L’hiver, on avait pris l’habitude de se retrouver au café.

L’hiver, on avait pris l’habitude de se retrouver au café. C’est toi qui avais choisi l’heure. C’était une heure intermédiaire, entre celle où l’on rentre chez soi et celle où l’on sort dîner. La devanture, éclairée de son enseigne néon « EAT » se parait de rouge et le contraste avec l’obscurité environnante dotait l’emplacement d’un aspect chaleureux. En face du café, il y avait la mer. Les nuits sans lune, on entendait – sans parvenir à les distinguer – les vagues claquer contre le parapet. Plus l’opacité était présente, plus le clapotis s’amplifiait et dans la pénombre déployée je devinais ta silhouette faire face à l’océan. Je commandais deux verres de vin blanc et attendais que tu franchisses le seuil du bistrot.
A l’intérieur il faisait bon. La salle, dans l’attente des clients, était encore déserte. Comme un rappel à commander à dîner, l’enseigne « EAT » figurait aussi sur le mur du fond et embrasait les tables de carmin. L’atmosphère du soir s’enrichissait des parfums de la mer. Blanquette de poisson, filets en papillotes, bouillon de palourdes. Avec le vin, la patronne nous servait des crevettes à l’ail et quelquefois des beignets de calamar piqués de cure-dents qu’une fois délesté de leur mets, tu alignais sur la table comme une palissade.
On parlait travail et projets futurs et, dans le brouhaha des voix qui filtrait de la cuisine, les idées prenaient forme. Tu esquissais quelques ébauches pendant que je notais les bouts d’histoires à venir. C’était une heure riche de sens. On oubliait la précarité du métier, les fins de mois difficiles. Tout paraissait possible à inventer et à vivre.

Avant même de repasser commande, la patronne nous déposait deux nouveaux verres sur la table. C’était le prélude à notre départ. Déjà la salle revêtait ses atours de restaurant, le flot des clients fendillait l’ambiance feutrée dans laquelle nous baignions. Une fois nos verres terminés, nous ne nous attardions pas. Tu m’avais avoué ne pas aimer le bruit des gens.

J’embrassais ta joue, tes cheveux humides d’embruns sentaient l’iode. D’autres histoires me venaient alors en tête. A demain, disais-tu et je répondais oui.
Oui, demain, me répétais-je et je frôlais l’espérance.
J’allumais une cigarette et devant le café te regardais partir. Ta chevelure aux reflets de l’enseigne dansait dans le vent comme une lueur rouge au parfum de la mer.

Une photo, quelques mots. Atelier Bric à book 374

Je m’en vais


Je m’en vais.
Dans le silence qui suit les grandes déclarations, c’est le pli de ta bouche qui me le dit. Ta bouche que je n’embrasse plus.
J’aurais pu tout aussi bien le dire. Rien n’est formulé mais c’est entendu. Un jour on se regarde et le détachement nous surprend.

Voilà comme ce qui nous unissait nous sépare. On s’écaille en couches fines, on divise les accords. Je te regarde. Et si c’est bien toi que je vois, ce que j’éprouve à te regarder n’a rien de commun avec ce qui m’a attiré vers toi.
Tu détournes le regard.
Je lis l’impatience refrénée dans tes yeux fuyants et, dans la posture de ton corps, ta présence déjà partie.
C’est une déroute singulière, apprivoisée sans grand éclat, juste une lassitude et un désir d’ailleurs qui nous tournent autour depuis des mois.
Nous sommes deux à l’intérieur de la débâcle. Ni vainqueur, ni vaincu.

Une photo, quelques mots. Atelier Bric à book 373

Photo : @ hesam jr

Escalier C – Porte 26

Je me suis calé dos au mur de l’escalier C, avec vue sur les boites aux lettres. Je ne bougerai pas de la nuit, ni de la journée. Nous sommes le 26. C’est le dernier jour. J’en suis certain. J’ai le cœur qui bat un peu vite quand j’y songe.
Le rituel s’est installé depuis près d’un mois. Je crois que j’ai commencé à les attendre dès la troisième lettre. Au début, j’ai pensé à une pub glissée dans la boite, mais chaque jour les enveloppes étaient de couleur différente. Très vite, j’ai davantage prêté attention aux enveloppes qu’à leur contenu. Les premières, une fois rassemblées tournaient autour de nuances bleues, puis jaunes et enfin rouges. Je les ai toutes punaisés sur le mur de ma chambre face à mon lit comme une immense palette de couleur, aussi grande que le nombre reçu.
Bien sûr chaque missive reçue est intrigante même si elle manque sérieusement d’originalité depuis que j’ai compris qu’il n’y aurait jamais rien d’autre qu’une feuille A4 pliée en quatre sur laquelle était inscrite une lettre de l’alphabet. Une lettre par jour, en commençant par la première de l’alphabet. Ont suivi le B, le C, le D et ainsi de suite dans l’ordre établi depuis l’apparition de l’alphabet latin.
Passée la surprise des premiers messages j’ai cherché à découvrir quelle main venait déposer chaque jour une lettre dans ma boite. J’y ai passé nombre d’heures, sans succès. J’ai tenté celles du jour puis celles de la nuit. Selon la lettre reçue j’y ai associé une heure, j’ai tenté de résoudre des probabilités improbables qui à défaut de réponses m’ont permis de sombrer dans les bras de Morphée avec facilité.
J’attends. J’attends sans certitude, avec une émotion de l’ordre d’une étincelle vibrante. C’est peut-être idiot, dénué de sens et sans doute est-ce le cas pour la plupart des gens. Pourtant j’y vois de l’extraordinaire dans l’ordinaire, une sorte d’éclat de vie dans mon existence inhabitée.

Une photo, quelques mots. Bric à Book #jour16

On avance

@ Bob Jansen

Au rythme démesuré de nos actes, les villes explosent dans le silence enfin acquis.

Et si le long faste des nantis joue encore le jeu de ceux qui dominent, pantomimes grandiloquentes où l’absurde frôle le ridicule, je vois, sinuant dans les profondeurs, nos traces en quête de repères.

On ne va pas compter les points, encore moins les fautes mais trouver sens au milieu des ondulations vivantes. Chaque heure, chaque jour compte. On avance. Nous puiserons le meilleur de l’ombre et nous éveillerons à la lumière.

On avance.

Il n’y a rien que nous ne puissions atteindre. Dans l’infiniment petit naissent les grands chemins de demain.

L’écriture au temps du corona jour 3 – Une photo par jour. Atelier Bric à Book

Pierre, Tom et moi

« Pierre ; attends-moi, t’avais promis de m’attendre », braille Tom.
A chaque fois c’est la même chose, à chaque fois Pierre prouve qu’il court le plus vite, qu’il est le plus grand, que quoi que nous fassions il restera le premier. J’suis pas l’aîné pour rien, dit-il comme un rappel perpétuel. Y a un mélange de fierté et d’agacement dans ses mots. Faut dire que s’il est le premier, c’est parce que Tom et moi on est les suivants. Ceux qui lui ont pris l’attention de maman et même celle de papa. Pierre il aimerait les avoir pour lui tout seul. Il me l’a dit le jour où Tom est né. Il me l’a dit en me regardant avec cet air d’en vouloir à la terre entière et plus particulièrement à moi d’être venu bousculer son monde.

Pierre raconte que quand il sera plus grand, il sera magicien. Le plus grand magicien du monde et alors il nous fera disparaître comme ça, d’un claquement de doigt et en disant cela il claque ses doigts devant le visage de Tom qui sursaute puis se met à pleurnicher parce qu’il croit tout ce que dit Pierre.
Pierre il aime nous faire peur et nous répéter qu’on n’est rien que des minus. Avant ça m’agaçait vraiment et je finissais par le taper et plus il le disait, plus je frappais fort. Et après Papa me grondait et Pierre était content.

Et puis y a eu le jour où on a descendu la colline jusqu’à la rivière. Pierre nous devance. Pierre nous crie que nous ne pourrons pas le rattraper. Et c’est vrai qu’on ne peut pas. C’est vrai qu’il est le premier à plonger dans l’eau, le premier à nager loin, le premier à atteindre la petite île sur laquelle les branches basses des arbres font de supers cabanes et des cachettes fantastiques pour échapper aux monstres, aux pirates et même aux zombies. C’est le premier parce que Tom et moi on n’a pas le droit d’aller sur l’île sans papa ou maman. Même si l’île est tout près, à seulement deux rochers de la rive. Mais Tom veut y aller quand même. Tom qui sait à peine nager et moi qui ai la trouille. Maintenant je me fâche, je dis à Tom que c’est interdit parce que papa et maman ne sont pas là mais il n’écoute pas. Il veut faire comme dans le dessin animé où le héros saute de rocher en rocher pour attendre l’autre rive. Il veut surtout rejoindre Pierre et jouer à se cacher sous les branches des arbres. Je crie à Pierre de revenir mais il fait semblant de ne pas entendre. Il se détourne comme pour me dire débrouille-toi avec lui, c’est pas mon problème. Je regarde Tom qui réussit à grimper sur le premier rocher, se redresse, fier et se tourne vers moi avec un sourire qui lui mange le visage, puis je le vois perdre l’équilibre sur la roche glissante et tomber.
Il tombe vite et disparait tout aussi vite dans la rivière. Alors je l’appelle de toutes mes forces avant de m’avancer dans l’eau, je l’appelle encore en cherchant autour de moi mais je ne vois rien parce que je pleure.

« Pierre ; attends-moi, t’avais promis de m’attendre », braille Tom.
C’est toujours pareil. A chaque fois Pierre prouve qu’il court le plus vite, qu’il est le plus grand, que quoi que nous fassions il restera le premier. J’suis pas l’aîné pour rien, dit-il comme un rappel perpétuel. Aujourd’hui je le crois et je suis content qu’il le soit. Et tant pis s’il continue à ne pas nous attendre. Je sais qu’il reviendra au moindre danger. Même s’il s’en défend, il l’a déjà prouvé.

Une photo, quelques mots : Bric à book 363

Rouge

Je balaie la colère
Et toutes peurs 
C'est la vie
La vie qui s'enfuit
Et celle qui nait au sorti du ventre de nos mères
Et si la porte mène au sang de nos pères
Transfuse du passé au présent
De la peine à la douleur
Je vais grandir de l’intérieur
Faire face
Et ne pas oublier que les jours qui passent
Est sang d'équilibre et de silences paisibles
Quand celui de tes lèvres
Trouble le rouge des miennes

Une photo, quelques mots Bric à book 360

Photo : ©Steven Roe

Dans le silence, la lumière.

La cachette était idéale. J’étais quasi certain que Max et Denis n’oseraient pas mettre les pieds à l’église en dehors du dimanche à l’heure de la messe. Ils avaient beau jouer les durs et me harceler souvent, ils pétaient de trouille devant les châtiments divins. Moi, c’était la première fois que j’y entrais et ça m’a fait marrer d’imaginer les deux caïds du village fuir le lieu comme la peste. A cette heure, le calme régnant comblait étrangement le silence. Je crois en avoir été surpris, si bien que je suis resté un long moment sans bouger, sans songer à m’asseoir, même si j’avais le choix de la place, vu qu’il n’y avait personne. Bref, j’ai pas bougé. Après coup je me demande si je n’ai pas été attiré par la lumière, mais sans réellement la percevoir. Faut dire que j’avais encore le cœur qui battait à cent à l’heure et je peinais à reprendre ma respiration après cette course poursuite. J’ai fini par me débarrasser de mon cartable pour attraper ma bouteille d’eau. J’ai également sorti mon carnet de croquis. Après tout, autant profiter d’être là pour dessiner ce que je voyais pour la première fois, et pour cause : la religion, Dieu, les sermons et les paraboles, ça foutait en rogne mon père. Fallait pas chercher bien loin pour savoir pourquoi. Faut dire que ma mère avait fichu le camp avec le diacre alors que j’avais à peine deux ans, pfuit, envolés les tourtereaux et à mon avis ils ont bien fait de pas revenir. Parce que ça jase encore dans le village. Ouais, pour sûr, ça alimente les soirées d’hiver.
Bref. Malgré l’humidité ambiante j’étais plutôt bien dans l’église. Alors j’ai fini par m’installer pour dessiner. J’ai feuilleté mon carnet pour trouver une feuille vierge, passant rapidement sur toutes les caricatures que je m’amusais à faire pendant la récréation – celles de Max et Denis étaient de loin les meilleures mais ils étaient trop cons pour l’admettre –, et j’ai commencé par esquisser la poutre centrale et l’allée encadrée de dizaine de bancs, puis le bénitier et le pupitre. Les luminaires suspendus qui n’éclairaient pas grand chose. Ensuite, j’ai pris du recul pour les vitraux. C’est à ce moment-là que j’ai estimé le silence. Le silence dans la lumière. Ça m’a porté si loin que je me suis demandé comment il était possible à travers du verre et des couleurs d’illuminer non seulement un lieu mais ce que j’avais à l’intérieur de moi. J’étais captivé – ensorcelé, ai-je même pensé -, par les nuances franches qui s’affichaient devant moi, et tentais, un peu désespéré par l’ampleur de la tâche, de retranscrire à l’infini ce que mes yeux percevaient de la lumière. J’ai usé mes derniers pastels et puis j’ai remballé mon matériel et je suis sorti de l’église. C’est à ce moment-là que j’ai su. Oui, je n’ai pas eu de doute sur ce vers quoi irait mon avenir.
Un jour, je serai maitre verrier.

Une photo, quelques mots Bric à book 359

Jeanne ou la géographie réinventée

Ma place préférée c’est celle à côté de Jeanne. Jeanne est assise près des mappemondes et des cartes de géographie affichées sur le mur. Je peux rester longtemps à la regarder, c’est un de mes moments préférés et quand elle me dit d’arrêter de la regarder, j’oriente mon regard sur les détails des cartes. La surface de la Terre. Les courbes des fleuves, les déserts et les océans, les montagnes et les forêts. Jeanne chuchote, me fiche un coup de coude discret, me dit arrête de rêver, Rémi. Fais comme moi, dit-elle encore et pendant un court instant je fais ce qu’elle dit. Jeanne s’applique, elle colorie les lignes d’eau en bleu, les déserts en jaune. Et puis comme une invite à ce que je la regarde à nouveau, la lumière du matin vient caresser son visage, révèle ses taches de rousseur, son teint nacré, ses lèvres rouges. La courbe de ses cils, la ligne de ses yeux en amande. Son visage est un paysage, un voyage aux géographies extraordinaires. Il est alors facile de réinventer la Terre, d’imaginer de nouveaux pays, des contrées qui lui ressemblent. J’use de couleurs que personne n’ose utiliser. Les mers se parent d’or et d’argent, les terres de camaïeux bleus, les reliefs de nuances d’orange et les fleuves serpentent le monde tantôt en jaune, tantôt en vert. Jeanne me dit, tu es encore en train de rêver, alors je lui tends ma feuille, je lui dis, c’est parce que je te regarde et son visage s’émerveille des couleurs de la Terre que je lui offre.

Bric à book 357 Une photo, quelques mots et un thème imposé : la géographie

Martha

Je suis debout avant le lever du jour et Martha me sert mon café. Ni l’un ni l’autre ne sommes très bavards, surtout le matin alors on boit le café en silence. Aujourd’hui c’est jour de marché pour Martha. Je l’aide à charger les conserves de légumes et les confitures dans la camionnette et puis je vais m’occuper de ma terre. Si on veut qu’elle soit généreuse faut la travailler lentement, faut l’écouter aussi. Et compter sur le soleil et la pluie. Y a encore beaucoup à faire avant l’automne.

A la fin de la journée, je retrouve Martha devant la maison. Elle est en train d’écrire. Martha, elle peut écrire n’importe où, ça ne la dérange pas. C’est elle qui s’occupe des comptes et de toute la paperasserie. Elle lit bien aussi. L’hiver, certains soirs, elle me fait la lecture. Elle m’a fait découvrir la poésie. J’aime bien les sonorités des rimes entre elles. Alors quelques fois elle en lit à voix haute et si je m’endors dans le fauteuil pendant la lecture, elle ne m’en veut pas parce sa voix m’accompagne même dans mon sommeil.
Au fond, moi ça me suffit. Ma terre qui nous nourrit et Martha. J’ai pas besoin de plus pour être bien.

Concentrée comme elle est à écrire, elle ne m’a pas entendu venir. Je suis assez près pour une vue en contre-plongée sur ce qu’elle note et tout ce que je distingue clairement ce sont des chiffres et parfois un mot s’il n’y a pas trop de lettres. Sinon je suis perdu. C’est sûr, elle sait y faire Martha. Moi, j’ai jamais eu le temps d’apprendre, y avait toujours à faire dans la ferme de mon père et ensuite quand Martha m’a dit oui, on est parti pour Le Nouveau Monde. Bien sûr il a fallu apprendre de l’autre, mais entre taiseux la compréhension elle vient facilement, c’est un peu comme la terre qui nous a accueilli, faut rester à l’écoute. Un soir, j’ai compté les années. Toutes les années passées à ses côtés. Je n’étais pas très sûr de moi, alors j’ai demandé à Martha. Elle m’a souri comme la première fois qu’on s’est vu.
C’était il y a quarante trois ans et je suis heureux qu’elle m’ait dit oui.

Une photo, quelques mots. Bric à Book 355

évolution

La première fois que je suis (re)venu, le fleuve scintillait sous la lune et les rives étaient aussi éloignées qu’elles le paraissent. Nulle ville n’avait encore fait son apparition, les terres étaient vastes et riches, à peine foulées par les premiers peuples.

Au fil du temps les avancées sur ce monde ont été spectaculaires. Et pourtant, à chaque fois que je reviens je constate combien l’évolution est lente, semée d’embûches, emplie de retours en arrière et de grands bonds vers l’avenir. Nous sommes petits, malhabiles, à peine nés dans l’immensité de l’univers. On s’élève, on chute, on s’élève à nouveau.

Sous couvert de progrès, les siècles des hommes érigent de larges barrières et brûlent les étapes à grand renforts de ruptures. Il n’est plus question de construction – d’évolution ? – mais de dislocation. J’entends, comme un battement qui s’épuise, l’érosion des âmes et des corps. Aujourd’hui le monde s’essouffle et je suis impuissant à y changer quoi que ce soit. Je reste simple spectateur.

Je reviendrai. Je reviendrai un jour sans artifice, ni illusion. Peut-être alors mes semblables verront-ils autre chose que la lumière jaillissante de mon mouvement de rotation. Peut-être verront-ils enfin la percée vers d’autres mondes qui s’ouvrent sans cesse à nous. Peut-être prendront-ils enfin conscience de l’infinitude des choses.

Après tout, moi aussi j’ai connu le même cheminement.

Une photo, quelques mots. Atelier Bric à book 354

Street art

La nuit dernière les flics m’ont coursé jusqu’au pont. J’ai cru que je n’arriverais pas à les semer. Heureusement le squat n’est pas visible de la route. Ni du pont. Et la rivière est un barrage naturel qu’aucun flic ne veut franchir. C’est sûr qu’avec tout ce qui se déverse dedans ça en fait fuir plus d’un. Tant mieux pour moi. Par prudence j’ai quand même dormi sous le pont au cas où l’un d’eux deviendrait téméraire de ce côté de la ville.

Ça devient de plus en plus difficile de déjouer leur vigilance. Faut dire qu’avec les caméras à chaque coin de rue, dans tous les endroits publics, on est sans cesse sous surveillance. Discrète bien sûr, la surveillance. C’est avant tout pour notre sécurité, on nous le répète bien assez. Pourtant sous les lumières factices et la facilité avec laquelle nous pouvons communiquer, travailler, jouer, penser, on a oublié de vivre. Ça s’est fait sans heurt, on a trouvé plus simple qu’internet et les réseaux sociaux deviennent le lieu où il fait bon vivre. La famille ? les amis ? C’est plus économique et moins compliqué derrière son écran. On évite les conflits, on efface le moindre mal que l’on pourrait nous faire. Et si l’on persiste à nous critiquer, à nous pourrir l’existence virtuelle, il est facile de changer de réseau social, de compte, de nom. On recommence ailleurs. Sans bouger de chez soi, sans avoir conscience de ce qui se vit dans sa propre maison.

Le jour où j’ai pris la décision de partir, ma petite sœur Léa, pleurait. Je crois qu’elle avait faim ou bien était-elle fatiguée, les deux sans doute et j’avais gueulé contre mes parents qu’il fallait qu’ils se bougent, que ce n’était pas à moi de m’en occuper tout le temps. C’est à peine s’ils m’ont écouté, ils n’ont même pas sorti la tête de leur écran pour me dire que ma crise d’ado il était temps qu’elle cesse. Ma mère a cependant réagi. Elle a quitté l’écran de son téléphone et s’est saisie de sa tablette. Elle l’a allumée pour faire patienter ma sœur. Ma sœur de quatre ans qui n’avait rien connu d’autre que ces foutus écrans depuis qu’elle était en âge de tenir un objet. Dans le squat où je vis, on est des dizaines à avoir vécu le même genre d’indifférence de la part des nôtres.

Je me souviens pourtant d’un truc important que Léa tenait quelquefois dans sa main. C’était ma main lorsqu’on allait au parc de la ville. On aimait bien passer du temps devant l’étang où nageaient les canards et les cygnes et puis courir après les pigeons. C’était le plus grand parc de la ville et il n’y avait jamais personne. Juste Léa qui me tenait fort la main.

Je l’ai aperçue la semaine dernière devant l’arrêt de bus. Elle a drôlement changé. C’est presque une jeune fille à présent. Je l’ai longtemps observée avant de l’appeler, de faire un signe de ma main et j’ai espéré. Espéré comme un con qu’elle lève les yeux de son fichu téléphone pour me regarder. Mais non, bien sûr que non. Elle n’a rien entendu, n’a rien vu d’autre que ce qui se passait sur son écran. Elle est montée dans le bus, et tout comme les autres passagers, elle s’est assise à la première place libre. Peu importe qui se trouve à côté d’elle, chacun muré dans son monde virtuel, n’existe plus en dehors de la toile.

Depuis je fais un rêve. Celui de croire qu’elle ne m’a pas oublié. Je rêve que chaque dessin que que je peins sur un trottoir ou sur un mur lui rappelle ce grand frère qui prenait le temps de l’aimer différemment.

Atelier d’écriture Bric à book 353 une photo, quelques mots avec comme thématique interdite l’enfance

La porte

Soucieux de ne pas déranger les habitants, j’étais entré sans bruit dans la maison. Elle avait vieilli, les parements avaient perdu leur faste et elle portait nombre traces du temps qui passe. Avant d’en faire le tour, je voulais prendre le temps de me remémorer l’ambiance particulière dans laquelle nous avions baigné Jeanne et moi. On se retrouvait souvent les jours de pluie dans le large couloir qui menait au jardin et qui avait vu beaucoup de nos glissades finir en éclats de rire. Ce passage avait été un de nos terrains de jeu de prédilection et si je fermais les yeux, je pouvais encore entendre ces éclats emplis de gaité comme si la maison avait absorbé chacun d’entre eux. Bien sûr on ne s’approchait pas de la porte, Jeanne paniquait dès que je m’y aventurais trop près.

Le lieu sentait toujours les essences d’arbres, les feuillages et la terre humide. Les plantes avaient considérablement poussé depuis mon départ car il se formait comme un toit végétal au-dessus de ma tête. Je crois que cela aurait plu à Jeanne. Elle rêvait de voyages dans des contrés sauvages, dans la jungle africaine ou dans les forêts amazoniennes. Elle devenait guerrière, chasseuse, exploratrice, découvreuse de terre nouvelle et m’entraînait sans trop de mal dans ces voyages au long cours. Quelquefois, à sa demande, on s’asseyait côte à côte sur le carrelage froid et, le dos appuyé contre le mur, je lisais à voix haute un roman pioché au hasard dans la grande bibliothèque. Les livres jaunis par le temps et imprégnés d’humidité exhalaient le parfum de ces vieux objets figés dans le temps et j’associe toujours cette odeur à ces moments de lecture. Assoiffée d’aventure Jeanne se projetait dès les premières lignes dans ces récits de voyages. Elle me disait, « Tu verras, un jour, je partirais d’ici, je ferais le tour du monde et toi tu écriras mes mémoires ». Elle disait aussi, comme un avertissement « Ne cherche pas à ouvrir la porte qui mène au jardin, il faut préserver le mystère, refuser ce que l’on veut nous faire croire. Promets-le-moi, insistait-elle et j’acquiesçais d’un hochement de tête. J’étais prêt à beaucoup lui promettre pour ne pas voir l’inquiétude et la peine envahir ses traits.

Jeanne n’est plus là à présent, elle est partie dès que je lui ai annoncé que je quittais la région pour poursuivre mes études. Ce jour-là elle n’a pas flanché, elle ne s’est pas retournée. « Ne regarde pas », m’a-t-elle dit. Mais je ne l’ai pas écoutée. Je l’ai vue ouvrir la porte et franchir le seuil qui menait au jardin. Il y avait foule et une sorte de banquet avait été installé. J’entendais comme des rires et des voix lui souhaiter la bienvenue. Le soleil paraissait se refléter de partout. J’avais du mal à garder les yeux ouverts tant la lumière absorbait tout, même la silhouette de Jeanne perdait consistance. Elle disparaissait de ma vue même si je devinais encore sa présence. La porte s’est refermée. Je me suis alors détourné et j’ai poursuivi ma propre route.

Toutefois je n’oublie pas, et comme un souvenir que l’on chérit, je reviens chaque année à cette date anniversaire où elle a franchi la porte. Je ne sais pas si elle me voit, si elle sait qu’aujourd’hui elle hante les romans que j’écris. Je l’espère un peu. C’est une sorte d’hommage que je lui rends, en souvenir de tous ces jours partagés où elle m’apparaissait, esprit à l’aspect réel, auréolée de mystère.

Une photo, quelques mots. Bric à book 352 les autres textes à lire ICI

Confidence en cuisine

C’était un jour de fin d’été, en fin de matinée. L’air était déjà lourd, sans souffle.

Au dehors, sous les pins parasol, le son de la radio se mêlait aux jeux des enfants. Les voix et les rires des gamins ne parvenaient pas à couvrir la musique que diffusait la radio. Et, avais-je constaté, le contraste était distinctif. Le requiem de Mozart prenait toute sa puissance dans l’intensité dramatique et j’avais retenu un tremblement à son écoute. Les voix du chœur enflaient, prenaient corps avec une amplitude tragique. J’aurais dû y voir un signe. Une trace de ce qui m’attendait. Mais non, j’étais jeune et tendre, gorgé de fraîcheur et truffé de petites graines, comme des pépites d’espoir que l’on retient au creux de soi. On me disait rêveur.

Ah, le spleen m’emplit et je ne sais comment l’endiguer. On n’a pas eu le temps de réaliser le drame que déjà l’absence se faisait ressentir C’est arrivé si vite. D’un coup tranchant, sans prévenir.

Depuis, je suis dans l’attente. Je ne sais à quelle sauce je vais finir. Mais, n’en déplaise à vos papilles, depuis que l’on m’a séparé de ma moitié, l’amertume sature la moindre de mes cellules.

De l’autre côté du monde

On ne peut pas parler de rendez-vous, enfin peut-être. Qui sait ? Il en faudrait peu pour que cette heure change le cours des choses. C’est ce que je me dis à chaque fois que je viens m’asseoir ici.

Malgré le vent, je suis calé confortablement et mes yeux et mon souffle se calquent à la vue qui me fait face. S’il y a une chose qui ne change pas, c’est bien celle-ci. Cet espace ample, immuable.  Évidemment ça confirme l’insignifiance de nos vies, quelques grains de poussière se frottant les uns aux autres dans l’immensité de l’univers. Je suis sûr que tu aimerais m’entendre te dire ça, alors je le pense maintenant comme si tu étais là. Et puis je te dis combien la lumière est belle, d’une couleur automnale aux reflets d’opale. Les effluves aussi rivalisent de densité pour raconter le lieu. Ça me rappelle le parfum de tes cheveux, cette note iodée mêlée à celle des herbacés qui longent le sentier. Alors je pense aux kilomètres qui nous séparent, à ce face à face trop éloigné, ce rendez-vous que l’on prolonge l’un et l’autre chacun de l’autre côté du monde.

Les jours n’ont pas la même saveur depuis ton départ. Si peu d’heures vécues ensemble, des heures qui ont secoué nos univers, ‒ c’est toi qui le dis et je te crois ‒ jusqu’à rendre tangible un lien ténu. Je scrute la distance, le temps qui s’étire loin l’un de l’autre.

Au-delà de l’horizon, je te vois, je te respire comme si tu étais là.

Une photo, quelques mots Bric à book 350 avec comme thématique interdite : la mer.

Derrière l’objectif

A gauche de l’objectif, se trouvent Irène et Marie et à droite Anne et Geneviève. Mes frangines. A la naissance d’Irène, si toute la famille espérait un garçon, moi j’ai été contente de savoir que j’allais avoir une sœur avec qui jouer. C’était un bébé calme qui souriait tout le temps et il était aisé de s’en occuper. J’aimais particulièrement les moments où je me retrouvais seule avez elle pendant qu’Anne et Geneviève étaient à l’école. Mais ça n’a pas duré longtemps parce que Marie a pointé son nez dix mois plus tard.  

Je n’ai pas réalisé de suite combien la fratrie allait être chamboulée avec sa venue. Ça s’est fait sans heurt, comme une évidence où chacune de mes sœurs a trouvé sa place. L’entente des aînées, la connivence des benjamines. Ça faisait rire mon père et si ma mère s’en abstenait, je voyais sa moue attendrie et sa fierté d’avoir des filles si complices. Moi, j’étais entre deux. Trop jeune pour mes sœurs aînées qui n’avaient guère envie de partager leurs jeux de « grandes » mais finalement pas si jeune que ça puisqu’il m’incombait de surveiller les benjamines afin de soulager maman qui peinait à recouvrer sa santé après sa dernière grossesse. J’étais spectatrice plus qu’actrice de cette fratrie, cherchant le fragile équilibre dans l’alignement de deux duos.

Il m’aura fallu des années pour arriver à saisir cet équilibre ; des années d’instabilité avant de comprendre où me situer. Mais le jour où j’ai réalisé l’évidence de ma place, tout m’a paru plus grand, ouvert à une multitude de projets à venir. J’en ai même fait ma profession. Depuis des années maintenant je fige le temps et les gens. Mes photos font même le tour du monde.

Pourtant à chaque été qui me ramène quelques jours près de mes sœurs, je sais que derrière mon objectif elles restent mon sujet préféré à immortaliser.

Une photo, quelques mots. Bric à book 349

un escarpin rouge

J’ai enfourché mon vélo avant que ma mère ne surgisse sur le seuil de la maison, et sa phrase « t’as fini tes devoirs ? » ne m’a atteint qu’une fois que j’ai été sur le chemin. Je roule vite, en zigzaguant entre les racines et les nids de poule. Je connais par cœur chaque vice du sentier qui descend vers le canal. C’est dimanche, un des derniers jours de septembre et il fait beau. Comment maman peut-elle m’imaginer assis devant mon bureau à faire mes devoirs alors que le soleil et l’air chaud se montrent si généreux ?

Antoine m’attend déjà devant le canal. Il arrive toujours avant moi parce que chez lui personne ne se préoccupe de ses devoirs. Non pas qu’il en ait besoin parce qu’Antoine il lui suffit d’écouter en cours pour retenir les leçons. Il ne s’en vante pas et moi, je me fiche qu’il soit plus vif que moi, qu’il lise déjà des livres complexes, je m’en fiche parce qu’on est tous différents et ça, j’ai pas besoin de bouquins pour le comprendre.

Antoine me salue d’une poignée de main. Il est déjà en maillot. T’es presque à l’heure, sourit-il. J’ai fait au mieux, je réponds en lorgnant vers la femme qui regarde l’écluse. Je n’aime pas quand il y a gens qui viennent par ici. À cette heure-ci ce lieu c’est un peu le nôtre. Je ne sais pas pourquoi je remarque les chaussures de la femme. Sans doute à cause de la couleur. Elle porte des escarpins rouges. Rouge comme le maillot d’Antoine. C’est qui ? je demande, contrarié. Aucune idée, dit Antoine et dès que j’abandonne mon short et mon tee-shirt sur le bord du quai, sa grande main se saisit de la mienne et il m’entraîne au-dessus du canal.

Antoine plonge et j’attends de l’apercevoir à nouveau à la surface de l’eau avant de plonger à mon tour. On crie à chaque saut, c’est comme si le monde était à nous et il y a cet instant fébrile où avant de chuter on est aussi libre que l’air. On saute à tour de rôle et puis le dernier saut on le fait ensemble, main dans la main. Antoine me regarde toujours au moment où on se trouve en suspension. Et son regard, son regard m’accompagne ensuite toute la nuit. C’est peut-être pour cela que je n’ai pas fait attention à ce qui se passait autour de nous. J’ai entendu Antoine, qui, à chaque ouverture de l’écluse, chantonne : « Tourne, tourne la manivelle et la chevillette cherra » comme un hommage à Charles Perrault qu’il affectionne et comme d’habitude on s’est penché pour voir les portes s’ouvrir et les remous que fait l’eau. C’est à ce moment que j’ai remarqué l’absence de la femme sur le quai. J’aurais aimé me dire qu’elle était partie pendant qu’on s’amusait à plonger. Mais comme un rappel à sa présence, sous nos yeux effarés, un escarpin rouge gravitait dans les remous.

Une photo, quelques mots. Bric à book 348 avec comme consigne supplémentaire un mot à placer obligatoirement dans le texte : « chevillette »

Le dernier été

Ce dernier été passé ensemble, selon le temps qu’il faisait on se retrouvait soit chez Paul qui habitait un grand appartement sous les toits, soit sous le tilleul au fond du jardin de Clément et c’était celui qui aurait le privilège d’être assis à côté d’Hélène. Moi, je préférais lui faire face. Dans la pénombre, on allumait des bougies et les ombres sur les murs prenaient vie au fil des histoires que racontait Hélène. Elle-même avait le visage brouillé de mille signes, des rides apparaissaient sur son front lisse, ses yeux devenaient démesurés, sa bouche s’agrandissait, je pouvais voir ses dents, sa langue et toutes les moues tordues qu’elle affichait au changement de sa voix, à chaque mimique.

Les ambiances sinistres avaient sa préférence et si nous évoquions l’idée de changer de registre – par exemple regarder des séries glauques sur Netflix – , elle se levait d’un bond, et sa démarche, ses gestes – surtout quand elle allumait sa cigarette et la portait à sa bouche – , étaient joués avec emphase. Elle avait le sens du drame, aimait s’y complaire, surjouait avec un plaisir évident. Et le nôtre était celui de l’écouter et pour celui qui se trouvait à côté d’elle, la perspective de l’effleurer amplifiait la satisfaction.

Moi, je la dessinais. Avec tous ses petits défauts et ses grandes qualités. J’aurais pu croquer la malice de ses yeux, l’expressivité de ses yeux, sa gestuelle autant de fois que nécessaire, j’avais le sentiment qu’elle m’échappait toujours.

La seule fois où j’étais parvenu à saisir l’expression de son regard, elle racontait le rêve qu’elle avait fait la nuit précédente. Je me souviens du vent qui soufflait fort à travers les interstices des volets et la pluie d’orage qui battait tout aussi fort. L’air sentait le tabac froid et le joint que nous venions de partager. Hélène parlait bas, moins expansive qu’à l’accoutumée, comme encore imprégnée du rêve qui, la veille, l’avait maintenue éveillée de longues heures. Ses bras encerclaient ses jambes relevées. De sa voix perlait l’inquiétude. Elle disait que son rêve n’avait rien d’un rêve, c’était comme si elle avait su avant même de voir. Voir quoi, avait demandé Clément. Et Hélène avait répondu dans un souffle ténu, la route, celle qui mène au funiculaire. Puis, après une pause qui l’avait faite frémir, elle avait ajouté y avoir vu une fillette. Et sa voix avait l’intonation montante dénotant l’affolement. La fillette sur la route, disait-elle, la fillette c’était ma sœur. Ma sœur dans sa petite robe d’été. Elle courait, comme elle le fait souvent, avec ses bras qui deviennent balancier, comme pour l’aider à maintenir son équilibre. Elle courait au milieu de la route et j’avais beau lui dire de s’arrêter elle ne m’entendait pas.

A ce moment-là, Hélène m’avait regardé et j’avais saisi au fusain et d’un trait fiévreux, la lueur inquiète de son regard, le pli soucieux entre ses yeux, la ligne mince de ses lèvres affaissées. Et comme elle mettait du temps à poursuivre, on l’avait pressée de questions, puis on avait plaisanté et tenté de dérider son visage soucieux avec quelques bières et on avait de nouveau fumé. Et lorsqu’elle s’était endormie on s’était un peu battus pour savoir qui dormirait contre elle. Allongés sur les matelas, rassurés par la chaleur des uns et des autres, on avait dormi jusqu’au début de l’après-midi.

C’est la sonnerie de son téléphone qui nous avait réveillés. Le fait même que le père d’Hélène l’appelle nous avait surpris, puis au son de sa voix, en écho au rêve qu’elle avait fait, on avait saisi le drame nous percuter comme un présage négligé.  

Une photo, quelques mots. Atelier Bric à book 347 avec comme thématique interdite : l’enfance