Tant de temps à saisir.

L’horloge au tic tac silencieux ne s’impose pas dans ton existence et pourtant tu ne vois qu’elle, accrochée au mur blanc du salon. Tu la défies avec sa capacité à jouer le temps qui passe, mais ce pourrait être autant celui d’un sablier, dont chaque grain déclenche les jours et les nuits, les distord dans tous les sens, sans répit. Tu te demandes si tu ne devrais pas balancer cet objet redoutable dans le lave-linge pour l’essorer, que toutes les secondes ne se pressent plus à devenir des minutes et les minutes, des heures. Tu sèmes les jours comme autant d’heures perdues, tends les bras déjà vers demain alors qu’aujourd’hui commence à peine à s’ouvrir. Le temps s’épuise à te retenir mais tu cours vite, tu t’éparpilles dans des rêves d’oublis. Tu as essayé de te dédoubler, d’user de patience à laisser le sommeil te cueillir mais tu es rapide, j’ai même découvert que tu avais été championne de sprint dans tes jeunes années. J’imagine que celles-ci devaient déjà courir à une allure folle et que tu n’avais aucun mal à les devancer.

Tu es une femme pressée, comme une orange amère que l’on ne goûte que du bout de la langue, enfin c’est ce que tu cherches à me faire croire. Tu ne cesses de dire qu’une vie t’attend et qu’une autre cherche déjà à te retenir. Mais finalement elles se sont déjà fait la malle toutes les deux, deux existences en instance d’espérance qui attendent sans impatience le tournant décisif. Alors tu feintes, trompes la mesure du temps qui passe, te veux plus rapide que le vent afin de sortir des sentiers, te perdre là où la mémoire est infinie, là où s’oublie le temps. Oublier. Bien sûr oublier afin de t’échapper loin, là où les ombres ne grandissent pas trop vite. Par peur de n’avoir pas assez à vivre.

Cours, cours, fuis, fuis, décampe autant que tu le veux, je ne vais pas te retenir, c’est sans doute pour cela, je l’ai compris, que tu reviens toujours vers moi. J’ignore combien de temps te faudra-t-il encore pour ne plus t’effrayer de sa course folle. J’ai pensé que moi je cueillais déjà celui-ci  depuis longtemps, que je disposais de lui et lui de moi sans aucune peine et que s’il te fallait toute ta vie et la mienne en prime pour qu’il soit paisible pour toi aussi, je prendrais ce temps-là.

 

 

 

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