Escalier C – Porte 26 (fin)

Mon sommeil a été entrecoupé de rêves. Des rêves étranges, où des mains multiples jouent avec des couleurs. Des idées fusent sans ordre ni logique, quoique les rêves, me dis-je, ont leur propre logique. Je suis à la fois spectateur à regarder tout geste prendre forme et acteur à manier avec aisance les matières. Des silhouettes filiformes dansent, se mêlent à la ronde des danseuses bleues de Degas et à celles des nues de Matisse. J’y entends la musique comme autant de touches de couleur sur une toile blanche.

 A mon réveil je suis habité d’une fièvre étrange, animé d’une vivacité et d’une passion dont je ne me serais pas cru capable. Je baigne encore dans les rêves. J’ai oublié ma peur de la veille, je pense que décidément les enveloppes de couleur ont un drôle de pouvoir. Je pense à la personne qui les a déposés, je la vois solaire et bienveillante. Elle traverse ma solitude, me porte vers le large, loin de tout confinement. L’horizon est vaste, auréolé de lumière. Je respire. Je respire.

J’ai fouillé dans mes tiroirs à la recherche de crayons, de feutres, de stylos, de la moindre couleur que je pourrais utiliser. J’ai lissé chaque feuille A4 où sont inscrites les lettres de l’alphabet et les ai posés sur le plancher, les unes à côté des autres de façon à avoir une grande surface pour travailler. J’ai conscience qu’il en manque une, celle que je n’ai pas reçu, et l’espace s’en trouve bizarrement décalé, mais je décide que ce n’est pas le plus important. J’ai de quoi faire. Avec un stylo, je joue avec les courbes et les lignes des lettres. Je crée d’autres formes autour d’elles dans lesquels se mouve la silhouette entrevue dans mes rêves. J’y mets autant de couleurs que possible, les formes se multiplient à l’infini. A l’évidence je vois que sous mes doigts elles prennent vie. Durant les heures suivantes j’invente un monde coloré, foisonnant de mots et de rencontres et je me trouve aussi à l’intérieur.

Je travaille jusqu’au soir. La faim me tiraille, la soif aussi. Je suis à la fois épuisé et serein. Je constate que le frigo est quasiment vide, qu’il me faudra sortir demain acheter quelques denrées parmi les rayons quasiment vides. Je mets du temps à m’endormir, je songe au lien étrange qui se lie entre le mystérieux expéditeur et moi. Je pense à ce que j’ai accompli ce jour, à la libération vécue dans l’instant de la création.

Ce matin dans la boite aux lettres je découvre une nouvelle enveloppe. Elle est identique aux précédentes mais dépourvue de couleur, d’un blanc franc qui me surprend. Je la tourne longtemps entre mes doigts, indécis. Je redoute la finalité de ces missives, je redoute d’y voir le retour à ma solitude. A l’intérieur j’y trouve une feuille A4 que je déplie fébrilement. Je ne comprends pas de suite de quoi il s’agit, oui, il me faut le temps de venir devant le tableau crée la veille pour prendre la mesure de ce que je viens de recevoir. En dépit de mes mains traversées d’un frémissement incontrôlable, je lisse la feuille avec précaution avant de la poser sur le sol à la place manquante. C’est incompréhensible, inimaginable. Et pourtant j’ai l’invraisemblable à portée de main. Sur la feuille, outre la dernière lettre de l’alphabet, sont tracées avec une continuité précise, toutes courbes imaginaires, toutes couleurs qui parachèvent le tableau. J’y lis un lien précieux dans lequel nous sommes deux.

Il me faut un peu de temps pour réaliser que l’enveloppe contient une autre missive, elle aussi pliée en quatre et à la vue du chiffre 1, je jubile. Je pense alors à l’infinité des nombres que rien ne pourra arrêter, je pense, que bien qu’invisible le lien devient indivisible et immensément présent et que j’ai tout le reste de ma vie pour le vivre.

Crédit photo Pinterest

Escalier C – Porte 26

Pour les curieux, la première partie est à lire ICI

J’ai attendu et dans l’attente j’ai imaginé une rencontre. Pour autant je ne suis pas arrivé à me représenter celui ou celle qui œuvre depuis vingt-cinq jours à mettre de la couleur chez moi. Je devine la voix aimable, presque riante. Je lui attribue aussi – afin de me rassurer, peut-être – une certaine douceur. Au fil des heures l’attente devient néanmoins pesante. D’un coup l’inquiétude surgit puis fait place à une certain détachement. Ce n’est rien, me dis-je. Rien qu’une désertion supplémentaire. J’ai espéré, puis me suis rendu à l’évidence. Personne ne viendra. Non, personne n’est venu.

En ouvrant la porte de mon appartement je pense que j’aurais dû rester ici, ne pas tenter de découvrir quoi que soit. J’aurai alors eu la dernière lettre. La fatigue me tombe dessus mais je recule le moment d’aller m’allonger dans la chambre. J’ai le sentiment d’avoir été floué. Dépité, je m’embrouille l’esprit et face à la nuit éclairée par les lumières de la ville, mon reflet dans la vitre me renvoie à mon isolement. Je ne sais pas à quoi j’attribue soudain l’atmosphère particulière qui pénètre le lieu. La fatigue ? La solitude ?  La ville est endormie tandis que mes sens sont brusquement en alerte. C’est à peine perceptible, d’une discrétion inquiétante et franchement réelle. Oui, l’attraction est étrange et palpable. Ne me dites pas que je rêve car je suis bien éveillé.

Je devine une présence derrière moi. Les muscles tendus par l’appréhension je constate pourtant nul reflet dans la vitre de la fenêtre. Je retiens mon souffle en quête du moindre bruit, saisissant à la volée l’air soudain électrique. Alors bravant ma peur, sans laisser le temps à la présence de s’échapper je me retourne vivement.

Rien. Il n’y a rien. Rien que mon salon aussi calme que d’habitude et personne ne trouble le lieu. Suis-je en train de devenir fou ? Je ne vais pas céder à la panique. Non. Tout est sous contrôle. Depuis vingt-six jours j’ai reçu vingt-cinq missives dans des enveloppes de couleur. Des enveloppes que j’ai pris la peine d’afficher au mur de ma chambre parce que chaque teinte reçue a été auréolée de ce que je considère comme un présent. Tout est sous contrôle, je murmure d’une voix qui manque cruellement d’assurance. Voilà vingt-quatre heures que je n’ai pas dormi. Je suis crevé. Je vais me reposer, j’y verrai plus clair demain.

Photo : Maud Vantours via Pinterest

Escalier C – Porte 26

Je me suis calé dos au mur de l’escalier C, avec vue sur les boites aux lettres. Je ne bougerai pas de la nuit, ni de la journée. Nous sommes le 26. C’est le dernier jour. J’en suis certain. J’ai le cœur qui bat un peu vite quand j’y songe.
Le rituel s’est installé depuis près d’un mois. Je crois que j’ai commencé à les attendre dès la troisième lettre. Au début, j’ai pensé à une pub glissée dans la boite, mais chaque jour les enveloppes étaient de couleur différente. Très vite, j’ai davantage prêté attention aux enveloppes qu’à leur contenu. Les premières, une fois rassemblées tournaient autour de nuances bleues, puis jaunes et enfin rouges. Je les ai toutes punaisés sur le mur de ma chambre face à mon lit comme une immense palette de couleur, aussi grande que le nombre reçu.
Bien sûr chaque missive reçue est intrigante même si elle manque sérieusement d’originalité depuis que j’ai compris qu’il n’y aurait jamais rien d’autre qu’une feuille A4 pliée en quatre sur laquelle était inscrite une lettre de l’alphabet. Une lettre par jour, en commençant par la première de l’alphabet. Ont suivi le B, le C, le D et ainsi de suite dans l’ordre établi depuis l’apparition de l’alphabet latin.
Passée la surprise des premiers messages j’ai cherché à découvrir quelle main venait déposer chaque jour une lettre dans ma boite. J’y ai passé nombre d’heures, sans succès. J’ai tenté celles du jour puis celles de la nuit. Selon la lettre reçue j’y ai associé une heure, j’ai tenté de résoudre des probabilités improbables qui à défaut de réponses m’ont permis de sombrer dans les bras de Morphée avec facilité.
J’attends. J’attends sans certitude, avec une émotion de l’ordre d’une étincelle vibrante. C’est peut-être idiot, dénué de sens et sans doute est-ce le cas pour la plupart des gens. Pourtant j’y vois de l’extraordinaire dans l’ordinaire, une sorte d’éclat de vie dans mon existence inhabitée.

Une photo, quelques mots. Bric à Book #jour16

Comme une promesse

En décalage horaire les pensées de Noé se heurtaient aux remous de la raison. À l’image du mascaret, un déferlement violent d’ombre et de déséquilibre le menaçait. Il tanguait depuis si longtemps, sans prise avec les variations de la vie, errant dans un va-et-vient empli d’inconfort que prendre la route lui fit l’effet d’une véritable progression. Il ne demandait pas la lune, seulement inventer ses propres repères.

Il longea la plage, s’éloignant de la confusion et du brouillard. Le littoral s‘exposait sans entrave. Il frôla le vent, les parfums de l’iode et du varech. Du ciel auréolé de la syzygie, les hautes vagues fendaient les reflets aux éclats d’argent. Bercés dans l’oscillation de l’invisible, il saisit par grappe tout grain de folie, jusqu’à franchir l’espoir et plonger dans l’audace. Alors, comme une promesse il se dit à voix basse combien vivre pouvait être bon.

Les plumes d’Asphodèle chez Émilie. A partir du thème MARÉE quatorze mots à placer : horaire – variation – remous – haute – lune – oscillation – va-et-vient – vent – mascaret – plage – brouillard – grain – syzygie – basse.

Il était plus simple de frôler le monde, de glisser tout contre…

Peinture acrylique, peinture relief, collage papier, encres couleur,feutres Posca

Format 50 x 50

Avec le confinement d’une partie de la famille à la maison il est difficile de peindre comme je veux, alors j’ai cherché parmi mes anciens tableaux ceux qui pouvaient avoir une seconde vie et j’en ai trouvé quelques uns qui méritent aujourd’hui que je m’y attarde à nouveau. Pour celui-ci, j’ai retravaillé le fond avec des encres de couleur avant de laisser l’inspiration occuper la toile. Les heures passées dessus ont souvent été entrecoupées par l’interaction avec ceux qui m’entourent. Alors, je m’adapte. Tant que je peux continuer à créer, peu m’importe le tumulte ordinaire du quotidien, après tout il fait aussi partie de ma vie depuis un grand nombre d’années et en devient même extraordinaire par ces temps troublés. On mesure notre chance d’être ensemble.

Voyage V

« Je n’ai pas besoin d’aller plus loin. Maintenant je sais que je suis enfin arrivée au bout de mon voyage. C’est ici, et nulle part ailleurs. » JMG Le Clezio

Peinture acrylique, feutres Posca, stylo

Format 30 x 40

Détails du tableau

L'amour au temps du corona

Ce matin comme tous les matins, Nathan a rempli de graines le nichoir qu’il a fixé tant bien que mal sur le rebord de sa fenêtre. Les oiseaux sont de plus en plus nombreux à s’y arrêter. C’est l’unique fenêtre de son studio mais il mesure sa chance d’habiter au quatrième étage parce qu’elle s’ouvre presque sur le ciel, contrairement à son voisin du rez-de-chaussée, qui elle, est munie de barreaux. Lorsqu’il se penche sur la droite, Nathan peut apercevoir un jardin lointain et s’il plisse les yeux il distingue le vent bercer les branches d’un figuier près d’une cabane d’enfants.

Nathan s’est levé tard. La nuit dernière il a tchatté avec son meilleur pote reparti chez ses parents, comme la majorité des étudiants. Le veinard le nargue avec les bons petits plats préparés par sa mère et lui a même avoué apprécier se faire cocooner.

Nathan attend midi pour sortir de chez lui. Midi, c’est la bonne heure. Pour Nathan qui exècre les habitudes, il reconnait que depuis quelques jours elles sont de l’ordre du plaisir rare. Il marche sans se presser, son autorisation de sortie en poche, empruntant un trajet différent de celui de la veille et de l’avant-veille. Sur le pont qu’il traverse, il se demande depuis quand il n’a pas pris le temps de s’arrêter pour observer les tourbillons d’eau et le courant courir à toute vitesse vers la mer. Toutes sortes de pensées le traversent, dont un maelstrom de créativité qu’il se promet de mettre à profit une fois rentré.

Les rues désertées ont des allures de fantôme, la ville respire le silence. Nathan croise un homme et son chien, l’un et l’autre indifférents à sa présence. Sans le tragique de la situation, on pourrait croire le monde en sommeil. C’est un peu cela, mais pas tout à fait non plus. Sous les yeux de Nathan le printemps renait, il entend sans mal le chant des oiseaux autrefois masqué par les bruits de la ville. Sur les branches des arbres, les bourgeons éclatent un peu plus chaque jour en nuance de vert. Nathan enfle ses poumons de l’air gorgé de soleil en parcourant le boulevard où les voitures sont aussi rares que les passants.  

Devant la boulangerie, il attend avant de pouvoir entrer – distance de sécurité obligée. Il attend sans hâte parce que l’attente est belle.

Au moment où il passe le seuil de la boutique, le parfum du levain et celui des viennoiseries emplit ses narines. C’est ainsi depuis trois semaines, depuis le jour où le moral en berne il a poussé la porte de cette boulangerie. Il reçoit à chaque fois un concentré d’odeurs aux arômes de douceur et en prime le sourire de Lisa.

De Lisa, Nathan ne connait que son prénom et son bonjour chaleureux. C’est un bon début, pense-t-il.

Confiné dans son studio le reste du temps, Nathan reçoit comme un présent le moment où Lisa lève son bras et saisit la baguette de pain puis lui demande si ce sera tout. Et si Nathan hésite à prendre autre chose, ni l’un, ni l’autre n’est dupe de cette hésitation. C’est le temps du plaisir de se regarder quelques secondes de plus. L’espace d’un instant Nathan et Lisa oublient la peur, ils la claquemurent si loin que tout semble les protéger du danger. Et lorsque Nathan tend sa monnaie et se penche subrepticement vers Lisa, au frôlement de leurs doigts, les deux jeunes gens, sans un mot, imaginent tous les possibles d’un lointain jour à venir.

Les plumes d’Asphodèle chez Emilie. 13 mots inspirés d’après le mot ABRI: Sécurité, jardin, créativité, nichoir, cocooner, Kot (facultatif car Belge) protéger, courir, claquemurer, cabane, pensée, bras, bon.

On avance

@ Bob Jansen

Au rythme démesuré de nos actes, les villes explosent dans le silence enfin acquis.

Et si le long faste des nantis jouent encore le jeu de ceux qui dominent, pantomimes grandiloquentes où l’absurde frôle le ridicule, je vois, sinuant dans les profondeurs, nos traces en quête de repères.

On ne va pas compter les points, encore moins les fautes mais trouver sens au milieu des ondulations vivantes. Chaque heure, chaque jour compte. On avance. Nous puiserons le meilleur de l’ombre et nous éveillerons à la lumière.

On avance.

Il n’y a rien que nous ne puissions atteindre. Dans l’infiniment petit naissent les grands chemins de demain.

L’écriture au temps du corona jour 3 – Une photo par jour. Atelier Bric à Book

Le chant de la Terre – Voyage V- (deux tableaux en cours)

En ce moment je travaille simultanément sur deux tableaux. Le chant de la Terre et Voyage V, deux univers différents, deux manières de peindre, deux façons de traduire tout ce que j’entends et perçois de notre Terre. Je pense à la vie. Fourmillante, intense, généreuse. Je respire. J’oublie la toile.

Les couleurs, le mouvement, la pression du pinceau, le geste précis du trait, sont autant de tableaux à l’intérieur du tableau. Vivants.

Un plongeon dans le tourbillon de la création.

Le chant de la Terre (détails)

Voyage V (détails)

Pierre, Tom et moi

« Pierre ; attends-moi, t’avais promis de m’attendre », braille Tom.
A chaque fois c’est la même chose, à chaque fois Pierre prouve qu’il court le plus vite, qu’il est le plus grand, que quoi que nous fassions il restera le premier. J’suis pas l’aîné pour rien, dit-il comme un rappel perpétuel. Y a un mélange de fierté et d’agacement dans ses mots. Faut dire que s’il est le premier, c’est parce que Tom et moi on est les suivants. Ceux qui lui ont pris l’attention de maman et même celle de papa. Pierre il aimerait les avoir pour lui tout seul. Il me l’a dit le jour où Tom est né. Il me l’a dit en me regardant avec cet air d’en vouloir à la terre entière et plus particulièrement à moi d’être venu bousculer son monde.

Pierre raconte que quand il sera plus grand, il sera magicien. Le plus grand magicien du monde et alors il nous fera disparaître comme ça, d’un claquement de doigt et en disant cela il claque ses doigts devant le visage de Tom qui sursaute puis se met à pleurnicher parce qu’il croit tout ce que dit Pierre.
Pierre il aime nous faire peur et nous répéter qu’on n’est rien que des minus. Avant ça m’agaçait vraiment et je finissais par le taper et plus il le disait, plus je frappais fort. Et après Papa me grondait et Pierre était content.

Et puis y a eu le jour où on a descendu la colline jusqu’à la rivière. Pierre nous devance. Pierre nous crie que nous ne pourrons pas le rattraper. Et c’est vrai qu’on ne peut pas. C’est vrai qu’il est le premier à plonger dans l’eau, le premier à nager loin, le premier à atteindre la petite île sur laquelle les branches basses des arbres font de supers cabanes et des cachettes fantastiques pour échapper aux monstres, aux pirates et même aux zombies. C’est le premier parce que Tom et moi on n’a pas le droit d’aller sur l’île sans papa ou maman. Même si l’île est tout près, à seulement deux rochers de la rive. Mais Tom veut y aller quand même. Tom qui sait à peine nager et moi qui ai la trouille. Maintenant je me fâche, je dis à Tom que c’est interdit parce que papa et maman ne sont pas là mais il n’écoute pas. Il veut faire comme dans le dessin animé où le héros saute de rocher en rocher pour attendre l’autre rive. Il veut surtout rejoindre Pierre et jouer à se cacher sous les branches des arbres. Je crie à Pierre de revenir mais il fait semblant de ne pas entendre. Il se détourne comme pour me dire débrouille-toi avec lui, c’est pas mon problème. Je regarde Tom qui réussit à grimper sur le premier rocher, se redresse, fier et se tourne vers moi avec un sourire qui lui mange le visage, puis je le vois perdre l’équilibre sur la roche glissante et tomber.
Il tombe vite et disparait tout aussi vite dans la rivière. Alors je l’appelle de toutes mes forces avant de m’avancer dans l’eau, je l’appelle encore en cherchant autour de moi mais je ne vois rien parce que je pleure.

« Pierre ; attends-moi, t’avais promis de m’attendre », braille Tom.
C’est toujours pareil. A chaque fois Pierre prouve qu’il court le plus vite, qu’il est le plus grand, que quoi que nous fassions il restera le premier. J’suis pas l’aîné pour rien, dit-il comme un rappel perpétuel. Aujourd’hui je le crois et je suis content qu’il le soit. Et tant pis s’il continue à ne pas nous attendre. Je sais qu’il reviendra au moindre danger. Même s’il s’en défend, il l’a déjà prouvé.

Une photo, quelques mots : Bric à book 363

Alors nous lèverons les yeux

Après le chaos, nous sommes partis. En regard de nos fautes, la terre dévastée répand un silence assourdissant. Notre charge est lourde. A la hauteur des stigmates que nous avons créés.

Nous traversons les routes. C’est plus fort que nous, on cherche les arbres, le parfum de la pluie. C’est à celui qui le premier, verra un brin de lumière. Une trouée dans le ciel, la chaleur du soleil. Au milieu de la désolation, nous vacillons, incertains. Debout, certes, mais plus fragile qu’un nouveau-né. On avance sans réel but, sans réelle cohésion, chacun centré sur soi. Tout nous est étranger. Toi aussi, j’ai du mal à te reconnaître. Face aux lendemains inconnus, on lave nos erreurs passées et le goût des choses a la saveur oubliée de l’avenir. Il faudra du temps mais aujourd’hui, le temps, on en a à revendre.

Je vais te prendre la main, t’emmener loin ou tout près, qui sait. Ne plus suivre le cours mais reconstruire le jour. Pétrir la terre et la vie jusqu’à revoir ton sourire. Alors nous lèverons les yeux pour voir les caravanes flotter entre les forêts et les ruisseaux. Et dans la courbe des méandres nous n’aurons d’autres perspectives que celle de modeler le présent.

Crédit photo : pinterest

Le chant de la Terre

Le chant de la Terre : trois tableaux pour une écoute particulière de la Terre. Près de cinq ans après les avoir peints, comme une respiration nouvelle, l’envie de travailler à nouveau sur ce thème. A suivre…

Pour un meilleur aperçu de chaque tableau, cliquez sur les images

Le chant de la Terre I – II – III

Peinture acrylique, peinture relief

Format 80 x 80

Voyage IV

« Le vrai domicile de l’homme n’est pas une maison mais la route, et la vie elle-même est un voyage à faire à pied » Bruce Chartwin

Peinture acrylique,encre couleur, feutres aquarelle, Posca.

Format 40 x 50

Selon le sens donné au tableau, le voyage prend une autre forme

Rouge

Je balaie la colère
Et toutes peurs 
C'est la vie
La vie qui s'enfuit
Et celle qui nait au sorti du ventre de nos mères
Et si la porte mène au sang de nos pères
Transfuse du passé au présent
De la peine à la douleur
Je vais grandir de l’intérieur
Faire face
Et ne pas oublier que les jours qui passent
Est sang d'équilibre et de silences paisibles
Quand celui de tes lèvres
Trouble le rouge des miennes

Une photo, quelques mots Bric à book 360

Photo : ©Steven Roe

Dis-moi ta présence

Photo © Destin à terre via pinterest

Si je quitte la forêt
Dis-moi la trace de l’homme sans l’ombre
Et efface la supercherie de nos semblants
De tous les vides qui nous ravagent

Faut-il frôler des doigts
L’orée des bois sans fendre le mielleux
Et se camoufler jusqu’à retenir la peine

Taire nos erreurs
Et battre l’absence avide
Des hommes hypocrites

Doit-on plonger dans l’opacité
Et se fondre loin de la lumière
Pour se garder de tous simulacres

Si je traque la tourmente
Dis-moi ta présence
Et la respiration paisible
Des hommes libres
La transparence des jours à venir

Les plumes d’Asphodèle chez Emilie le thème était Faux-semblant duquel a découlé 9 mots à placer SUPERCHERIE HYPOCRITE MIELLEUX CAMOUFLER SIMULACRE RADOTAGE TRANSPARENCE TAIRE TRAQUER. (j’ai laissé radotage)

Hiver

chaque arbre a un esprit
aussi vaste que la forêt
chaque arbre nous rend
à nos plus profondes racines
là où tout est lié
dans le corps de la terre
dans la danse des atomes

Francine Hamelin

Peinture acrylique, collage papier, feutre posca, encres

Format 60 x 80

Texte tiré de « Parler avec les arbres » de Francine Hamelin du blog L’envers des jours . Merci infiniment Francine.