Agenda ironique de juillet

Ce mois-ci l’agenda se trouve chez Emmanuel Glais. Il y est question de contrainte au choix à piocher ici Oulipo Contraintes et puis d’ajouter cette phrase de l’Abbé Prévost dans Manon Lescaut en début ou fin de dissertation :

« Après avoir soupé avec plus de satisfaction que je n’en avais jamais ressenti, je me retirai pour exécuter notre projet. »

Pour les détails, les dates de rendu des textes et autres précisions c’est à lire chez Emmanuel Glais

Agenda ironique. Les résultats de juin

L’agenda ironique de juin, c’est terminé ! J’ai été ravie de l’accueillir ce mois-ci et tout autant de lire vos participations sur ce thème de l’impossible, possible.

Les textes les plus plébiscités ce mois-ci : J’ai embrassé une nuit d’été chez FiligraneDe l’impossible possible chez Pigraï’Fair, et enfin De l’impossible possible chez moi.

Et si Jean-Louis est partant, c’est son blog, Tout l’opéra (ou presque) qui a été désigné pour héberger l’agenda de juillet.

Un grand merci à vous tous, participants et lecteurs curieux qui contribuez, au fil des mois et des années, à faire vivre cet agenda ironique.

Agenda ironique. Les textes – Les votes

Voici venu le temps de lire ou relire les textes que cet agenda de juin vous a inspiré. Pour rappel, vous avez jusqu’au 30 juin pour lire, voter pour 3 de vos textes préférés et pour élire celui ou celle qui hébergera l’agenda ironique de juillet.

Merci pour vos récits, histoires et poésies qui ont nourri l’imaginaire de ce premier mois de l’été.

J’ai embrassé une nuit d’été et Le Choix chez La Licorne

Le germe du silence et Dans les pousses du silence chez Jobougon

Onésime et les bruits chez Gibulène

Le texte de By Marie à lire dans les commentaires Ici

Nettoyage chezVictorHugotte

Avant-gardiste chez Mébul

Les quatre saisons -L’été Chez toutloperaoupresque

L’été la nuit chez Emmanuel Glais

A l’impossible, nul n’était nu chez Des Arts et Des mots

Trésor du temps chez Vérojardine

Et le silence tourne en rond chez Le dessous des mots

De l’impossible possible ça c’est chez moi

Hors délai mais accepté avec plaisir : De l’impossible possible chez Pigraï’s Flair

De l’impossible possible

L’été, la nuit les bruits sont en fête. On en a un aperçu dès le coucher du soleil, lorsque l’indigo se fond dans le fleuve. La ville se teinte de nuances claires obscures et les bruits s’animent de tonalités nouvelles. Il n’est pas rare d’entendre le murmure du jour prendre son temps pour s’éclipser et c’est à cette heure qu’il appartient au conteur de narrer son histoire.

Le jour dont je vous parle, j’étais accoudé à mon balcon à écouter la saison sur tout ce qu’elle a à nous dire. Habituellement elle retentit jusque dans les rues, ricoche sur les murs des maisons et tinte au-dessus des champs. Les bruits engendrent les sons et les sons les bruits c’est bien connu. Ce jour-là, pourtant, le vent même s’était tu. La texture du monde avait pris un drôle d’aspect, les champs se drapaient de formes étranges et comme poussés par un souffle pourtant inexistant, les bateaux à voile voguaient sur le fleuve miroir. Quant aux oiseaux, ils voyageaient de métamorphoses en métamorphoses à contre-courant de leur vol habituel.

C’est, je crois, à ce moment-là que j’ai vu l’impossible poursuivre le possible. L’un tentait d’échapper à l’autre et cela ressemblait à une danse improbable et tout autant surprenante. J’ai interpellé mon voisin afin qu’il soit témoin de l’incontestable, mais trop occupé à presser des oranges bleues sur son cœur amoureux, c’est à peine s’il m’a regardé. J’ai alors pris la décision de suivre les deux opposés. Je voyais le possible redoubler d’ardeur pour fuir l’impossible mais celui-ci gardait le rythme et la distance s’amenuisait au fil de leur course. Leurs pas frappaient l’asphalte en cadence. Au tournant de la rue principale je suis tombé sur une manif d’objets hétéroclites qui revendiquaient leur indépendance. Aucun doute, ai-je pensé, l’impossible est au centre de tout cela. Malgré moi je me suis retrouvé emporté par le flot. J’ai cherché des yeux le possible, perdu dans la foule, affolé de frôler l’utopie et l’aberration. Son souffle battait le probable, s’accrochant au vraisemblable alors que le soleil se levait pour la deuxième fois de la journée. Pourtant, me disais-je, à les voir tous les deux il était évident que dans l’impossible vit aussi le possible, il allait bien falloir que ce dernier l’admette.

J’étais persuadé que pour ancrer cette histoire dans la réalité il fallait que je la raconte. Aussi lorsqu’une échelle et un arrosoir, bras dessus dessous sont passés devant moi j’ai cherché leur attention, levant la main en signe de bonjour, mais aucun n’a tourné le regard vers moi. A croire que j’étais devenu invisible. Dépité, j’ai rejoint le fleuve, observant le monde qui se gondolait au tempo des marées alors que le soleil n’en finissait pas d’éclairer les heures.

Je me suis assis sur le bord du quai, les pieds frôlant l’eau, dans l’espoir d’attirer les poissons pour leur narrer l’étrangeté de ce jour d’été. La lune s’est faite discrète comme la nuit. Peut-être fallait-il attendre que la réalité de la situation cesse pour mieux me faire entendre. J’ai frémi à l’idée qu’il me faille écrire noir sur blanc cette histoire. Qui viendrait lire les dires d’un conteur sans voix ? C’est un peu démoralisé par la situation que j’ai soudain vu l’impossible venir jusqu’à moi, me regarder avec un franc sourire et me dire de ne pas m’en faire. Sois patient, a-t-il dit, il faut du temps au monde pour accorder de l’importance à ce qui est. Alors j’ai patienté pendant que la nuit grignotait enfin le jour. C’est là, entre chien et loup, que j’ai vu l’impossible enlacer le possible et le geste avait cette certitude de l’irréalisable accessible. Au loin les bruits de la manif se délitait, les objets, dans un joyeux capharnaüm, rentraient chez eux. J’ai entendu un rire joyeux derrière moi. Un rire qui m’invitait à prolonger l’impossible possible. C’était bien la peine de m’en faire, me suis-je dit tout à coup rassuré, parce que tout conte fait l’impossible pour être conté et finalement, j’ai rencontré une brouette, et j’ai pensé qu’elle me prêterait une oreille attentive. 

Pour l’agenda ironique de juin où il était question (entre autre) de s’inspirer de la citation de Lewis Carroll « Il venait de se passer tant de choses bizarres, qu’elle en arrivait à penser que fort peu de choses étaient vraiment impossibles »

le fil d’équilibre

Tu sais, inutile de s’exposer à tous les maux

on peut balayer les secrets et ouvrir les yeux

et si la mécanique du monde vacille

lâcher nos vies précaires et nos béquilles encombrantes

souffler sur nos découpes de cartons et repousser l’ombre

Et pour apprivoiser les nuits oppressantes on maniera l’outil diamant jusqu’à polir toute aspérité niée

Nous prendrons alors le sens du vent et de chaque courant ascendant

nous considérerons la lumière pour retrouver le fil d’équilibre

affermir l’envol du jour et puiser l’audace

sans faillir

et s’il nous faut partir, je n’ai qu’une demande, un cadeau, une offrande d’espérance

Cueillir encore

à chaque aurore

les grains de sucre déposés sur tes lèvres.

Les plumes d’Asphodèle chez Emilie. Du mot BOITE ont découlé 10 mots : Pandore béquille nuit cadeau secret sucre carton ouvrir oppresser outil.

Sculpture land art : Martin Hill

Agenda ironique (dix jours pour écrire)

Tic-tac, tic-tac, tic-tac ! L’horloge tourne pour l’agenda ironique de juin, alors si l’impossible vous semble possible, il reste un peu plus d’une semaine pour écrire ce que vous inspire ce thème. (Disons jusqu’au 26 juin, soyons fous !) Tous les détails du thème sont à lire ICI

Actuellement l’agenda compte cinq participantes dont vous pouvez lire les textes : La Licorne, J’ai embrassé une nuit d’été ; Jobougon, Le germe du silence et Dans les pousses du silence ; Gibulène Onésime et les bruits ; By Marie à lire dans les commentaires ICI et enfin VictorHugotte Nettoyage

Au plaisir de vous lire

L’hiver, on avait pris l’habitude de se retrouver au café.

L’hiver, on avait pris l’habitude de se retrouver au café. C’est toi qui avais choisi l’heure. C’était une heure intermédiaire, entre celle où l’on rentre chez soi et celle où l’on sort dîner. La devanture, éclairée de son enseigne « EAT » se parait de rouge et le contraste avec l’obscurité environnante dotait l’emplacement d’un aspect chaleureux. En face du café il y avait la mer. Les nuits sans lune, on entendait – sans parvenir à les distinguer – les vagues claquer contre le parapet. Plus l’opacité était présente plus le clapotis s’amplifiait et dans la pénombre déployée je devinais ta silhouette faire face à l’océan. Je commandais deux verres de vin blanc et attendais que tu franchisses le seuil du bistrot.
A l’intérieur il faisait bon. La salle, dans l’attente des clients, était encore déserte. Comme un rappel à commander à dîner, l’enseigne « EAT » figurait aussi sur le mur du fond et embrasait les tables de carmin. L’atmosphère du soir s’enrichissait des parfums de la mer. Blanquette de poisson, filets en papillotes, bouillon de palourdes. Avec le vin, la patronne nous servait des crevettes à l’ail et quelquefois des beignets de calamar piqués de cure-dents qu’une fois délesté de leur mets, tu alignais sur la table comme une palissade.
On parlait travail et projets futurs et, dans le brouhaha des voix qui filtrait de la cuisine, les idées prenaient forme. Tu esquissais quelques ébauches pendant que je notais les bouts d’histoires à venir. C’était une heure riche de sens. On oubliait la précarité du métier, les fins de mois difficiles. Tout paraissait possible à inventer et à vivre.

Avant même de repasser commande, la patronne nous déposait deux nouveaux verres sur la table. C’était le prélude à notre départ. Déjà la salle revêtait ses atours de restaurant, le flot des clients fendillait l’ambiance feutrée dans laquelle nous baignions. Une fois nos verres terminés, nous ne nous attardions pas. Tu m’avais avoué ne pas aimer le bruit des gens.

J’embrassais ta joue, tes cheveux humides d’embruns sentaient l’iode. D’autres histoires me venaient alors en tête. A demain, disais-tu et je répondais oui.
Oui, demain, me répétais-je et je frôlais l’espérance.
J’allumais une cigarette et devant le café te regardais partir. Ta chevelure aux reflets de l’enseigne dansait dans le vent comme une lueur rouge au parfum de la mer.

Une photo, quelques mots. Atelier Bric à book 374

Printemps II

Acrylique, collage papier, encres couleur, feutres Posca, sur carton toilé

Format 50 x 65

Pour mieux visualiser les détails cliquer dessus

Ces dernières semaines le quotidien a été dense et les moments pour peindre ont été courts. L’avancement de ce Printemps II s’est donc fait à un rythme lent alors que celui de la vie était particulièrement intense. De touches de couleurs en touches de couleurs, dans cet espace familial où je crée mon propre espace pour quelques heures ou quelques minutes, je traverse le temps.

Je m’en vais


Je m’en vais.
Dans le silence qui suit les grandes déclarations, c’est le pli de ta bouche qui me le dit. Ta bouche que je n’embrasse plus.
J’aurais pu tout aussi bien le dire. Rien n’est formulé mais c’est entendu. Un jour on se regarde et le détachement nous surprend.

Voilà comme ce qui nous unissait nous sépare. On s’écaille en couches fines, on divise les accords. Je te regarde. Et si c’est bien toi que je vois, ce que j’éprouve à te regarder n’a rien de commun avec ce qui m’a attiré vers toi.
Tu détournes le regard.
Je lis l’impatience refrénée dans tes yeux fuyants et, dans la posture de ton corps, ta présence déjà partie.
C’est une déroute singulière, apprivoisée sans grand éclat, juste une lassitude et un désir d’ailleurs qui nous tournent autour depuis des mois.
Nous sommes deux à l’intérieur de la débâcle. Ni vainqueur, ni vaincu.

Une photo, quelques mots. Atelier Bric à book 373

Photo : @ hesam jr

Une journée particulière

Ce matin Anna est entrée dans ma chambre et s’est hissée sur mon lit. Tu dors ? a-t-elle dit sans discrétion et comme je ne réponds rien elle répète tel un perroquet, Louis, tu dors ? tu dors ? tu dors ? Je récupère mon téléphone sous mon lit, jette un œil sur l’écran. On est samedi et il n’est pas huit heures. Anna se blottit contre moi, elle chuchote à présent, me raconte un rêve confus de robots et de licornes. Autant dire que ma grasse matinée est foutue.

Dans la cuisine, papa prépare le petit déjeuner, maman m’embrasse. Je dis que je vais faire un tour et ni l’un, ni l’autre ne proteste, ni ne me retient. Je longe le quai jusqu’au port. Le brouillard se dissipe, dévoilant, entre des nappes de vapeur au-dessus de l’eau, la mer agitée. La journée promet d’être belle. Ça fait trois ans que le ciel est particulièrement bleu ce jour-là, comme pour narguer les onze premières années où il a plu. Je me demande si toi aussi tu ne me nargues pas avec tous ces mystères que toi seul connais désormais. C’est comme un défi auquel je ne participe pas, un défi au ciel, à la terre, au temps figé.

Tu t’en doutes, je grandis. J’ai même pris douze centimètres au cours de l’été. Je me sens maladroit, mal à l’aise dans ce corps qui change, empli de questions et de pudeur que je ne peux pas partager avec toi. Quand je me regarde, c’est un peu toi que je vois. Ça sera sans doute toujours ainsi. Tu grandis à l’intérieur de moi, comme tous ces secrets qui nous liaient, ces fous-rires et tous les silences bruyants qu’on lisait dans les yeux de l’autre. On a souvent joué avec notre ressemblance, tous ces gènes qui formaient un tout. Il était si facile de cacher nos différences. A présent, j’extrapole. Je me demande si tes rêves et les miens se ressembleraient. Je me demande si tu aurais vu Marine comme je la vois. Enfin, ça je n’ai pas trop envie d’en parler. Un autre jour peut-être. Qu’est-ce que je peux te raconter alors ? Que depuis ton départ, le bateau est toujours bâché ? Oui, bon, ce n’est pas un scoop…

Je quitte le port, les souvenirs me suivent sans chagrin. C’est cela aussi vivre. Je pense à Anna, notre petite sœur qui grandit sans t’avoir connu, qui bouscule la tristesse par son rire et sa capacité à être dans le présent. Elle m’attend dans le jardin, revêtue de son déguisement de mariée et brandit un sabre laser, (le tien ? le mien ?) Peu importe, je lui ai donné les deux, elle est fière comme une guerrière des temps modernes. Elle dit qu’elle a aidé maman à mettre les bougies sur mon gâteau d’anniversaire, veut savoir si je la trouve jolie. T’es trop grand, dit-elle encore en levant sa tête vers moi. Je la hisse sur mes épaules. Pas vraiment grand, pas vraiment entier, je pense. Parce que depuis trois ans il n’y a qu’un seul gâteau, parce que c’est sans toi que je grandis, avec ce manque terrible qui m’habille, comme une seconde peau.

De la maison me parvient la voix de papa et le rire de maman. Je t’entends me dire que c’est bien. Je t’entends.

Les Plumes d’Asphodèle chez Emilie. Sur le thème VOILE, la récolte a été de quatorze mots : Anniversaire, mer, secret, marine, pudeur, cacher, bosco, perroquet, mystère, vapeur, mariée, brouillard, bleu, bâcher. J’ai détourné le mot « marine » et fait l’impasse sur « bosco »

Agenda ironique de juin

« Il venait de se passer tant de choses bizarres, qu’elle en arrivait à penser que fort peu de choses étaient vraiment impossibles » Lewis Carroll

Pour l’agenda ironique de juin, l’impossible devient possible ! A partir de la citation de Lewis Carroll et des illustrations de gravures de M.C. Escher proposées, imaginez que l’impossible devienne possible.

Petite contrainte supplémentaire : il faudra débuter votre récit avec la phrase d’ E Allan Poe : « L’été, la nuit les bruits sont en fête » et le terminer avec celle de Lewis Carroll (encore lui!) : « Finalement, j’ai rencontré une brouette, et j’ai pensé qu’elle me prêterait une oreille attentive. »

Le lien de votre texte pourra être déposé en commentaire ci-dessous jusqu’au 24 juin. Ensuite, lecture pour tous et votes jusqu’au 30 juin.

Bonne inspiration et à très bientôt de vous lire

Visuel : M.C.Escher

Bleu

Bleu

à l’âme nous vacillons dans les grands désordres du manque d’équilibre

traversant les vagues indécises et les bleus hasardeux de nos chutes répétées

jusqu’à se perdre dans les méandres de l’outremer et des tourments cobalt

On oscille dans l’agitation des couloirs imposés

puis on se détache du monde impatient

et à la faveur de nos sens retrouvés

nos cœurs perdus s’apaisent

Je frôle ton âme d’indigo et de l’encre délébile

se dilue le blues

Ne reste que l’horizon stable de la ligne azur

et ta main qui embrase tous les bleus amoureux

Aimer

Allongé dans l’herbe piqueté de rosée, Nathan, d’un doigt levé, trace sans effort le ciel ombragé et, sous la lumière discrète et la patience du jour, il modèle le caractère du fleuve jusqu’à étreindre l’argile sans faille. Nul besoin de se tracasser de l’absence de Mila, de s’énerver du manque, Nathan anime le verbe dans l’inventivité. Il s’attendrit des mots que sème Mila au cours de sa marche vagabonde, du rien qu’elle transpose en plein.

De ses mains agiles les liens du temps papillotent et chatouillent le vent. Sans impatience, Nathan sculpte l’air dans le rythme lent de l’attente. Il pense à Mila qui voyage. Il pense aux caresses qui courent sur les corps nus, au souffle qui frôle les lèvres ouvertes, au sable qui avance jusqu’à effacer les faiblesses. Les silences, vecteurs du courage d’aimer prennent alors sens. La source coule d’évidence.

Et quand, à l’aube de l’été Mila revient, elle qui excelle à jouir de l’instant, prend Nathan à l’intérieur de ses bras pour franchir tous les ponts de ceux qui s’aiment d’audace.

Tu es rentrée, dit Nathan qui l’enlace à son tour pour l’accueillir.

Les plumes d’Asphodèle chez Emilie. Du thème FORCE, les mots récoltés à placer sont effort, rentrée, patience, courage, faiblesse, caractère, poil, vecteur, rien, éteindre, exceller, énerver. Comme souvent, j’ai fait l’impasse sur l’un d’eux et joué avec « rentrée » que j’ai détourné 🙂

La fidélité ou l’art du mouvement passionné chez Georgios Îlyfékuoi

Georgios Îlyfékuoi (1889-1938)

Artiste-peintre d’origine grecque précurseur du mouvement passionné.

La fidélité (1920)

Huile sur toile

70 × 90 cm

Galeria Noctámbulo Madrid

La fidélité de Georgios Îlyfékuoi est une œuvre particulière dans le parcours du peintre. Elle a longtemps divisé les critiques d’art car beaucoup furent tentés d’y mettre un sens moins sentimental que celui évoqué par Georgios Îlyfékuoi, – sans doute heurtés par la liaison que l’artiste entretint avec la jeune Pepita Micorazon, alors mariée au collectionneur d’art Don Diego.  À plusieurs reprises l’œuvre fut ainsi séparée de sa recevabilité entre l’hommage à la jeune amante et l’étude du mouvement passionné. Il est pourtant bien question d’hommage et pour être plus exact de double hommage. En effet, Georgios Îlyfékuoi fou amoureux de la jeune andalouse s’invitait très souvent chez le mari de cette dernière. L’hommage à la fidélité de l’amour qu’il éprouve pour Pepita, certes discret sur cette toile n’en est pas moins bien réel. Ici, l’artiste met en scène Pepita Micorazon et son chien « Keskecébo » lors d’une promenade dans le parc de la propriété. L’animal et la jeune femme sont très complices, (on décèle d’ailleurs dans la correspondance épistolaire qu’entretinrent les deux amants, une pointe de jalousie de la part de l’artiste qu’il niera avoir eu envers « Keskecébo » même si une rumeur circula comme quoi il peignit cette toile pour faire taire les mauvaises langues)

Georgios Îlyfékuoi pose son regard à ras de patte, le tableau centré sur le mouvement, mettant en valeur l’évènement central du sujet. Rappelons que l’année où Îlyfékuoi Georgios entreprit de peindre La fidélité, (1920) l’artiste a déjà fait cinq voyages en Andalousie, trois en été et deux en hiver. Le sud de l’Espagne est source d’inspiration, auréolée de la passion qu’il éprouve pour Pépita. Il y peindra trois toiles et plusieurs carnets de croquis sont consacrés à cette période. Pour travailler il aime particulièrement s’installer à la cave, où comme beaucoup de maisons bourgeoises de l’époque celle-ci possède un soupirail en façade. Le peintre prend l’habitude d’esquisser quelques croquis, lors des fortes chaleurs de l’été. Bien sûr il y fait frais mais là n’est pas le but de l’artiste. Il y trouve matière à changer son point de vue, observant ainsi la rue et le passage des promeneurs d’un regard rasant;

La fidélité est une danse explicite dans le balancement des pieds chaussés à laquelle le chien fait écho. C’est une invitation cohérente et fiable, loin de toute mascarade, dévouée au lien qui unit la jeune femme et le chien. Le chien fidèle suit le mouvement, chaque pas entraine le suivant, dans un rythme similaire, le tout fondu dans une sobriété qui reflète l’importance de l’unité entre l’un et l‘autre si bien que la distinction du rythme échoie autant à la jeune fille qu’à l’animal. On est très loin des confinités de l’époque et on peut sans mal associer l’idée que le peintre a donné sens à quelques mitochondries par le fait même d’y peindre l’animal en mouvement. La vivacité traduite du dit mouvement est à l’époque considéré comme une révolution dans le rythme. Georgios Îlyfékuoi le dit lui-même, « La fidélité englobe l’enthousiasme et la fouge d’un lien qui demeure fort et rien ne s’apparente moins au trompe-l’œil que cette fidélité-là » Cependant il est bon de souligner, – même si Îlyfékuoi ne l’évoque pas explicitement – que le peintre puise le rythme plein de fièvre de ses oeuvres futures de la danse andalouse, le flamenco, qu’il découvrit lors de sa première venue. Cette danse passionnée changera son regard sur le mouvement.

On pourrait croire que Georgios Îlyfékuoi donne ici une représentation classique de la diligence pourtant il transcende la vitalité d’une scène classique avec un sens audacieux et énergique qui reste à ce jour rarement égalé.

Pour l’agenda ironique de mai hébergé ce mois-ci par Des arts et des mots sur le thème « peinture et tableaux » il fallait rédiger le cartel du tableau et imaginer une critique d’art parmi 5 tableaux proposés Le tout parsemé de quelques mots imposés : Confinités- Révolution- Mascarade- Mitochondries- Trompe l’oeil et keskecébo

L’oeuvre originale Dynamisme d’un chien en laisse a été peinte par Giacomo Balla.