Hiver

Eblouie par l’éclat paisible du soleil d’hiver je repousse toutes les inquiétudes et grave des paysages traversés de fissures et de failles. J’écoute les roulements répétés du tonnerre, le début de quelque chose, le pardon des hommes, ta voix de silence, le vent secouer les arbres avec ardeur.

Il y a les nuages gonflés de pluie, les mimosas en fleur, le fleuve en crue. Nos têtes levées vers le ciel. Habités de cette seule certitude que seul suffit aujourd’hui.

L’existence de l’art

J’avais espéré débuter 2021 par une exposition où le public serait présent. – se motiver, se projeter vers l’avenir, toutes ces belles idées que l’on tente de mettre en pratique pour tenir. Sélectionnée en catégorie peinture avec onze autres artistes peintres pour Artempo 2021, à Cugnaux en Haute Garonne, le salon des arts plastiques prévu en janvier pour une ouverture au public s’est finalement tenu en virtuel. Cela m’a tant déçue que je n’en ai pas vraiment parlé autour de moi.

Je veux bien réinventée l’art, chercher de nouvelles façons de l’offrir aux autres et c’est, il me semble, ce que je fais aussi à travers ce blog. Toutefois cela ne suffit pas. L’art sous toutes ses formes prend aussi corps à travers le regard du public et rien ne remplace le plaisir de visu.

Outre la lassitude, je ressens une profonde tristesse face à la situation qui stagne, voire qui empire pour la majorité des artistes. A force de ne pas exercer on s’affaiblit et c’est toute la société que l’on fragilise. Jusqu’où faudra-t-il aller dans l’inexistence pour comprendre ?

Tout artiste se meurt de ne pouvoir exercer et montrer ce pour quoi ils vivent et vibrent.

Voyage XX

Quand Voyage XX s’anime de la poésie de Barbara Auzou.

Merci Barbara. Infiniment.

Peinture acrylique, encres couleur, marqueurs acrylique

format 40 x 50 cm

nous marchons de visions en visions

dans la mer inentamable dont nous partageons

les voeux profonds les gestes autonomes

les bras d’ailes et de moulins et tout nous ramène

à l’infrangible unité de la vague

à la plaie fièvreuse et tendre nous en habitons

le centre les portes et les fenêtres la pliure du coeur

avec son sel les paupières où l’on danse

nous tendons en robes de ciel en mousses de lilas

nos mains douces vers un échange très simple

 insulaire

quelque part entre la fugue et le silence

Barbara Auzou.

Sept février

J’ai pensé doublement à toi aujourd’hui. J’ai essayé de compter les années passées sans toi et puis le décompte m’a paru si peu en adéquation avec ton absence que j’ai laissé tomber le calcul.

A la radio, Sydney Bechet jouait « Petite fleur ». J’ai tourné sur moi-même et ai esquissé quelques pas de danse.

J’ai saisi la musique comme le témoignage de ta présence.

Etre vivant

Un jour au bord du jour, un jour un peu flou et un peu fou, j’ai rêvé d’être vivant. Etre l’élève qui se révèle, s’arme du courage des braves et ose l’annulation des jours tristes et autres figures de carême.

Alors j’ai regardé de face le monde vorace, la réalité masquée à grand renfort d’images factices. Les villes bouffies d’arrogance, les forêts qui brûlent et les cultures en souffrance. L’homme perdu, la femme accablée d’inquiétude, l’enfant disparu. La peine et la lassitude courbant les corps et les cœurs négligés.

J’ai rêvé d’être vivant pour chasser chaque impossibilité, donner du goût à l’avenir. Et enfin t’accueillir

On prendra les chars à voile pour retrouver la mer. La mer. Et sous l’élan du vent, le regard confiant, nos empreintes auront la couleur du temps.

Les plumes chez Emilie. Du thème Carnaval 14 mots à placer : annulation, élève, masquer, monde, brûler, beignet, femme, accueillir, fou, oser, carême, char, couleur, culture. j’ai fait l’impasse sur beignet.

Insomnie

Entre deux pauses endormies

j’entre en terrain vague

La nuit s’étire d’heures infinies

dans lesquelles je pourrais écrire mille histoires

m’étourdir du son des couleurs et de la matière des mots

m’affranchir de la pesanteur et de toute peur

Mais dans l’obscurité les ombres dansent

les noctambules et autres oiseaux nocturnes se sont tus

même le vent incite au silence

Voyage XIX

Dernier né de la série Voyage, « Voyage XIX », illustré par la poésie de Barbara Auzou.

Merci Barbara. Infiniment.

Peinture acrylique, encres couleur, marqueurs acrylique, pastels à l’huile

Format 50 x 70

Je me hâte et me reforme

les pieds sur une fosse marine

au sortir d’une nuit incertaine

j’effleure une échine 

pour que les bras et la mer se comprennent

j’invente des refuges

j’invente des détours

je me hasarde vers une étendue d’eau à ma mesure

la vie s’enroule douce et dure

maison cellulaire dont je caresse les lézardes et les commotions

dans l’affolante et tendre sororité des sphères

la rougeur reposée s’endort bientôt dans sa laine

vois-tu il y a toujours des strates orange d’arrière-soleils

dans ce qui émeut la pierre au plus profond

Voyage IV

Sous la plume de Béatrice, Voyage IV s’anime d’un nouveau langage poétique.
Merci à toi ❤

Art et Semence

Avec le chaleureux assentiment de Laurence Délis, Voyage Restropective I et Voyage Restropective II, Je vous propose de continuer ensemble cette invitation au Voyage, inspirée de ses fabuleuses œuvres. Merci à Laurence pour ces belles représentations.

L’ébullition de tel ou tel propos, les distanciations de telle ou telle démarche, peu importe. Nous continuâmes de nous retrouver à l’extrême limite, frontière invisible qui nous parlait d’un autre monde. Nous avions comme suspendu littéralement les questionnements et immobiles, tous deux, nous regardions à ne plus jamais nous extraire du regard, car, en lui, voguaient nos réponses et nous étions serrés l’un tout contre l’autre, dans le froid hivernal. Ce qui était étrange, c’est que nos yeux devançaient tous les défis, et toute chose, et tout ce qui était connu, se défaisaient dans les ourlets du temps et de l’espace. Quand nos mains se retrouvaient, nous approuvions par elles nos liens…

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Elise

La caméra super 8 avait été un cadeau commun de la part de toute la famille. C’était souvent le cas avec les cadeaux qu’Elise et moi recevions. Un cadeau pour deux, comme si le fait d’être né le même jour justifiait une telle idée. Elise l’avait monopolisée pendant plusieurs semaines. Elle s’était créé une nouvelle identité, une profession – reporter de guerre – et les voisins et moi n’avions pas eu réellement le choix. On avait dû se résigner à être ennemis et à courir, sauter, se vautrer dans la boue pour coller au plus près des personnages. Elise avait de l’imagination à revendre mais ses scénarios laissaient à désirer. Il fallait toujours concevoir de nouveaux défis, explorer son inventivité aussi loin que possible. Cela ne durait guère cependant et j’avais appris à patienter, jusqu’au moment où, lassée de son rôle et du cadeau qui allait avec, elle l’abandonnait sans le moindre regret.

Une fois la caméra en main, elle devint une extension de mon bras, de mon regard, de ma vision du monde à travers celui de ma sœur. La première fois que je filmai Elise, elle chantait Banana-split dans le salon et se dandinait en tenue rose fuchsia comme Lio dans le clip qui passait à la télé. Elise aimait vivre vite, se saouler d’aventures de toutes sortes. Je la considérais, émerveillé par son appétit si grand. Elle aimait fort, et notre lien particulier se nourrissait de cette énergie. Ne t’arrête pas de filmer, Eliot, disait-elle, tu es notre mémoire.

Je filmais ainsi l’adolescence d’Elise. Elle apparaissait tantôt lumineuse, tantôt incertaine. La transformation de son corps, sa pudeur nouvelle. Sa vie d’adulte. La mélancolie qui surgissait sous les éclats de rire. Et sa fragilité me heurtait comme un rappel. Le bonheur ne pouvait être capturé. Je recueillais avec quelques avidités toutes les heures heureuses, comme pour prévenir les jours sombres et si elle mit des réserves sur les moments douloureux qui jalonnent toute vie, elle me laissa libre de filmer ses aléas. Son mariage, ses enfants, son divorce, son premier petit-fils. Elle était si fière d’être une jeune grand-mère, se moquait gentiment de ma lenteur à vivre. – Je n’ai rencontré ma femme Madeleine que dix ans après le mariage d’Elise. Ainsi, étape après étape, nos existences restèrent imbriquées l’une dans l’autre.

Aujourd’hui, je montre à Elise mon premier film restauré, celui où elle danse et chante sur Banana split et pendant un instant un sourire égaye son visage puis comme pour beaucoup de choses, elle s’en désintéresse rapidement. Elle est assise dans son fauteuil préféré. Son attention est portée vers la fenêtre de sa chambre, là où les arbres du parc se balancent doucement dans la brise. A un moment, elle se lève et j’oublie que je filme. Je la regarde, je murmure son prénom comme pour la ramener vers moi, mais elle s’éloigne déjà, le regard à nouveau figé vers la fenêtre. Où es-tu partie, Elise ?

La mémoire est une drôle de machine. Si fragile. Je filme Elise. Sa posture droite, l’expression de son visage à présent trop souvent perdu. Et je rêve.

Je rêve qu’elle se tourne vers moi, me reconnaisse, se souvienne de moi.

Les Plumes chez Emilie. Du thème NOSTALGIE, quatorze mots à placer : se souvenir, plus, famille, regret, heureux, madeleine, ainsi, aléa, apparaître, adolescence, résigné, rêver, restaurer, banana-split

Crédit photo Pinterest

Silence

Si je n’ouvre pas les yeux, rien n’existera, surtout pas ma nouvelle réalité, je pourrais alors imaginer que rien de tout cela n’est arrivé, imaginer le monde comme j’aurais aimé qu’il soit, sans les disputes incessantes ; les cris le matin, les cris le soir, les objets qui valsent avant de se fracasser sur les murs, parce que, hein, si c’est moi qui fait le plus de bruit, c’est moi le plus fort, c’est comme ça à la maison, pas de répit dans l’affrontement, même la nuit ça gueule encore, à croire qu’ils ne savent pas comment faire autrement pour retenir la rage et le manque d’un truc que je ne comprends pas, sans doute parce que je ne l’ai jamais connu moi non plus, alors bien sûr je rêvais de silence, d’un silence empli de toutes ces choses que j’entendais chez les autres, un silence bordé de murmures d’affection, je rêvais, oui surtout depuis que j’avais trouvé mon propre silence, celui qui se frayait une place de choix dans les cris, il suffisait que je mette le casque pour écouter la musique, et là, y avait plus rien qui m’atteignait, les notes se mêlaient aux chants, c’était comme des voix qui venaient du ciel, ça me transportait loin, ça m’aidait à faire abstraction, oui ça m’aidait à tenir, j’avais même l’idée qu’un jour quand je serai grand, je pourrais moi aussi apprendre, et pourquoi pas créer un air qui rendrait les gens plus heureux, il y avait des trucs comme ça qui me passait par la tête quand je mettais le casque sur mes oreilles, tout à coup, je n’étais plus réellement dans la maison, j’étais dans un lieu unique avec la musique qui masquait les cris et j’oubliais où j’étais et je me faisais oublier ; pas que je prenais beaucoup de place, hein, j’étais un gamin qui comprenait vite qu’y avait intérêt à ne pas rester à côté d’eux parce que sinon c’était moi qui recevait la fureur, celle qui s’accompagne de coups, des coups soudains solidaires, mes parents ils avaient cette idée en même temps, c’était seulement dans ces moments-là qu’ils s’entendaient, alors des fois, oui des fois, je m’inventais une autre famille comme celles des copains quand, à la sortie de l’école, leur mère se penchait pour les embrasser, je mettais le casque sur les oreilles, je fermais les yeux et la mélodie amplifiait l’idée qu’un jour je connaîtrai ça moi aussi et si je n’y croyais pas tout à fait, la musique que j’écoutais me donnait l’illusion, ça me suffisait et puis je me disais que moi aussi un jour je serai capable d’inventer du rêve, ça créait de l’espoir, oui comme un fou qui ne saisit pas la laideur du monde, j’imaginais le parfum léger de l’amour dans des bras qui ne me prenaient jamais, des fois j’y croyais si fort que lorsque mes parents cessaient de hurler, je ne pouvais pas m’empêcher d’essayer de me faire une place à côté d’eux mais c’était comme s’ils ne me voyaient pas, ou plus probablement qu’ils ne voulaient pas me voir, alors un jour j’ai pensé à un truc pas très intelligent, j’ai pensé que si moi aussi je me mettais à crier, j’existerai enfin à leur yeux, c’était pas très intelligent, c’est vrai, c’était pas malin, mais j’avais à peine dix ans, on fait quoi pour exister aux yeux de ses parents à cet âge-là, j’en savais rien, moi je voulais juste qu’ils me regardent vraiment, alors oui, j’ai crié pour exister un moment, et quand à leur tour ils se sont mis à hurler et à frapper j’ai pas pu faire autrement que laisser faire ce qu’ils savaient si bien faire jusqu’à ce que je n’entende plus leur cris, non, plus aucun bruit, ils y ont tellement été fort que maintenant c’est le silence tout le temps autour de moi, mais pas en moi, non pas en moi, parce que, si à présent je n’entends plus leurs cris, c’est pareil avec la musique, et croyez-moi y a pas plus violent que ce silence-là car j’ai perdu la seule chose qui me tenait debout et depuis, y a pas moyen de l’empêcher, maintenant c’est les larmes à l’intérieur de moi que j’entends tout le temps. Tout le temps.

Ce texte traînait dans un tiroir depuis plus de trois ans. C’est en lisant le très bel article de fond « Hey Jo » Ou l’histoire de la violence conjugale chez Pigraï Flair / La culture a du sens que j’ai eu envie de le partager. Merci Alan.

Crédit photo : by mechtaniya

Voyage III

Quand les mots de Béatrice s’inspirent de Voyage III la danse des océans prend forme
Merci à toi ❤

Art et Semence

Avec le chaleureux assentiment de Laurence Délis, Voyage Restropective I et Voyage Restropective II, Je vous propose de continuer ensemble cette invitation au Voyage, inspirée de ses fabuleuses œuvres. Merci à Laurence pour ces belles représentations.

Nous ne cherchions rien, nous avions découvert le fait même d’être en mesure de découvrir et l’indolence des mots couverts de nos appréhensions devenaient des furtivités incantatoires. J’imprimais sur certains parchemins nos évidences. Nous avions pu nous délivrer des modalités du monde et c’est à ce moment même qu’il se conçut un miracle inouï : nous n’avions plus besoin de manger, ni de boire, ni de vivre les occupations communes. Nous nous étions échappés du rêve. De l’autre côté, nous avions chapitrés les moments ininterrompus de notre interrogation. L’éphémère était une discipline, le réveil une trêve. Nulle vicissitude. Nulle astreinte. Nous rîmes tout le temps d’une seconde, celle qui fut l’apparition furtive…

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Sous le chêne

Tandis que j’avançais la confiance fragile, Julie débordait de naturel et d’assurance et croquait l’existence avec enthousiasme. Dès les vacances, elle arrivait au village, délaissait les robes et se vêtait d’une jupe-culotte usée, d’une paire de baskets aux lacets colorés et pull trop grand. Le petit bois à la sortie de la commune était le lieu de nos rendez-vous. Enfants, nous jouions à qui franchirait à vélo le « fossé de la mort ». De belle largeur, bourré de feuilles et de glands selon la saison, il fallait pédaler vite, ne pas ralentir l’allure et une fois le fossé traversé, esquiver les racines du vieux chêne. Je ne comptais plus le nombre de chutes, les genoux et les mains écorchés en dérapant dans l’entrelacs des racines. Entouré d’une majorité de pins, de fougères et de bruyères, le chêne était immense et large, ses branches si basses qu’il abritait la plupart de mes confidences. J’y venais de temps à autre déverser l’absence de mon père et la tristesse de ma mère. Quelquefois Julie m’y rejoignait. L’arbre devenait alors notre foyer. On s’allongeait dessous, les bras croisés sous notre tête. Nos vêtements s’imprégnaient des odeurs de la terre. Je respirais à plein poumons celle des feuilles et celle de la résine des pins maritimes jusqu’à saisir le parfum discret de Julie.

L’hiver, le chêne nous protégeait de la pluie, et malgré l’humidité et le froid, le moment était paisible. L’été, sous les branches, le soleil se dévoilait par intermittence et Julie tendait son bras, bougeait les doigts de sa main d’un geste délié et gracieux. Sa peau blanche découverte se revêtait tantôt d’ombre, tantôt de lumière. Julie jolie, pensais-je sans le lui dire. Ses petits seins bombés sous le débardeur, ses lèvres charnues, sa chevelure brune, les courbes rondes de son corps. Le parfum de sa sueur mêlé à celui de son savon. C’était tout un ensemble qui fusionnait, balayait le vide de ma vie sentimentale. Je regardais Julie, je me disais qu’elle n’ignorait rien des sentiments qui m’animaient alors qu’elle me parlait de ce garçon qui l’attendait en ville. Sous le chêne, protégée des regards et des jugements, Julie m’autorisait à l’aimer en silence. Ce fut là, sous l’ombre rassurance des lourdes branches, le dos calé contre l’écorce que je compris combien mon attirance pour les filles allait me compliquer l’existence au village.

Pour être libre d’aimer toutes celles qui voudraient bien de moi, il me fallait partir.

Pour les plumes d’Asphodèle chez Emilie Du thème NU, 14 mots à insérer dans le texte : découverte, blanc, vide, confiance, croquer, naturel, grand, métal, dévoiler, culotte, tête, froid, foyer, fusionner. (j’ai fait l’impasse sur métal)

Voyage II

L’itinérance se poursuit, si belle invitation au partage…
Merci Béatrice ❤

Art et Semence

Avec le chaleureux assentiment de Laurence Délis, Voyage Restropective I et Voyage Restropective II, Je vous propose cette continuité, serties de ses fabuleuses oeuvres. Merci à Laurence pour son partage.

Voyage séquentiel et partout comme un abîme de rêve, élaboration infinie de souffles, drapée de petits galets, bleutés car, de certaines azurées, tout est perlé de légèreté. Te souviens-tu des nuits qui furent nos contemplatives joies ? Nous étions deux sur le rivage et nous dansions sans perdre un seul instant la vivace présence. J’y ai inscrit une multitude de phrasées afin que d’autres songent aux dentelures de voiles soupirés, l’extrême de notre amour. As-tu suspendu le pinceau de tes pensées et incrusté nos semences comme formant une île dans laquelle nous nous sommes réfugiés ? Ici commence notre périple, itinérance soluble dans les aspérités d’un monde où tout est résorbé.

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Métamorphose

Lundi est un jour ordinaire. La métropole s’endort dans le désordre multiple des grandes cités. Les sons feutrés épousent les murs de pierres rouges tandis que les lumières paraissent jusqu’à paresser sous le brouillard hivernal. Nos pas se perdent sur les trottoirs enneigés. On a beau courir comme des mômes à la poursuite de nos traces, la ville les absorbe, grouillante, affamée et exubérante, même dans le silence.

C’est mardi que nous commençons à discerner la différence. La cacophonie ambiante se révèle singulière. Au début, c’est à peine perceptible. Il y a bien dans l’air un goût d’inhabituel, un son étrange, des couleurs visibles qui détonnent sur les immeubles, pourtant tout semble encore confus. C’est à l’image de la Terre. Orange amère. Un lacis de fils difficile à défaire sur nos âmes usées..

Il faut attendre mercredi pour voir le bitume trembler sous nos pieds. On ose à peine se toucher de peur de chuter ensemble. On frôle la rupture entre les arrondissements. Des strates sillonnent les chemins que l’on franchit en trois enjambées. Dans les quartiers, les volets s’entrouvrent. Les rues enrobent la saison d’une rengaine inaccoutumée. À l’horizon l’ondulation des blés mûrs s’ourle de jaune

Dans le ciel urbain, le déséquilibre accentue l’incompréhensible. Fragiles, on tangue jusqu’au jeudi. On se prend à espérer le bleu au firmament, le bleu sur la mer. C’est aussi soudain que le désir, aussi appétissant que cueillir des abricots et croquer dedans. Loin des murailles les doutes s’effeuillent à l’infini….

Vendredi a l’apparence de dimension parallèle à chaque carrefour. Les courbes du temps se soûlent à coup d’aurores boréales ; nous perdons nos repères dans les nuances de verts. La cité s’anime de bruit et de vent sur les cinq continents. Puis, dans un murmure, tout s’immobilise. On se blottit dans les bras de la nuit…..

La musique de la pluie nous éveille samedi. La glaise et le terreau se gorgent d’eau et d’indigo. Le ciel vibre à nouveau au-dessus de la canopée. Onésime, les mains à plat sur le sol, écoute la terre. Simple en désir de langage, nous semons l’air libre de nos pensées abritées……

Dimanche, on entraîne avec nous un réverbère en manque de lumière. C’est à celui qui courra le plus vite, le plus longtemps avant que chacun d’entre nous ne s’étende, essoufflé, sur l’herbe piquetée de rosée. Nous regardons la ville s’épanouir au rythme de la danse des arbres. Le pinceau à la main, Onésime trace d’un arrondi violet la naissance de demain et des sept couleurs, le soleil et la pluie courbent l’arc en ciel…….

Pour l’agenda ironique de janvier hébergé ce mois-ci chez Carnets Paresseux. Où il fallait partir à la découverte d’une ville et puis y ajouter une semaine, un réverbère, Onésime et une liste en 7 points (……)

Voyage I

« Voyage I » s’évade au gré des mots d’Art et Semence. Merci Béatrice

Art et Semence

Avec le chaleureux assentiment de Laurence Délis, Voyage Restropective I et Voyage Restropective II, Je vous propose cette inspiration compagnée de ses oeuvres. Merci à Laurence pour son partage.

Nous étions semblablement, telles des nébuleuses, cellulaires et compénétrées de rondeurs au sein du ventre de la terre. Survol au-dessus d’un monde cerclés de dimensions régulières et éclatées, verbes intransitifs de nos mystères, aspirés par l’étrangeté d’une formulation. Filigranes arbitraires mais archivées comme une tentative scripturaire.

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De ta présence

Engranger le beau

nourrir la constance

et se dire tous les silences à s’aimer

J’entends dans le jardin un merle siffler

le vent sur la colline souffler l’autan

et ta voix sourire

comme au premier matin

Cueillir le jour

Dis-moi le refuge de ceux qui réparent l’âme du monde
et tous ces petits pas 
faits et à parfaire 
qui modèlent les heures du matin
 
dis-moi l’amour 
et la caresse de décembre
dans l'assurance des pierres levées  

alors que la saison s’installe
que le fleuve se gorge de pluie
je frôle les strates des sentiments
et comme à l’aube première cueille le jour 
 
j’entends la terre sensible
goûter le silence des arbres 


Tableau à quatre mains : Fran et Laurence Délis

Je puiserai loin

Et pourtant toute la pesanteur charrie même les plus endurcis

et du point limite s’étendent les maux et l’indécis

Je lève la tête vers le ciel et mes yeux vers les visages croisés

cherche le bleu lumière et les rires oubliés   

L’année se prolonge en heures sombres et longues

Alors je puise loin dans la terre l’envie de vivre

la plus petite flamme à saisir

Et de nos racines profondes pétrirai l’avenir.