Du narcissisme

Du narcissisme par La plume fragile où quand un de mes tableaux s’en va vers son nouvel habitat et s’invite aux creux des mots.
Merci à toi Milena !

La plume fragile

Miroir miroir
en de menus détails
grandeur se décompose
devant l’œil turquoise

Expression du Moi – j’ose.

Dentelle de mer osmose
Le bleu du ciel se terre
Sous l’intime barrière
De corail et de mots
Coulée de couleurs en symbiose
Fronces d’écumes narquoises

Miroir miroir
exquise blancheur vitrail
me renvoie ce visage
sensible au bleu d’émoi

Gestes en apothéose.

f.

Illustrations : La Spontanéité d’une pause, de Laurence Délis, récente acquisition dans laquelle mon regard se perd, se noie et revient à lui. Merci, Laurence !

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Au carrefour de toutes les origines

À l’intérieur du monde en dérive, tu pleures. C’est vrai, il est souvent difficile de mettre des mots sur les émotions qui nous heurtent. J’aurais pu te parler des gens sous influences, coincés dans la futilité des mirages, assoiffés de champagne et de tromperie. Des dirigeants à l’armure d’indifférence. J’aurais pu écrire les peuples qui éclatent sous la peur, les cœurs qui s’assèchent. J’aurais pu peindre l’arrogance, la violence. J’aurais pu te regarder pleurer et me détourner.

Dans le silence de la tempérance, je m’éloigne de tout abandon. Toi, dans la sécurité de mes bras, je longe la bordure du monde en souffrance. Et si les ombres pèsent encore, j’élèverai la terre légère pour te nourrir d’espoir. Je puiserai l’équilibre dans le vent ivre et le goût de vivre.

Je te dis les êtres pétris de bonté, ceux affamés de rires et de rêves qui se tournent vers les horizons élargis. Et sous le son flexible de nos échappées et l’air vibrant de l’envol des lendemains on caressera la canopée. Je t’apprendrai.

Je te dis l’amour qui gonfle les fleuves et les paysages de renaissance, la mousse au pied des arbres, l’amplitude de l’espérance.

Et au carrefour de toutes les origines, l’aiguille dans nos mains tissera le rassemblement des hommes libres.

Les Plumes chez Emilie : du thème BULLE, 14 mots à placer : savon, champagne, ivre, écrire, éclater, intérieur, envol, lingère, léger, sécurité, coincer, mousse, air, aiguille, armure. J’ai fait l’impasse sur 2.

Photo : nara simhan

La conversation

Cause toujours, tu m’intéresses, c’est ce que j’ai pensé du voisin qui me parlait de la pluie et du beau temps, alors que je lui répondais c’est vrai, le paysage est beau, les arbres et surtout les massifs d’eau fleuris qui donnent une petite note rafraichissante, d’autant qu’il fait si chaud, encore. Et ça m’a rappelé cet été caniculaire, tu t’en souviens ? Nous étions ivres de chaque minute passée ensemble. On goûtait le présent. Tu disais : Vivons ! Vivons sans jamais être rassasiés et tu ajoutais : « ce n’est pas l’homme qui arrête le temps, c’est le temps qui arrête l’homme » Cet été-là, on cherchait le bleu de la mer jusque sur les murs peints de la chambre et à l’ombre de nos corps, aussi.  Tiens, je portais du noir comme ce soir, un petit déshabillé de coton qui porte bien son nom parce que je ne l’ai pas gardé longtemps. Et toi, voyons voir, ha oui, tu ne portais rien, c’est dingue ça quand j’y pense, alors que depuis des années maintenant tu revêts ce style de pyjama rayé qui te sied, je ne dis pas le contraire mais bon, ça commence à manque d’originalité tout ça, non ? Dis, tu m’écoutes ?

Hum ? Oui, oui, bien sûr que je t’écoute. Bon il est tard, tu viens te coucher ?

Pour l’agenda ironique d’avril, hébergé ce mois-ci par Des arts et Des mots où il était question de « cause toujours, tu m’intéresses » de tableau, de conversation, de citation et autres jeux de mots et d’ironie bien sûr.

A l’heure des torrents d’écume

Photo Lucile Duneau-Délis

Quand au soir le soleil incendie le feuillage et la lande paisible

et tous les murmures feutrés du jour qui disparait

j’entends à l’heure des frôlements

et des torrents d’écume

le passage du vent qui chante l’ivresse de la mer

la terre en poursuite d’aventures sauvages

le bonheur ample du silence des hommes

Bleuet indigène

Bleuet indigène par La plume fragile ou quand un de mes tableaux part vivre ailleurs et que l’inspiration s’invite… ❤

La plume fragile

Bleuet indigène
ou languir en ton absence
les fleurs sauvages
répondent-elles au malheur 

Dunes chaudes
carnassière épopée
caresser ta carcasse 
sort-elle rescapée du sable de l'errance

Silence pour langage
ou bourdonner en ta présence
ton parfum ensemencé
nourrit-il assez mon ventre

f.

Illustration en-tête : À fleur de sable, de Laurence Délis, acquisition qui comble mon regard chaque fois qu’il se pose sur ces ondulations sidérales. Merci, Laurence, pour ton art.

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Traquer l’oubli

Photo : @ Ivan Tsaregorodtsev

Fouillant l’oubli des années

L’oubli des souvenirs

L’oubli de ma peine

Et celui de mon sourire

Respirant l’éveil de la résistance

Et l’agitation du précaire

Je traque ma mémoire

A l’art de vieillir se dispute le tragique de la défaillance

Je compulse le présent

Et poursuis le désir de vivre

Le désir d’être

Le désir

Le

L’

L’oubli

Une photo, quelques mots : Bric à book n°401

Le chant de la Terre

les paumes ouvertes tournées vers le ciel

la pluie rigole entre les lignes de nos mains

sillonnent les fleuves jusqu’à la mer

et sous le ciel ourlé de lumière

je puise dans les plis du temps

la musique des arbres

le vent sur le sable

toute l’âme du monde

écoute

le matin vibre sous l’aube frêle de tous les silences

Photo @Ishtar

Voyage XXII

Quand la poésie de Barbara Auzou accompagne Voyage XXII, l’art s’en trouve grandi.

Merci Barbara. Infiniment

Peinture acrylique sur papier, encres couleur

Format 50 x 65 cm

le coeur démâté

au-dessus d’une douceur

que la mer nous refuse parfois

on vient encore creuser jusqu’à l’eau

avec nos doigts striés d’oiseaux

on use nos galets en location passagère

contre la grande allure du bleu

qui couve en silence son vert repos

et dans un bruissement de chevelures

où vacillent nos vies nos voiliers

on lève un jour un visage de verre

ou de diamant

 comme il nous prononce doucement

on signe sur lui le sable d’une appartenance

sans retour

Barbara Auzou.

La spontanéité d’une pause

Un grand nombre de chutes de papier remplit un de mes cartons à dessin. Souvent ces chutes finissent par nourrir le feu du poêle à bois. Cependant, certaines se révèlent avoir un format intéressant sur lesquelles travailler. Pour moi, c’est l’occasion de peindre quelque chose de rapide, une spontanéité de l’ordre d’une pause. Souvent, ces chutes peintes deviennent ensuite des morceaux de papier déchirés, des morceaux de tableaux sur une future toile, des bouts d’autre chose sur une nouvelle création. Avant que ce soit le cas de celle-ci, voici dans son intégralité la spontanéité d’une pause.

Acrylique sur canson, encres de couleur, pastels à l’huile

(55 x 23 cm)

On a traversé l’hiver

A l’amplitude des champs

où volent les corbeaux

dans l’herbe froide et la terre molle

animés de souffrance de silences

et des blessures de l’usure

au milieu des sillons parcourus de détresse

on a traversé l’hiver

Enlacés dans les replis du temps

j’entends la musique du bois qui craque

le feu qui nous réchauffe encore

jusqu’à renouveler le présent déraisonnable

la folie des sans âge

les nouvelles pousses du printemps

Voyage XXI

Voyage XXI, illustré par la poésie de Barbara Auzou

Merci Barbara

Acrylique sur papier, encres de couleur

Format 30 x 40 cm

passé le verre à l’intérieur du coeur

la tectonique des âmes qui lèvent leur vertige 

toutes blessées d’une fenêtre inquiète

passée la mémoire éparse avec tous ses oiseaux

on devine les mers aux gestes vagues

qui nous laissent le pli des pierres de bonne volonté

les parfums acidulés de l’enfance 

s’enroulant autour de leur première intimité

et tant de poignées de perles perdues au creux de nos cycles

des couleurs les silos toujours nous devancent

quand bien-même notre aisance

à grimper sur nos joies clandestines

Barbara Auzou

Jardiner le printemps à venir

Il est dix-huit heures. Le crépuscule noie sa solitude au milieu des derniers passants.  On s’est donné rendez-vous rue Ménager. On a escaladé le muret, puis la grille fermée du parc. Il y a comme une urgence à vivre qui dépasse la peur. Ce n’est ni de l’inconscience ni de l’obstination à contourner les lois. Je crois que c’est juste vivre. Un désir d’espérance au creux de la désespérance.

On a enlevé nos masques. Je me suis couché de tout mon long sur l’herbe humide. Tu t’es déchaussée. Tes pieds nus dansent sur la mousse. J’inspire fort le parfum de la pluie tombée un peu plus tôt. Les arbres aux branches lourdes de bourgeons prêts à éclore bougent dans le vent. Me revient en tête Renouveau le poème de Mallarmé. Dans le ciel, les nuages voilent les premières étoiles, mais la lune ronde est pleine et laisse entrevoir ses rayons. Je pourrais presque m’imaginer jardiner le printemps à venir. Au loin, on entend les voitures, un avion. Ce n’est pas le silence que l’on a pu connaître l’an passé, ce n’est pas la même anxiété qui nous tient. C’est de l’ordre de la détresse et ça nous ronge sans bruit ni heurt.

Hier, un étudiant du campus a sauté du pont et s’est noyé dans le fleuve. Tu m’as rejoint dans ma chambre. Allongée contre moi, dans mon lit étroit tu as pleuré une partie de la nuit.

Demain, c’est samedi. On ira faire la queue à la banque alimentaire. Si le soleil persiste, on traversera la ville avant de rentrer bosser nos prochains partiels. Tu mettras ton chapeau et je prendrais ta main.

Ce n’est pas grand-chose mais les graines que j’ai plantées dans le pot de confiture ont germé. On est là, penchés tous les deux devant ces quelques brins tendres, la mine réjouie. Tu m’as regardé de tes grands yeux vert émeraude puis, avec lenteur, tu as effleuré mon sourire d’un baiser.

Les Plumes chez Emilie. Du thème vert 15 mots à placer : tendre, jardiner, émeraude, rayon, arbre, renouveau, espérance, graine, peur, chapeau, danser, soleil, mousse, ménager, mine

Crédit photo Pinterest

Invités sur la Terre

Photo : Lucile Duneau-Délis

Cherchant au creux du monde la raison de l’invitation

Nos pensées portées par l’envolée des rêves

Nous avons rejeté tous fardeaux toutes peines

Et puisé loin le désir de renaître du feu

Le sang traversé de l’onde des fleuves sans fin

nous avons cueilli la dynamique folle des tourbillons d’enthousiasme

cet élan vibrant de persévérance résolue

cette constance dans l’âme du monde

à réinventer le jour.

Respire

Respire.
C’est ce que tu m’as dit avant de partir et je me suis longtemps demandé ce que tu entendais par là. Pendant des années on a absorbé et rejeté l’air avec l’indifférence écrasante des comploteurs, à peine conscients d’être à bout de souffle – laisse-moi cinq minutes, j’étouffe, me disais-tu - avant que l’on reparte si vite que l’on tanguait ivres, dans la foule hâtive, saoulés par le vacarme de la ville, les cris.
Respire.
On se pressait de vivre tout en maintenant le cap, plongés dans le flux ininterrompu du sérieux de nos performances. Nous étions malléables, tournés vers les plaisirs factices, le besoin de réussite, usant de faveurs plutôt que de douceur. A dominer de notre importance les auditoires, à croire à une élévation quand il était question de soumission.
Respire.
Je me suis répété tes mots, ta voix en moi vibrant encore de cette fébrilité teintée de tranquillité qui me donnait le drôle de sentiment de m’être éloigné de moi-même pendant que toi, toi, tu stoppais net notre course.

J’ai reçu une photo de toi. Toi assise au bout du monde, entourée de fleurs sauvages. Le paysage respire et je devine que toi aussi. Au-delà de la terre, la mer, vaste étendue bleue aux îles floutées délie les nœuds de toute forme d’asphyxie.

Bric à book – Une photo, quelques mots n°396

Equilibre eurythmique

Mains mains qui créent des jardins des jardins de couleurs couleurs à la naissance du son son harmonique jusqu’à la résonnance du corps corps à l’élan stable dans le mouvement du pinceau pinceau au tracé déraisonné de la courbe courbe animée d’infini infini liée à la pulsation de l’oscillation oscillation des nuances au cœur de la peinture peinture mouvante sur la toile toile aux alliances de teintes teintes où soufflent l’impulsion impulsion de la circulation des lignes lignes embellies de la tonalité tonalité des mots mots animés de l’équilibre eurythmique

Hiver

Eblouie par l’éclat paisible du soleil d’hiver je repousse toutes les inquiétudes et grave des paysages traversés de fissures et de failles. J’écoute les roulements répétés du tonnerre, le début de quelque chose, le pardon des hommes, ta voix de silence, le vent secouer les arbres avec ardeur.

Il y a les nuages gonflés de pluie, les mimosas en fleur, le fleuve en crue. Nos têtes levées vers le ciel. Habités de cette seule certitude que seul suffit aujourd’hui.

L’existence de l’art

J’avais espéré débuter 2021 par une exposition où le public serait présent. – se motiver, se projeter vers l’avenir, toutes ces belles idées que l’on tente de mettre en pratique pour tenir. Sélectionnée en catégorie peinture avec onze autres artistes peintres pour Artempo 2021, à Cugnaux en Haute Garonne, le salon des arts plastiques prévu en janvier pour une ouverture au public s’est finalement tenu en virtuel. Cela m’a tant déçue que je n’en ai pas vraiment parlé autour de moi.

Je veux bien réinventée l’art, chercher de nouvelles façons de l’offrir aux autres et c’est, il me semble, ce que je fais aussi à travers ce blog. Toutefois cela ne suffit pas. L’art sous toutes ses formes prend aussi corps à travers le regard du public et rien ne remplace le plaisir de visu.

Outre la lassitude, je ressens une profonde tristesse face à la situation qui stagne, voire qui empire pour la majorité des artistes. A force de ne pas exercer on s’affaiblit et c’est toute la société que l’on fragilise. Jusqu’où faudra-t-il aller dans l’inexistence pour comprendre ?

Tout artiste se meurt de ne pouvoir exercer et montrer ce pour quoi ils vivent et vibrent.

Voyage XX

Quand Voyage XX s’anime de la poésie de Barbara Auzou.

Merci Barbara. Infiniment.

Peinture acrylique, encres couleur, marqueurs acrylique

format 40 x 50 cm

nous marchons de visions en visions

dans la mer inentamable dont nous partageons

les voeux profonds les gestes autonomes

les bras d’ailes et de moulins et tout nous ramène

à l’infrangible unité de la vague

à la plaie fièvreuse et tendre nous en habitons

le centre les portes et les fenêtres la pliure du coeur

avec son sel les paupières où l’on danse

nous tendons en robes de ciel en mousses de lilas

nos mains douces vers un échange très simple

 insulaire

quelque part entre la fugue et le silence

Barbara Auzou.

Sept février

J’ai pensé doublement à toi aujourd’hui. J’ai essayé de compter les années passées sans toi et puis le décompte m’a paru si peu en adéquation avec ton absence que j’ai laissé tomber le calcul.

A la radio, Sydney Bechet jouait « Petite fleur ». J’ai tourné sur moi-même et ai esquissé quelques pas de danse.

J’ai saisi la musique comme le témoignage de ta présence.

Etre vivant

Un jour au bord du jour, un jour un peu flou et un peu fou, j’ai rêvé d’être vivant. Etre l’élève qui se révèle, s’arme du courage des braves et ose l’annulation des jours tristes et autres figures de carême.

Alors j’ai regardé de face le monde vorace, la réalité masquée à grand renfort d’images factices. Les villes bouffies d’arrogance, les forêts qui brûlent et les cultures en souffrance. L’homme perdu, la femme accablée d’inquiétude, l’enfant disparu. La peine et la lassitude courbant les corps et les cœurs négligés.

J’ai rêvé d’être vivant pour chasser chaque impossibilité, donner du goût à l’avenir. Et enfin t’accueillir

On prendra les chars à voile pour retrouver la mer. La mer. Et sous l’élan du vent, le regard confiant, nos empreintes auront la couleur du temps.

Les plumes chez Emilie. Du thème Carnaval 14 mots à placer : annulation, élève, masquer, monde, brûler, beignet, femme, accueillir, fou, oser, carême, char, couleur, culture. j’ai fait l’impasse sur beignet.