Blog en pause

Palette d’expressions prend ses quartiers d’été. Faute de temps, une longue pause s’impose pendant laquelle j’espère finaliser des projets qui traînent en longueur. Notamment un projet de livre d’art et un roman. Ces projets me tiennent à cœur et me demandent une disponibilité d’esprit que j’ai du mal à avoir en ce moment. Je m’absente donc de la toile pour une durée indéterminée.

Très bel été à toutes et tous et à bientôt.

C’est bien ainsi que va la vie

Je n’ai pas oublié la musique des nuits sans lune
où la caresse de la houle épouse la pluie
où chantent les notes du ressac
en réponse à la voix des autres 

alors que les années passent et que s’apaisent les jours 
il demeure les blessures entre les vides
ces disparus liés aux fragments d’existence
ces absences sans nom qui errent  
ombres sourdes tracées au cordeau
des âmes aux contours éloignés  

comme les lignes palpitantes de ma main
j’irai dessiner sur le sable le vivant 
simples empreintes fugaces 
que les vagues effacent sans oubli
c’est bien ainsi que va la vie

Piquenique d’agenda ironique

En juin, l’agenda ironique est hébergé chez Le retour de Flying Bum où il fait bon piqueniquer sous le soleil de l’été. Un peu corsé le piquenique cela dit, et c’est tout le plaisir des mots imposés : flavescent, amphigourique, sycophante et nidoreux à semer tout au long de ce déjeuner sur l’herbe et pourquoi pas y ajouter aussi un régionalisme ou deux. Piquenique assuré jusqu’au 24 juin, ensuite viendront les votes.

Toutes précisions sur cet agenda et toutes participations sont à déposer chez Luc, ICI

Crédit photo: Le retour de Flying Bum

L’homme et la mer

Alors que tu longes la mer comme on rêve l’apaisement ; en bordure de dunes, les oyats, les chardons, les liserons tanguent sous la brise et annoncent les premiers signes de l’apesanteur. L’intranquillité devient sans horizon, loin de toute flottaison. Tu t’enracines dans le sable au milieu des coquillages et le balancement lent des vagues murmure ce parfum piquant et iodé du sable humide. C’est une musique. Celle qui se lit sans bruit et berce le temps du littoral. Une mélodie. Peut-être naissante ou saisie sur le vif du vent levant. Une bouffée d’enfance qui surgit et que tu laisses partir. Tu ne retiens rien. Seul ton cœur qui bat lent et tranquille.

Mathilde

Photo Jacqueline Roberts

Eclairé par le soleil d’une fin d’après-midi de mai le salon vibre de lumière. Il y flotte un parfum douçâtre de roses fanées. Dans l’appartement que nous habitons — quatrième étage sans ascenseur —, le bureau se trouve proche de la fenêtre qui donne sur le jardin public. J’y fais mes devoirs depuis mes premières années scolaires car j’aime laisser mon regard se perdre vers les grands arbres et les taches de couleur qu’offrent les fleurs des massifs. Dans les grandes allées, la course-poursuite des touts petits enfants sont comme des ombres mouvantes. Sur le bureau se trouve une photo encadrée sur laquelle je tiens contre moi un ballon trop grand et toi qui me tiens dans tes bras. Ce jour-là, outre le cadre photo, il y a une feuille posée bien en évidence. Une feuille blanche sur laquelle tu as écrit trois phrases à l’intention de maman. Anna, je pars. Je te quitte. Je repasserai chercher mes affaires.

Trois lignes d’une écriture ferme et sèche qui prennent une large place sur le format A4. Je peine à croire que tu aies oublié que je fais mes devoirs sur ce bureau. J’y goûte aussi, même si maman et toi l’avez interdit. Mais vous n’êtes pas là lorsque je reviens de l’école et je prends soin de bien enlever les miettes que les BN à la fraise ne manquent pas de tomber sur le bois sombre. De toute façon depuis ce jour, ça n’a plus la même importance. Je continus à faire mes devoirs sur le bureau et à y goûter et maman pleure dans sa chambre.

Trois phrases c’est peu et pourtant celles-ci ont façonné le devenir de mon existence. Elles m’ont accompagné tant de fois. Elles ont tourné en vrac dans ma tête. Dans un sens puis dans un autre, peu importe au fond laquelle prend le pas sur les autres, elles me défient d’y trouver autre chose que ce qu’elles signifient.

J’ai grandi papa. Le bureau n’a pas changé de place. La photo a été enlevée par maman. Je l’ai rangée dans le livre sur les dauphins que tu m’avais offert pour mes sept ans et que je n’ai plus ouvert après ça.

Parce que tu n’es jamais revenu ni n’as plus donné de nouvelles, j’ai longtemps cherché à comprendre ton abandon. Je me suis construite autour de ton silence et de ton absence. Autour de ces trois phrases où visiblement je n’avais aucune place.

J’ai grandi papa. Prisonnière du doute, je subsiste au milieu des autres comme on tombe dans l’oubli. Je suis un grain de sable, perdue dans le flot du courant.

Mise en regard : Laurence Délis.

Emue à chaque fois que l’un de mes tableaux inspire de la poésie
Merci tiniak ❤

poLétique et tocs

Aligne-m’en (des soieries très précieuses)

Fort peu me peine un crépuscule
à l’or rangé
(ainsi qu’on voit aux défilés
passer les armes)
Le jour finit, mais n’y saurais
verser des larmes
et nulle antienne de capule
à dégorger

Les charmes doux d’un mois de mai
se font sentir
aux doigts regarnis des fruitiers
à la parade
un fleuve y va de nouveaux ris
sa promenade
où des amoureux alanguis
viennent frémir

Demain s’éloigne de ma vue
pourtant qu’un soir
a relégué ce jour d’avril
entre les murs
Moi, c’est pour les nocturnes fronts
que je suis mûr
que je m’offre un faste abandon
au bon vouloir

Aïe ! l’ai-je encor entr’aperçue
Ma Douloureuse ?
Elle était, ça ! trop trop heureuse
à regarder
J’aurai passé ma nuit de brute
à m’enrayer
dans les alignements du port
et ses rieuses

Illustration : Laurence Délis, L'Avancée du Jour, sur le meilleur blog de poésie moderne, Les poLésiqaques, du poète tiniak.
Illustration :Laurence Délis,L’Avancée du Jour.

tiniak ©2022…

Voir l’article original 10 mots de plus

La valeur de l’instant

J’ai saisi la valeur de l’instant comme un éclat de bonheur simple. De la fraicheur du vent sous le soleil d’avril. Le parfum de l’herbe coupée. Les voix autour de moi. Vivantes. Et dans les branches nues du catalpa les mésanges qui échangeaient je ne sais trop quelle conversation chantée.

En passant les rivières

En passant les rivières
nos âmes traversées d’inquiétude en quête de racines
se sont repliées dans le secret de la terre 
fêlures fragiles s’armant de patience et de permanence
de branches d’orage
en rameaux d’étendues 
modelant l’eau le feu
l’air et la terre
nous irons dans le battement sourd du monde
écouter les galets rouler vers la mer
apprivoiser l’univers
et ce qui nous sépare comme autant ce qui nous lie


le seuil de l’espérance

Alors que l’on s’inquiète des ravages qui sévissent un peu partout, de l’abîme qui manque de nous faire chuter, il demeure dans ta bouche un goût de révolution de velours, un regard défié vers le monde en dérive ; une trouée dans le ciel. Tu regardes le jour qui s’allonge aux couleurs du vaste monde, la terre qui parfume le ciel de sarriette et de menthe fraîche. Tu dis que la nuit est belle dans le lent balancement de l’instant. Tu dis, écoute, l’affolement du torrent est le chant du printemps à venir. D’un geste délié tu effaces le reste des frimas de l’hiver comme on laisse partir la saison, avec la certitude de son retour. Il y a dans tes pas et ta voix la danse du temps qui passe et cette danse est généreuse. Je te vois sous la pluie fendre le vent pour marcher dans les airs, les yeux grands ouverts et le sourire aux lèvres dans l’expressivité du vivant. C’est, je crois, ce qui me rend vivant aussi. Dans tes bras je frôle l’éternité. Je trace tes courbes comme un champs des possibles infinis et dans le frôlement de nos caresses je saisis la lumière courir sur ta peau et autour de nos corps mouvants. J’y entends les années vécues au son du zéphyr, c’est un intervalle qui franchit le seuil de l’espérance, ce temps vécu nulle part ailleurs qu’en nous, sans autre attente que celle du moment présent.

In extremis, pour l’agenda ironique hébergée chez Brigetoun dont le thème ce mois-ci était « L’attente » auquel il fallait ajouter les mots zéphir, frimas, velours, fendre, torrent, seuil et sarriette.

Urbexplos de voyage en terres cachées – La Maison sculptée #1

A découvrir, Voyage en Terres contées, un blog sous forme de carnets de voyage collaboratif, joliment illustré par des dessins d’Antonin Briand

Voyage en Terres Contées

Illustration de Antonin Briand

« Il faut trouver la bonne structure,
puis regarder ailleurs.
Après, ça se fait tout seul . »
Jacques Lucas – 6.03.22

Par Aurore Blanc

Nous arrivons au numéro 24 du le lieu dit Lessart, à Amanlis, près de Janzé, au son de la chanson Lothlorien de la bande originale du Seigneur des Anneaux . On n’aurait pas pu trouver mieux pour voir surgir du bas-côté les premières sculptures de Jacques Lucas. On se croyait un peu perdus, prêts à arriver dans la cour d’une ferme et à devoir faire demi-tour en pestant contre les aléas de Google Maps… Et puis pouf ! Ces statues rieuses couvertes d’entrelacs semblent soudain nous faire signe. C’est bien là. Un simple petit écriteau nous invite à nous garer dans la courette d’une demeure dont on ne soupçonne pas les merveilles depuis le bord d’une route de campagne comme les…

Voir l’article original 549 mots de plus

L’homme debout

Il fait nuit sur les terres de douleur. Ne subsiste que ruines et détresse et les pleurs troublent le silence d’après. Tu te risques à sortir pour te rassurer, prendre la main qui se tend, enlacer le voisin que tu ignorais avant. Combien faudra-t-il vivre de blessures avant de saisir l’amour ? Faut-il côtoyer la violence et l’aberration pour humer le désir de vivre ? Tu te demandes pourquoi les hommes ont peur de la lumière. Tu portes en toi les siècles passés, la mémoire des erreurs commises et l’absurde de celles qui demeurent encore. Tu portes en toi l’étincelle de sagesse qui ne demande qu’à grandir, le courage des téméraires, ta constance à bâtir le présent. La force de ta survivance.

Tout ce qui compte

J’ai vu la pluie frapper la terre et la course vive des fleuves charriant les bois et les corps. C’était un matin pâle d’hiver où les digues des hommes d’importance se sont écroulées dans le fracas des villes sans âmes. On voyait sombrer les immeubles et les arbres se dresser dans le vent hurlant. On savait. Bien sûr que l’on savait. Les exodes avaient commencé depuis moins de dix ans. Des familles incomplètes arrivaient dans les villes surchargées. On ne parlait plus de migrants ni d’étrangers mais des sans peuple. Sans racines. Où porter le regard quand ton pays n’existe plus que sur des cartes obsolètes ?

J’ai vu la terre s’ouvrir, cracher le feu de la colère et de la souffrance devant les hommes qui se détournaient, obsédés par l’ivresse du pouvoir et l’ambition d’égaler les dieux. La mort guette, la mort abonde dans la pauvreté des sols souillés et la faim dans les yeux des enfants. Dans les pandémies répandues sur le monde, sans limite ni frontière.

J’ai entendu le refus de l’évidence tandis que les stigmates de notre planète fossilisaient nos corps fragiles. J’ai vu des hommes et des femmes s’armer de colère pour en faire leur force, tourner le dos à la décadence, se relever de l’accablement et de l’usure de l’âme.

Tout ce qui compte est à portée de main. Dans le chant de l’eau et celui des oiseaux. Dans le rire des enfants qui jouent dans les arbres. Dans le soleil qui réchauffe mes vieux os. Dans l’espérance. A toi je peux le dire, il y aura bien des combats encore à mener, bien des terres à guérir et des peuples à nourrir. A toi je peux te le dire, tu n’es pas encore né et pourtant, je le sais, tu es déjà prêt.

L’Arbre XV

Encres couleur sur papier

40 x 40 cm

Je vis dans une maison tumultueuse et heureuse. Mes grands enfants viennent, s’installent, repartent, selon les aléas de leur vie. C’est une maison où la pièce à vivre donne sur la cuisine où je travaille. J’ai toujours peint ainsi, même lorsque les enfants étaient petits. Je m’adapte au fait que la maison soit vivante. Cette semaine, pendant quelques heures on a fait de l’espace dans la cuisine (bancs, chaises et table repoussés dans le fond de la pièce) pour que Lucile en formation de danse dans la Drôme puisse répéter. (Dans la maison c’est l’endroit le plus facile où faire de l’espace.) Lucile a pu ainsi travailler sa chorégraphie en vue d’une représentation à Toulouse où elle était invitée. Il y avait la musique. Je peignais avec mes pinceaux, mes couleurs sur un coin de la table et Lucile dansait. Et chaque moment vécu était parfait.

Dans le silence froissé de l’aube

les nuits ont encore un parfum d’hiver
caresses de fraîcheur et de figues sèches
 
à travers la course du fleuve et les montagnes blanches
du sillage de brume aux notes piquantes  
le silence froissé de l’aube
penche vers la mer 
la mer

comme la forme de l’eau épouse la terre
et sillonne les traverses du temps
se nourrir du chant de l’eau
comme on s’apaise face à la mer


Nathan et ses frères

« Tandis que les autres demeuraient silencieux, il se mit à aller et venir, fouillant dans tous les tiroirs. Dans le crépuscule qui descendait on ne discernait de lui qu’une ombre nerveuse aux gestes précipités. J’aurais dû me taire, dit Nathan pour excuser l’attitude de Rémi. David haussa les épaules et sans un mot se leva du canapé pour attiser le feu dans la cheminée. L’hiver était particulièrement froid et la maison vétuste, difficile à chauffer. Depuis leur arrivée la veille, ils s’étaient installés dans le bureau de leur mère — la seule pièce où la cheminée fonctionnait bien —, peu enclin à rejoindre les chambres glaciales situées à l’étage. Ils avaient déplacé le canapé, ajouté une table basse devant l’âtre, comme pour se créer un lieu dans lequel les quatre frères se sentiraient bien. L’atmosphère inquiétante qu’avait entretenu leur mère, son imagination menaçante et son incapacité à s’occuper de ses fils avaient longtemps crée une sorte de distance entre eux. Nathan, qui avait été le premier à quitter la maison familiale — à fuir tout bonnement, il le reconnaissait — se disait que se revoir après toutes ses années avait quelque chose de triste et d’heureux à la fois.

Eric, assis dans le fauteuil observait Rémi, toujours en proie à une frénésie d’exploration vaine des tiroirs du secrétaire. Le matin, ils avaient fouillé la chambre parentale même si depuis le départ de leur père vingt-cinq ans auparavant, leur mère n’y dormait plus. Toutes les notes, les carnets, les bouts de papier avaient été passés au crible et une nouvelle fois les tiroirs du secrétaire avaient été fouillés. C’était un meuble lourd au bois sombre. Imposant. Leur mère avait passé la plus grande partie de son temps assise devant à y écrire. Dans la ville portuaire où elle avait toujours vécu, le journal local, fier de la petite renommée de la romancière, l’avait surnommée « La nouvelle Marie Shelley ».

Rémi s’obstinait — il avait été le plus assidu des quatre frères à suivre les aventures morbides du meurtrier. « Le sicaire » — titre de la série de romans — était un personnage récurrent dans les histoires de l’auteure. Durant toute sa carrière leur mère avait entretenu le mystère de son identité, créant une aura de mystère et d’horreur autour de lui. Nathan s’était souvent demandé jusqu’où elle pouvait aller dans la folie pour alimenter ses thrillers.

Au bout d’un moment, Rémi revient vers ses frères et s’étendit sur le tapis, les bras derrière la tête, le regard songeur : « On ne saura jamais soupira-t-il. Pendant des années elle nous a promis un nom, et voilà qu’elle l’emporte dans la tombe. »

Nathan jouait nerveusement avec un galet ramassé sur la plage un peu plus tôt dans la journée. Les souvenirs affluaient, rarement heureux. Eric se saisit de la bouteille qu’il venait de sortir du bar. « A défaut du nom du sicaire, dit-il j’ai trouvé du rhum. Vingt ans d’âge. On va trinquer à cette histoire qui ne connaîtra jamais de fin.

Devant l’air déconfit de Rémi, David se pencha vers lui, ébouriffa ses cheveux avec affection.

– Bah, peut-être pouvons-nous continuer cette histoire. On a suffisamment de notes et les premiers chapitres de son dernier roman pour écrire la suite. Peut-être pouvons-nous imaginer que les fils de la dernière victime se revanchent »

– Oui, pourquoi pas ? C’est une idée à creuser.

Un ange passa. Nathan voyait déjà les rouages de l’intrigue se mettre en branle dans la tête de ses frères. Dehors, le vent sifflait. La danse des flammes réchauffait le silence. Personne ne se serait aventuré à évoquer le plaisir de se retrouver, mais c’était pourtant le cas. Ils parlèrent, les paroles entrecoupées par les verres qu’ils buvaient et, au fil des heures la nuit fut aussi ponctuée d’éclat de rires. Elle s’écoula ainsi par fragment, sans qu’aucun d’eux ne se décide à quitter la pièce. »

J’ai fait de même, restant éveillé jusqu’à l’aube à les imaginer boire, à se raconter quelques sombres histoires comme celles écrites par leur mère, alors que les céphéides palpitaient dans le ciel. Je me suis projeté dans leur salon, avec assurance. Je peux dire qu’ils sont mes complices. Je peux sentir l’arôme du rhum, la chaleur du feu, entendre leurs voix. Je connais leurs défauts et leurs qualités, le parcours de chacun. Ils sont un peu de moi, sans aucun doute. Comme beaucoup d’écrivains il est vrai que je m’attache facilement aux personnages que je crée.

Hors délai mais participation tout de même pour l’agenda ironique hébergé et concocté ce mois-ci par Lyssamara.

A l’heure fauve

A l’heure fauve

Où s’affranchissent les turbulences

et s’étendent les branches en tissage séculaire

on rêve

on rêve de mousse et de sève

on rêve simples mortels

à l’orée de l’éternité

à hauteur de ciel

à hauteur de terre

tandis que s’éveillent les éphémères

et le chant discret de ceux qui veillent

Encres couleur, acrylique, pastel à l’huile sur papier

Format 30x40cm