que toutes les secondes ne se pressent plus à devenir des minutes et les minutes, des heures. Tu sèmes les jours comme autant d’heures perdues, tends les bras déjà vers demain alors qu’aujourd’hui commence à peine à s’ouvrir. Le temps s’épuise à te retenir mais tu cours vite, tu t’éparpilles dans des rêves d’oublis. Tu as essayé de te dédoubler, d’user de patience à laisser le sommeil te cueillir mais tu es rapide, j’ai même découvert que tu avais été championne de sprint dans tes jeunes années. J’imagine que celles-ci devaient déjà courir à une allure folle et que tu n’avais aucun mal à les devancer.

Tu es une femme pressée, comme une orange amère que l’on ne goûte que du bout de la langue, enfin c’est ce que tu cherches à me faire croire. Tu ne cesses de dire qu’une vie t’attend et qu’une autre cherche déjà à te retenir. Mais finalement elles se sont déjà fait la malle toutes les deux, deux existences en instance d’espérance qui attendent sans impatience le tournant décisif. Alors tu feintes, trompes la mesure du temps qui passe, te veux plus rapide que le vent afin de sortir des sentiers, te perdre là où la mémoire est infinie, là où s’oublie le temps. Oublier. Bien sûr oublier afin de t’échapper loin, là où les ombres ne grandissent pas trop vite. Par peur de n’avoir pas assez à vivre.

Cours, cours, fuis, fuis, décampe autant que tu le veux, je ne vais pas te retenir, c’est sans doute pour cela, je l’ai compris, que tu reviens toujours vers moi. J’ignore combien de temps te faudra-t-il encore pour ne plus t’effrayer de sa course folle. J’ai pensé que moi je cueillais déjà celui-ci  depuis longtemps, que je disposais de lui et lui de moi sans aucune peine et que s’il te fallait toute ta vie et la mienne en prime pour qu’il soit paisible pour toi aussi, je prendrais ce temps-là.

 

 

 

En attendant le prochain pont

Un texte court pour jouer le jeu de l’agenda ironique sur WordPress. Merci à Camille , et Émilie, les organisatrices du mois de mai. Voilà quelques mots inspirés du thème du mois : « En attendant le prochain pont » dont j’ai repris sans scrupule le titre pour appuyer ce qui suit 🙂

En attendant le prochain pont, le temps.

Le temps qui tombe et chavire, ce fichu temps à durée indéterminée qui te happe si loin que tu en oublies pourquoi tu es là.

Rivé au port, dans l’attente, tu trembles un peu, sans doute frileux à l’idée de le franchir.

C’est un arrangement, comme ça, en attendant le prochain pont. Un arrangement qui façonne le temps. C’est entre les deux, un pont suspendu, avec la mer en dessous, le ciel au-dessus ou peut-être le monde contraire, la mer à la surface et le ciel face inférieure et vogue le navire loin des naufrages d’avant.

Tu penses à l’alchimie des corps suspendus, peau contre peau, qui, en attendant le prochain pont, palpitent.

C’est l’accord d’une passerelle, fragile édifice vivant qui se balance dans le vent. Tu tangues d’un lieu à l’autre, parfois trop fort, parfois trop lentement. Tu bascules d’un rivage à l’autre, dans des temps incertains. Tu t’accroches au souffle de l’autre, sans cesse en équilibre précaire.

Et puis… et puis finalement tu te dis que tout ça c’est loin de toi. Tu décides qu’attendre ne rend pas plus facile l’idée de vivre.

C’est une histoire de mouvement, une histoire qui s’étend dans le temps, un élan, un bond en avant.

Pas besoin d’attendre le prochain pont, la vie t’espère.

 

Un nouveau roman…

Depuis quelques temps une histoire en gestation me trotte dans la tête. Un nouveau roman… et depuis un peu plus d’un mois l’écriture qui prend tout. Écrire un roman est à chaque fois une aventure qui me dépasse. Des personnages qui parfois n’en font qu’à leur tête et le besoin d’écrire qui ne lâche pas. Voilà à quoi j’emploie mes heures du jour et quelquefois mes heures de la nuit.
La musique est omniprésente, (une Playlist voit le jour pour chaque roman écrit) et les heures que l’on arrache à la vie, les heures qui bousculent, qui dérangent. Pas facile d’être présente dans le quotidien quand tout à coup l’envie démange, l’appel happe.
Je ne sais pas écrire différemment. Je m’use les doigts et les yeux, je ne peux pas arrêter le temps. Parce qu’une heure est précieuse. Que vingt-quatre heures c’est peu et trop peu ce que j’offre autour de moi lorsque j’écris. Comme le regard que je porte aux choses et à ceux qui m’entourent et qui demandent mon attention. Il faut bien être dans la vie aussi. Alors j’apprivoise le temps ou le temps m’apprivoise, je ne sais pas trop. Je m’immerge dans la fébrilité de la création. C’est un temps palpable qui prend tout dans lequel je plonge sans la moindre hésitation. (Il en est autrement de l’eau, autant le savoir) 😉

Je ne suis pas très loin malgré tout.