La route

Tu m’as demandé de t’attendre. J’ai du mal à estimer le temps passé. Quelques minutes, quelques heures ? Dans l’habitacle, l’heure ne s’affiche plus sur le tableau de bord mais le moteur tourne encore. Il y a des arbres autour de moi. Et leurs grandes branches.

Ça me rappelle la série SF qu’on a regardé la semaine dernière. Dans un épisode, il n’y avait plus aucun appareil électronique qui fonctionnait. L’atmosphère était oppressante, la forêt constamment dans le brouillard, avec l’ombres des arbres envahissante. T’étais blottie contre moi, tu disais, ça va mal finir, je ne veux pas voir ça. Moi, dans ces moments-là j’ai l’impression d’être un héros parce que dès que tu viens contre moi, tu glisses dans un sommeil paisible. Et te regarder dormir, ça m’apaise à mon tour.

Dans l’attente, j’y pense. C’est dingue comme je pense à toi. Ça occupe tout l’espace. Il y a ta voix, ton sourire et tes larmes tout ça à la fois. Les souvenirs affluent à une allure folle. Je saisis chaque moment vécu. Je baigne à l’intérieur puis je m’échappe.

Je crois qu’il va falloir que je poursuive sans toi maintenant. Ne m’en veux pas. Il y a cette route qui m’attend. Je ne sais pas trop ce qu’il y a au bout, et pour tout te dire ça n’a pas beaucoup d’importance.

Je sais juste qu’il faut que j’y aille.

Une photo, quelques mots. Atelier Bric à book 326. les autres textes à lire ici

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Je rêve d’indifférence

Je n’y arrive pas. Non. Rien à faire. On me l’a pourtant dit et redit. « N’y prête pas attention, tu sais comme sont les gens. Toujours à juger avant même de connaître. » Mais je n’y arrive pas. Et ça me fait mal à chaque fois. C’est terrible de vivre avec ce regard pesant, constamment porté sur moi. Et lorsqu’il est fuyant, c’est parfois pire. Où que j’aille, je porte le même poids. Comme si je n’avais pas déjà assez à porter. Moi, ce que j’aimerais c’est être invisible aux yeux des passants et des anonymes. Ne pas devoir justifier mon droit d’exister.

Je rêve d’indifférence.

Une photo, quelques mots Brik à book 325

Credit photo : © Arthur Humeau