Petites graines de bonheur – 10

Une fois n’est pas coutume, suite à une petite escapade en région PACA, j’ai pu déposer deux petites graines, l’une à Avignon, en montant au Jardin des Doms, l’autre à Roussillon sur le sentier des ocres. Une échappée belle qui malgré le temps compté, valait bien de prendre le temps de peindre ces deux galets pour poursuivre cette aventure.

Mathilde

Photo Jacqueline Roberts

Eclairé par le soleil d’une fin d’après-midi de mai le salon vibre de lumière. Il y flotte un parfum douçâtre de roses fanées. Dans l’appartement que nous habitons — quatrième étage sans ascenseur —, le bureau se trouve proche de la fenêtre qui donne sur le jardin public. J’y fais mes devoirs depuis mes premières années scolaires car j’aime laisser mon regard se perdre vers les grands arbres et les taches de couleur qu’offrent les fleurs des massifs. Dans les grandes allées, la course-poursuite des touts petits enfants sont comme des ombres mouvantes. Sur le bureau se trouve une photo encadrée sur laquelle je tiens contre moi un ballon trop grand et toi qui me tiens dans tes bras. Ce jour-là, outre le cadre photo, il y a une feuille posée bien en évidence. Une feuille blanche sur laquelle tu as écrit trois phrases à l’intention de maman. Anna, je pars. Je te quitte. Je repasserai chercher mes affaires.

Trois lignes d’une écriture ferme et sèche qui prennent une large place sur le format A4. Je peine à croire que tu aies oublié que je fais mes devoirs sur ce bureau. J’y goûte aussi, même si maman et toi l’avez interdit. Mais vous n’êtes pas là lorsque je reviens de l’école et je prends soin de bien enlever les miettes que les BN à la fraise ne manquent pas de tomber sur le bois sombre. De toute façon depuis ce jour, ça n’a plus la même importance. Je continus à faire mes devoirs sur le bureau et à y goûter et maman pleure dans sa chambre.

Trois phrases c’est peu et pourtant celles-ci ont façonné le devenir de mon existence. Elles m’ont accompagné tant de fois. Elles ont tourné en vrac dans ma tête. Dans un sens puis dans un autre, peu importe au fond laquelle prend le pas sur les autres, elles me défient d’y trouver autre chose que ce qu’elles signifient.

J’ai grandi papa. Le bureau n’a pas changé de place. La photo a été enlevée par maman. Je l’ai rangée dans le livre sur les dauphins que tu m’avais offert pour mes sept ans et que je n’ai plus ouvert après ça.

Parce que tu n’es jamais revenu ni n’as plus donné de nouvelles, j’ai longtemps cherché à comprendre ton abandon. Je me suis construite autour de ton silence et de ton absence. Autour de ces trois phrases où visiblement je n’avais aucune place.

J’ai grandi papa. Prisonnière du doute, je subsiste au milieu des autres comme on tombe dans l’oubli. Je suis un grain de sable, perdue dans le flot du courant.

Le chant de la Terre IX

Acrylique, encres couleur sur toile

80 x 80 cm

Il y a longtemps que je n’avais pas travaillé un si grand format et le fait de peindre à plat et non sur chevalet m’a demandé un recul que je n’avais pas anticipé. Aussi, le temps consacré à cette toile a été long. J’ai pensé à la façon dont je conçois l’écriture. Ce premier jet de mots lâchés sur l’ordinateur (rarement sur le papier) sur lequel je passe ensuite de longs moments pour donner forme au texte. Chercher un mot, une phrase, le sens le plus juste à ce que je souhaite exprimer. Je traverse la même fragilité avec certains de mes tableaux, les mêmes hésitations face au choix d’une couleur, d’une forme. La mouvance d’une oeuvre est à l’image de l’existence, elle fluctue selon les états dans lesquels on se trouve. Aussi, quand bien même je ne doute plus de ma légitimité à créer, il persiste un moment de flottement avant d’oser dévoiler le travail sur lequel j’ai passé tant d’heures. Et puis ensuite tout cela n’a plus d’importance. Le tableau existe. Il est ce qu’il est. Et ce qu’il est, est bien.

Galerie peinture Le chant de la Terre à voir ICI

Le cœur du monde

A fleur de terre
j’entends battre le cœur du monde
au rythme des stigmates et des blessures
et mes doigts sous la terre enrobent l’alluvion et l’argile
jusqu’à saisir la vibration des arcs de pluie sous le soleil d’avril
le roulement des pierres dans les rivières
la caresse des arbres
le chant du vent dans le jour qui s’éloigne

et nos mains en quête de nuances
se veulent consolantes

dans ce monde frileux négligeant la vie
dis-moi la bienveillance des uns envers les autres
le murmure des voix qui aiment
et leur silence paisible
dis-moi les fous d’équilibres et les heureux 
et la course du rire des enfants ricochés sur les murs de la nuit
dis-moi le cœur du monde qui aime

Petites graines de bonheur – 7

De janvier à mars les petites graines de bonheur ont été déposées au gré de voyages professionnels, de balades ou proche des lieux de travail. Je remercie Mélanie pour s’être prêtée au jeu et avoir semée des graines à Moscou. Il est difficile de se dire qu’un mois plus tard la Russie entrait en guerre contre l’Ukraine. En la circonstance, ces petites graines déposées prennent réellement sens et renforcent la poursuivre de cette démarche.

Je remercie également Rémi pour celles semées à Abu Dhabi. Pour la petite graine de bonheur déposée au Louvre de Abu Dhabi, Rémi a jugé préférable de la cacher afin qu’elle ne soit pas jetée car les Emiratis et le ménage ça ne rigole pas. (à voir dans l’interstice sur la première photo du Louvre). Souhaitons que celui ou celle qui la découvrira la gardera.

Et puis une nouvelle fois merci à Aloïs, Pierre et Amaël pour leur implication enthousiaste qui me permet de poursuivre cette aventure au-delà de mes espérances.

Mise en regard : Laurence Délis.

Emue à chaque fois que l’un de mes tableaux inspire de la poésie
Merci tiniak ❤

poLétique et tocs

Aligne-m’en (des soieries très précieuses)

Fort peu me peine un crépuscule
à l’or rangé
(ainsi qu’on voit aux défilés
passer les armes)
Le jour finit, mais n’y saurais
verser des larmes
et nulle antienne de capule
à dégorger

Les charmes doux d’un mois de mai
se font sentir
aux doigts regarnis des fruitiers
à la parade
un fleuve y va de nouveaux ris
sa promenade
où des amoureux alanguis
viennent frémir

Demain s’éloigne de ma vue
pourtant qu’un soir
a relégué ce jour d’avril
entre les murs
Moi, c’est pour les nocturnes fronts
que je suis mûr
que je m’offre un faste abandon
au bon vouloir

Aïe ! l’ai-je encor entr’aperçue
Ma Douloureuse ?
Elle était, ça ! trop trop heureuse
à regarder
J’aurai passé ma nuit de brute
à m’enrayer
dans les alignements du port
et ses rieuses

Illustration : Laurence Délis, L'Avancée du Jour, sur le meilleur blog de poésie moderne, Les poLésiqaques, du poète tiniak.
Illustration :Laurence Délis,L’Avancée du Jour.

tiniak ©2022…

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La valeur de l’instant

J’ai saisi la valeur de l’instant comme un éclat de bonheur simple. De la fraicheur du vent sous le soleil d’avril. Le parfum de l’herbe coupée. Les voix autour de moi. Vivantes. Et dans les branches nues du catalpa les mésanges qui échangeaient je ne sais trop quelle conversation chantée.

En passant les rivières

En passant les rivières
nos âmes traversées d’inquiétude en quête de racines
se sont repliées dans le secret de la terre 
fêlures fragiles s’armant de patience et de permanence
de branches d’orage
en rameaux d’étendues 
modelant l’eau le feu
l’air et la terre
nous irons dans le battement sourd du monde
écouter les galets rouler vers la mer
apprivoiser l’univers
et ce qui nous sépare comme autant ce qui nous lie


De l’élan d’aimer

Sous la confusion de la déraison
et l’évident mirage des illusions retenues
il y aura toute la fougue de l’ordinaire
dans l’histoire qui nous lie
je saurai prendre toute la mesure du souffle 
qui par vague
défie les fissures et autres craquelures
les obstacles du voyage
pour étendre l’envol de la source
vers le fleuve qui danse
et bercer nos cellules 
de l’élan d’aimer