Home

Parce que nous sommes tous issus de la Terre. Quelques soient nos convictions, nos croyances.

A vous tous qui me lisez, je vous souhaites le meilleur.

Publicités

Flotter au dessus du vieil océan et voir courir le ciel.

StJeanDeLuz1

Nous en rêvons parfois. Et comme les rêves la fragilité du lien reste palpable. Nous longeons la bordure des songes, les bras écartés pour garder l’équilibre. La cime des arbres se balance dans le vent du sud et celui du nord, les branches s’agitent en prélude de l’avenir, s’entrelacent dans l’amplitude des sentiments immenses. La Terre vibre presque sans bruit, on entend seulement le souffle des résonances en réponse à l’espérance. Et certains soirs il nous vient aussi cette aspiration, celle d’imaginer le monde de demain, un futur où les peuples seront rapapillotés, et celle plus secrète — celle que je garde pour moi —, où l’infini se dévoilera aussi dans tes yeux. Nous évoquons quelques souvenirs et tu insistes pour qu’ils demeurent sans regrets, alors on s’applique tous à les filer à toute allure sur les métiers à tisser et si un fil casse tu t’empresses de le réparer. Tes doigts œuvrent avec adresse dans un élan généreux et ça me fait toujours un drôle d’effet de te regarder travailler ainsi, comme si rien ne te semblait jamais impossible à saisir. Ni le passé sanglant, ni l’avenir incertain. Quelquefois j’ai le sentiment que tu es la seule à entendre les brins d’existence. Quand les peines et l’aridité des cœurs se dévoilent dans un cri à peine perceptible tu le sais avant les autres et lorsque dans un murmure les joies et les soubresauts d’un élan possible s’animent d’une inclinaison future, tu es la première à nous le dire.

Je rêve alors. Comme un môme qui s’éveille après un long sommeil, je flotte au dessus du vieil océan, je prends ta main et nous regardons courir le ciel. C’est parce que nous avons accès à ces rêves-là que je peux poursuivre la route, continuer à tisser une œuvre perpétuelle sur laquelle les liens unissent au-delà de l’univers. Dans l’atelier, fil après fil, années après années, nous, les tisserands de la Terre tissons le réel, et si quelques brins nous échappent, s’enrobent de songes et d’utopie, nous avons appris à les laisser courir eux aussi. Ce n’est pas parce que le monde  ne s’y arrête pas, ne les voit pas, ni ne les entend, qu’ils n’existent pas, dis-tu.

Ma participation chez L’atelier sous les feuilles avec un joli petit défi : produire un texte à partir de trois mots imposés.

 

La saveur d’une terre

Ici la cime des arbres n’atteint plus le ciel, le désert a brûlé jusqu’aux racines si profondément que l’on ne peut qu’imaginer comment c’était avant. Sous terre je n’entends plus que rarement pulser la vie, alors dessus, il ne faut pas trop y compter non plus. Bien sûr ça me fiche le marasme l’idée même de devoir quitter ma terre, j’ai vécu et bâti mon existence en ces lieux. C’est une terre aride et sauvage et peu de gens saisissent la saveur qu’elle dégage. Le langage des ocres et des bruns, sa texture particulière entre mes doigts, sa richesse infime, presque timide, qu’il faut sans cesse apprivoiser dans l’intimité de l’aube. La sonorité du vent qui file entre les roches et génère des harmonies asses spéciales, comme ces instruments de musique dont on n’a pas l’habitude d’entendre les sons, une dissonance un peu dérangeante que l’on se surprend à écouter encore, puis à apprécier.

Toi qui viens d’ailleurs, tu dis tout le temps que c’est étrange et beau en dedans, alors ça finira bien par revenir aussi en dehors. Tu danses dans le vent, tes pieds nus martèlent le sol comme l’impulsion première donne à naître la plus petite particule vivante et dans un sourire tu dis, raconte, raconte tous les miracles qu’il y a eu ici aussi, et dans ton sourire j’entends battre ma terre, je vois tout ce que j’ai construit, tout ce qui m’a enrichi en dedans et bien sûr tu y es aussi alors je me dis que peut-être, oui peut-être rien n’est définitif, sans doute faut-il voir là où je n’ai pas encore regardé, ni écouté. Ailleurs on le sait bien ce n’est pas réellement mieux, c’est parfois pire. Je t’entends rire, tu approuves, tu confirmes que les miracles il n’y a que nous qui les portons, pas besoin de les attendre. De toute façon ils ne viendront pas à toi, faut pas croire, non faut pas croire. Il n’y a que toi pour les faire vivre sur cette terre qui t’a choisi et sur laquelle tu as décidé de vivre.

Texte écrit pour l’agenda ironique du mois d’août sur le thème très libre de « raconte, raconte tous les miracles qu’il y a eu aussi, ici ». Les précisions sont à lire ici.