Travail en cours (détails)

Alors que son ébauche avait bien avancé, il m’aura fallu ce premier mois de confinement pour retrouver la dynamique perdue vis à vis de ce tableau. Ce temps a défini le devenir de celui-ci et au fil des détails qui prennent formes, des couleurs qui émergent sur celles déjà posées, je deviens la toile, les formes, les couleurs. Je retrouve enfin ma place.

A suivre

Être de terre et de lumière

Je porte en moi des millénaires d’existence, la patience de nos pères et la sagesse de nos mères. De la semence à la sève, la terre, le ciel, l’air et le feu m’ont façonné. J’accompagne les sources et le vol des oiseaux, le feu du couchant et la quiétude de l’orient.

L’histoire est récente mais elle prend naissance dans les temps anciens. Un matin, l’Homme a posé sa main sur moi et dans le flux de son sang, j’ai entendu le regard fuyant du monde et toutes traces des humains sans repères. Il portait en lui nombre de pensées en déroute, vacillait sur les brèches de l’existence, petit être usé par des siècles de bitume et de vanité. Ses racines, frêles et périssables avaient délaissé l’essentiel, négligé les modes et les façons de grandir. J’ai puisé loin dans le journal du temps pour lire la mesure de ses erreurs, les nœuds innombrables, les heures glaciales et les orages violents. Pour l’Homme j’ai absorbé les maux de la terre, drainé les trop pleins. J’ai plongé dans les abîmes pour y recueillir la mémoire et l’origine du monde, et dans l’intervalle, j’ai vu le corbeau planer près de mes cimes, tournoyant comme un radar en quête de réponses. La terre grondait, respirait l’air en souffrance et la peur des hommes sans foi. J’ai traqué chaque manque, chaque gouffre et réparé chaque vibration interrompue, offrant des courbes d’horizon et de l’audace, pour accueillir la vie. J’ai ouvert toute amplitude pour, tel un boomerang, lui permettre de revenir à la source. Alors, des racines profondes le chant des montagnes a jailli et dans la résonance du jour les ragots se sont tus. Et comme des notes de musique longtemps réprimées on a à nouveau entendu iodler les mers et le vent.

Pour les plumes d’Asphodèle chez Emilie. Du thème Echo ont découlé 13 mots à placer : montagne, mode, ragot, radar, corbeau, iodler, boomerang, hoquet, résonance, journal, gronder, profond, glacial. J’ai fait l’impasse sur hoquet.

Photo : © Lucile Duneau-Délis

Le chant de la Terre – Voyage V- (deux tableaux en cours)

En ce moment je travaille simultanément sur deux tableaux. Le chant de la Terre et Voyage V, deux univers différents, deux manières de peindre, deux façons de traduire tout ce que j’entends et perçois de notre Terre. Je pense à la vie. Fourmillante, intense, généreuse. Je respire. J’oublie la toile.

Les couleurs, le mouvement, la pression du pinceau, le geste précis du trait, sont autant de tableaux à l’intérieur du tableau. Vivants.

Un plongeon dans le tourbillon de la création.

Le chant de la Terre (détails)

Voyage V (détails)

Alors nous lèverons les yeux

Après le chaos, nous sommes partis. En regard de nos fautes, la terre dévastée répand un silence assourdissant. Notre charge est lourde. A la hauteur des stigmates que nous avons créés.

Nous traversons les routes. C’est plus fort que nous, on cherche les arbres, le parfum de la pluie. C’est à celui qui le premier, verra un brin de lumière. Une trouée dans le ciel, la chaleur du soleil. Au milieu de la désolation, nous vacillons, incertains. Debout, certes, mais plus fragile qu’un nouveau-né. On avance sans réel but, sans réelle cohésion, chacun centré sur soi. Tout nous est étranger. Toi aussi, j’ai du mal à te reconnaître. Face aux lendemains inconnus, on lave nos erreurs passées et le goût des choses a la saveur oubliée de l’avenir. Il faudra du temps mais aujourd’hui, le temps, on en a à revendre.

Je vais te prendre la main, t’emmener loin ou tout près, qui sait. Ne plus suivre le cours mais reconstruire le jour. Pétrir la terre et la vie jusqu’à revoir ton sourire. Alors nous lèverons les yeux pour voir les caravanes flotter entre les forêts et les ruisseaux. Et dans la courbe des méandres nous n’aurons d’autres perspectives que celle de modeler le présent.

Crédit photo : pinterest

Le chant de la Terre

Le chant de la Terre : trois tableaux pour une écoute particulière de la Terre. Près de cinq ans après les avoir peints, comme une respiration nouvelle, l’envie de travailler à nouveau sur ce thème. A suivre…

Pour un meilleur aperçu de chaque tableau, cliquez sur les images

Le chant de la Terre I – II – III

Peinture acrylique, peinture relief

Format 80 x 80

Voyage IV

« Le vrai domicile de l’homme n’est pas une maison mais la route, et la vie elle-même est un voyage à faire à pied » Bruce Chartwin

Peinture acrylique,encre couleur, feutres aquarelle, Posca.

Format 40 x 50

Selon le sens donné au tableau, le voyage prend une autre forme

10×10 les cinq derniers

La série des 10×10 est terminée. J’ai eu du mal à faire la jonction avec les 5 précédents, j’ai donc retravaillé le dixième avant de commencer le onzième tableau. Finalement la série complète va au delà du minéral au végétal. Pour les derniers tableaux, le ciel et l’air se sont imposés comme allant de soi et ce n’est qu’une fois les quinze tableaux terminés que j’ai réalisé que le premier et le dernier formaient la boucle reliant l’ensemble des autres.

Une nouvelle fois je constate que la contrainte – ici le format imposé – me lasse vite. Pendant la réalisation de ces derniers 10×10, comme une nécessité, j’ai travaillé en parallèle pendant la période des vacances scolaires une grande toile, la nuit, à l’abri du tumulte des jours. La lumière n’était pas excellente, sans parler de la fatigue mais le plaisir de « lâcher » tout ce qu’imposait les petits formats m’a permis de finaliser cette série.

La lecture de chaque colonne se fait de bas en haut

Rendez vous début décembre pour l’exposition où j’espère pouvoir faire une photo de l’ensemble des quinze.

Aux allures sauvages des éléments

Aux allures sauvages des éléments

Dans la fureur sombre

De tous ces pas difficiles à franchir

Et de ce qui divise

Je traverse les plaines et le vent

Et dans l’obscurité des cœurs éteints

Je cherche le langage interrompu

La couleur des ressemblances et celles des différences

Les nuances des richesses

Et dans l’oscillation du souffle fragile et de la lueur vacillante

Je nourris la perspective

De tout ce qui rassemble

Peinture : ©Philippe Cognée

Quand la Lune trouble la Terre

Quand la Lune trouble la Terre,

Les marées s’étirent

Jusqu’à l’horizon

Où la lumière

Cillent les flots d’argent

On est alors au début du monde,

En bordure de jour et de la nuit,

Là où sans bruit, sans heurt

Une petite perle d’éternité

Glisse sur le temps

C’est avant l’obscurité, quand en retour la Terre chuchote :

« De deux choses lune, l’autre c’est le soleil ».

Et tout l’univers d’approuver bien sûr

Et les hommes – microscopiques ‒, un jour peut-être, la conscience éveillée,

Cesseront enfin de se mirer dans les simulacres

Pour apprécier le manifeste renouvelé.

En juillet l’agenda ironique prend ses quartiers chez Louise Mathurinades et coquecigrues. On y parle de la lune comme on veut avec pour seule contrainte d’insérer une expression française comportant le mot lune. J’ai un peu biaisé avec l’expression française pour une citation de Jacques Prévert piochée dans « Le paysage changeur » Paroles (1946)

Les autres textes lunaires à découvrir ICI

Crédit photo : Pinterest

Et demain

Ce matin tu t’es levé, le cœur bousculé par la réalité du futur présent. Pétri de colère, d’incompréhension et d’inquiétude. Tes illusions envolées à la lisière de tes dix, seize ou vingt ans.

La Terre au bord de la rupture. Ce n’est pas le titre d’un conte, ni un film à gros budget avec sensations fortes à grand renforts de trucages. Tu ne sais si l’histoire finira bien. C’est ta réalité. Et celle de ceux qui naissent aujourd’hui. Et toi qui décides d’avancer. Avancer pour renverser l’inertie des plus grands de ce monde, débattre de l’urgence d’agir. Et tu te moques des mégères qui jugent que ta démarche égale l’utopie. T’en as marre des égoïstes. Des individualistes harassés par le poids de l’indifférence. Des arrogants et des matérialistes. Et de tous ceux qui n’envisagent pas changer le cours des choses, encore moins s’engager à corriger leurs erreurs.

Petits êtres imbus d’eux-mêmes.

Toi, tu veux croire à des lendemains meilleurs. Lever les yeux vers le ciel et ne pas le voir gris quand il devrait être bleu. Tu souhaites des lendemains où la terre sera fertile, sans culture intensive, où consommer ne rimera pas avec excès.

Tu ignores où tout cela te mènera. Mais ça ne t’empêche pas d’avancer. Au contraire. Tu puises ta force dans ta détermination et la coalition, le mariage improbable du pragmatisme et de l’espérance. Tu veux pouvoir célébrer l’avenir, les pieds ancrés dans le sol, le regard porté vers les cimes des arbres et le haut des montagnes. Regarder les fleurs s’épanouir, les jonquilles et les soucis fleurir et orner de jaune vif les jardins. Tu refuses la censure des gouvernements sur l’état de la fragilité de la planète et la politique de l’autruche qu’ils appliquent. L’insupportable silence de ceux qui précipitent l’avenir vers la désolation. Alors tu marches. Et élèves ta voix. Avec des milliers d’autres.

Éveiller les consciences. Une promesse d’avenir qui côtoie le merveilleux. L’espoir des générations à venir.

Les Plumes d’Asphodèle et quinze mots à placer : MERVEILLEUX CONSOMMER MARIAGE SOUCI FLEUR MEGERE FRATRIE UTOPIE HARASSE HISTOIRE FERTILE ILLUSION CELEBRER CONTE CENSURE.

Les autres textes des Plumes à découvrir ICI

crédit photo : pinterest

Flotter au dessus du vieil océan et voir courir le ciel.

StJeanDeLuz1

Nous en rêvons parfois. Et comme les rêves la fragilité du lien reste palpable. Nous longeons la bordure des songes, les bras écartés pour garder l’équilibre. La cime des arbres se balance dans le vent du sud et celui du nord, les branches s’agitent en prélude de l’avenir, s’entrelacent dans l’amplitude des sentiments immenses. La Terre vibre presque sans bruit, on entend seulement le souffle des résonances en réponse à l’espérance. Et certains soirs il nous vient aussi cette aspiration, celle d’imaginer le monde de demain, un futur où les peuples seront rapapillotés, et celle plus secrète — celle que je garde pour moi —, où l’infini se dévoilera aussi dans tes yeux. Nous évoquons quelques souvenirs et tu insistes pour qu’ils demeurent sans regrets, alors on s’applique tous à les filer à toute allure sur les métiers à tisser et si un fil casse tu t’empresses de le réparer. Tes doigts œuvrent avec adresse dans un élan généreux et ça me fait toujours un drôle d’effet de te regarder travailler ainsi, comme si rien ne te semblait jamais impossible à saisir. Ni le passé sanglant, ni l’avenir incertain. Quelquefois j’ai le sentiment que tu es la seule à entendre les brins d’existence. Quand les peines et l’aridité des cœurs se dévoilent dans un cri à peine perceptible tu le sais avant les autres et lorsque dans un murmure les joies et les soubresauts d’un élan possible s’animent d’une inclinaison future, tu es la première à nous le dire.

Je rêve alors. Comme un môme qui s’éveille après un long sommeil, je flotte au dessus du vieil océan, je prends ta main et nous regardons courir le ciel. C’est parce que nous avons accès à ces rêves-là que je peux poursuivre la route, continuer à tisser une œuvre perpétuelle sur laquelle les liens unissent au-delà de l’univers. Dans l’atelier, fil après fil, années après années, nous, les tisserands de la Terre tissons le réel, et si quelques brins nous échappent, s’enrobent de songes et d’utopie, nous avons appris à les laisser courir eux aussi. Ce n’est pas parce que le monde  ne s’y arrête pas, ne les voit pas, ne les entend pas, qu’ils n’existent pas, dis-tu.

Ma participation chez L’atelier sous les feuilles avec un joli petit défi : produire un texte à partir de trois mots imposés.

La saveur d’une terre

Ici la cime des arbres n’atteint plus le ciel, le désert a brûlé jusqu’aux racines si profondément que l’on ne peut qu’imaginer comment c’était avant. Sous terre je n’entends plus que rarement pulser la vie, alors dessus, il ne faut pas trop y compter non plus. Bien sûr ça me fiche le marasme l’idée même de devoir quitter ma terre, j’ai vécu et bâti mon existence en ces lieux. C’est une terre aride et sauvage et peu de gens saisissent la saveur qu’elle dégage. Le langage des ocres et des bruns, sa texture particulière entre mes doigts, sa richesse infime, presque timide, qu’il faut sans cesse apprivoiser dans l’intimité de l’aube. La sonorité du vent qui file entre les roches et génère des harmonies asses spéciales, comme ces instruments de musique dont on n’a pas l’habitude d’entendre les sons, une dissonance un peu dérangeante que l’on se surprend à écouter encore, puis à apprécier.

Toi qui viens d’ailleurs, tu dis tout le temps que c’est étrange et beau en dedans, alors ça finira bien par revenir aussi en dehors. Tu danses dans le vent, tes pieds nus martèlent le sol comme l’impulsion première donne à naître la plus petite particule vivante et dans un sourire tu dis, raconte, raconte tous les miracles qu’il y a eu ici aussi, et dans ton sourire j’entends battre ma terre, je vois tout ce que j’ai construit, tout ce qui m’a enrichi en dedans et bien sûr tu y es aussi alors je me dis que peut-être, oui peut-être rien n’est définitif, sans doute faut-il voir là où je n’ai pas encore regardé, ni écouté. Ailleurs on le sait bien ce n’est pas réellement mieux, c’est parfois pire. Je t’entends rire, tu approuves, tu confirmes que les miracles il n’y a que nous qui les portons, pas besoin de les attendre. De toute façon ils ne viendront pas à toi, faut pas croire, non faut pas croire. Il n’y a que toi pour les faire vivre sur cette terre qui t’a choisi et sur laquelle tu as décidé de vivre.

Texte écrit pour l’agenda ironique du mois d’août sur le thème très libre de « raconte, raconte tous les miracles qu’il y a eu aussi, ici ». Les précisions sont à lire ici.

 

 

Semeurs des temps

Texte écrit lors d’un atelier d’écriture sur http://www.ipagination.com/

 

Mes chers enfants,

Je vous livre ces mots comme d’autres l’on fait avant moi, et comme d’autres le feront après.
Ceci est votre héritage. Dans quelques heures vos sens s’éveilleront, vos poumons s’empliront d’air, le vent soufflera, brise légère, chaude et accueillante. Le silence de votre sommeil enfin libéré. C’est comme un effleurement léger, une caresse maternelle qui vous reçoit et vous enveloppe. Vous allez vivre une danse quotidienne précieuse et heureuse, goûter enfin le tumulte des jours et des nuits.
N’ayez crainte, vous saurez. De votre longue léthargie vous avez acquis ce qu’il faut pour vivre et survivre. Il y a cependant une chose dont je dois vous parler. Une chose que nos ancêtres ont omise de nous révéler. Sans doute n’en ont-ils pas eu le temps.
Le temps justement.
Ce que vous allez découvrir et vivre vous rendra forts et beaux. Les avancées sont grandes, la terre renait un peu plus longtemps à chaque saison, je crois que les années qui viennent seront belles.
Chaque jour de notre temps, nous œuvrons pour guérir les plaies infinies, les blessures et les coups portés innombrables. Nous sommes les semeurs. Ecoutez votre héritage, écoutez la terre qui vous parle.
Il y a le vent. C’est un murmure qui court les collines et les forêts, un souffle épicé qui se mêle aux cheveux, emplit l’air et la terre.
Il y a la pluie. Gouttes fécondes qui dessinent les lits, tracent les méandres au creux de la vie. Des flots naissants porteurs d’éclats d’argent.
Il y a la terre. Généreuse qui pétrit la vie, sur laquelle s’étendre et se fondre.
Il y a les mers et les océans qui bercent nos demeures et le sable qui s’accroche à nos pieds.
Il y a le bruissement des feuilles et la lumière entre les branches. Les senteurs de la terre après l’orage.
Il y a les mots. Tumultes d’échos qui nous entrainent sur les continents, qui croisent les hommes et les rassemblent.
Il y a nos pas, empreintes de vie qui éclairent les routes, esquissent le temps, façonnent demain.
Il y a le chant de la terre, pulsation infinie qui bat le rythme de la vie. Et les parfums de nos années qui créent le monde.
Une renaissance dont vous héritez à votre tour. Savourez l’instant, cette capacité d’être présent, les pieds ancrés sur cette terre. De nos mains, de nos chants, du regard que nous portons, nous semons les graines des jours féconds, des nuits fertiles.
C’est ici que nait la vie, dans le plus grand secret. Aujourd’hui, à l’éveil qui vous affleure sachez être, à votre tour, les semeurs des temps. Que de vos gestes, de vos regards, s’enrichisse et s’embellisse la terre.
Un héritage pour vos enfants.

Laurence Délis ©