évolution d’une toile

 

J’ai réalisé ce tableau en 2012 à la suite d’une démonstration de mon travail dans la classe de mon fils, alors en grande section de maternelle. Il avait servi de base explicative à un tableau « Le souffle du vent » que j’avais fait précédemment. Depuis il était stocké et prenait la poussière avec un grand nombre d’autres toiles.

J’ai envie de peindre, mais pas de toile vierge. Je n’en achète plus qu’une ou deux par an. Je privilégie l’achat de tubes de peinture. Alors je décide que celle-ci servira de base à une nouvelle peinture.

Pour cela je recouvre la totalité de la toile de bouts de papier déchirés. (J’ai un grand nombre de feuilles de la première mouture du roman que je viens de terminer d’écrire qui fait très bien l’affaire)

Le support est plein de reliefs. A certains endroits j’y superpose plusieurs couches de papier afin d’en atténuer la texture irrégulière, à d’autres endroits je décide qu’une seule couche suffira. Voilà une nouvelle toile, créée à partir de feuilles de papier à recycler, de mots encore à l’intérieur de moi qui, petit à petit, prennent vie dans une autre dimension.

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Ne reste plus qu’ à laisser parler les couleurs

 

 

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C’est drôlement court l’enfance.

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« C’est drôlement court l’enfance. »

Propos tenu par mon fils la veille de ses douze ans.

Photo Pinterest

 

États d’âme du jour (2)

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La nuit dernière j’ai rêvé de figuiers. Les branches croulaient sous les fruits. Des fruits charnus, au parfum entêtant. Il y avait aussi le bruit de la mer au loin. Et le rire d’un gamin. Généralement je ne me souviens pas de mes rêves. L’imprécision de celui-ci est pourtant restée toute la journée. L’odeur de la figue. Le claquement des vagues. Le rire. Ça m’accompagnait sans que je n’y songe réellement. Une présence régulière.

Ce soir après le taf j’ai erré dans les rues. La nuit tombait déjà, le ciel voilé de nuages sombres. J’ai traversé la foule. La course des gens qui n’ont qu’une hâte, celle de rentrer à l’abri de l’automne. J’ai regardé les couples. Ça me fout le moral à zéro mais c’est plus fort que moi, je ne sais pas regarder ailleurs. J’ai arpenté la ville. Le vent s’est levé. J’ai remonté le col de mon caban. La pluie s’est invitée, presque chaude dans la fraîcheur de la nuit. J’ai avisé le bar où je vais traîner quelquefois. Comme un phare dans l’obscurité, un pied de nez au spleen.

J’ai poussé la porte, bu une bière au comptoir. A travers le brouhaha des voix, j’essayais d’entendre la musique que crachotaient en sourdine deux enceintes fixées à une fausse poutre. Le son de l’oud, d’une guitare électrique, celui d’une voix venue d’Orient, des percussions. C’est dingue comme la solitude est pesante quand autour de soi la vie bat les heures à venir. Moi, j’ai l’impression de faire du sur place.

Je n’avais ni envie de rentrer, ni retrouver le silence de mon appart, ni entendre les petits pas pressés du môme de la locataire du dessus. Elle, je n’ai jamais entendu sa voix. Mère célibataire, un sourire en guise de bonjour, bonsoir. Son gamin dans les bras, elle monte les marches deux par deux, les descend tout aussi vite. Même chargée de sacs de courses elle survole la terre. Le môme il a des rires dans sa voix. Dans ses yeux aussi. Un vrai rayon de soleil.

Je rêve. Je rêve d’éloigner les nuages et d’une femme à mon bras. Je rêve d’être le vent dans ses cheveux et d’épouser son regard solaire. Je rêve d’une femme qui n’aurait pas envie de me quitter. Une femme qui n’oublierait pas de m’embrasser le matin, que j’embrasserai le soir en retour.

Un rêve où l’indigo de la nuit s’ornerait de lumières.

Crédit photo Pinterest