A la traversée des rêves

a la traversée des rêves

Dès qu’il posait sa tête sur le traversin, Hugo rêvait. Et dans ses
rêves l’univers flottait à l’horizon des mondes. Aventureux, voyageur
ambulant dans l’immobile et le mouvant, il effaçait les rides du temps et
parcourait à grandes enjambées le ciel ouvert à tous vents. L’océan
s’ouvrait sur l’aube. Dans la ville, chaque rue s’illuminait au passage
des étoiles. La voilure des mats se gonflait d’espoir.

Hugo rêvait. Et à chaque voyage les cercles s’émancipaient des
courbes et les lignes s’arrondissaient aux éclats de lune. Certains jours
s’offraient un air de vacances, tandis que les nuits s’animaient au
désordre de l’équilibre. Nul besoin de passerelle pour atteindre la
sagesse. Elle affleurait les pensées les plus intimes, les plus sauvages, et
poussait haut vers le soleil les fleurs de pissenlits. Les oiseaux volaient à
contre-courant. Les arbres, ô les arbres, tiraient de leurs racines la sève
antique. Les branches lourdes de fruits mûrs nourrissaient la Terre.

Hugo rêvait. Et, dans ses rêves, frôlait les constellations, caressait l’apesanteur, se dressait dans l’amplitude du présent. Au frémissement du sable, le désert se peuplait d’avenir. Hugo pouvait dormir tranquille.

Vieillir n’était alors plus une étape à franchir.

Sous la houlette d’Emilie, les Plumes d’Asphodèle reviennent ! Un mot : TRAVERSÉE. Il en résulte treize mots avec lesquels jouer.

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On s’était donné rendez-vous au Perro Negro.

On s’était donné rendez-vous au Perro Negro. Tu avais dit dix-sept heures et pour une fois j’étais presque à l’heure. J’ai jeté un coup d’œil à l’intérieur et malgré la pénombre qui contrastait avec la clarté extérieure je ne t’y ai pas vue. J’ai hésité un moment avant de ressortir. J’ai arpenté la place. Scruté chaque terrasse des bistrots. Regardé les filles qui me faisaient penser à toi mais aucune n’avait ta chevelure. Il était dix-sept heures vingt et tu n’étais toujours pas là. Je t’ai envoyée un sms. J’ai écrit Tout va bien ? tout en pensant que non ça n’allait pas puisque tu n’étais pas là. J’avais déjà en tête un nombre incalculable de scénario sordides en tête. Le plus récurrent racontait ton enlèvement par un tueur fétichiste de jeunes femmes aux cheveux rose. Obsédé par les barbes à papa que sa mère lui avait toujours refusé étant gamin, il assouvissait, depuis, sa vengeance. C’était tordu, complètement improbable et très stupide. Une de ces histoires qui me traversait souvent le crâne et sur lesquelles je ne m’arrêtais jamais.

Je me suis tourné à nouveau vers le café Perro Negro. En terrasse se trouvait un couple de touristes assis devant leur verre. La femme, jambes nues croisées, concentrée sur sa lecture, lisait une brochure touristique. L’homme buvait de grandes gorgées de bière. On aurait pu croire chacun indifférent à l’autre mais en dépit de leur attitude distante je descellais une certaine complicité silencieuse. De celle qui atteste des années de vie commune. J’aurais pu leur inventer une histoire, trouver une raison à leur halte dans ce café où je venais régulièrement. Après tout, mes carnets regorgeaient d’histoires glanées dans ces lieux. Seulement je n’avais en tête que cette idée de tueur fou de chevelures couleur barbe à papa.  Il allait falloir que je te dise combien cette teinte allait finir par me rendre fou moi aussi.

Je crois que j’ai senti ta présence avant même de te voir. Je savais que si je me détournais de la façade du Perro Negro tu serais là, juste derrière moi, à attendre je ne savais trop quoi. J’ai perçu ma propre hésitation. Face à moi, comme figé sur un cliché de carte postale, le couple n’avait pas bougé. La femme était toujours plongée dans sa lecture, l’homme finissait son verre. J’ai senti ton souffle. Tout près. Tes seins contre mon dos, tes bras m’enlaçant. Ta chaleur si belle. Émouvante. J’ai fermé les yeux. Tu vibrais d’une euphorie palpable. Une gaieté familière qui me rappela soudain le pourquoi de ton retard.  J’ai hésité à me tourner vers toi. Je ne savais pas à quoi m’attendre. A chaque fois, tu m’as surpris. A chaque fois, je n’ai pas eu le temps de m’y habituer que déjà tu étais autre.

Et pourtant. Rose, bleu, violet, vert, ou toutes les couleurs de l’arc en ciel auront beau s’épanouir dans ta chevelure, ils ne changeront rien de mon regard lorsque je te vois.

Une photo, quelques mots. Bric à Book 322

Crédit photo © Nick Cooper

Quelques précisions sur mon roman Nathanaël

Suite à une réflexion judicieuse émise en commentaire sur mon article précédent, je tiens à préciser que si Nathanaël peut être considéré comme une continuité de mon premier roman Lila, l’un et l’autre peuvent se lire indépendamment et sans ordre établi.

Voici un aperçu de cette histoire avec le résumé sur la quatrième couverture :

L’absence de sa mère, décédée à sa naissance, a créé un manque compréhensible dans la vie de Nathanaël et généré des rapports difficiles entre son père, sa sœur et lui. Une famille bancale dans laquelle il a du mal à trouver sa place. Passionné de musique, pianiste et compositeur en devenir, il puise une sorte d’apaisement dans l’amitié complice qui le lie à sa cousine Alice depuis l’enfance. L’apprentissage de la complexité des sentiments et l’inexplicable difficulté de grandir avec la sensation de vide qui l’accompagne entraînent cependant Nathanaël à fuir l’existence plutôt qu’à la vivre. Au fil des années et des rencontres, à travers la perception particulière qu’il entretient avec le bassin d’Arcachon, terre maternelle qu’il découvre l’été de ses dix-neuf ans, le jeune homme bâtit sa propre histoire. Une histoire où les personnes se heurtent, se découvrent, se dévoilent et s’aiment avec fragilité et résistance.

Si la curiosité vous y pousse : vous pouvez le commander chez votre libraire, et/ou l’acheter sur tous les sites de vente de librairie du web ou sur le site de l’éditeur : ICI